Déclinaisons d'un aphorisme d'Éric Chevillard. "804… 805… 806… j’avais très rigoureusement repris le compte des herbes de mon jardin en pliant celles-ci au fur et à mesure, cette fois, afin de ne pas me tromper, mais à la 807ème ortie, ma main enflée, engourdie de douleur, n’est seulement plus capable de bouger les doigts, j’abandonne."
mardi 5 juin 2012
Cuisine et dégoûtance
On ne sait pas pourquoi Alice, trop lasse, n'a pas recopié dans son cahier de recettes celles du guacamole bio et des rillettes de harengs...
On soupçonne que soudain elle en a eu plus qu'assez de faire la cuisine.
On l'aurait invitée au restaurant, elle aurait dit "merci " 807 fois au moins ( elle en rajoutait souvent ). Mais elle est morte avant que quiconque en ait eu l'idée.
lundi 4 juin 2012
8th avenue, New York, NY
Nous sommes loin de Londres, et encore davantage d'Olympie. Mais pourquoi ne pas faire partie de la fête ? C'est ce que pense le patron d'un diner de la 8e avenue. Il a décidé d'organiser une « soirée flambeau ». Tous les clients sont invités à se passer la flamme Olympic pendant leur repas.
Seulement l'alcool aidant, la soirée a vite dégénéré et la fumée noire commence à s'échapper par les fenêtres et la porte. Le feu semble déjà se propager au 1er étage. Une sirène hurlante s'approche maintenant rapidement de l'établissement.
Seulement l'alcool aidant, la soirée a vite dégénéré et la fumée noire commence à s'échapper par les fenêtres et la porte. Le feu semble déjà se propager au 1er étage. Une sirène hurlante s'approche maintenant rapidement de l'établissement.
vendredi 1 juin 2012
Park avenue, New York, NY
Nonobstant sa laideur et son extrême débilité, le chien qui promène sa
maîtresse le long de l’avenue, porte fier. Le couple, tels des
inséparables, ne pourrait se passer l’un de l’autre. Le chien est devenu
dépendant de la nourriture livrée par un traiteur chic de Lexington
avenue. D’aucuns, riant sous cape, relayent régulièrement la rumeur
selon laquelle la pâtée de luxe serait épicée d’un peu de cocaïne, la
maîtresse ayant déclaré que ce qui était bon pour elle était bon pour
lui. Cette dernière ne survivrait pas sans son chien qui l’accompagne
chaque instant dans la solitude d’une femme mariée à un richissime homme
d’affaires toujours par monts et par vaux à la recherche de nouvelles
opportunités de croissance. D’aucuns, légèrement langue de pute,
relayent continuellement la rumeur selon laquelle le canin remplacerait
aussi le mari dans des activités résolument intimes, la maîtresse ayant
déclaré que ce qui était bon pour lui était bon pour elle. Il se dit
aussi qu’un concurrent du malheureux mari aurait porté ces pratiques à
la connaissance des autorités.
Le couple remonte donc l’avenue pour rejoindre leur immeuble. Une sirène hurlante s’approche maintenant rapidement d’eux.
jeudi 31 mai 2012
5th avenue, New York, NY
Il arrive tranquillement, on ne sait pas d'où, avec un escabeau sous le bras. Il s'arrête à l'angle de la 62e rue et de la 5e avenue, devant un bâtiment en briques rouges. Il ne semble pas inquiet, il tourne le dos à Central Park et s'assure néanmoins qu'il n'y a aucun policier alentour. Il jauge l'immeuble et pose son escabeau près du mur. Il monte jusqu'à la limite de la pierre et des briques. Il sort un ciseau à pierre pas très large et une petite massette de son sac à dos et il commence à creuser.
Les propriétaires avaient décidé de snober la 5e avenue en installant l'entrée au numéro 2 de la 62e rue. Un mur de briques fermant maladroitement l'ancienne entrée sur l'avenue. Il ne supportait pas ce passage du numéro 800 au numéro 810. Il descend de son escabeau, fier d'avoir réparé l'affront. Une sirène hurlante s'approche maintenant rapidement de lui.
mercredi 30 mai 2012
Cloaquement
Allongé qu'il était dans le couloir du métro de la station Saint-Michel, Vladimir se releva péniblement avec sur ses épaules le poids de toute la peine du monde dans sa totalité. Dans cette première phrase, je voulais également dire qu'on était à Paris. Et là, pour finir mon introduction, je voudrais aussi rajouter le mot magique 807 comme pour qu’on me donne l’autorisation et que j’en suis débarrassé. Oh, c’est beau.
