mercredi 12 septembre 2012

amer


                           on voyait une couche épaisse entre neige et goudron. vladje lançait ses couteaux avec vigueur féroce. grande bête sauvage ongles becs et canines. elle avait beau les lames n'avaient pas de prise dans la bouillie jaune et noire. quelquefois elles raclaient un fond de quelque chose mais ce n'était que rognure inapte à retenir qui ou quoi que ce soit. après un petit monticule, elle crut qu'elle réussirait à s'extraire de ce jus. mais inexorable quelque chose suivait son cours.  le sol était savonneux. vladje glissait lentement. elle glissait navire sur gouffres. elle glissait. 

                          
                         la veille il en fut certaine pour lui donner l'ordre de quitter ses terres bien-aimées. vladje avait dit qu'elle réfléchirait. elle croyait que. elle ne fit que différer son obéissance. on l'installa en pays inconnu, quelque fois hostile, avec dragons, hexe à chevelure serpent, frelons, mégères à casques, trublions à galettes, vociférateurs de miel,  hypnotiseuses à mandibules, semeuses d'humeurs, malandrins à vis, lanceuses de vilebrequins, extirpeuses de gouges, raboteuses de joie, moulineuses de phrases prêtes à l'emploi, parleuses d'autobus. il fallut qu'elle trouva moyen de vivre avec. 



                         c'est quand elle comprit qu'elle glissait que soudain vladje compta. d'aucuns disaient ça peut durer. d'aucuns demandaient elle va glisser jusqu'où.  elle compta. d'autres demandaient aussi jusqu'à quand.  elle compta. quelqu'un dit quand elle en sera à 807 quelque chose aura suivi son cours.

mardi 11 septembre 2012

Huit sans sept



                          Cher Fritz,
Je comprends ton désarroi mais pour parvenir à la phase huit il faut que tu en passes par la septième, dont jamais assez on ne souligne l'importance. C'est la phase du paiement, et la communauté toute entière attend ton chèque afin de te pouvoir accueillir.
Religieusement tien.


(...)


                            Cher Gourou,
Elle, cette femme, m'assure que non. Non que je ne crois plus au lien direct que tu m'offres avec Dieu. Tout est venu de cet orgasme avec elle : ne cessant d'y repenser, je l'ai reproduit avec elle, et depuis, de toi, de Dieu, je me fous. Absolument.
Tu attendras ton chèque plus longtemps qu'elle la parure dont je tiens à l'orner.
D'un mot - ou deux, trois - crève donc, charognard.

vendredi 7 septembre 2012

Retour


                  La chaude pluie de juin entre par la fenêtre ouverte. Le salon est aux oiseaux. L’ampelopsis enlace les solives. Les douces algues grises couvrent la tenture. Dans la cheminée nichent huit cent sept souris. Du toit presque tombé on voit sortir des saules. Les herbes soyeuses cachent le seuil. L’homme est mort et comme lui sa maison n’a plus ni dehors ni dedans. 
 
 
                        Maintenant il n’est rien, maintenant il est tout, sable, animaux, cailloux, fougères, atomes, encore et encore.
 
 
 

jeudi 6 septembre 2012

lieu


                             Cette cour fermée dont le sol est recouvert de cailloux de Loire, petitesse et matières diverses, tous ronds de s'être réciproquement polis par frottements, cette cour se révèle sur l’obscur des paupières. Cailloux de toutes teintes, des douces déclinant les ocres de la terre ou bien grisées, opaques. Osselets minéraux qui, arrosés, se sculptent de transparences sourdes. Il suffit de tourner vivement la roue d’une pompe, animant laborieusement tout un mécanisme rouillé, pour que l’eau enfouie surgisse et les nuances minérales chatoient. Dans le coin gauche de la cour, juste un tas de sable, grains des bords du large fleuve, blancs, beiges, irréguliers.


                          Une remise en pierres claires clôt la cour sur toute sa largeur, maintenant ça me revient qu’au fond à droite trônait cet escalier aux marches irrégulières, sa lourde porte à ouvrir à deux mains. Enfin le jardin, longue pente bordée de buissons chargés de fruits rouges. Deux petits chemins en partaient sur les côtés, nos pieds évitant de peu orties, mauvaises herbes et les ronces échappées des buissons touffus.


                          Des poiriers régulièrement taillés pour étendre leurs branches à l'horizontale, un portique orange orné d’une balançoire et d’un trapèze. Une frontière de grillage qui laissait le jardin de la voisine sur la gauche et de l'autre côté un chemin serpentant en pente dont je ne me rappelle plus où il nous a emmenés, partait-il vers une autre maison ou un bois en surplomb ? Chemin de mauvaises herbes, orties, fleurs de trèfles, pissenlits et foultitude parachutes blancs prêts à souffler dans toutes les directions, 807 au bas mot. Ce foisonnement, ce fouillis où s'égarer et la certitude de l'endroit devenu immobile. Pas sûre d'y avoir vu les arbres grandir ou leurs feuillages s'épaissir. Sur l'obscur des paupières, cette cour débouchera toujours sur la remise qui emmène au jardin.

mercredi 5 septembre 2012

L’interrogatoire.




