Steve fit une pause dans ses calculs de mécanique Newtonienne. Par la fenêtre où était scotchée une petite photographie d’Alan Turing, toujours le même paysage de pluie diluvienne, six semaines en continu après le prochain week-end qui s’annonçait déjà gâché. Les barrages du Tennessee étaient déjà pleins et avaient commencé à déborder. Son regard parcourut distraitement sa chambre simple, l’homme au chapeau de Magritte, une estampe représentant l’exploit de Guillaume Tell, un dessin de Blanche Neige offert par sa petite sœur. La cinquième symphonie de Beethoven entamait ses premières notes lorsque son iPhone le tira brutalement de sa rêverie par un son strident d’alerte. En amont, à Florence, le vieux barrage Wilson, construit par les travaux herculéens de l’Army Corps mais miné par les infiltrations, venait de lâcher. Un calcul élémentaire, une vague immense, trente mètres de haut, soixante kilomètres de long, soixante-six millions de mètres cubes d’eau allaient se précipiter à cent kilomètres par heure, submerger et raser sa ville de Iuka dans trente-trois minutes. Steve déglutit.
L'ingénieur saisit son iPad et son MacBook, le vivarium et ses deux crotales, et sortit les poser délicatement sur le siège passager de sa vieille Buick Roadmaster. Quels trésors pouvait-il encore sauver pendant les minutes qui lui restaient ? Il attrapa ses antiquités son vieil Apple II, sa collection de vinyles des Beatles, ses couples de perruches et de hamsters, une couette, son bac de papiers administratifs, et une bible pour la lecture. Il se fit un confortable sandwich, attrapa le reste de crumble et une vieille bouteille de Manzana. Sur Battleground Drive et sous la pluie de plus en plus dense, Steve maugréait, ils étaient bien tranquilles à New York, loin de la fureur du grand fleuve ! Il fonçait seul dans sa Buick vers le sommet de Woodall Mountain. Le chemin caillouteux, abrupt et détrempé glissait et le dernier mile fut difficile à parcourir. À 807 pieds d’altitude, sur la plus haute montagne de l’état du Mississippi, Steve était en sécurité. La vague, il pouvait la voir venir de haut. Il s’installa pour dîner de son sandwich. Il avait sauvé sa pomme et tant pis pour les autres.
Déclinaisons d'un aphorisme d'Éric Chevillard. "804… 805… 806… j’avais très rigoureusement repris le compte des herbes de mon jardin en pliant celles-ci au fur et à mesure, cette fois, afin de ne pas me tromper, mais à la 807ème ortie, ma main enflée, engourdie de douleur, n’est seulement plus capable de bouger les doigts, j’abandonne."
mercredi 30 novembre 2011
mardi 29 novembre 2011
Le monde éphémère de Rina Banerjee
Quelques perles, un peu de paille qui luit
Sans cette libellule rose
Arrimée au soleil,
Que m’en resterait-il ?

Exposition Rina Banerjee, Musée Guimet, 2011, © Clémence D., 807 ko
Sans cette libellule rose
Arrimée au soleil,
Que m’en resterait-il ?
Exposition Rina Banerjee, Musée Guimet, 2011, © Clémence D., 807 ko
lundi 28 novembre 2011
Corps de lecteur
Je n’aime pas lire sur un écran mais je m’y habitue, on s’habitue à presque tout. Évaporée, l’odeur du papier, celle très particulière des premiers livres de poche. Un peu acide, un peu sucrée. Disparu, le froissement des pages dans le silence d’une chambre la nuit, frère paradoxal de toutes les frayeurs et d’une solitude douillette. Adieu saveur, adieu caresse ! L’abstraction gagne du terrain. La dématérialisation nous tente. Machines envahissantes, avez-vous donc une âme qui saccage notre âme et nous force d’aimer notre matériel et misérable quotidien ?
Je me souviens d’un certain rocher au bord du Gardon de Mialet en Cévennes qui m’accueillait dans ses creux lisses miraculeusement adaptés à la forme de mon corps et dont le surplomb était pourvoyeur d’ombre. De temps en temps, pourtant très occupé à recréer le monde du roman que je lisais, le réel faisait irruption dans mon univers mental : bourdonnement d’insectes, saut d’un poisson, rires d’enfants, mistral dans les cimes... 807 incitations à lever la tête, à reprendre possession de soi. Plaisir de poser un livre quand on sait qu’on va le reprendre après un bain dans une eau claire et jaillissante où brillent les paillettes de quartz soulevées du fond par le bouillonnement du courant.