Puis je peux reprendre tranquilou : alors qu'il était totalement ivre dans sa tête parce qu'il avait absorbé beaucoup d'alcool, je veux dire par là des litres et des litres et encore des litres. Oui énormément. Alors qu'il avait réussi à se mettre debout sur ses deux pieds comme un vrai homme et plus comme un animal. Vladimir, il scruta toutes ces personnes qui attendaient debout la prochaine rame de métro en direction de Perpignan. Il commença à avancer vers ces gens bien distingués sous tous leurs rapports. Mais ce jour-là, je ne sais plus si c'était un jeudi ou après, Vladimir, il avait un problème car il émettait une odeur pestilentielle vraiment très forte. Et bien, l'odeur mauvaise provoquait le fait que les gens beaux et majestueux, ils reculaient sur son passage quand il avançait dans leur direction. Vladimir était une grosse baraque haute comme la tour Eiffel, un peu flasque à cause de sa vieillesse et de ses cheveux gris et salissants. Mais là, que des gens s’écartent sur son chemin, ça le touchait dans son orgueil au plus intime, car même sous terre, quand on est un clodo comme lui, je veux dire très loin dans la déchéance, il reste quelque chose de l'orgueil qu'on avait à l'initiale, à sa naissance. « Bande de charognards qu'il disait, je vais vous chier dessus, allez en enfer ! » Il était minuit passé dans ce métro, toujours à Saint-Michel-de-Provence. Vladimir avait un collègue de fortune Hervé, et celui-là également avait bu toute la journée entière, et il était allongé sur le dos, la tête tournée vers le plafond voûté. Alors, le collègue, il avait la bouche ouverte et il dormait avec les deux yeux fermés. Je reprends : il avait la gorge sèche le Vladimir et voulait boire des litres et des litres de gros rouge. Il fouilla dans les affaires de son camarade pour tenter de trouver son remède précieux. Il faisait les poches pour trouver un peu de monnaie mais là encore il trouva rien qui puisse l'arranger dans sa recherche.
Khrouchtchev fut très furieux et même très dans la colère noire. Alors pour se soulager, il tenta de baisser la braguette de son pantalon, qui était déjà baissée d'ailleurs, car cela faisait bien longtemps qu'elle marchait plus. Après, il sortit son sexe directement de son pantalon, car chez lui, à l'intérieur, on ne trouvait pas de slip comme chez des gens ordinaires. Et alors, vous allez voir ce qu'il a fait, et devant tout le monde, des choses que normalement on fait dans l'inimité : Kroutchev commença à uriner dans la gueule entrouverte de son collègue allongé sur son dos.
Puis je peux reprendre tranquilou : alors qu'il était totalement ivre dans sa tête parce qu'il avait absorbé beaucoup d'alcool, je veux dire par là des litres et des litres et encore des litres. Oui énormément. Alors qu'il avait réussi à se mettre debout sur ses deux pieds comme un vrai homme et plus comme un animal. Vladimir, il scruta toutes ces personnes qui attendaient debout la prochaine rame de métro en direction de Perpignan. Il commença à avancer vers ces gens bien distingués sous tous leurs rapports. Mais ce jour-là, je ne sais plus si c'était un jeudi ou après, Vladimir, il avait un problème car il émettait une odeur pestilentielle vraiment très forte. Et bien, l'odeur mauvaise provoquait le fait que les gens beaux et majestueux, ils reculaient sur son passage quand il avançait dans leur direction. Vladimir était une grosse baraque haute comme la tour Eiffel, un peu flasque à cause de sa vieillesse et de ses cheveux gris et salissants. Mais là, que des gens s’écartent sur son chemin, ça le touchait dans son orgueil au plus intime, car même sous terre, quand on est un clodo comme lui, je veux dire très loin dans la déchéance, il reste quelque chose de l'orgueil qu'on avait à l'initiale, à sa naissance. « Bande de charognards qu'il disait, je vais vous chier dessus, allez en enfer ! » Il était minuit passé dans ce métro, toujours à Saint-Michel-de-Provence. Vladimir avait un collègue de fortune Hervé, et celui-là également avait bu toute la journée entière, et il était allongé sur le dos, la tête tournée vers le plafond voûté. Alors, le collègue, il avait la bouche ouverte et il dormait avec les deux yeux fermés. Je reprends : il avait la gorge sèche le Vladimir et voulait boire des litres et des litres de gros rouge. Il fouilla dans les affaires de son camarade pour tenter de trouver son remède précieux. Il faisait les poches pour trouver un peu de monnaie mais là encore il trouva rien qui puisse l'arranger dans sa recherche.