- Pourquoi depuis toutes ces années répétez-vous le même ? C’est le nombre d’or ? La combinaison du coffre-fort ? Le numéro de téléphone du médecin de famille ?
- Est-ce que je sais on est là pour faire ce qu’on nous demande on m’a jamais rien dit pas donné d’explication plus que ça du moment que c’est pas un travail au-dessus de mes forces même quand ils sont en vacances à Trouville et qu’ils peuvent pas me surveiller moi je continue c’est un principe au moins une fois le matin une fois le soir je suis habitué et même je peux vous le dire ça me manquerait si...

- Et le dimanche ?
- Le dimanche c’est pas mon jour de sortie du reste ça a fait un drôle de foin avec Pomponnette c’est ma femme elle voulait pas qu’on prenne cette place-là elle disait c’est des mécréants travailler le dimanche le Seigneur nous en voudra je lui ai dit qu’il était pas comme ça qu’il pouvait comprendre.

- Elle s’est inclinée ?
- Je sais pas ce que vous voulez dire aussitôt arrivée elle est partie avec le garde-chasse mais je suis jamais tout seul au moins maintenant j’ai mon huit cent sept dans la tête qui me tient compagnie et puis ça rime avec Pomponnette c’est peut-être pas un hasard comme on dit une passion chasse l’autre.

mardi 4 septembre 2012

Bilan.


                  Il avait sorti le cahier qui ferait office de journal Recettes & Dépenses Existentielles. Sur chaque page, séparée en deux par un trait vertical, il s’agirait de noter, à gauche, les plus ; à droite, les moins. Il avait suivi dans sa jeunesse une formation accélérée d’aide-comptable dont il ne lui était rien resté, si ce n’est : à gauche, "pain blanc", à droite, "ce qu'il en coûte"… Ou l’inverse, quant à la latéralité ? Finalement il avait un doute.


                  In fine, il s’était trouvé, les notant dans la colonne de gauche – puisque en étant resté à son sentiment premier selon lequel la gauche enregistrait le positif et la droite le négatif - : 807 raisons d’apprécier la vie contre 806 – à droite donc - de la détester. Résultat serré : il convenait de recompter.


                  Assuré de ne s’être pas trompé, il tira le bilan.  Chose faite, il rangea le cahier reconverti en journal Recettes & Dépenses Existentielles, ainsi que le revolver, sorti au cas où. Il poussa un profond soupir, la journée était déjà bien entamée en arguties comptables, et il avait un tas de trucs à faire, à gauche et à droite.

lundi 3 septembre 2012

copeaux

                    vladje en faisait livrer. il fallait cogner dur et une bonne fois pour toutes. elle en faisait donc livrer beaucoup. elle donnait des ordres légers mais précis. ils avaient installé des rails depuis l'entrée jusqu'au bâtiment. une grue déposait les requins de terre sur des plateformes elles-mêmes déposées sur les rails. elles glissaient jusqu'à la grande bâtisse de tuffeau. à  hauteur de façade, on arrêtait la plateforme. vladje guettait. lorsqu'une plateforme était là, à l'aplomb d'une fenêtre, elle jetait jetait jetait dans la mâchoire ouverte en contrebas. puis une autre plateforme à requin se présentait. et elle jetait jetait encore.

                    ils avalaient tout : vieille armoire fond contre-plaqué, portes dégonflées miroir fendu, buffet formica jaune aux pieds pourris à force d'eau de cave, tailleur pied de poule du mariage de paulette, bibelot bois chien à tonneau de rhum en sautoir, boîte à colifichets et pendeloques, armoires en plastique, étagères bois aggloméré mélanine blanche, piano et l'âne, lit en fer à ressorts tue-mouche, castelet guignol à crin d'acier, mappemonde à manivelle, tiroirs orphelins, machines à gaufres, espaliers à torsions, jupes de juillet, repas refroidis, mauvais plans pliés, verres à pieds assoupis, matelas dérisoires, tablettes à cactus, peluches crevées, manteaux marbrés mités, livres obsolètes, chapeaux à entonnoirs, cheminées à ridelles, seaux à charbon, clés à fils, pots des chambres et cuisines, moulins à sardines, distributeurs de rien, encensoirs à faïence, ventilateurs sans cervelle, raisins francs du collier

                  la veille, vladje avait admiré dans le port d'amsterdam la beauté industrielle des containers de marchandises, leur proportion, couleur et disposition. elle avait rêvé possible d'en faire venir quelques uns jusqu'à son domaine. impossible lui avait-on dit. elle avait alors choisi les requins blancs. lecteur il en fallut bien 807 pour venir à bout de tous ses trop

vendredi 6 juillet 2012

Couvade.


                               Ils te disent oui je lis tes 807 c'est pas mal c'est sympa tes trucs. Toi tu as juste envie de crier que tu as mis tes tripes à l'intérieur et qu'ils n'ont rien compris.



                               Et tu couves ta vengeance comme un plat qui se mange chaud. 





jeudi 5 juillet 2012

Lecteur d'ombre.



                                 Au cœur de la station balnéaire, 807 festivités et occasions 
              de perdre son temps qui ne vaut plus rien en vacances.



                               Au cœur de l'ombre, aucune raison de rompre l'immobilité.





mercredi 4 juillet 2012

Avec ou sans bulle – les chiffres de l’oubli.



-                       - Et mes yeux, tu les aimes mes yeux ?
-     - Oui
-    -   Et mes mains, tu les aimes mes mains ?
-    -   Oui
-    - Et mes dents ?
-     -  Oui
-     -  Et mes idées ?