Je me souviens d’un certain rocher au bord du Gardon de Mialet en Cévennes qui m’accueillait dans ses creux lisses miraculeusement adaptés à la forme de mon corps et dont le surplomb était pourvoyeur d’ombre. De temps en temps, pourtant très occupé à recréer le monde du roman que je lisais, le réel faisait irruption dans mon univers mental : bourdonnement d’insectes, saut d’un poisson, rires d’enfants, mistral dans les cimes... 807 incitations à lever la tête, à reprendre possession de soi. Plaisir de poser un livre quand on sait qu’on va le reprendre après un bain dans une eau claire et jaillissante où brillent les paillettes de quartz soulevées du fond par le bouillonnement du courant.
dimanche 27 novembre 2011
Dans le nez
Nous débouchons dans une crypte où attend un croulant, barbe blanche, yeux de merlan bouilli, visage livide ; la coupe que tu lui tends débordante du sang d'un bélier sacrifié, il la porte à ses lèvres, à chaque gorgée sa peau reprend les couleurs de la vie, celle qui resplendit au soleil et déserte cet endroit ; l'ancêtre demande si tu es seul ; ça fait des calendes que, aveuglé par l'espoir, tu attends son oracle, il est sensé t'éclairer sur ton retour dans l'île ; en fronçant les sourcils, tu me fais signe de rester immobile et bouche cousue, tu me gaves et enchaînes : Il n'y a que moi ici, prêt à écouter tes visions... j'aperçois à gauche une galerie pavée de sombres intentions... au loin un fleuve souterrain plus obscur que le pot-au-noir qui avait failli engloutir notre embarcation... Du coup, nous plantons le vieux ; à grandes enjambées tu fonces dans la galerie ; lâchant la place pour l'ombre je rejoins le fleuve, y plonge ma main ; son eau trouble ne me dit rien qui vaille, je reste sur ma soif, on avait festoyé de fèves avant de descendre dans ce trou... Le croulant patiente dans la crypte ; tourmenté, avec un pet de travers, tu arpentes la galerie ; je t'observe, aimerais mettre les pieds dans le plat de vos salamalecs, ça rime à quoi tes mystères, cette façon de me demander de faire comme si je n'étais pas là ; dans l'ennui les clapotis du fleuve résonnent, 666 petites vagues, faiblardes pas comme celles de la mer qui me manquent terriblement... La crypte est déserte ; dans la galerie on attend, (peut-être un moment propice pour une prédiction de derrière les fagots ?), justement le vieux, je l'ai bien à l'œil, maladroit il longe le fleuve, est-ce qu'il te cherche, va-t-il te monter un bateau ? Je retourne dans la crypte ; dans la galerie tu médites (tu te mets le doigt dans la pupille en espérant qu'une prédiction puisse abolir le hasard, car rien ne nous détourne de notre destin erratique et au royaume des aveugles, tu n'as plus rien d'un roi...). Crypte et galerie vides ; au bord du fleuve froid où cent quarante et un clapotis refluent, je réalise que je ne sais compter au-delà de 807, le vieil aveugle, toi et moi ne te quittant plus d'une spartiate ; sans vouloir jouer les Cassandre comme l'impression que votre entrevue va tourner en eau de boudin ; œil pour œil, tu vas payer le fait de me dissimuler ; trop de choses retenues, je lâche un vent retentissant, oui je pète, l'ancêtre prend un air dégouté et aboie : Traître, mais qui est avec toi ?
Musique originale composée par Xavier Brillat et Michel Gaspérin, tous droits réservés.