Khrouchtchev fut très furieux et même très dans la colère noire. Alors pour se soulager, il tenta de baisser la braguette de son pantalon, qui était déjà baissée d'ailleurs, car cela faisait bien longtemps qu'elle marchait plus. Après, il sortit son sexe directement de son pantalon, car chez lui, à l'intérieur, on ne trouvait pas de slip comme chez des gens ordinaires. Et alors, vous allez voir ce qu'il a fait, et devant tout le monde, des choses que normalement on fait dans l'inimité : Kroutchev commença à uriner dans la gueule entrouverte de son collègue allongé sur son dos.
mardi 29 mai 2012
Estime de soi
A l’ombre des marronniers, délestés de leurs fleurs en grappe roses et blanches, si coupables des allergies des hommes, un moineau vient, pour la 807ème fois depuis le début de l’année, de piquer la plus grosse des miettes de pain que s’apprêtait à croquer le lourd pigeon. Le moineau sautille de l’autre côté d’un caniveau asséché et le pigeon, aux flancs ronds comme une tirelire pleine, vient de découvrir ce que la psychologie moderne qualifie de mauvaise estime de soi.
Pris dans les remous d’eau, des os de poulet carbonisés sont engloutis. A hauteur de caniveau, les fondements d’un radeau pour la liberté viennent de sombrer. Le moineau ne peut s’empêcher de penser que son jour viendra.
A hauteur de pigeon, la valse des chaussures toutes pareilles donne le tournis et la nausée. Son œuf le plus récent s’est brisé hier, l’eau a gonflé les caniveaux et, même en plein cœur du quartier chinois, les brisures de riz se font rares.
Pris dans les remous d’eau, des os de poulet carbonisés sont engloutis. A hauteur de caniveau, les fondements d’un radeau pour la liberté viennent de sombrer. Le moineau ne peut s’empêcher de penser que son jour viendra.
A hauteur de pigeon, la valse des chaussures toutes pareilles donne le tournis et la nausée. Son œuf le plus récent s’est brisé hier, l’eau a gonflé les caniveaux et, même en plein cœur du quartier chinois, les brisures de riz se font rares.
lundi 28 mai 2012
Fausse route
Les cartes s'étalent devant toi. Tes yeux suivent les veines sinueuses des fleuves, tes mains devinent le relief sous les contours bruns. Des routes sillonnent le papier, tu imagines le paysage cerné par la bordure du pare-brise qui s'obscurcit au fil des kilomètres, le ruban d'asphalte dévidé derrière toi...
Les berniques rêvent d'être caressées par le soleil quand la mer se retire. Soudées à leur rocher, elles hésitent entre la fermeté rugueuse de la pierre et la promesse incertaine du vent. Elles aimeraient peut-être se laisser aller à autre chose, comme se détacher pour glisser sur le sable et être entrainées par la bise.
... à l'écran tu traces des lignes de tableau tout le jour concentré devant l'ordinateur. Tu te lèves pour te dégourdir les jambes, ne serait-ce que pour aller jusqu'à la machine à café. Des sensations de la route te reviennent, imprécises ; tu les chasses d'un revers d'absence. Tu ne veux rien avoir affaire avec ce rêve qui, pour la 807e fois ce matin, cartes entassées au pied du lit, est venu s'échouer.
vendredi 25 mai 2012
Digression
Ce qu’aime le
joueur ce n’est ni gagner ni perdre mais se refaire au moins 807 fois, là où
l’angoisse côtoie le plaisir. Ce qu’il aimait lui, n’était ni être avec
quelqu’un, ni être sans quelqu’un, mais réussir à quitter quelqu’un pour être
avec quelqu’un d’autre. Depuis lors, il vivait sa vie sur le mode exquis de la
tentative d’évasion.