                     A la 807ème bulle d’eau gazeuse qui éclata à la surface de son verre, posé sur la petite table basse de ce salon aéré, et clair, mais constellé de fines gouttes de sang se répandant en halo autour d’une mare saignante au centre de laquelle ce qui fut autrefois il y a quelques secondes encore une femme et ne se résumait plus désormais qu’à un tas de chair morte exhalait un ultime borborygme, Pedro considéra nécessaire d’oublier cette vie commune qui d’un coup brutal sur le sol de béton  venait enfin d’abattre sa femme une fois pour toutes.

                   Il descendit tranquillement les escaliers. Dernier regard panoramique sur le hall de vie high-tech de cette résidence de standing. Puis le verre d’eau gazeuse, pour s’en désaltérer. Il jeta l’eau sur la masse rouge qui se répandait. Il quitta le lieu sourire aux lèvres. Selon son idée, la sienne, puisqu’aucune autre se manifestant, il pourra quand bon lui semble ouvrir une bouteille d’eau.

mardi 3 juillet 2012

K, le fruit.

                           Forme d'œuf. Enfin approximativement. Base légèrement élargie et plate où une trace arrondie, nombril plat, témoigne de la présence passée d'une branche. Au sommet une légère excroissance de peau. Tout le reste de sa surface est uniforme sans être lisse, son fond d'un vert moiré recouvert de 807 pluches marronnasses, ou plus peut-être. Peau nuancée, légèrement rugueuse.

                        La peau, une épaisseur protectrice de la chair, une armure dense qui ne dévoile rien de l'intérieur. Sa texture s'attendrit avec les jours, les doigts peuvent s'y imprimer. On ressent alors une impression de moelleux, on devine aussi que sous cet aspect terreux, arrondi et balourd, il y a du subtil. 
 
                        Crépitement de la chair entre les dents, ça disparaît en bouillie, ça fond, ça se délite sans bruit. Son parfum acidifiée l'empêche de tomber dans la mièvrerie. Sans manière sucrée, sans chichiterie, entre le pincement du citron et le désagrément de la pomme pas mure. Mollesse et piquant sont ses deux versants.

lundi 2 juillet 2012

ruban


                   vladje marchait grande allure. elle marchait à choisy-le-roi, à tremblay-les-gonesses, à chilly-mazarin, à toussus-le-noble, à courthenay, à bezons, à maisons-alfort, à pouilly-en-auxois, à brie-sur-marne, à vaux-en-velin,  sur le plateau de saclay, dans la zone de courtaboeuf, à gif-sur-yvette, elle marchait à boynes, à montfort-lamaury, à enghien-les-bains, à châtel-censoir, à vaucouleurs, à alésia, à massabielle, à knokke-le-zoute. elle marchait escortée de petits rongeurs  le long des routes aux arbres. elle marchait escortée d'escargots le long des glissières d'autoroutes. elle marchait jour escortée d'hirondelles. elle marchait nuit escortée de chevêches ou d'étoiles. d'aucuns disaient que l'artère fémorale se fatiguait. d'autres disaient si elle reste au bord des merveilles elle ne craint rien, mimosa à la hanche


                  vladje moissonnait lavandes sur macadam, pissait debout derrière haies d'aubépine sans même relever robe rouge au fond des impasses, mâchait blés en épis dans de blancs cabriolets, mordait dans les fleurs d'acacias sur des fauteuils coton imprimé, faisait liste des trous d'égout, comptait panneaux d'interdictions urbaines, se baignait rivière affolée dégringolant de grandes avenues à marronniers, au bord d'étangs nourrissait chevaux de bouquets crevettes et fenouil, jetait hiboux au fond des puits de massacre
 

                 la veille, l'avant-veille peut-être, on l'avait vue lancer des rubans inaccessibles sur des surfaces improbables et transparentes. écharpes d'isis peut-être. ils se collaient en transparence orange, formes évidées de ciel, avec tissu cicatriciel sur les arbres.  en transparence sinueuse verte au gré des vents urbains certains devenaient calligraphie à ventre et réécrivaient une histoire inaudible soulignée de fer blanc déchets et herbes sauvages. quand elle en fut au fil de soie jaune, de chrome plutôt que de naples, elle s'arrêta. puis elle leva le pied, telle une gradiva, et plusieurs fois passa souplement les molécules de cette surface avec élégance. puis, vous vous en doutez, elle les traversa 807 fois. et on ne la vit plus qu'au loin funambuler aux toits des grands immeubles avec ombrelle de mésanges, marguerite entre les dents


vendredi 29 juin 2012

Les vivants 2


– You are the sunshine of my life.
– Tu es romantique ce soir.
– Oui, ce doit être parce que je suis fatigué.
– J'aime bien quand t'es fatigué.
– Moi, pas trop.
– ...
– ...


– Et tu rêves quand t'es fatigué ?
– Ça dépend. En général, oui. Jamais des cauchemars, en plus.
– Dans ce cas : beaux rêves.
– Toi aussi.


Elle sourit. Pendant 8 secondes et 7 dixièmes, elle a cessé de penser à Personne.
Elle va peut-être pouvoir enfin trouver le sommeil.

jeudi 28 juin 2012

Le point de vue des 807.

                    Le plus remarquable quant au joyau des quelques (mais pas tout à fait) 807 tableaux de la Renaissance Italienne du Louvre, La Joconde, est que cette toile mesure 53,8 cm x 75 cm, ce qui représente une surface de cinq fois 807 cm² précisément. Il ne faut pas voir là de hasard, mais un signe, très simple, astucieusement encodé, représentant la seule véritable énigme du palais et de la vie du peintre et ingénieur, un signe, qui traversa les siècles, que Leonardo di ser Piero da Vinci lui-même adressa directement aux 807.