Musique originale composée par Xavier Brillat et Michel Gaspérin, tous droits réservés.
samedi 26 novembre 2011
ICD-10 G47.4
Aujourd'hui, j'avais pourtant 807 excellentes questions à poser à Robert A. Bourrik. D'où lui vient l'inspiration, ses influences, s'il était une plante, etc. Mais impossible de terminer l'interview.
vendredi 25 novembre 2011
Anniversaire
Toutes nos entreprises, vaines ou essentielles, croisent un jour celles que d'autres ont initiées dans le passé ou initieront dans l'avenir, petites ou grandes, c'est l'un des corollaires de l'effet papillon. Ainsi, la petite affaire qui a démarré au Riau le 29 octobre 2008 croise aujourd'hui l'aventure à laquelle Franck Garot, avec la complicité d'Éric Chevillard, a donné le coup d'envoi le 20 janvier 2009, et croisera demain ou après-demain celle qu'a mise en route Roger Federer le 30 septembre 1998 à Toulouse aux dépens de Guillaume Raoux. Et tandis que le roi du gazon songe secrètement au déclin et que le logicien fanatique de la Roche-sur-Yon s'incline une fois encore sur les brins d'herbe de son jardin, je dépose ce billet et m'envole, tourne le dos à ce petit monde, cueille quelques fleurs et m'éloigne de ce point de conspiration, inexorablement, heureux d'en avoir été.
Meuble le temps
Ce matin là ne venait en rien
Un lit et une chaise
Trois raisons de glisser
Je ne faisais que regarder
À décompter le temps
Deux ans deux mois et deux poussières
807 jours à m’entraver
Un lit et une chaise
Trois raisons de glisser
Je ne faisais que regarder
À décompter le temps
Deux ans deux mois et deux poussières
807 jours à m’entraver
jeudi 24 novembre 2011
Football
Je marche dans Paris. En moi, une douleur très ancienne que rien n'apaise. Ni la beauté de la ville ni la joie de mon corps qui s'élance.
Je reconnais les rues où tu m'as embrassée, celles où tu as pris ma main et où j'ai cru que tu m'aimais. Et je voudrais shooter dedans, les envoyer valdinguer, qu'elles disparaissent, et toi avec, à tout jamais hors de ma vue, si loin, au 807e ciel.
Je reconnais les rues où tu m'as embrassée, celles où tu as pris ma main et où j'ai cru que tu m'aimais. Et je voudrais shooter dedans, les envoyer valdinguer, qu'elles disparaissent, et toi avec, à tout jamais hors de ma vue, si loin, au 807e ciel.
mercredi 23 novembre 2011
Les communautés de l'arbitraire
Éric Chevillard aura été l'un des premiers héros des pelouses à succomber à son charme, Roger Federer rejoindra la communauté peu après. Mais ne nous méprenons pas, d'autres avant eux y avaient succombé, d'autres après eux y succomberont. Autour du nombre sacré s'étaient en effet donné rendez-vous le corps et l'esprit, les poètes et les jongleurs, les pelouses et le bitume, le tout et le rien, les riches et les pauvres, Dubaï, Rome, Jérusalem et Toulouse, ce qui avait commencé depuis toujours et ce qui viendrait plus tard. C'est ainsi qu'est née, succombant à son charme, la première des communautés de l'arbitraire qui ont été appelées à fleurir dans les siècles à venir.
mardi 22 novembre 2011
aigrette
elle ne sait pas vladje. où elle va, elle ne sait pas. mais elle sait que quelque chose suit son cours. il y a la pluie, une sorte de. dedans. il y a la jonchée crissante, version ocre jaune, dehors. il y a la grande bête, son rose un peu bave vers la bouche, une sorte de. on dit la gueule, quelqu'un dit. il y a ces yeux derrière les barreaux. il y a les banques préempteureuses pour terrains à construire des immeubles et déraciner le grand orme. quelqu'un dit majestueux jusqu'à la canopée. il y a le bleu mésange qui se lance comme cailloux d'une branche l'autre du tilleul
la veille le verdict. ça fomentait depuis du temps. une couvaison maybe. c'était d'abord resté calme, dans un fond, aigrette de pissenlit ou d'asclépiade. sorte de. rien d'épais, de palpable, de visible. mais quelque chose était dans l'œuvre. après que 807 fois le temps eut fait tourner ses astres, ça apparut. on déclara qu'il fallait sortir les couteaux. on crut même voir voler ciseaux des filandières
la veille le verdict. ça fomentait depuis du temps. une couvaison maybe. c'était d'abord resté calme, dans un fond, aigrette de pissenlit ou d'asclépiade. sorte de. rien d'épais, de palpable, de visible. mais quelque chose était dans l'œuvre. après que 807 fois le temps eut fait tourner ses astres, ça apparut. on déclara qu'il fallait sortir les couteaux. on crut même voir voler ciseaux des filandières
lundi 21 novembre 2011
Premier congrès/Eglefin fumé
Les éléphants s’installent toujours au premier rang dans l’amphi Poincaré : Franck le polygraphe, Joachim le jeune chenapan, Camille la bombe atomique, Magali la bayardère de Carnaval, Catherine l’isotope, Hélène le cyclone, Joël le vivisectionniste, Kzerphii le brontosaure, Laurent le gibier de potence, Michel le naufrageur, Xavier le pyromane. Aucun ne manque les salutations traditionnelles, chaleureuses et zélées, sourires naturels et forcés, traduisant la coopération amicale et la compétition féroce entre faux frères du parti. Le temps des interventions est décompté très précisément par un Mamelouk paranoïaque et mégalomane.
