807 boules
sur le sapin vosgien
érigé place de la Mairie
face au Petit Casino.
J'ai peur.
Déclinaisons d'un aphorisme d'Éric Chevillard. "804… 805… 806… j’avais très rigoureusement repris le compte des herbes de mon jardin en pliant celles-ci au fur et à mesure, cette fois, afin de ne pas me tromper, mais à la 807ème ortie, ma main enflée, engourdie de douleur, n’est seulement plus capable de bouger les doigts, j’abandonne."
vendredi 9 décembre 2011
jeudi 8 décembre 2011
mercredi 7 décembre 2011
Tête de nœud
Il fait soleil, sur cette île, forcément. La mer est si bleue, les rochers du Vieux Port si rouges que les vagues s’y fracassent violettes au pied de la falaise. À l’horizon, des scintillements de feu, des voiles blanches et minuscules d’esquifs, qui se rapprochent, nombreuses, et les plus jeunes distinguent le miroitement d’armes, piques, et boucliers, au-dessus des bastingages. On n’en mène pas large sur le parvis de l’église où clignent des yeux les femmes, les vieillards, les prêtres. Car les diables, sur les bateaux, ont l’éclat sombre des chaudrons qui ont trop vu la flamme, leurs yeux sont cruels, leurs fronts arrogants sous le mouchoir noué en bandeau qui retient leurs cheveux noirs et frisés, entortillés sur eux-mêmes comme vipéreaux de printemps. On ne les a jamais vus, pourtant, on le sait, parce qu’ils ont attaqué l’île plus au nord l’année précédente. Ils y auraient aussi perdu des milliers des leurs, massacrés sans pitié mais cela, doit-on y croire ? À midi, les chevriers qui se sont relayés les nouvelles avec les guetteurs d’autres villages déboulent des hauteurs, affirment qu’une autre flotte s’est amassée, celle du connétable de l’Empereur, un certain Burchard, qu’il y aura bientôt bataille navale. Quand le soleil se couche, dans son orgie habituelle de pourpre et de sang, on respire, car les premiers noyés qui flottent jusqu’au Vieux Port, pieds devant, dans les vagues aussi rouges à présent que les rochers, ont la couleur des vieux chaudrons, et un mouchoir blanc flotte à leur traîne. Toute la nuit, les détrousseurs de cadavres se battent pour dénouer de leurs cous de petites mains de métal, parfois d’argent, que ces Infidèles portent en lieu de crucifix. Le lendemain, on tire sur le sable les coques défoncées de treize de leurs navires coulés par le fond, pas moins. Ah il te leur a bien a enfoncé le bandeau sur la tête, le Burchard, ah il leur a bien fait baisser les yeux ! On loue Charles le Magne, on fait la fête. On ne sait pas que dans deux ans, anno Domini 809, les Maures reviendront en Corse, prendront l’île, ne laisseront de vivants, hasard, paresse ou superstition, que l’évêque et deux ou trois vieux dans tout le bourg d’Aléria.
mardi 6 décembre 2011
Vie d'ange
Heureux l’élu à qui on a donné les clefs juste avant son passage dans le monde des vivants. Celui-là, sans essayer les serrures, il ouvrira les 807 portes rencontrées sur son chemin. En dépit des turpitudes réservées aux mortels, il atteindra la terre promise. Il ne doutera ni de lui ni de son avenir et saura trouver de l’aide si sa boussole intérieure l’égare – c’est que le Nord bouge sans prévenir; il faut se tenir en permanence au courant des nouveautés. En cas de tempête, il attendra sans angoisse que l’horizon s’éclaircisse. La chance saura le reconnaître et lui offrir sa planche de salut. Le surf est un sport de gourmand quand la mer est sucrée et les bateaux promis au naufrage croisent trop au large pour qu’on risque sa vie à leur porter secours. Il flottera, léger, au gré des alizés, confiant et rassuré par la douceur de l’eau. Pour lui, il y aura forcément une issue. S’il n’y en pas, il se souviendra qu’il a bien vécu et acceptera son destin. Il n’aura rien à regretter. L’amour l’aura choyé. Il aura passé son temps à savourer les saisons.