                   Cette toile, bien antérieure à nous, a créé les 807. Oui, nous pouvons dire : Maman Mona et Papa Léonardo sont nos vrais ancêtres, d'où nos indéfinissables sourires et notre génie permanent.


                   Quant à Véronèse, là, derrière, incapable de représenter 807 personnages sur Les noces de Cana (65,934 m²), il est bien ridicule. 

mercredi 27 juin 2012

La mère morte


                 Je côtoyais une vieille, ridée, usée. Elle avait perdu son homme comme son sourire. Sa vie sans sens ne tenait même plus à un fil.
                 Je l'ai connue, droite et fière au côté de notre père. Elle traçait le sillon de notre vie dans lequel nous voguions confiants. Lui, inventait des routes et nous embarquait dans ses aventures. Elle était son matelot, son second et notre capitaine. Souvent, nous partions vers le lointain à l'écart de la petitesse des hommes, vérifier si les étoiles étaient toujours là avec l'infime espoir d'apercevoir quelques fulgurantes filantes. Au retour, notre mère s'installait à la barre, le père à la proue, et scrutant le couchant, il rêvait : "un jour, nous irons là-bas…" Un soir, une mer plus malicieuse que d'habitude, eut raison de notre chétif récif, rétif au clapot claquant des vagues moqueuses. Les flots fous entravèrent peu ou prou notre étrave. Puis, la carcasse de notre père sombrant dans les abîmes bleus glacés de l'océan, ses yeux vitreux cherchant nos regards embrumés, quelques mots criés… de muettes… bulles d'air…

                La vieille femme se mit alors en tête d'aller là-bas. Là où la mer tombe comme une cascade infinie, où s'échouent tous les hommes et les bateaux perdus. Le bout du monde se situait à 807 milles, et autant de jours pour y parvenir. Je sentais que rien ne pouvait empêcher ma mère de partir pour le grand voyage.

mardi 26 juin 2012

Tonnerre de Brest !


               C'est un soir de zef, de tonnerre et il pleut comme vache qui pisse. Elle fait genre je lis des classiques, mais en vrai c'est "Les hauts de Hurlevent" en BD.


                Y a du grabuge dehors, ça tonne sécos et ça éclaire de partout façon quatorze juillet. Le vent vicelard envoie 807 gouttes teigneuses par le cadre déglingué de sa fenêtre.


               Le tonnerre fait sursauter comme un épileptique et ce putain de mistral tue les esgourdes si fort qu'on entrave que dalle au gong du soir.

lundi 25 juin 2012

Un lapin, deux lapins, trois lapins …


                 Bien avant que la loi interdise de faire souffrir des animaux pour la nécessaire beauté d'une scène, la règle du jeu l'autorisait.


                 Ce jour-là, 807 petits lapins sont tombés au champ d'honneur du cinéma.


vendredi 8 juin 2012

Madison avenue, New York, NY

                     Le taxi remonte Madison avenue. Il a pris les deux passagers français à l'aéroport JFK. Il est passé par le Queens Midtown Tunnel, il vient de la 37e rue. Le couple qu'il transporte ne se connaît que depuis quelques semaines. Elle a trente ans de moins que lui. Ils se sont rencontrés sur un tournage en Martinique. L'acteur se prénomme Gérard. Nous tairons l'identité de la jeune femme qui se débat actuellement pour obtenir la garde de sa petite fille. Les amants s'offrent une escapade newyorkaise loin des paparazzis. Un ami de Gérard, un producteur, leur a prêté son appartement. L'acteur aurait préféré un quartier plus trendy. Mais au moins il pourra aller à pied faire son jogging dans Central Park. Le taxi s'arrête au numéro demandé. On sait lequel.


                       En sortant du véhicule, il tombe sur façade étonnante, fêtant son arrivée : « Lanvin to New York with love. Coming soon ». Le choc est tel qu'il porte sa main à son cœur avant de s'effondrer. Sa compagne, affolée, compose immédiatement le 911 pour demander une ambulance. Quelques minutes plus tard, qui lui ont paru des siècles, une sirène hurlante s'approche rapidement d'eux.


jeudi 7 juin 2012

Malédiction


                    Elle se dit parfois que c'est une malédiction d'être un humain pensant et voudrait se décérébrer pour ne plus souffrir, ne plus rien sentir.

                  
                    Comment supprimer la douleur ?


                    Embrasser 807 fois l'idée de...

mercredi 6 juin 2012

Comptabilité.

 
               40 jours sans le voir, 7 jours sans lui parler, 48 heures sans lui envoyer le moindre message.
 

                
               Elle tenait sa comptabilité de manière rigoureusement scientifique, chaque heure, minute, seconde passées loin de lui comme une petite victoire à son actif.

                 

               Omettant toutefois le passif : 807 clics spasmodiques pour voir si elle avait un message.

mardi 5 juin 2012

Cuisine et dégoûtance


           On ne sait pas pourquoi Alice, trop lasse, n'a pas recopié dans son cahier de recettes celles du guacamole bio et des rillettes de harengs...

           On soupçonne que soudain elle en a eu plus qu'assez  de faire la cuisine.