Le premier tribun, le fameux capitaine Eglefin, penché par-dessus le pupitre avec sa casquette de marin bien fixée sur ses cheveux fous, entame son discours au porte-voix en postillonnant : « Bande d'emplâtres, bande de voleurs, bande d'ectoplasmes de tonnerre de Brest, esclavagistes, que le diable vous emporte !.. » Le ton est donné. Le discours ferme et coloré se poursuit au rythme immuable d’un mot toutes les secondes pendant treize minutes. L’homme reprend son souffle : « ...protozoaires, cloportes, pyrophores, faux jetons à la sauce tartare, sapajous, vers de terre, crétins des Alpes, vauriens, scolopendres, schizophrènes, marins d'eau douce, cornichons diplômés, marchands de guano, huitcentseptophilistes ! » vingt-huit secondes de paroles finales pour un whisky bien mérité.
Le Mamelouk lance son signal : une seconde et un mot de trop.
Un silence glacial s’installe dans la salle. Puis une rumeur enfle soudainement dans les rangs de l’assistance, les bandes de bachi-bouzouks, d’ectoplasmes, de canaques, de sauvages et de voleurs s’agitent frénétiquement, hurlent, montrent du poing et insultent l’hérétique. Le premier rang bondit et se scinde en deux. Les dignitaires se précipitent sur l’estrade par les escaliers latéraux, bouchant toute issue de secours. Attrapant, frappant, renversant et piétinant le malheureux orateur, ils lui arrachent la barbe, l'aspergent de son alcool, l’enflamment. Une torche humaine jaune et rouge illumine l’amphi, la salle entière regarde avec joie et rage cet hérétique de capitaine Eglefin fumer et ne laisser qu’un tas de cendres et une pipe cassée.
Les éléphants retournent s’asseoir, le calme est revenu dans l’amphi. Les orateurs suivants sont prévenus : le congrès sera difficile.
Le premier tribun, le fameux capitaine Eglefin, penché par-dessus le pupitre avec sa casquette de marin bien fixée sur ses cheveux fous, entame son discours au porte-voix en postillonnant : « Bande d'emplâtres, bande de voleurs, bande d'ectoplasmes de tonnerre de Brest, esclavagistes, que le diable vous emporte !.. » Le ton est donné. Le discours ferme et coloré se poursuit au rythme immuable d’un mot toutes les secondes pendant treize minutes. L’homme reprend son souffle : « ...protozoaires, cloportes, pyrophores, faux jetons à la sauce tartare, sapajous, vers de terre, crétins des Alpes, vauriens, scolopendres, schizophrènes, marins d'eau douce, cornichons diplômés, marchands de guano, huitcentseptophilistes ! » vingt-huit secondes de paroles finales pour un whisky bien mérité.
Le Mamelouk lance son signal : une seconde et un mot de trop.