Prince du réel l’espace d’une vie, ange d’équilibre, lassé à la fin par son équanimité, il reportera aux ateliers du paradis ses ailes déplumées par les intempéries du siècle. Impatient de renaître.
Prince du réel l’espace d’une vie, ange d’équilibre, lassé à la fin par son équanimité, il reportera aux ateliers du paradis ses ailes déplumées par les intempéries du siècle. Impatient de renaître.
lundi 5 décembre 2011
Sacrilège
Ça fait un moment que je le sens qui me regarde du coin de l'œil. Un moment que ce petit jeu là dure entre nous. Ce soir, c'est spécial. Ambiance électrique. Elle s'est enfermée dans la salle de bain en pleurant et j'ai senti qu'il allait passer à l'acte. Le voilà. Il me fixe, le regard vide. S'approche. Sa grosse patte m'effleure, délicatement d'abord, puis plus fort. Il me caresse, me tâte, me pince, me soupèse, m'évalue, s'enhardit. Ses yeux se mettent à briller, son souffle s'accélère. Il tire doucement sur la fermeture éclair qui refuse de bouger. Me saisit à pleines mains, force l'ouverture avant de glisser sa paluche dans mes entrailles. Il fouille, explore, d'abord timidement puis brutalement. Il s'énerve, le temps passe, sa respiration se fait lourde, l'autre main plonge, fébrile, maladroite, dévastant tout sur son passage. Il me bouscule, me retourne, renverse mon contenu dans un grand fracas.
La carte d'Éric Bressart, 80 rue Philippe de Girard, 75018 Paris, tel 06 80 71 46 20, est tombée. Il se penche pour la saisir au moment où elle sort de la salle de bain en hurlant « T'as fouillé dans mon sac espèce de salaud, dégage ! »
La carte d'Éric Bressart, 80 rue Philippe de Girard, 75018 Paris, tel 06 80 71 46 20, est tombée. Il se penche pour la saisir au moment où elle sort de la salle de bain en hurlant « T'as fouillé dans mon sac espèce de salaud, dégage ! »
dimanche 4 décembre 2011
Clair de nuit
Elle entendit un grognement puis l’homme s’affaissa dans un craquement sec. Le plan avait fonctionné au-delà de toutes ses espérances, il ne lui restait qu'à passer à l'étape suivante, la plus délicate, celle dite du chanoine bulgare. Elle prit la canette de bière posée sur la marche de l'escalier, en vida le contenu d'une traite et se dirigea au fond de la rue vers le bar : il lui fallait prévenir Bogdan qui attendait deux rues plus haut pour ne pas éveiller les soupçons. En amplifiant sa foulée, elle ne put s'empêcher de se demander avec angoisse si elle allait reconnaître Bogdan, l'OUBE (Officiel Ultime Bureau Eliminateur) ne lui ayant hologrammé qu'une Identif-Basse-Déf qu'elle tenait discrètement dans la paume de sa main en pénétrant dans le bar sombre où irradiait le faisceau ionisant du détecteur de plasmons. Elle attendit plusieurs secondes que le rayon de lumière balaie le mur latéral pour se glisser au bout du comptoir et pousser la porte qui donnait sur l'escalier. Elle dévala les marches, poings crispés au fond des poches, sentit la chaleur puante des corps agglutinés dans la petite pièce où elle peinait à distinguer les visages. C'est à ce moment-là qu'une main attrapa son bras et qu'avant même de se retourner elle pressentit que c'était Bogdan, à peine le temps d'entrapercevoir ses pommettes sculptées et ses épaules musculeuses sur lesquelles il jeta un lourd manteau, que déjà il l'informait sur le deuxième homme à abattre, plus difficile cette fois car il fallait d'abord retrouver sa trace : on l'avait vu pour la dernière fois dans la zone est de la ville, une zone interdite puisque contaminée par la centrale. L'homme qui avait donné son signalement n'avait pas eu le temps de tout dire, mais avant de rendre son dernier souffle il lui avait tendu une éprouvette contenant le doigt momifié de l'agent REZE (Réseau Eliminateur Zone Est) qui était soupçonné d'avoir vendu des renseignements sur les réacteurs nucléaires à la mafia russe. Elle fourra l'éprouvette dans sa poche, se sentit amère de devoir quitter si rapidement Bogdan, mais que pouvait-elle faire sachant que la puce qu'on lui avait greffée répandrait dans son corps des rayons mortels qui la réduiraient en quelques minutes à l'état de poussière si elle n'achevait pas sa mission avant l'aube ?