           On l'aurait invitée au restaurant, elle aurait dit "merci " 807 fois au moins ( elle en rajoutait souvent ). Mais elle est morte avant que quiconque en ait eu l'idée.

lundi 4 juin 2012

8th avenue, New York, NY

                 Nous sommes loin de Londres, et encore davantage d'Olympie. Mais pourquoi ne pas faire partie de la fête ? C'est ce que pense le patron d'un diner de la 8e avenue. Il a décidé d'organiser une « soirée flambeau ». Tous les clients sont invités à se passer la flamme Olympic pendant leur repas.


                Seulement l'alcool aidant, la soirée a vite dégénéré et la fumée noire commence à s'échapper par les fenêtres et la porte. Le feu semble déjà se propager au 1er étage. Une sirène hurlante s'approche maintenant rapidement de l'établissement.


vendredi 1 juin 2012

Park avenue, New York, NY

                Nonobstant sa laideur et son extrême débilité, le chien qui promène sa maîtresse le long de l’avenue, porte fier. Le couple, tels des inséparables, ne pourrait se passer l’un de l’autre. Le chien est devenu dépendant de la nourriture livrée par un traiteur chic de Lexington avenue. D’aucuns, riant sous cape, relayent régulièrement la rumeur selon laquelle la pâtée de luxe serait épicée d’un peu de cocaïne, la maîtresse ayant déclaré que ce qui était bon pour elle était bon pour lui. Cette dernière ne survivrait pas sans son chien qui l’accompagne chaque instant dans la solitude d’une femme mariée à un richissime homme d’affaires toujours par monts et par vaux à la recherche de nouvelles opportunités de croissance. D’aucuns, légèrement langue de pute, relayent continuellement la rumeur selon laquelle le canin remplacerait aussi le mari dans des activités résolument intimes, la maîtresse ayant déclaré que ce qui était bon pour lui était bon pour elle. Il se dit aussi qu’un concurrent du malheureux mari aurait porté ces pratiques à la connaissance des autorités.

                Le couple remonte donc l’avenue pour rejoindre leur immeuble. Une sirène hurlante s’approche maintenant rapidement d’eux.
 
 
 

jeudi 31 mai 2012

5th avenue, New York, NY



                           Il arrive tranquillement, on ne sait pas d'où, avec un escabeau sous le bras. Il s'arrête à l'angle de la 62e rue et de la 5e avenue, devant un bâtiment en briques rouges. Il ne semble pas inquiet, il tourne le dos à Central Park et s'assure néanmoins qu'il n'y a aucun policier alentour. Il jauge l'immeuble et pose son escabeau près du mur. Il monte jusqu'à la limite de la pierre et des briques. Il sort un ciseau à pierre pas très large et une petite massette de son sac à dos et il commence à creuser.


                          Les propriétaires avaient décidé de snober la 5e avenue en installant l'entrée au numéro 2 de la 62e rue. Un mur de briques fermant maladroitement l'ancienne entrée sur l'avenue. Il ne supportait pas ce passage du numéro 800 au numéro 810. Il descend de son escabeau, fier d'avoir réparé l'affront. Une sirène hurlante s'approche maintenant rapidement de lui.

mercredi 30 mai 2012

Cloaquement

                  Allongé qu'il était dans le couloir du métro de la station Saint-Michel, Vladimir se releva péniblement avec sur ses épaules le poids de toute la peine du monde dans sa totalité. Dans cette première phrase, je voulais également dire qu'on était à Paris. Et là, pour finir mon introduction, je voudrais aussi rajouter le mot magique 807 comme pour qu’on me donne l’autorisation et que j’en suis débarrassé. Oh, c’est beau.

                 Puis je peux reprendre tranquilou : alors qu'il était totalement ivre dans sa tête parce qu'il avait absorbé beaucoup d'alcool, je veux dire par là des litres et des litres et encore des litres. Oui énormément. Alors qu'il avait réussi à se mettre debout sur ses deux pieds comme un vrai homme et plus comme un animal. Vladimir, il scruta toutes ces personnes qui attendaient debout la prochaine rame de métro en direction de Perpignan. Il commença à avancer vers ces gens bien distingués sous tous leurs rapports. Mais ce jour-là, je ne sais plus si c'était un jeudi ou après, Vladimir, il avait un problème car il émettait une odeur pestilentielle vraiment très forte. Et bien, l'odeur mauvaise provoquait le fait que les gens beaux et majestueux, ils reculaient sur son passage quand il avançait dans leur direction. Vladimir était une grosse baraque haute comme la tour Eiffel, un peu flasque à cause de sa vieillesse et de ses cheveux gris et salissants. Mais là, que des gens s’écartent sur son chemin, ça le touchait dans son orgueil au plus intime, car même sous terre, quand on est un clodo comme lui, je veux dire très loin dans la déchéance, il reste quelque chose de l'orgueil qu'on avait à l'initiale, à sa naissance. « Bande de charognards qu'il disait, je vais vous chier dessus, allez en enfer ! » Il était minuit passé dans ce métro, toujours à Saint-Michel-de-Provence. Vladimir avait un collègue de fortune Hervé, et celui-là également avait bu toute la journée entière, et il était allongé sur le dos, la tête tournée vers le plafond voûté. Alors, le collègue, il avait la bouche ouverte et il dormait avec les deux yeux fermés. Je reprends : il avait la gorge sèche le Vladimir et voulait boire des litres et des litres de gros rouge. Il fouilla dans les affaires de son camarade pour tenter de trouver son remède précieux. Il faisait les poches pour trouver un peu de monnaie mais là encore il trouva rien qui puisse l'arranger dans sa recherche.