Un silence glacial s’installe dans la salle. Puis une rumeur enfle soudainement dans les rangs de l’assistance, les bandes de bachi-bouzouks, d’ectoplasmes, de canaques, de sauvages et de voleurs s’agitent frénétiquement, hurlent, montrent du poing et insultent l’hérétique. Le premier rang bondit et se scinde en deux. Les dignitaires se précipitent sur l’estrade par les escaliers latéraux, bouchant toute issue de secours. Attrapant, frappant, renversant et piétinant le malheureux orateur, ils lui arrachent la barbe, l'aspergent de son alcool, l’enflamment. Une torche humaine jaune et rouge illumine l’amphi, la salle entière regarde avec joie et rage cet hérétique de capitaine Eglefin fumer et ne laisser qu’un tas de cendres et une pipe cassée.
Les éléphants retournent s’asseoir, le calme est revenu dans l’amphi. Les orateurs suivants sont prévenus : le congrès sera difficile.
dimanche 20 novembre 2011
La secte
Deux ans déjà que je suis prisonnier de cette secte de graphomanes, encagé dans ce réduit aux murs tapissés de livres, 807 exactement, portant ce même numéro 807, quel que soit l’éditeur ou la collection. Tout juste si mes geôliers m’apportent une ration suffisante pour survivre, le plus souvent une bouillie infâme de pâtes alphabet gonflées dans un brouet clair. Pour boire, il faut que je supplie et je n’obtiens mon verre d’eau qu’à condition de réciter sans me tromper les livres qu’on me force à lire. Toutes ces lignes accumulées forment un monstrueux hypertexte où mon esprit se perd. À peine, me souviens-je des titres qui s’enchaînent hors de toute cohérence stylistique. Voyez cette liste folle (et il m’en reste encore 793 à ingurgiter avant ma libération !) : Le pari d’un chirurgien de Marion Lennox – Ed. Harlequin / La chute de Constantinople d’Edward Gibbon – Ed. Payot / Télé poche du 29 juillet 1981 / La fille des marais (anciennement titrée : Bayou, bayou) de Charles William – Ed. Rivage Noir / Huis clos, suivi des Mouches de Sartre – Ed. Folio / La machine de Balmer (SF) de Claude Veillot – Ed. J’ai lu / L’éternel mari, pièce de Victor Haïm d’après Dostoïevski – Ed. de l’Avant scène / Jean-Christophe (tome III – l’adolescent) de Romain Rolland – Ed. Livre de Poche (le surveillant n’a pas voulu m’apporter les neuf autres tomes qui ne portaient pas le bon numéro) / Ma vie chez les indiens de Mary Campbell – Ed. Livre de poche jeunesse / Les dieux de l’espace (SF) de Franck Dartal – Ed. Fleuve noir / Le numéro du 14 janvier 1960 des Lettres françaises où l’on parle d’Aragon et de Michel Butor / Le Voleur, journal pour tous du 20 décembre 1872 / L’Auto Journal du 15 juillet 2010 consacré à la Peugeot 508 (une erreur de casting, probablement) et enfin last but not least, Le volume 3 (sur 5) des Fondements de la critique de l’économie politique de Karl Marx aux éditions 10/18.
Mais, silence ! Il me reste 150 pages à apprendre par cœur et j’entends les pas du Taulier dans le couloir.
Mais, silence ! Il me reste 150 pages à apprendre par cœur et j’entends les pas du Taulier dans le couloir.
samedi 19 novembre 2011
Élans
Se caler jusqu’à sentir la corde de la balançoire incrustée sur le côté droit, la petite sœur en prend de la place, se soulever en reculant en arrière sur la pointe des orteils compressés dans les chaussures cirées, prendre une grande inspiration et de l'élan en sautillant pour bien se recaler les fesses sur le rectangle de bois, tendre les mollets pour que le mouvement gagne, l’autre sœur pousse fort à chaque retour, sentir le dos vibrer et le sol s’éloigner, tendre un maximum les jambes cagneuses pour fendre l'air avec plus d'élan.
Tout est dans l'élan, il se gagne à la tension du jarret dans une bascule précise suivie par une projection de tête en avant, gagner de la vitesse qui fait crier, pluie de sueur sur les yeux, c'est parti l’oscillation perpétuelle qui rapproche du sol autant qu’elle en libère, vertigineusement, emportant au moment déployé ou l'on se trouve piaillantes, allongées, les dos soutenus par l'air. La balançoire va-t-elle faire un tour complet, va-t-on se retrouver la tête en bas comme les cosmonautes en serrant les cordes, s’emmêleront-elles furieusement là-haut au plus haut des cieux. 807 va-et-vient pendulaires de plus en plus hésitants, et l’ennuyeuse verticalité immobile, qui revient.