Ensuite, ses pas résonnèrent, dans la nuit claire de Darwin leurs claquements s'amenuisèrent jusqu'au 807e que, bien qu'extrêmement attentif, Bogdan n'entendit plus...
Ensuite, ses pas résonnèrent, dans la nuit claire de Darwin leurs claquements s'amenuisèrent jusqu'au 807e que, bien qu'extrêmement attentif, Bogdan n'entendit plus...
samedi 3 décembre 2011
Au pied du temps
Cornaline pratique au sens propre le lèche-vitrine. Et il lui faudra encore bien de la salive pour parcourir les 807 mètres qui nous séparent du magasin de chaussures (et retour).
Tout ce sable, qui chaque jour tombe de ses petites chaussures, marque le passage du temps mieux qu'aucun instrument, et dire que je crois qu'un coup de balai effacera ça...
Tout ce sable, qui chaque jour tombe de ses petites chaussures, marque le passage du temps mieux qu'aucun instrument, et dire que je crois qu'un coup de balai effacera ça...
vendredi 2 décembre 2011
Coup de flippe
Dans ma tête tournoient 807 questions, elles rebondissent sous mon crâne comme les billes d’acier d’un flipper, y a-t-il toujours des flippers dans les bars ? voici la question 808, pour y répondre, il suffirait d’ouvrir la porte, la refermer, descendre les trois étages en prenant garde de ne pas glisser sur les marches étroites du vieil escalier de bois, remonter la rue, entrer dans le bar-tabac, l’explorer des yeux, se dire oui ou se dire non, refaire le chemin en sens inverse, la démarche assurée par la certitude d’avoir, pour une fois, une réponse fiable à une question simple, si les 807 autres pouvaient être résolues de la sorte, juste en sortant de soi, mais voilà, je suis enfermée ici, à l’intérieur de mon corps, les billes d’acier s’entrechoquent dans un vacarme épouvantable, il n’y a que des questions et pas une seule réponse, j’essaie d’esquiver, je suis emportée par la ronde affolée, bille à mon tour, je tourbillonne, je derviche, ma robe blanche en corolle, et par cette force centrifuge enfin éjectée de moi, rendue à l’univers, à la lune, aux étoiles, à tout ce qu’il y a de rond, de paisible, de lisse, d’inerte, de sans chaleur, de sans vie, d’absent. À toi en somme.
jeudi 1 décembre 2011
mercredi 30 novembre 2011
Déluge
Steve fit une pause dans ses calculs de mécanique Newtonienne. Par la fenêtre où était scotchée une petite photographie d’Alan Turing, toujours le même paysage de pluie diluvienne, six semaines en continu après le prochain week-end qui s’annonçait déjà gâché. Les barrages du Tennessee étaient déjà pleins et avaient commencé à déborder. Son regard parcourut distraitement sa chambre simple, l’homme au chapeau de Magritte, une estampe représentant l’exploit de Guillaume Tell, un dessin de Blanche Neige offert par sa petite sœur. La cinquième symphonie de Beethoven entamait ses premières notes lorsque son iPhone le tira brutalement de sa rêverie par un son strident d’alerte. En amont, à Florence, le vieux barrage Wilson, construit par les travaux herculéens de l’Army Corps mais miné par les infiltrations, venait de lâcher. Un calcul élémentaire, une vague immense, trente mètres de haut, soixante kilomètres de long, soixante-six millions de mètres cubes d’eau allaient se précipiter à cent kilomètres par heure, submerger et raser sa ville de Iuka dans trente-trois minutes. Steve déglutit.