Quant à moi, j’ai
toujours voulu partir mais je n’ai jamais réussi à dépasser les grilles du
jardin.
Pardonnez-moi, je
sens que je digresse, mais ça me fait plaisir.
jeudi 24 mai 2012
"J'sais pas quoi mettre"
C'est chaque fois pareil, le même atroce constat : plus rien ne lui va, elle sera forcément moche et engoncée. Ses placards, ça fait huit heures qu'elle les passe à la question, et comme elle se sent nulle, ça fait, en plus, sept minutes qu'elle pleure.
Et puis, effondrée parmi les dentelles qu'elle collectionne depuis si longtemps, elle trouve la chose qu'elle mettra par dessus et pas dessous et qui le mettra sens dessus dessous…
Et puis, effondrée parmi les dentelles qu'elle collectionne depuis si longtemps, elle trouve la chose qu'elle mettra par dessus et pas dessous et qui le mettra sens dessus dessous…
mardi 22 mai 2012
Nénuphars et grenouilles.
Le couple ne s’entendait plus. Ses malentendus devenaient quotidiens. De jour en jour, ses pensées s’entrechoquaient, ses corps s’irritaient, ses jeux devenaient sérieux, ses joies s’échappaient, sa détresse éloignait ses amis, ses discussions s’évaporaient. Le couple avait l’habitude de se promener dans les cimetières à la recherche de ses regrets éternels.
Mais un jour le couple alla flâner ailleurs qu’au cimetière et découvrit un bassin, des nénuphars et des grenouilles (807 sans doute). Le couple noya sa solitude dans la contemplation des scènes aquatiques qu’offrait le lieu. Un lieu magique où la poêle à frire ne se prend pas pour un nénuphar.
Mais un jour le couple alla flâner ailleurs qu’au cimetière et découvrit un bassin, des nénuphars et des grenouilles (807 sans doute). Le couple noya sa solitude dans la contemplation des scènes aquatiques qu’offrait le lieu. Un lieu magique où la poêle à frire ne se prend pas pour un nénuphar.
lundi 21 mai 2012
Félou.
Tes yeux émeraude brillent dans le vide que tu laisses, ta fourrure douce et chaude réchauffe encore ma main.
Tu as fait le saut de l'ange, te prenant pour le tigre que je te soupçonnais d'être dans les rêves qui te faisaient tressaillir sur mes genoux, ton petit corps tout agité de soubresauts.
807 fois j'aimerais refaire le chemin en arrière pour te serrer contre moi.
vendredi 18 mai 2012
Un autre brin d’herbe.
Les pancartes « pelouse au repos »
ont été retirées.
Le soleil inonde le parc et sa verdure.
A la fin de l’été, 807 enfants auront foulé ce
brin d’herbe.
jeudi 17 mai 2012
grand marché
Dans le
chaos urbain, des auteurs agissent
Et loin
du grand marché, large site utérin
Ainsi
l'inspiration et des mots qui surgissent
Non
tout n'est pas marchand, ne pas vendre pas de reins
Traquer
la rime là, ailleurs des chiens rougissent
Ici
tracer des mots, les sculpter au burin.
Étalages
de fruits, 807 veaux mugissent
Arrivage
de poissons, de légumes et de grains
Pas
loin des écrivains, ils transpirent et vagissent
Se
creusant la cervelle, élevant des vérins
De
l'imagination, mais pourvu qu'ils rougissent
Des
trésors révélés, voir des poèmes marins.
Zone
banlieusarde, peu de gens y agissent
Ici ça
ne vaut rien, trop de mauvais terrains
Ou
traînent les vauriens, jamais ne s'assagissent
Y
naissent des légendes et contes vipérins
À
l'ombre de Paris, que l'esprit s'élargisse
Et que
chantent demain de beaux alexandrins...
mercredi 16 mai 2012
Flaubert éclaire
Petit hôtel très agréable et d’un
prix raisonnable. Accueil chaleureux, petit déjeuner copieux, décor charmant et
plein de trouvailles raffinées. Note : 18/20.