Tout est dans l'élan, il se gagne à la tension du jarret dans une bascule précise suivie par une projection de tête en avant, gagner de la vitesse qui fait crier, pluie de sueur sur les yeux, c'est parti l’oscillation perpétuelle qui rapproche du sol autant qu’elle en libère, vertigineusement, emportant au moment déployé ou l'on se trouve piaillantes, allongées, les dos soutenus par l'air. La balançoire va-t-elle faire un tour complet, va-t-on se retrouver la tête en bas comme les cosmonautes en serrant les cordes, s’emmêleront-elles furieusement là-haut au plus haut des cieux. 807 va-et-vient pendulaires de plus en plus hésitants, et l’ennuyeuse verticalité immobile, qui revient.
vendredi 18 novembre 2011
jeudi 17 novembre 2011
Récolte
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle écrivait Prévert. Foutaises. Moi je les ramasse à la main, à pleines poignées, genoux dans la terre froide, plongeant mon visage dans la masse humide et craquante avant de le relever vers cet arbre que j'ai tant aimé. Je crois avoir versé autant de larmes qu'il a perdu de feuilles.
mercredi 16 novembre 2011
Temps long
Souvent, il a l'impression de la reconnaître : à un trois quart dos ineffable, une nuque nacrée, un trotte menu de bas à couture, une main baguée qui règle le rétroviseur d'une 807. Mais ce n'est jamais elle. Et ce n'est plus lui.
Il habite dans la rue, maintenant.
Il habite dans la rue, maintenant.
mardi 15 novembre 2011
Tristounette
Clairette, un peu pompette, rouspète, elle se répète dans sa tête huit cent sept défaites à l’odeur aigrelette. Qu’importe l’amertume, elle cherche l’écume. Elle préfère avancer et s’aventurer à l’aveuglette au cœur de la tempête. Suivons-la...
lundi 14 novembre 2011
Flaques
807 petits cailloux que j'avais laissés en main
adoucis en galets pour ne plus nous blesser
jeux d'enfants qui font les reflets d'eau
807 petits mots que j'avais lâchés au vent
arrondis en murmures pour ne plus nous quitter
bruits de rires qui font le doux du temps
807 bris de larmes que nous ne séchons plus
abrasés en hoquets pour ne plus nous entendre
brins de rien qui font les miroirs vides
adoucis en galets pour ne plus nous blesser
jeux d'enfants qui font les reflets d'eau
807 petits mots que j'avais lâchés au vent
arrondis en murmures pour ne plus nous quitter
bruits de rires qui font le doux du temps
807 bris de larmes que nous ne séchons plus
abrasés en hoquets pour ne plus nous entendre
brins de rien qui font les miroirs vides
dimanche 13 novembre 2011
totem
alors, vladje, qui avait tant plié le genou à brûlure d'encens au fond des orgues, plurielles délices et ors, considéra la situation le temps d'un vol de mésange. une cloche sonna du côté de la gare. où trouver de quoi continuer en souplesse. la douceur du sol et des herbes l'attirait. il y avait aussi quelques phrases. elle lança la décision dans les airs. sous des rayures avionesques au ciel, ce fut fait.