L'ingénieur saisit son iPad et son MacBook, le vivarium et ses deux crotales, et sortit les poser délicatement sur le siège passager de sa vieille Buick Roadmaster. Quels trésors pouvait-il encore sauver pendant les minutes qui lui restaient ? Il attrapa ses antiquités son vieil Apple II, sa collection de vinyles des Beatles, ses couples de perruches et de hamsters, une couette, son bac de papiers administratifs, et une bible pour la lecture. Il se fit un confortable sandwich, attrapa le reste de crumble et une vieille bouteille de Manzana. Sur Battleground Drive et sous la pluie de plus en plus dense, Steve maugréait, ils étaient bien tranquilles à New York, loin de la fureur du grand fleuve ! Il fonçait seul dans sa Buick vers le sommet de Woodall Mountain. Le chemin caillouteux, abrupt et détrempé glissait et le dernier mile fut difficile à parcourir. À 807 pieds d’altitude, sur la plus haute montagne de l’état du Mississippi, Steve était en sécurité. La vague, il pouvait la voir venir de haut. Il s’installa pour dîner de son sandwich. Il avait sauvé sa pomme et tant pis pour les autres.
L'ingénieur saisit son iPad et son MacBook, le vivarium et ses deux crotales, et sortit les poser délicatement sur le siège passager de sa vieille Buick Roadmaster. Quels trésors pouvait-il encore sauver pendant les minutes qui lui restaient ? Il attrapa ses antiquités son vieil Apple II, sa collection de vinyles des Beatles, ses couples de perruches et de hamsters, une couette, son bac de papiers administratifs, et une bible pour la lecture. Il se fit un confortable sandwich, attrapa le reste de crumble et une vieille bouteille de Manzana. Sur Battleground Drive et sous la pluie de plus en plus dense, Steve maugréait, ils étaient bien tranquilles à New York, loin de la fureur du grand fleuve ! Il fonçait seul dans sa Buick vers le sommet de Woodall Mountain. Le chemin caillouteux, abrupt et détrempé glissait et le dernier mile fut difficile à parcourir. À 807 pieds d’altitude, sur la plus haute montagne de l’état du Mississippi, Steve était en sécurité. La vague, il pouvait la voir venir de haut. Il s’installa pour dîner de son sandwich. Il avait sauvé sa pomme et tant pis pour les autres.
mardi 29 novembre 2011
Le monde éphémère de Rina Banerjee
Quelques perles, un peu de paille qui luit
Sans cette libellule rose
Arrimée au soleil,
Que m’en resterait-il ?

Exposition Rina Banerjee, Musée Guimet, 2011, © Clémence D., 807 ko
Sans cette libellule rose
Arrimée au soleil,
Que m’en resterait-il ?
Exposition Rina Banerjee, Musée Guimet, 2011, © Clémence D., 807 ko
lundi 28 novembre 2011
Corps de lecteur
Je n’aime pas lire sur un écran mais je m’y habitue, on s’habitue à presque tout. Évaporée, l’odeur du papier, celle très particulière des premiers livres de poche. Un peu acide, un peu sucrée. Disparu, le froissement des pages dans le silence d’une chambre la nuit, frère paradoxal de toutes les frayeurs et d’une solitude douillette. Adieu saveur, adieu caresse ! L’abstraction gagne du terrain. La dématérialisation nous tente. Machines envahissantes, avez-vous donc une âme qui saccage notre âme et nous force d’aimer notre matériel et misérable quotidien ?
Je me souviens d’un certain rocher au bord du Gardon de Mialet en Cévennes qui m’accueillait dans ses creux lisses miraculeusement adaptés à la forme de mon corps et dont le surplomb était pourvoyeur d’ombre. De temps en temps, pourtant très occupé à recréer le monde du roman que je lisais, le réel faisait irruption dans mon univers mental : bourdonnement d’insectes, saut d’un poisson, rires d’enfants, mistral dans les cimes... 807 incitations à lever la tête, à reprendre possession de soi. Plaisir de poser un livre quand on sait qu’on va le reprendre après un bain dans une eau claire et jaillissante où brillent les paillettes de quartz soulevées du fond par le bouillonnement du courant.
