Il fait froid. Juste froid. Pas froid froid, encore moins très froid. Ni même froid piquant. Certainement pas froid humide. Non, juste ce petit froid qui nécessite écharpe et gants, mais pas encore bonnets et doudoune. Un manteau suffira. L'autre jour il faisait froid-gelant. Mais ce matin, pas besoin de gratter le pare-brise. Je dirais du froid d'aujourd'hui qu'il est le degré zéro du froid. Ce qui n'a rien à voir avec le zéro du thermomètre, attention ! Le froid-zéro du thermomètre peut vite se transformer en froid glacial pour peu qu'il y ait du vent. Le vent, l'allié sournois du froid. Du moins, de mon froid. Le froid que j'aime : celui d'aujourd'hui, le « juste froid », pas d'humidité, pas de vent. Le froid humide : l'ennemi de mes cervicales. Celui qui nécessite foulard plus manteau plus écharpe. Mon froid préféré ? le froid du café en terrasse en février. Celui là, il est accompagné de soleil, un pied en hiver l'autre au printemps. Le pire froid que j'aie rencontré ? L'hiver dernier. Il faut dire que j'avais fait fort : une après-midi au Pic du Midi, vent et neige conjugués. J'ai cru mourir. Inutile de dire que je ne mettrai jamais les pieds au-delà du cercle polaire. J'ai vu la météo, ce soir, avant les infos. On prévoit du froid demain sur la France. D'accord, mais quand même, ils pourraient préciser quel froid !
On dit qu’un « nez » en parfumerie peut mémoriser jusqu'à deux mille parfums. Je crois pouvoir dire sans exagérer que je distingue 404 nuances de froids. Et pour le chaud ? Un peu moins. 403 pour être précise. Voulez-vous que je vous en parle ?
Déclinaisons d'un aphorisme d'Éric Chevillard. "804… 805… 806… j’avais très rigoureusement repris le compte des herbes de mon jardin en pliant celles-ci au fur et à mesure, cette fois, afin de ne pas me tromper, mais à la 807ème ortie, ma main enflée, engourdie de douleur, n’est seulement plus capable de bouger les doigts, j’abandonne."
mardi 31 janvier 2012
lundi 30 janvier 2012
Prédatrice
Elle contemple longuement sa silhouette dans la psyché et ne se reconnaît plus dans les reflets filtrés par les rideaux de la chambre. La porte s'ouvre, venant du long couloir une volute de poussière s'étire et, portée par un souffle infini, s'immisce dans le boudoir. Elle tend la main vers le miroir et caresse une à une les rides de son visage. Elle regarde le chat noir se glisser en douceur dans la pièce. Il s'approche et se frotte à ses jambes. Un frisson comme une suave piqûre. Puis elle revient à elle, et remarque un léger changement dans la forme de ses pupilles, comme si elles s'arrondissaient enfin. Elle saisit délicatement le minuscule corps tressaillant entre les crocs du félin et, saisie d'un haut-le-cœur, le jette aussitôt. Le chat se carapate et disparaît comme aspiré par les 807 particules de poussière dorée qui ressortent de la pièce.
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Elle l'a toujours ignoré, elle ne veut pas le savoir, quelque chose de chaud et de palpitant éclot à l'intérieur de sa gorge, une voix rauque et puissante qui retentit à travers la pièce et appelle « Minou, minou » tandis qu'elle part en chasse. Dans le salon rouge, une brise acide soulève la gaze d'un rideau qui dévoile une place vide tandis qu'une ombre féline disparaît à l'angle du couloir.
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Elle l'a toujours ignoré, elle ne veut pas le savoir, quelque chose de chaud et de palpitant éclot à l'intérieur de sa gorge, une voix rauque et puissante qui retentit à travers la pièce et appelle « Minou, minou » tandis qu'elle part en chasse. Dans le salon rouge, une brise acide soulève la gaze d'un rideau qui dévoile une place vide tandis qu'une ombre féline disparaît à l'angle du couloir.