                   Khrouchtchev fut très furieux et même très dans la colère noire. Alors pour se soulager, il tenta de baisser la braguette de son pantalon, qui était déjà baissée d'ailleurs, car cela faisait bien longtemps qu'elle marchait plus. Après, il sortit son sexe directement de son pantalon, car chez lui, à l'intérieur, on ne trouvait pas de slip comme chez des gens ordinaires. Et alors, vous allez voir ce qu'il a fait, et devant tout le monde, des choses que normalement on fait dans l'inimité : Kroutchev commença à uriner dans la gueule entrouverte de son collègue allongé sur son dos.

mardi 29 mai 2012

Estime de soi

A l’ombre des marronniers, délestés de leurs fleurs en grappe roses et blanches, si coupables des allergies des hommes, un moineau vient, pour la 807ème fois depuis le début de l’année, de piquer la plus grosse des miettes de pain que s’apprêtait à croquer le lourd pigeon. Le moineau sautille de l’autre côté d’un caniveau asséché et le pigeon, aux flancs ronds comme une tirelire pleine, vient de découvrir ce que la psychologie moderne qualifie de mauvaise estime de soi.

             Pris dans les remous d’eau, des os de poulet carbonisés sont engloutis. A hauteur de caniveau, les fondements d’un radeau pour la liberté viennent de sombrer. Le moineau ne peut s’empêcher de penser que son jour viendra.

              A hauteur de pigeon, la valse des chaussures toutes pareilles donne le tournis et la nausée. Son œuf le plus récent s’est brisé hier, l’eau a gonflé les caniveaux et, même en plein cœur du quartier chinois, les brisures de riz se font rares.

lundi 28 mai 2012

Fausse route


                  Les cartes s'étalent devant toi. Tes yeux suivent les veines sinueuses des fleuves, tes mains devinent le relief sous les contours bruns. Des routes sillonnent le papier, tu imagines le paysage cerné par la bordure du pare-brise qui s'obscurcit au fil des kilomètres, le ruban d'asphalte dévidé derrière toi...
 

                 Les berniques rêvent d'être caressées par le soleil quand la mer se retire. Soudées à leur rocher, elles hésitent entre la fermeté rugueuse de la pierre et la promesse incertaine du vent. Elles aimeraient peut-être se laisser aller à autre chose, comme se détacher pour glisser sur le sable et être entrainées par la bise.



                  ... à l'écran tu traces des lignes de tableau tout le jour concentré devant l'ordinateur. Tu te lèves pour te dégourdir les jambes, ne serait-ce que pour aller jusqu'à la machine à café. Des sensations de la route te reviennent, imprécises ; tu les chasses d'un revers d'absence. Tu ne veux rien avoir affaire avec ce rêve qui, pour la 807e fois ce matin, cartes entassées au pied du lit, est venu s'échouer.

vendredi 25 mai 2012

Digression


        
        Ce qu’aime le joueur ce n’est ni gagner ni perdre mais se refaire au moins 807 fois, là où l’angoisse côtoie le plaisir. Ce qu’il aimait lui, n’était ni être avec quelqu’un, ni être sans quelqu’un, mais réussir à quitter quelqu’un pour être avec quelqu’un d’autre. Depuis lors, il vivait sa vie sur le mode exquis de la tentative d’évasion. 

             Quant à moi, j’ai toujours voulu partir mais je n’ai jamais réussi à dépasser les grilles du jardin. 

             Pardonnez-moi, je sens que je digresse, mais ça me fait plaisir.

jeudi 24 mai 2012

"J'sais pas quoi mettre"

         
           C'est chaque fois pareil, le même atroce constat : plus rien ne lui va, elle sera forcément moche et engoncée. Ses placards, ça fait huit heures qu'elle les passe à la question, et comme elle se sent nulle, ça fait, en plus, sept minutes qu'elle pleure.

           Et puis, effondrée parmi les dentelles qu'elle collectionne depuis si longtemps, elle trouve la chose qu'elle mettra par dessus et pas dessous et qui le mettra sens dessus dessous…
 
 
 
 

mardi 22 mai 2012

Nénuphars et grenouilles.

                  Le couple ne s’entendait plus. Ses malentendus devenaient quotidiens. De jour en jour, ses pensées s’entrechoquaient, ses corps s’irritaient, ses jeux devenaient sérieux, ses joies s’échappaient, sa détresse éloignait ses amis, ses discussions s’évaporaient. Le couple avait l’habitude de se promener dans les cimetières à la recherche de ses regrets éternels.


                  Mais un jour le couple alla flâner ailleurs qu’au cimetière et découvrit un bassin, des nénuphars et des grenouilles (807 sans doute). Le couple noya sa solitude dans la contemplation des scènes aquatiques qu’offrait le lieu. Un lieu magique où la poêle à frire ne se prend pas pour un nénuphar.


lundi 21 mai 2012

Félou.



                Tes yeux émeraude brillent dans le vide que tu laisses, ta fourrure douce et chaude réchauffe encore ma main.

         
Tu as fait le saut de l'ange, te prenant pour le tigre que je te soupçonnais d'être dans les rêves qui te faisaient tressaillir sur mes genoux, ton petit corps tout agité de soubresauts.