Je me souviens d’un certain rocher au bord du Gardon de Mialet en Cévennes qui m’accueillait dans ses creux lisses miraculeusement adaptés à la forme de mon corps et dont le surplomb était pourvoyeur d’ombre. De temps en temps, pourtant très occupé à recréer le monde du roman que je lisais, le réel faisait irruption dans mon univers mental : bourdonnement d’insectes, saut d’un poisson, rires d’enfants, mistral dans les cimes... 807 incitations à lever la tête, à reprendre possession de soi. Plaisir de poser un livre quand on sait qu’on va le reprendre après un bain dans une eau claire et jaillissante où brillent les paillettes de quartz soulevées du fond par le bouillonnement du courant.
dimanche 27 novembre 2011
Dans le nez
Nous débouchons dans une crypte où attend un croulant, barbe blanche, yeux de merlan bouilli, visage livide ; la coupe que tu lui tends débordante du sang d'un bélier sacrifié, il la porte à ses lèvres, à chaque gorgée sa peau reprend les couleurs de la vie, celle qui resplendit au soleil et déserte cet endroit ; l'ancêtre demande si tu es seul ; ça fait des calendes que, aveuglé par l'espoir, tu attends son oracle, il est sensé t'éclairer sur ton retour dans l'île ; en fronçant les sourcils, tu me fais signe de rester immobile et bouche cousue, tu me gaves et enchaînes : Il n'y a que moi ici, prêt à écouter tes visions... j'aperçois à gauche une galerie pavée de sombres intentions... au loin un fleuve souterrain plus obscur que le pot-au-noir qui avait failli engloutir notre embarcation... Du coup, nous plantons le vieux ; à grandes enjambées tu fonces dans la galerie ; lâchant la place pour l'ombre je rejoins le fleuve, y plonge ma main ; son eau trouble ne me dit rien qui vaille, je reste sur ma soif, on avait festoyé de fèves avant de descendre dans ce trou... Le croulant patiente dans la crypte ; tourmenté, avec un pet de travers, tu arpentes la galerie ; je t'observe, aimerais mettre les pieds dans le plat de vos salamalecs, ça rime à quoi tes mystères, cette façon de me demander de faire comme si je n'étais pas là ; dans l'ennui les clapotis du fleuve résonnent, 666 petites vagues, faiblardes pas comme celles de la mer qui me manquent terriblement... La crypte est déserte ; dans la galerie on attend, (peut-être un moment propice pour une prédiction de derrière les fagots ?), justement le vieux, je l'ai bien à l'œil, maladroit il longe le fleuve, est-ce qu'il te cherche, va-t-il te monter un bateau ? Je retourne dans la crypte ; dans la galerie tu médites (tu te mets le doigt dans la pupille en espérant qu'une prédiction puisse abolir le hasard, car rien ne nous détourne de notre destin erratique et au royaume des aveugles, tu n'as plus rien d'un roi...). Crypte et galerie vides ; au bord du fleuve froid où cent quarante et un clapotis refluent, je réalise que je ne sais compter au-delà de 807, le vieil aveugle, toi et moi ne te quittant plus d'une spartiate ; sans vouloir jouer les Cassandre comme l'impression que votre entrevue va tourner en eau de boudin ; œil pour œil, tu vas payer le fait de me dissimuler ; trop de choses retenues, je lâche un vent retentissant, oui je pète, l'ancêtre prend un air dégouté et aboie : Traître, mais qui est avec toi ?
Musique originale composée par Xavier Brillat et Michel Gaspérin, tous droits réservés.
Musique originale composée par Xavier Brillat et Michel Gaspérin, tous droits réservés.
samedi 26 novembre 2011
ICD-10 G47.4
Aujourd'hui, j'avais pourtant 807 excellentes questions à poser à Robert A. Bourrik. D'où lui vient l'inspiration, ses influences, s'il était une plante, etc. Mais impossible de terminer l'interview.
vendredi 25 novembre 2011
Anniversaire
Toutes nos entreprises, vaines ou essentielles, croisent un jour celles que d'autres ont initiées dans le passé ou initieront dans l'avenir, petites ou grandes, c'est l'un des corollaires de l'effet papillon. Ainsi, la petite affaire qui a démarré au Riau le 29 octobre 2008 croise aujourd'hui l'aventure à laquelle Franck Garot, avec la complicité d'Éric Chevillard, a donné le coup d'envoi le 20 janvier 2009, et croisera demain ou après-demain celle qu'a mise en route Roger Federer le 30 septembre 1998 à Toulouse aux dépens de Guillaume Raoux. Et tandis que le roi du gazon songe secrètement au déclin et que le logicien fanatique de la Roche-sur-Yon s'incline une fois encore sur les brins d'herbe de son jardin, je dépose ce billet et m'envole, tourne le dos à ce petit monde, cueille quelques fleurs et m'éloigne de ce point de conspiration, inexorablement, heureux d'en avoir été.