dimanche 29 janvier 2012
Une petite bottine

Un matin qu’Albertine était sortie avec Andrée, je restai un instant devant la fenêtre à contempler un troupeau de nuages maussades et songeai à l’insatiable appétit qui poussait ainsi les jeunes filles et les femmes à courir vers ces temples pavoisés où l’on célébrait au commencement de chaque l’hiver la dispendieuse fête des Aubaines et Ventes spéciales, et qui, aussi impérieusement qu’une divinité archaïque, les appelait à se presser sans retard devant des autels chatoyants tout couverts de lourdes soieries nacrées. L’envie me prit d’ouvrir la garde-robe de mon amie comme pour y chercher une réponse à cet inexplicable élan, et je les vis alors, amoncelées sur le fond de la penderie, sombre trophée de guerre, avec leurs crochets d’or fauve, leurs mignonnes semelles lisses et leurs fins cuirs crispés qui à mes yeux fatigués semblaient décliner les nuances successives d’un ciel nocturne. Je les sortis une à une et les réunis en paires, jusqu'à couvrir le parquet d’un régiment fantôme dont n’auraient subsisté que les brodequins, mais l’une d’entre-elles, la huit cent septième, demeurait solitaire. Ma jalousie se réveilla, douloureuse et pesante à mon cœur. Cette bottine absente, oubliée sans doute par Albertine dans quelque lieu de perdition, me contait sa trahison et l’ampleur de mon infortune.
samedi 28 janvier 2012
Visual numerosity estimation system
Jusqu’ici l’être humain ne partageait cette faculté qu’avec les poissons et les lions. En l’occurrence, il aurait dû être seul sur le coup : sans parler des poissons, hors jeu pour des raisons environnementales évidentes, les félins, davantage programmés pour calculer (dans tous les sens du terme...) les herbivores plutôt que leurs chères herbacées, n’y auraient pas jeté le moindre coup d’œil.
Mais quand le chercheur du labo d’Intelligence Artificielle fit glisser sur l’écran l’image d’un carré de ray-grass il n’y eut même pas de pause sablier avant l’estimation (806 < x < 808) donnée par ce pauvre dyscalculique de réseau neuronal simulé.
Mais quand le chercheur du labo d’Intelligence Artificielle fit glisser sur l’écran l’image d’un carré de ray-grass il n’y eut même pas de pause sablier avant l’estimation (806 < x < 808) donnée par ce pauvre dyscalculique de réseau neuronal simulé.
vendredi 27 janvier 2012
Au café, 1
C'est bien simple la programmation FM de la muzak : chaque morceau d'une base de données de 8 tubes (objet creux) choisis parmi 7 artistes (rentiers) d'une maison de disque (zéro) passe 807 fois par jour.
Si je demande au serveur une paille pour boire le verre d'eau qui accompagne mon café, il se rendra bien compte du ridicule de son service : le verre est si petit que la paille ne rentrera jamais !
Si je demande au serveur une paille pour boire le verre d'eau qui accompagne mon café, il se rendra bien compte du ridicule de son service : le verre est si petit que la paille ne rentrera jamais !
jeudi 26 janvier 2012
Fin du fin
Plus on s’approchait, plus on savait que ce serait la fin. Pas la fin de la faim. Non, la fin, the end, le néant après l’espoir, l’espoir insensé que ce gâteau avait provoqué en notre bouche, sur notre langue, dans notre salive.
Il était énorme quelques minutes seulement auparavant, escalier géant de crème fouettée. Mais quand le Président avait dit : « Le buffet est ouvert », la horde des congressistes, 807 d’après le listing de l’entrée, s’était précipitée. Avait saisi fourchettes et cuillères et avait attaqué : avec la fourchette, piquant la main ou l’avant bras des collègues les plus rapides ; avec la cuillère pour tailler dans le blanc mousseux et floconneux.
Et moi, dans mon fauteuil roulant, avec la tendre collègue qui m’accompagnait, j’avais beau essayer d’avancer, quitte à rouler sur quelques orteils, les culs et les dos des hommes debout et vêtus de noir me barraient le passage vers la table qui semblait rapetisser. J’observais le sommet de chantilly disparaître, s’écrouler sur sa base. Et une jeune femme, pas assez rapide par rapport au groupe, se jeta dans un magnifique saut de l’ange sur la table. La foule s’écarta alors. Et pour moi, il n’y avait plus rien.
Il était énorme quelques minutes seulement auparavant, escalier géant de crème fouettée. Mais quand le Président avait dit : « Le buffet est ouvert », la horde des congressistes, 807 d’après le listing de l’entrée, s’était précipitée. Avait saisi fourchettes et cuillères et avait attaqué : avec la fourchette, piquant la main ou l’avant bras des collègues les plus rapides ; avec la cuillère pour tailler dans le blanc mousseux et floconneux.