la veille, on avait vu un mercenaire tourner de longues bandes de coton autour de deux poteaux de bois. d'aucuns parlaient de performance. d'autres disaient non, ce n'est pas sa vie qu'il met en jeu. il s'appliquait à superposer les couches, enroulées alternativement de droite à gauche et de gauche à droite et montait méthodiquement jusqu'à tout recouvrir. bientôt ce furent comme totems, dressés blancs dans l'évidence. il ne s'était trouvé personne pour compter les bandes. mais quand quelqu'un proposa le nombre 807, il en fut un pour dire que les brûlures n'étaient pas si aiguës
la veille, on avait vu un mercenaire tourner de longues bandes de coton autour de deux poteaux de bois. d'aucuns parlaient de performance. d'autres disaient non, ce n'est pas sa vie qu'il met en jeu. il s'appliquait à superposer les couches, enroulées alternativement de droite à gauche et de gauche à droite et montait méthodiquement jusqu'à tout recouvrir. bientôt ce furent comme totems, dressés blancs dans l'évidence. il ne s'était trouvé personne pour compter les bandes. mais quand quelqu'un proposa le nombre 807, il en fut un pour dire que les brûlures n'étaient pas si aiguës
samedi 12 novembre 2011
Hanoï 4
Refaire le parquet du séjour de la grand-mère : rien de plus simple, déposer le lourd canapé et le grand tapis afghan dans le bureau adjacent, mais là je suis vraiment à l’étroit, il faut tout remettre d’aplomb dans le bureau sur lequel traîne un vieux jeu de Tours de Hanoï avec seulement 4 disques restant, sinon c’est râpé pour mes allergies à la poussière. Et puis ce putain de minou vicieux, il n’a rien d’autre à faire que bouffer, dormir dans son énorme couffin sur le canapé et le défendre toutes griffes dehors dès qu’il me voit me rapprocher. Et 8,07 kg de chat, ça donne à réfléchir. Mais aujourd’hui, il ne va pas gagner à ce jeu-là, faut pas me chercher tous les jours. J’enfile ma tenue de combat, gros bleu de travail, chaussures et gants de protection.
J’agite quelques croquettes sous le nez du tigre, je pose l’écuelle dans la cuisine, et le morfale me suit. Je déplace vite fait le couffin dans le bureau, mais le rusé félin m’a entendu : il se précipite vers sa couche et se love dedans. J’en profite pour pousser le canapé dans la cuisine. Impossible de mettre le tapis dans le bureau à cause du chat maintenant. Je file un coup de pied dans le couffin : abasourdi, le sale chat déguerpit en miaulant dans le séjour. Je chope le couffin et le dépose fissa sur le canapé. Dès qu’il me voit revenir dans le séjour, le chat s’échappe dans la cuisine en couinant. J’attrape le lourd tapis et le positionne difficilement dans le bureau en poussant les autres meubles contre le mur. Je promène l’écuelle sous le nez de l’imbécile à quatre pattes et l’attire dans le bureau. Pendant qu’il se remplit de bouffe, je pose son couffin dans le séjour, et je saisis le canapé en beuglant sous l’effort. Terrorisé le crétin de chat se barre et se réfugie dans son couffin. Enfin tranquille je pousse péniblement le canapé sur le tapis. Je réapparais dans le séjour, le putain de chat s’enfuit vers sa gamelle. Du coup, je ramène tranquillement le couffin sur le canapé, et retourne dans la cuisine pendant que cet abruti de chat file entre mes jambes vers son refuge douillet. Quand j’aurai fini le parquet, j’enfermerai le chat dans la chambre pour tout remettre en place.
J’agite quelques croquettes sous le nez du tigre, je pose l’écuelle dans la cuisine, et le morfale me suit. Je déplace vite fait le couffin dans le bureau, mais le rusé félin m’a entendu : il se précipite vers sa couche et se love dedans. J’en profite pour pousser le canapé dans la cuisine. Impossible de mettre le tapis dans le bureau à cause du chat maintenant. Je file un coup de pied dans le couffin : abasourdi, le sale chat déguerpit en miaulant dans le séjour. Je chope le couffin et le dépose fissa sur le canapé. Dès qu’il me voit revenir dans le séjour, le chat s’échappe dans la cuisine en couinant. J’attrape le lourd tapis et le positionne difficilement dans le bureau en poussant les autres meubles contre le mur. Je promène l’écuelle sous le nez de l’imbécile à quatre pattes et l’attire dans le bureau. Pendant qu’il se remplit de bouffe, je pose son couffin dans le séjour, et je saisis le canapé en beuglant sous l’effort. Terrorisé le crétin de chat se barre et se réfugie dans son couffin. Enfin tranquille je pousse péniblement le canapé sur le tapis. Je réapparais dans le séjour, le putain de chat s’enfuit vers sa gamelle. Du coup, je ramène tranquillement le couffin sur le canapé, et retourne dans la cuisine pendant que cet abruti de chat file entre mes jambes vers son refuge douillet. Quand j’aurai fini le parquet, j’enfermerai le chat dans la chambre pour tout remettre en place.
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