          
807 fois j'aimerais refaire le chemin en arrière pour te serrer contre moi.

vendredi 18 mai 2012

Un autre brin d’herbe.

Les pancartes « pelouse au repos » ont été retirées.
 
Le soleil inonde le parc et sa verdure.
 
A la fin de l’été, 807 enfants auront foulé ce brin d’herbe.
 
 

jeudi 17 mai 2012

grand marché



Dans le chaos urbain, des auteurs agissent
Et loin du grand marché, large site utérin
Ainsi l'inspiration et des mots qui surgissent
Non tout n'est pas marchand, ne pas vendre pas de reins
Traquer la rime là, ailleurs des chiens rougissent
Ici tracer des mots, les sculpter au burin.


Étalages de fruits, 807 veaux mugissent
Arrivage de poissons, de légumes et de grains
Pas loin des écrivains, ils transpirent et vagissent
Se creusant la cervelle, élevant des vérins
De l'imagination, mais pourvu qu'ils rougissent
Des trésors révélés, voir des poèmes marins.


Zone banlieusarde, peu de gens y agissent
Ici ça ne vaut rien, trop de mauvais terrains
Ou traînent les vauriens, jamais ne s'assagissent
Y naissent des légendes et contes vipérins
À l'ombre de Paris, que l'esprit s'élargisse
Et que chantent demain de beaux alexandrins...

mercredi 16 mai 2012

Flaubert éclaire



Petit hôtel très agréable et d’un prix raisonnable. Accueil chaleureux, petit déjeuner copieux, décor charmant et plein de trouvailles raffinées. Note : 18/20.
Il n’a pas emporté de lecture. Tant pis. Demain, il cherchera une Librairie-Papeterie-Journaux. Il s’ennuie. Il examine attentivement le plan d’évacuation en cas d’incendie accroché sur la porte. Il rêve dessus, ébauche un synopsis : Panique au 807ème étage. Il ouvre le tiroir du meuble de chevet, mais la Bible y dort déjà. Le pied de la lampe de bureau est un peu étrange. La longue tige de cuivre qui porte l’ampoule et l’abat-jour s’élève fièrement d’une pile de vieux bouquins qu’elle transperce au passage. Il relirait bien Madame Bovary. Mais pas moyen, tout est solidement fixé. On a empalé Flaubert entre Max du Veuzit et Paul Bourget.
Elle étudia, dans Eugène Sue, des descriptions d’ameublements.

mardi 15 mai 2012

Transhumance



                         Un matin elles sont là barrant l'horizon. Des excroissances métalliques surgies du sol, deux fois la hauteur des arbres, qui surplombent les toits. Aux chemins de roulement s'accroche la lumière d'une fin d'après-midi, plus tard ce sont des oiseaux amputés qui projettent leurs ombres sur le quartier. Cabines de commande éteintes, immobiles toujours, même le vent n'y peut rien. Un soir pourtant les bras des grues pointées comme des canons de revolver.
 
 
                         Tôt sur le chantier, un homme traîne pour ramasser un papier par-ci, une canette par-là. On dirait un épouvantail dans ses vêtements trop larges mais les oiseaux ont déjà fui les bruits des machines qui retournent le quartier : murs coupés en tranches, blocs de bétons rendus à terre, gravats.
 
 
                          L'homme traverse le chantier, s’en éloigne. Il longe des palissades, piétine des flaques d'eau, traverse ce qu’il reste des rues. Et bientôt c'est la fin des trottoirs, il faut continuer sur le bord de la route qui s'élargit et se découpe en plusieurs voies. Panneaux, voitures, poids lourds. Poids lourds, voitures, panneaux. Il continue. Plus loin. 807 pas encore. Jusque derrière des hangars où des dizaines de tentes ont poussé. Et de drôles d’oiseaux décollent, entre la ville nouvelle et l'aéroport.

lundi 14 mai 2012

Envol


Quand elle sera grande, elle sera danseuse étoile. Ou vétérinaire. Ou maîtresse d’école. Pour l’heure, elle enfile collant, tutu et chaussons roses. Maman lui a tricoté un cache-cœur en mohair de la même couleur, aussi doux qu’un chat mais moins dangereux. Dans le vestiaire étroit, les filles terminent de se préparer. On entend le piano et la voix de Melle Beck dans la salle de danse. On a envie et peur tout à la fois. Envie de sentir dans sa paume la barre de bois lisse et ronde, de commencer les exercices d’échauffement, sans oublier les mouvements du bras, une légère inclinaison de la tête, envie de cette grâce que l’on sent monter en soi, ne plus être la petite fille pataude qui trébuche en courant, laisse glisser de ses mains verres et assiettes, se cogne dans les meubles, envie de se laisser guider par le piano, suivre son rythme, son tempo, être toute entière à l’intérieur de son corps et ne penser à rien d’autre qu’aux muscles qui s’étirent, aux bras qui s’allongent, aux articulations qui craquent. Et peur de la badine de Melle Beck qui frappe les mollets pas assez tendus, les épaules rentrées, les ventres en avant. Il y a une photo d’elle accrochée au mur. Elle y porte un long tutu de mousseline blanche, le rêve de toutes les filles, dans une révérence gracieuse, les bras repliés, croisés sur son cœur, le visage de profil elle sourit, une grande douceur sur le visage, elle est belle. C’était il y a très longtemps.