Et moi, dans mon fauteuil roulant, avec la tendre collègue qui m’accompagnait, j’avais beau essayer d’avancer, quitte à rouler sur quelques orteils, les culs et les dos des hommes debout et vêtus de noir me barraient le passage vers la table qui semblait rapetisser. J’observais le sommet de chantilly disparaître, s’écrouler sur sa base. Et une jeune femme, pas assez rapide par rapport au groupe, se jeta dans un magnifique saut de l’ange sur la table. La foule s’écarta alors. Et pour moi, il n’y avait plus rien.

mercredi 25 janvier 2012
Mieux vaut tard que jamais
Excédés par l’intempérance d’un ado de quinze ans encore accro à son biberon, les parents d’Octave Milui l’expédièrent chez un psychologue qui s’étonna de le voir si immature et si peu causant alors qu’on le savait, il avait prononcé son premier mot précocement à 1 mois 5 jours et 15 heures (il était né à minuit exactement, un 31 janvier, la veille d’une année bissextile). Encore ! avait hurlé Octave en recrachant un débris de la tétine du biberon qu’on venait de lui arracher. Soumis à une frustration définitive, Octave l’insatiable se rendit progressivement aux exigences de la société et se fondit peu à peu dans la masse résignée des citoyens lambda. Rapide à oublier, lent à réagir. Comme tout le monde.
Qu’on soit faible ou puissant, personne ne comprend très vite le monde qui l’entoure. Octave mit, lui, 67 années exactement – si on oublie les trois mois d’hésitation pubertaire où, privé de suçotement, il fut carrément tenté par le suicide – à considérer que la vie vaut d’être vécue, quelle que soit la qualité de nos dents, la taille de nos jambes et malgré la dictature financière mondiale, moloch insatiable qui errera bientôt sur une terre désolée. Un beau matin, il rejoignit la foule hurlante et participa à la révolution en marche. À pas lents mais décidés. Encore une victoire de l’optimisme !
Qu’on soit faible ou puissant, personne ne comprend très vite le monde qui l’entoure. Octave mit, lui, 67 années exactement – si on oublie les trois mois d’hésitation pubertaire où, privé de suçotement, il fut carrément tenté par le suicide – à considérer que la vie vaut d’être vécue, quelle que soit la qualité de nos dents, la taille de nos jambes et malgré la dictature financière mondiale, moloch insatiable qui errera bientôt sur une terre désolée. Un beau matin, il rejoignit la foule hurlante et participa à la révolution en marche. À pas lents mais décidés. Encore une victoire de l’optimisme !
mardi 24 janvier 2012
L'enfer c'est les nombres
Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il est hanté par le nombre 807. Il le voit partout. Dehors, chez lui, en lui, les chiffres sont imprimés dans tous les sens ; ils gravitent... à l'envers, à l'endroit, à tout bout de champ, pour tout, pour rien, pour n'importe quoi... C'est dingue comme le monde est constitué de chiffres... Quelle en est leur valeur ? À quoi bon quantifier, mesurer, énumérer, calculer ? Ça y est... maintenant, il va jusqu'à en faire de la philosophie de bas étage ! Il décide de sortir pour prendre l'air. Dans la rue, surtout ne pas regarder les numéros de porte, les prix dans les vitrines... compter sa monnaie... Évidemment, il fallait que la baguette de pain soit à 0,85 euro ! Il avait joué ces trois chiffres au loto... les cocher pour les rayer de son esprit. Bien tenté mais perdu ! Et un café pour la table 7 ! Il vacille... Son cerveau part en vrille. Il rentre chez lui. Devant, une voiture garée est immatriculée 2807 AC... décidément, ces chiffres, un seul, par deux, par trois, dans l'ordre, dans le désordre, le poursuivent, le harcèlent... Que lui veulent-ils ? Faut se reprendre... il est fatigué... ce n'est qu'une mauvaise passe ! Il ouvre son courrier ; il a rendez-vous avec son banquier le 8 février... Ce n'est pas vrai... il délire... non, c'est inscrit là... noir sur blanc ! Il prend l'ascenseur. Heureusement, il habite au 3e étage mais inexorablement, il a fallu que son regard se pose sur les boutons 7 et 8 ! À 8h07, c'est la panique ! Il appelle Sophie et puis finalement non... impossible de composer le 0 préliminaire. Il se dirige vers son frigo, 7 yaourts l'attendent. Il se liquéfie en sueurs froides ! Faut qu'il se détende... de la musique, ça c'est une bonne idée... Oh, non, pitié... pas la 8e symphonie de Beethoven ! Il croit devenir fou... Faut qu'il prévienne son ami mais cet imbécile a accolé un nombre à son adresse mail : François80@shooting.com. Dans les 4 O, il ne peut s'empêcher de voir 4 0... mais bon sang ! Ah non, surtout pas 100... Il tremble... c'est l'impasse... il étouffe. En plus, comme fait exprès, il ne lui reste plus que 7 cigarettes. À ce rythme-là, il ne tiendra pas. Les chiffres le tueront bien avant le tabac. Il reprend son souffle... faut se calmer... penser à autre chose. Un livre, tiens, ça c'est une idée... et pas trop gros, l'histoire de ne pas tomber sur la page 807 ! Allez, il en tire un au hasard... le Folio 807 lui tombe des mains.

