mercredi 4 janvier 2012

Frontières génétiques

Noémie se souvenait encore du frisson qui l’avait figée net et de l’ombre dans les yeux de son père. Mais rien ne se mettra entre elle et son désir tranchant de vérité, elle sortit un Remington de son Balenciaga, le pointa sur lui, enleva d’un claquement la sécurité et lâcha :
— Regarde-moi, putain ! Je tiens ma haine face à toi, j’appuie et tu pars avec tes mensonges. Je t’ai couvert une fois déjà pour Maman mais là, je découvre qu’en plus tu connaissais l’existence du laboratoire de clonage, qu’as-tu fait des stocks génétiques ?
Il toussa, se pliant un peu, saisit un tabouret et le tint face à lui, sans s’asseoir, figé dans ses souvenirs :
— Tu ne comprendras jamais, je ne t’ai pas élevée comme moi je l’ai été ; pendant des mois, Otmar s’est servi de Leni pour lui rentrer de force ce virus génétique conçu pour doubler les effectifs du Grand Reich. Les stocks ont ensuite tous été récupérés par l’Armée rouge, et évidemment, les Russes ont fait des expériences, c’est ça le problème j’étais en Sibérie, ils m’ont injecté...
— Quoi ?!, s’exclama Noémie les yeux écarquillés.
Le tabouret traversa la pièce, elle leva son bras pour se protéger, il était parti mais elle entendait encore sa voix :
— Des jours et des jours sans fin, 807 exactement à compter l’enfer, avant d’en sortir ; et le pire c’est que je voyais mon père dans les yeux de mon bourreau.
La suite, elle la connaissait, il était rentré en France et en lui-même ; désormais ses gênes fonctionnaient comme une bombe à retardement, il fallait qu’il se protège. Essayant de reprendre le contrôle sur son esprit grâce aux techniques asiatiques, il espéra en vain que disparaisse ce qu’il ne voyait même pas ; dans ses veines coulait un chromosome inconnu, X comme celui sous lequel il était inscrit quand on l’avait relâché. Oubliant sa jeunesse torturée, il sombra dans le travail, entrée dans la police, promotion inspecteur puis brigade des mœurs.


Un jour, alors que la mère de Leni lui redonnait une identité, un semblant de vie, une petite fille, il tomba sur un article de presse décrivant la mort de Otmar ; c’est fini se dit-il, disparu, oublié... Une semaine plus tard, il aperçut Otmar qui le dévisageait dans le métro.

3 commentaires:

  1. Un clone qui souffre de dédoublement de personnalité ?

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  2. Diantre, moi qui croyais que Remington faisait surtout de la carabine, c'était un sacré cabas ce Balenciaga...

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