Meuble le temps
Ce matin là ne venait en rien
Un lit et une chaise
Trois raisons de glisser
Je ne faisais que regarder
À décompter le temps
Deux ans deux mois et deux poussières
807 jours à m’entraver
Un lit et une chaise
Trois raisons de glisser
Je ne faisais que regarder
À décompter le temps
Deux ans deux mois et deux poussières
807 jours à m’entraver
jeudi 24 novembre 2011
Football
Je marche dans Paris. En moi, une douleur très ancienne que rien n'apaise. Ni la beauté de la ville ni la joie de mon corps qui s'élance.
Je reconnais les rues où tu m'as embrassée, celles où tu as pris ma main et où j'ai cru que tu m'aimais. Et je voudrais shooter dedans, les envoyer valdinguer, qu'elles disparaissent, et toi avec, à tout jamais hors de ma vue, si loin, au 807e ciel.
Je reconnais les rues où tu m'as embrassée, celles où tu as pris ma main et où j'ai cru que tu m'aimais. Et je voudrais shooter dedans, les envoyer valdinguer, qu'elles disparaissent, et toi avec, à tout jamais hors de ma vue, si loin, au 807e ciel.
mercredi 23 novembre 2011
Les communautés de l'arbitraire
Éric Chevillard aura été l'un des premiers héros des pelouses à succomber à son charme, Roger Federer rejoindra la communauté peu après. Mais ne nous méprenons pas, d'autres avant eux y avaient succombé, d'autres après eux y succomberont. Autour du nombre sacré s'étaient en effet donné rendez-vous le corps et l'esprit, les poètes et les jongleurs, les pelouses et le bitume, le tout et le rien, les riches et les pauvres, Dubaï, Rome, Jérusalem et Toulouse, ce qui avait commencé depuis toujours et ce qui viendrait plus tard. C'est ainsi qu'est née, succombant à son charme, la première des communautés de l'arbitraire qui ont été appelées à fleurir dans les siècles à venir.
mardi 22 novembre 2011
aigrette
elle ne sait pas vladje. où elle va, elle ne sait pas. mais elle sait que quelque chose suit son cours. il y a la pluie, une sorte de. dedans. il y a la jonchée crissante, version ocre jaune, dehors. il y a la grande bête, son rose un peu bave vers la bouche, une sorte de. on dit la gueule, quelqu'un dit. il y a ces yeux derrière les barreaux. il y a les banques préempteureuses pour terrains à construire des immeubles et déraciner le grand orme. quelqu'un dit majestueux jusqu'à la canopée. il y a le bleu mésange qui se lance comme cailloux d'une branche l'autre du tilleul
la veille le verdict. ça fomentait depuis du temps. une couvaison maybe. c'était d'abord resté calme, dans un fond, aigrette de pissenlit ou d'asclépiade. sorte de. rien d'épais, de palpable, de visible. mais quelque chose était dans l'œuvre. après que 807 fois le temps eut fait tourner ses astres, ça apparut. on déclara qu'il fallait sortir les couteaux. on crut même voir voler ciseaux des filandières
la veille le verdict. ça fomentait depuis du temps. une couvaison maybe. c'était d'abord resté calme, dans un fond, aigrette de pissenlit ou d'asclépiade. sorte de. rien d'épais, de palpable, de visible. mais quelque chose était dans l'œuvre. après que 807 fois le temps eut fait tourner ses astres, ça apparut. on déclara qu'il fallait sortir les couteaux. on crut même voir voler ciseaux des filandières
lundi 21 novembre 2011
Premier congrès/Eglefin fumé
Les éléphants s’installent toujours au premier rang dans l’amphi Poincaré : Franck le polygraphe, Joachim le jeune chenapan, Camille la bombe atomique, Magali la bayardère de Carnaval, Catherine l’isotope, Hélène le cyclone, Joël le vivisectionniste, Kzerphii le brontosaure, Laurent le gibier de potence, Michel le naufrageur, Xavier le pyromane. Aucun ne manque les salutations traditionnelles, chaleureuses et zélées, sourires naturels et forcés, traduisant la coopération amicale et la compétition féroce entre faux frères du parti. Le temps des interventions est décompté très précisément par un Mamelouk paranoïaque et mégalomane.