lundi 23 janvier 2012
mimosa
ce jour-là ça claquait dans un tunnel ça tapait ça bruitait rythmique ça morsait presque des coups sourds des coups aigus des sons longs des sons courts presque une volière mais peut-être des oiseaux mécaniques métalliques. vladje écoutait. il y avait des robes blanches un peu transparentes des chapeaux fins. il y avait des douleurs dans l'air. elle pensait pic-épeiche surtout ou pic-vert ou chevêche voire même grimpereau. elle vit quelqu'un de grand traverser un corridor et du bout de sa canne effleurer une sorte de chiffon brun informe qui dépassait d'un tiroir de la grande armoire entrouverte. peut-être le rêve matérialisé d'un cuir de bête posé près d'un caniveau à vaugirard ou à la villette.
la veille près du canal le pont tournant avait bougé. il avait révélé une portée de canetons. deux péniches passèrent sans que les oisillons semblent inquiétés. il en apparaissait encore et encore comme si la ribambelle ne devait pas finir. cela dessinait un ruban jaune et brun, mouvant, presque une nouvelle sorte de mimosa horizontal, vivant, un peu plus foncé que celui de bretagne ou de méditerrannée. quelq'un de curieux ou de méthodique ou de patient en aurait peut-être compté mille. quelq'un d'autre, sans doute dans les mêmes dispositions, mais avec plus d'à propos, affirma qu'il n'y en aurait que 807.
la veille près du canal le pont tournant avait bougé. il avait révélé une portée de canetons. deux péniches passèrent sans que les oisillons semblent inquiétés. il en apparaissait encore et encore comme si la ribambelle ne devait pas finir. cela dessinait un ruban jaune et brun, mouvant, presque une nouvelle sorte de mimosa horizontal, vivant, un peu plus foncé que celui de bretagne ou de méditerrannée. quelq'un de curieux ou de méthodique ou de patient en aurait peut-être compté mille. quelq'un d'autre, sans doute dans les mêmes dispositions, mais avec plus d'à propos, affirma qu'il n'y en aurait que 807.
dimanche 22 janvier 2012
Une bulle à la surface
L'homme au complet gris qui, chaque soir à 18h07, monte dans le métro à la station Pasteur, a les épaules basses et le regard éteint de ceux qui passent de longues journées dans un bureau sinistre. Ni cette femme plongée dans son livre, ni cet ado, les yeux clos, casque vissé sur les oreilles, ni cet homme tapant frénétiquement sur le clavier de son portable ne semblent remarquer sa présence, son existence. Chacun dans sa bulle.
Sa bulle, à lui, c’est un rectangle, un rectangle de lumière. Visage avidement tourné vers la vitre crasseuse, il attend que la rame sorte des entrailles de la terre pour s’élancer vers la station Sèvres Lecourbe. C’est là qu’il la voit, silhouette en filigrane se découpant dans la fenêtre vivement éclairée d’un immeuble haussmannien. Chaque soir elle revient, fidèle au rendez-vous tacite qu’ils se sont donné.
L’homme en gris ne vit plus que pour cet instant. Son visage s'anime, son regard s’illumine, ses épaules se redressent. Il se sent vivant.