Toutes les danseuses se disposent en ligne, pour les sauts. C’est le moment du cours qu’elle préfère. Le piano lui-même est plus joyeux, plus vif. Position de départ le dos bien droit, les bras en couronne au niveau du nombril, en troisième, pied droit devant, genoux pliés. Au signal, détente, elle s’élève au-dessus du sol, les jambes bien droites, au moment de retoucher le sol, passe le pied gauche devant le pied droit, et atterrit genoux pliés avant de repartir aussitôt. Elle enchaîne les sauts avec légèreté, elle se sent comme une flèche lancée vers le ciel, en apesanteur, elle s’élance toujours plus haut, hop et hop, à chaque saut elle dépasse ses camarades d’une tête, son visage est rouge sous l’effort, elle vole, elle est heureuse, elle est un oiseau.

Au huit cent septième saut, elle disparut dans un nuage.

vendredi 11 mai 2012

La fleur de l'âge




            Elle aimerait se teindre les cheveux en blond, grandir de pas tout à fait neuf centimètres, aller à Valparaiso, recueillir un chien perdu. il n'écoute que d'un oeil.

            Il dit " tu crois ? " avant d' arrêter sa voiture au bord de la route, comme s'il avait brutalement compris quelque chose d'important .





jeudi 10 mai 2012

La demande


         Les pétales recouvraient tout le sol du salon. Il sourit. Un jour, il lui avouerait qu’il les avait comptés, ces pétales arrachés un à un aux brassées de roses, faisant 807 fois le même vœux.

         Elle ne se doutait de rien. Ce soir-là, elle gravit les escaliers deux par deux, impatiente de se retrouver avec lui, comme chaque jeudi, sur ou sous les draps de satin qu’ils avaient choisis ensemble. Quand elle vit encadrant la porte deux petites bougies, elle se dit qu’il allait lui jouer le grand jeu et en fut tout émoustillée.

         Il avait imaginé des larmes, ou un visage béat. Mais ça, non, il ne l’avait pas prévu : elle avait l’air singulièrement emmerdée. « Ah, mais là, tu me prends au dépourvu, je ne sais pas, il faut que je réfléchisse. » Après tout, c’était quand même un de ses meilleurs amants.


mercredi 9 mai 2012

Mangeur de papier. Voyage en Transsibérien.

Quinze jours sur une île en compagnie du plus sinistre mangeur de papier, tenant du tout numérique, du tout virtuel, pour ne pas dire irréel, irréaliste, rêveur, dangereux révolutionnaire rouge au couteau entre les dents, quinze jours à publier l'habituel triptyque non plus à minuit mais à une heure décalée, même pas dans le bon sens, juste pour se faire remarquer et faire lambiner les malheureux fans (pas nous, et heureusement qu'ils sont si peu), quinze jours à parler de la faune et la flore, si insulaires, si peu métropolitaines mais tellement "autofictives" sans doute, tu vois, quinze jours pour un écrivain qui se vante, avec un snobisme qui n'a d'égal que la difficulté à taper l'URL de son blog saturée de tirets comme un train l'est de voitures et de tampons les séparant, de n'avoir rapporté aucun livre de son voyage en Transsibérien mais qui ne se gêne pas pour nous abreuver de clichés et d'images douces ou amères sur la Réunion, quinze jours qui, s'ils étaient 807, m'auraient forcé à aller là-bas couper au port de Saint-Denis le câble qui alimente l'île en internet.


Quinze jours et vous verrez qu'au bout du compte il n'y aura rien, pas un mot, sur cette France qui souffre, cette France du travail en bureau, cette France qui s'endort aussi bien en lisant l'Autofictif que lors des interminables réunions du lundi matin.


Je suis résolument contre le faux nouveau principe de la saison 4 des 807, cette histoire de triptyque me rappelle trop de souvenirs, trop de systèmes, trop de facilités et toujours je m'y refuserai !

mardi 8 mai 2012

floche

perlé filandreux nuagesque poisseux. vladje y était. elle l'avait vue. elle avait tenté de s'en protéger mais aucun moyen. quelque chose comme de l'inexorable s'enroula, se déforma volutes, disparut presque comme nuage soufflé et réapparut lambeaux. c'était presque soyeux mais une matière souple extensible rétractable disparaissante renaissante de ses brumes. il y avait du bruit de musique. certains disaient que de danger pas du tout. il y avait des petits avions colorés qui décrivaient des cercles. il y eut des coups de feu. on chercha qui était mort.


la veille on avait entendu quelqu'un, clope au bec, lunettes avec verre droit obstrué par morceau de papier cartonné noir, un peu entamé par l'alcool semblait-il, marmonner des bribes bricoles et autres fichaises. certains distinguèrent dans le magma fleurant gewurztraminer les mots merlan, cresson, fontaine, rateau. certains se demandaient si cet homme avait ou non, en tête et avant qu'il fût écrit, le premier paragraphe. d'autres répondirent : aucun lien.


au jardin épeire fasciée tissait soie. il fallait que les oeufs passent l'hiver dans des conditions favorables. alors travaillait à couches successives. première couche, puisque oeufs pondus en suspension : maintenir les oeufs sur leur support. deuxième couche : soie floconneuse légére pour chambre couveuse bien chaude aux petites nouvelles à l'abri du froid. puis soie très rigide : consolidation. puis protection des prédateurs : couche de camouflage marron. 8 heures pour construire ce cocon. épuisement. épeire fasciée va bientôt mourir. sa descendance est assurée. certains observateurs débusquent 07 minutes dans le cocon de l'adverbe.