Le premier tribun, le fameux capitaine Eglefin, penché par-dessus le pupitre avec sa casquette de marin bien fixée sur ses cheveux fous, entame son discours au porte-voix en postillonnant : « Bande d'emplâtres, bande de voleurs, bande d'ectoplasmes de tonnerre de Brest, esclavagistes, que le diable vous emporte !.. » Le ton est donné. Le discours ferme et coloré se poursuit au rythme immuable d’un mot toutes les secondes pendant treize minutes. L’homme reprend son souffle : « ...protozoaires, cloportes, pyrophores, faux jetons à la sauce tartare, sapajous, vers de terre, crétins des Alpes, vauriens, scolopendres, schizophrènes, marins d'eau douce, cornichons diplômés, marchands de guano, huitcentseptophilistes ! » vingt-huit secondes de paroles finales pour un whisky bien mérité.
Le Mamelouk lance son signal : une seconde et un mot de trop.
Un silence glacial s’installe dans la salle. Puis une rumeur enfle soudainement dans les rangs de l’assistance, les bandes de bachi-bouzouks, d’ectoplasmes, de canaques, de sauvages et de voleurs s’agitent frénétiquement, hurlent, montrent du poing et insultent l’hérétique. Le premier rang bondit et se scinde en deux. Les dignitaires se précipitent sur l’estrade par les escaliers latéraux, bouchant toute issue de secours. Attrapant, frappant, renversant et piétinant le malheureux orateur, ils lui arrachent la barbe, l'aspergent de son alcool, l’enflamment. Une torche humaine jaune et rouge illumine l’amphi, la salle entière regarde avec joie et rage cet hérétique de capitaine Eglefin fumer et ne laisser qu’un tas de cendres et une pipe cassée.
Les éléphants retournent s’asseoir, le calme est revenu dans l’amphi. Les orateurs suivants sont prévenus : le congrès sera difficile.
Le premier tribun, le fameux capitaine Eglefin, penché par-dessus le pupitre avec sa casquette de marin bien fixée sur ses cheveux fous, entame son discours au porte-voix en postillonnant : « Bande d'emplâtres, bande de voleurs, bande d'ectoplasmes de tonnerre de Brest, esclavagistes, que le diable vous emporte !.. » Le ton est donné. Le discours ferme et coloré se poursuit au rythme immuable d’un mot toutes les secondes pendant treize minutes. L’homme reprend son souffle : « ...protozoaires, cloportes, pyrophores, faux jetons à la sauce tartare, sapajous, vers de terre, crétins des Alpes, vauriens, scolopendres, schizophrènes, marins d'eau douce, cornichons diplômés, marchands de guano, huitcentseptophilistes ! » vingt-huit secondes de paroles finales pour un whisky bien mérité.
Le Mamelouk lance son signal : une seconde et un mot de trop.
Un silence glacial s’installe dans la salle. Puis une rumeur enfle soudainement dans les rangs de l’assistance, les bandes de bachi-bouzouks, d’ectoplasmes, de canaques, de sauvages et de voleurs s’agitent frénétiquement, hurlent, montrent du poing et insultent l’hérétique. Le premier rang bondit et se scinde en deux. Les dignitaires se précipitent sur l’estrade par les escaliers latéraux, bouchant toute issue de secours. Attrapant, frappant, renversant et piétinant le malheureux orateur, ils lui arrachent la barbe, l'aspergent de son alcool, l’enflamment. Une torche humaine jaune et rouge illumine l’amphi, la salle entière regarde avec joie et rage cet hérétique de capitaine Eglefin fumer et ne laisser qu’un tas de cendres et une pipe cassée.
Les éléphants retournent s’asseoir, le calme est revenu dans l’amphi. Les orateurs suivants sont prévenus : le congrès sera difficile.
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