Sa bulle, à lui, c’est un rectangle, un rectangle de lumière. Visage avidement tourné vers la vitre crasseuse, il attend que la rame sorte des entrailles de la terre pour s’élancer vers la station Sèvres Lecourbe. C’est là qu’il la voit, silhouette en filigrane se découpant dans la fenêtre vivement éclairée d’un immeuble haussmannien. Chaque soir elle revient, fidèle au rendez-vous tacite qu’ils se sont donné.
L’homme en gris ne vit plus que pour cet instant. Son visage s'anime, son regard s’illumine, ses épaules se redressent. Il se sent vivant.
samedi 21 janvier 2012
Les orteils d’Octave
Revenons-en aux orteils disproportionnés d’Octave. Marcher avec de tels appendices est un challenge à remporter chaque jour qu’on vit. Peut-être est-ce pour cela qu’Octave ne se décida à crapahuter sur ses deux jambes qu’à l’âge précis de 2 ans 2 mois et 19 jours. Et encore, pas de manière très sûre. L’infirmité n’était pas encore digérée qu’on s’alarmait des autres anomalies morphologiques d’Octave Milui. Ainsi vit-il sa première dent pousser exactement 13 heures et 27 minutes après sa fulgurante naissance (qui, rappelons-le, dura 13 minutes et 27 secondes, admirez la coïncidence numérique !) Une dent si longue et acérée qu’elle fut la cause immédiate et irrémédiable de la décapitation du téton maternel gauche. Pourquoi gauche, on ne le sut jamais. On se contenta d’éviter au droit le même sort en mettant Octave au biberon. Hélas, on sait que, même fabriquées en Chine et stérilisées à l’oxyde d’éthylène gazeux, cancérogène bien connu, les tétines valent leur prix. Octave, enfant ingrat qui se moquait bien de provoquer la ruine de ses parents en favorisant la fortune des vendeurs de tétines, ne lâcha son biberon qu’à l’âge ingrat de 15 ans 5 mois et 24 jours précisément.
Un jour de plus aurait probablement compliqué une adolescence déjà problématique.
Un jour de plus aurait probablement compliqué une adolescence déjà problématique.
vendredi 20 janvier 2012
807 avant notre air
Nous grattons la terre et nos poumons reçoivent un air encore plein de tout ce que nous voudrions tant connaître, odeurs, mots, chants. Puis nous expirons, sans avoir rien senti ni entendu.

jeudi 19 janvier 2012
Zone éphémère
La zone, ceinturée de barbelés où des miradors tiennent la garde. Elle choisit d’y pénétrer en suivant les couloirs souterrains du métro désaffecté quand un jappement retentit sur la gauche, plus temps de tergiverser, courir, droit devant, poumons brûlants, rejoindre le blockhaus, un bond, grimper sur l'escalier métallique en sentant derrière les crocs se rapprocher des chevilles. Elle claque la porte en fer du premier hangar, sent le corps du chien projeté contre le métal et ses aboiements à la mort redoublent. Elle reprend son souffle et sort de sa poche la clé. Celle qui va lui rendre son passé et libérer le futur de plus d'un, la clé du coffre Pandore aperçu au fond du hall, la clé qu'elle doit actionner en composant le code que Bogdan lui a soufflé avant de la laisser partir vers sa seconde mission : l'élimination de l'agent REZE (Réseau Éliminateur Zone Est). Elle enfonce la clé dans la serrure, s'apprête à taper le code sur le boîtier quand une masse compacte la heurte violemment, la laissant à terre sans connaissance. Gouffre de la mémoire, trou noir sans temps dont elle émerge avec assourdissant mal de tête, souffrance dans les côtes à chaque respiration, et devant au réveil l'homme dont on avait perdu la trace, l'agent REZE, dont le rire résonne un bref instant entre les synapses de son cerveau. À peine le temps de revenir à la surface de sa conscience qu'une giclée de tir illumine la pièce et terrasse l'agent REZE ; l'arme de Bogdan pointe dans sa direction.
807 respirations avant de passer l'arme à gauche, le temps de voir Bogdan reprendre l'éprouvette, sa silhouette qui se dissout dans un rideau écarlate ; le temps aussi de voir toutes les secondes de sa vie défiler à l'envers...