Il n’a pas emporté de lecture.
Tant pis. Demain, il cherchera une Librairie-Papeterie-Journaux. Il s’ennuie. Il
examine attentivement le plan d’évacuation en cas d’incendie accroché sur la
porte. Il rêve dessus, ébauche un synopsis : Panique au 807ème étage. Il ouvre le tiroir du meuble de chevet,
mais la Bible y dort déjà. Le pied de la lampe de bureau est un peu étrange. La
longue tige de cuivre qui porte l’ampoule et l’abat-jour s’élève fièrement d’une
pile de vieux bouquins qu’elle transperce au passage. Il relirait bien Madame Bovary. Mais pas moyen, tout est
solidement fixé. On a empalé Flaubert entre Max du Veuzit et Paul Bourget.
Elle étudia,
dans Eugène Sue, des descriptions d’ameublements.
mardi 15 mai 2012
Transhumance
Un matin elles sont là barrant l'horizon. Des
excroissances métalliques surgies du sol, deux fois la hauteur des
arbres, qui surplombent les toits. Aux chemins de roulement s'accroche
la lumière d'une fin d'après-midi, plus tard ce sont des oiseaux amputés
qui projettent leurs ombres sur le quartier. Cabines de commande
éteintes, immobiles toujours, même le vent n'y peut rien. Un soir
pourtant les bras des grues pointées comme des canons de revolver.
Tôt sur le chantier, un homme traîne pour ramasser un papier
par-ci, une canette par-là. On dirait un épouvantail dans ses vêtements
trop larges mais les oiseaux ont déjà fui les bruits des machines qui
retournent le quartier : murs coupés en tranches, blocs de bétons rendus
à terre, gravats.
L'homme traverse le chantier, s’en éloigne. Il longe des
palissades, piétine des flaques d'eau, traverse ce qu’il reste des rues.
Et bientôt c'est la fin des trottoirs, il faut continuer sur le bord de
la route qui s'élargit et se découpe en plusieurs voies. Panneaux,
voitures, poids lourds. Poids lourds, voitures, panneaux. Il continue. Plus loin. 807 pas encore. Jusque derrière des hangars
où des dizaines de tentes ont poussé. Et de drôles d’oiseaux décollent,
entre la ville nouvelle et l'aéroport.
lundi 14 mai 2012
Envol
Quand elle sera grande, elle sera danseuse étoile. Ou vétérinaire. Ou
maîtresse d’école. Pour l’heure, elle enfile collant, tutu et chaussons roses.
Maman lui a tricoté un cache-cœur en mohair de la même couleur, aussi doux
qu’un chat mais moins dangereux. Dans le vestiaire étroit, les filles terminent
de se préparer. On entend le piano et la voix de Melle Beck dans la salle de
danse. On a envie et peur tout à la fois. Envie de sentir dans sa paume la
barre de bois lisse et ronde, de commencer les exercices d’échauffement, sans
oublier les mouvements du bras, une légère inclinaison de la tête, envie de
cette grâce que l’on sent monter en soi, ne plus être la petite fille pataude
qui trébuche en courant, laisse glisser de ses mains verres et assiettes, se
cogne dans les meubles, envie de se laisser guider par le piano, suivre son
rythme, son tempo, être toute entière à l’intérieur de son corps et ne penser à
rien d’autre qu’aux muscles qui s’étirent, aux bras qui s’allongent, aux
articulations qui craquent. Et peur de la badine de Melle Beck qui frappe les
mollets pas assez tendus, les épaules rentrées, les ventres en avant. Il y a
une photo d’elle accrochée au mur. Elle y porte un long tutu de mousseline
blanche, le rêve de toutes les filles, dans une révérence gracieuse, les bras
repliés, croisés sur son cœur, le visage de profil elle sourit, une grande
douceur sur le visage, elle est belle. C’était il y a très longtemps.
Toutes les danseuses se disposent en ligne, pour les sauts. C’est le
moment du cours qu’elle préfère. Le piano lui-même est plus joyeux, plus vif.
