lundi 12 décembre 2011

Linge sale

Ils viennent de se croiser mais elle seule l'a vu, juste se retourner pour s'assurer que c'est lui ; sonnée elle ne peut pas croire qu'il s'agisse bien de lui. Comme un automate elle se retourne et lui emboîte le pas en allumant une cigarette d'une main tremblante. Il traverse la rue en courant, s'enfourne dans une ruelle, débouche sur une petite place ronde où l'attend un homme en noir qu'elle reconnaît aussi. Hans. Elle ne voit pas le trou de la chaussée et dégringole lourdement dans le caniveau. Elle sent un élancement dans la cheville droite et laisse échapper un cri. Ils se retournent silencieusement comme des chats et approchent de Stella, leurs sourires s'élargissent pendant que la vieille femme se relève de guingois, en esquissant une ébauche de sourire malgré sa cheville qui irradie de puissants élancements dans sa jambe.
Hans et Klaus, leurs bouches perfides. Matricules 806 et 807. Deux frères siamois sournois, au charme vénéneux.


Sa bouche grande ouverte bourrée de gâteaux et de bonbons roses, ses yeux exorbités appelant à l'aide pendant que Hans la recouvre de chocolat chaud et que Klaus dit : Comment tu m'as reconnu, vieille sorcière, après mon opération ?
Elle recrache une bouillie rose, articule dans un râle : J'aurais reconnu mes saloperies de fils n'importe où et crève en ricanant sous les yeux reptiliens des siamois qui en restent comme deux ronds de flanc. Klaus regarde Hans et essuie de sa main râpeuse la minuscule goutte qui perle au coin de la paupière de son frère.

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