807 respirations avant de passer l'arme à gauche, le temps de voir Bogdan reprendre l'éprouvette, sa silhouette qui se dissout dans un rideau écarlate ; le temps aussi de voir toutes les secondes de sa vie défiler à l'envers...
mercredi 18 janvier 2012
Aimant
De l’oreiller, sa tête à elle rampa jusqu’à son épaule à lui. Elle lui dit : « Oh, je n’ai pas eu tant d’amants que ça, pas mille e tre, on n'est pas à l’opéra, pas même 807 comme cette ancien mannequin, tout au plus 7 ou 8. Et je ne les jugeais ni à la taille, ni à la performance acrobatique, ni à la fulgurance du plaisir, mais à la façon dont ils me prenaient ensuite dans leurs bras. Serre-moi fort, mon chéri. »

mardi 17 janvier 2012
Les premiers seront les derniers
Certains jaillissent parmi nous à la vitesse d’un suppositoire, au risque de finir leurs jours – avant d’en avoir vécu un seul hors du liquide amniotique – étalés sur le carrelage de la salle de travail, tels des météorites molles suivies par la comète de leur placenta.
Octave Milui fut à peine plus raisonnable. Si quelques timides hésitent à quitter leur paradis liquide, lui mit seulement 13 minutes et 27 secondes à naître, du moment où l’obstétricien repéra sa fontanelle affleurant à l’orée du monde jusqu’à celui où émergèrent à l’air libre ses deux gros orteils dans leur nudité gluante. Monstrueuses excroissances qui ne pouvaient passer inaperçues, dues sans doute à quelques radiations inavouées par le gouvernement, qui eussent mérité l’ablation urgente d’une ou deux phalanges ce qui aurait évité la claudication irrémédiable d’Octave qui, tout au long de sa vie, fut entravé dans sa marche par des chaussures trois pointures supérieures à celles qui auraient correspondu à sa taille normale, c'est-à-dire moyenne si l’on considère les statistiques nationales et si on admet qu’un nain est de taille moyenne par rapport à la taille habituelle des nains. Ouf !
Qu’on me pardonne l’emploi du mot nain, je trouve le terme moins infamant que l’expression : personne de petite taille qui laisse supposer qu’on puisse être petit en tout, même lorsqu’on est Président de la République.
Octave Milui fut à peine plus raisonnable. Si quelques timides hésitent à quitter leur paradis liquide, lui mit seulement 13 minutes et 27 secondes à naître, du moment où l’obstétricien repéra sa fontanelle affleurant à l’orée du monde jusqu’à celui où émergèrent à l’air libre ses deux gros orteils dans leur nudité gluante. Monstrueuses excroissances qui ne pouvaient passer inaperçues, dues sans doute à quelques radiations inavouées par le gouvernement, qui eussent mérité l’ablation urgente d’une ou deux phalanges ce qui aurait évité la claudication irrémédiable d’Octave qui, tout au long de sa vie, fut entravé dans sa marche par des chaussures trois pointures supérieures à celles qui auraient correspondu à sa taille normale, c'est-à-dire moyenne si l’on considère les statistiques nationales et si on admet qu’un nain est de taille moyenne par rapport à la taille habituelle des nains. Ouf !
Qu’on me pardonne l’emploi du mot nain, je trouve le terme moins infamant que l’expression : personne de petite taille qui laisse supposer qu’on puisse être petit en tout, même lorsqu’on est Président de la République.
lundi 16 janvier 2012
Un p’tit coin de paradis
C’est ma grangette. Une cabane de pierre avec un toit en taule au bord d’un chemin qui ne mène nulle part. Elle abrite huit cent sept fourmis, douze chauves-souris et trois chaises cassées. Elle connaît plein d’histoires d’autrefois qu’elle me raconte aux vacances, celles d’une époque pas si lointaine encore où elle veillait sur des trésors : outils, châtaignes, cocons de vers à soie. Parfois, je lui dis que je vais m’occuper d’elle, retrouver son propriétaire, la lui racheter. Je lui ferai un joli toit de tuiles dorées comme ceux des maisons du village en contrebas. J’arracherai les broussailles, je nettoierai le sol, l’évier taillé dans la pierre. Il nous suffira de rien, une table, un lit, quelques livres, pour être heureuses ensemble et regarder passer le temps, paisible, du seuil de sa porte grande ouverte sur la forêt.
Elle sourit mais ne me croit pas. Elle sait bien que ce n’est là qu’une illusion, un doux mensonge, le rêve champêtre d’une fille de la ville. Elle, elle a ses racines plantées loin sous la terre. Elle n’a pas besoin d’ailleurs. Elle sait la dureté de la vie. Elle l’accepte. Elle y puise sa force.
Elle sourit mais ne me croit pas. Elle sait bien que ce n’est là qu’une illusion, un doux mensonge, le rêve champêtre d’une fille de la ville. Elle, elle a ses racines plantées loin sous la terre. Elle n’a pas besoin d’ailleurs. Elle sait la dureté de la vie. Elle l’accepte. Elle y puise sa force.
dimanche 15 janvier 2012
Entre doutes et nausée
Lors de ses accès de déprime, passant de la fureur à l’abattement et maudissant sa vie, il jugeait très sincèrement que tout ce qu’il avait écrit jusque-là ne valait pas un clou. Puis il finit par se prendre en dégoût, douta de son talent. Seule sa femme continuait à l’encourager. Il ne tarda pas à douter du goût de sa femme.
Il connut encore 807 crises de désespoir, se laissa gagner par la mélancolie ; enfin il se retira tout à fait du monde des écrivains. Et très lentement, pénétra en lui le baume de la soumission. Il devint un vaincu vaincu.
Il connut encore 807 crises de désespoir, se laissa gagner par la mélancolie ; enfin il se retira tout à fait du monde des écrivains. Et très lentement, pénétra en lui le baume de la soumission. Il devint un vaincu vaincu.
samedi 14 janvier 2012
Désenchantement

Les oiseaux sont encore plus nombreux que vous ne le pensez mes obsessionnels amis !
vendredi 13 janvier 2012
Saint Michel
Les remparts s'érigeaient, sentinelles immobiles autour desquelles tournoyaient 807 mouettes qui parfois se posaient en riant. Les flots boueux montaient à l'assaut de la citadelle en haut de laquelle le chevalier doré défiait les forces obscures charriées par cette humanité décadente.
L'enfant posée sur son rocher attendait que la mer l'engloutisse.
L'enfant posée sur son rocher attendait que la mer l'engloutisse.
jeudi 12 janvier 2012
Et froid
Si je ne peux pas te croire, toi, mon chef, mon ami, quand tu m'assures que je suis toujours moi, identique au jeune homme qui t'a suivi pour libérer une femme et restaurer l'honneur de notre peuple ; eh bien ce moi qui n'est plus lui-même, qui pourra-t-il croire ?
Car, notre route crépusculaire l'a croisée, cette chose, innommable, assourdissante, tentaculaire, aux ahurissantes têtes, aux six bouches tigresses, mandibules craquantes, gouffres avides, insensées, béantes qui nous dévoraient.
Y a eu l'éclat dur des canines multiples, plantées en triples rangées, 807 dents étincelantes dans le four de la gueule, elles nous déchiquetaient.
Le saisissement jusque dans froid de ma moelle/ sidération bleue/ saccage rouge/ à ne pouvoir esquisser ni un geste, ni son ombre.
La fuite sans reprendre souffle, surtout ne pas se retourner, ne plus se reconnaître.
Alors, s'il ne peut plus te croire quand tu lui assures qu'il est toujours le même, identique au jeune homme qui s'est engagé à tes côtés pour notre peuple ; eh bien celui qui grelotte de froid et fut moi avant la chose, pourrait-t-il une nuit réintégrer mon corps.
Car, notre route crépusculaire l'a croisée, cette chose, innommable, assourdissante, tentaculaire, aux ahurissantes têtes, aux six bouches tigresses, mandibules craquantes, gouffres avides, insensées, béantes qui nous dévoraient.
Y a eu l'éclat dur des canines multiples, plantées en triples rangées, 807 dents étincelantes dans le four de la gueule, elles nous déchiquetaient.
Le saisissement jusque dans froid de ma moelle/ sidération bleue/ saccage rouge/ à ne pouvoir esquisser ni un geste, ni son ombre.
La fuite sans reprendre souffle, surtout ne pas se retourner, ne plus se reconnaître.
Alors, s'il ne peut plus te croire quand tu lui assures qu'il est toujours le même, identique au jeune homme qui s'est engagé à tes côtés pour notre peuple ; eh bien celui qui grelotte de froid et fut moi avant la chose, pourrait-t-il une nuit réintégrer mon corps.
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