Position de départ le dos bien droit, les bras en couronne au niveau du
nombril, en troisième, pied droit devant, genoux pliés. Au signal, détente,
elle s’élève au-dessus du sol, les jambes bien droites, au moment de retoucher
le sol, passe le pied gauche devant le pied droit, et atterrit genoux pliés
avant de repartir aussitôt. Elle enchaîne les sauts avec légèreté, elle se sent
comme une flèche lancée vers le ciel, en apesanteur, elle s’élance toujours
plus haut, hop et hop, à chaque saut elle dépasse ses camarades d’une tête, son
visage est rouge sous l’effort, elle vole, elle est heureuse, elle est un
oiseau.
Au huit cent septième saut, elle disparut dans un nuage.
vendredi 11 mai 2012
La fleur de l'âge
Elle aimerait se teindre les cheveux en blond, grandir de pas tout à
fait neuf centimètres, aller à Valparaiso, recueillir un chien perdu. il
n'écoute que d'un oeil.
Il dit " tu crois ? " avant d' arrêter sa voiture au bord de la route, comme s'il avait brutalement compris quelque chose d'important .
Il dit " tu crois ? " avant d' arrêter sa voiture au bord de la route, comme s'il avait brutalement compris quelque chose d'important .
jeudi 10 mai 2012
La demande
Les pétales recouvraient tout le sol du salon.
Il sourit. Un jour, il lui avouerait qu’il les avait comptés, ces pétales
arrachés un à un aux brassées de roses, faisant 807 fois le même vœux.
Elle ne se doutait de rien. Ce soir-là, elle gravit
les escaliers deux par deux, impatiente de se retrouver avec lui, comme chaque
jeudi, sur ou sous les draps de satin qu’ils avaient choisis ensemble. Quand
elle vit encadrant la porte deux petites bougies, elle se dit qu’il allait lui
jouer le grand jeu et en fut tout émoustillée.
Il avait imaginé des larmes, ou un visage
béat. Mais ça, non, il ne l’avait pas prévu : elle avait l’air
singulièrement emmerdée. « Ah, mais là, tu me prends au dépourvu, je ne
sais pas, il faut que je réfléchisse. » Après tout, c’était quand même un
de ses meilleurs amants.
mercredi 9 mai 2012
Mangeur de papier. Voyage en Transsibérien.
Quinze jours sur une île en compagnie du plus sinistre mangeur de papier, tenant du tout numérique, du tout virtuel, pour ne pas dire irréel, irréaliste, rêveur, dangereux révolutionnaire rouge au couteau entre les dents, quinze jours à publier l'habituel triptyque non plus à minuit mais à une heure décalée, même pas dans le bon sens, juste pour se faire remarquer et faire lambiner les malheureux fans (pas nous, et heureusement qu'ils sont si peu), quinze jours à parler de la faune et la flore, si insulaires, si peu métropolitaines mais tellement "autofictives" sans doute, tu vois, quinze jours pour un écrivain qui se vante, avec un snobisme qui n'a d'égal que la difficulté à taper l'URL de son blog saturée de tirets comme un train l'est de voitures et de tampons les séparant, de n'avoir rapporté aucun livre de son voyage en Transsibérien mais qui ne se gêne pas pour nous abreuver de clichés et d'images douces ou amères sur la Réunion, quinze jours qui, s'ils étaient 807, m'auraient forcé à aller là-bas couper au port de Saint-Denis le câble qui alimente l'île en internet.
Quinze jours et vous verrez qu'au bout du compte il n'y aura rien, pas un mot, sur cette France qui souffre, cette France du travail en bureau, cette France qui s'endort aussi bien en lisant l'Autofictif que lors des interminables réunions du lundi matin.
Je suis résolument contre le faux nouveau principe de la saison 4 des 807, cette histoire de triptyque me rappelle trop de souvenirs, trop de systèmes, trop de facilités et toujours je m'y refuserai !
mardi 8 mai 2012
floche
perlé filandreux nuagesque poisseux. vladje y était. elle l'avait vue. elle avait tenté de s'en protéger mais aucun moyen. quelque chose comme de l'inexorable s'enroula, se déforma volutes, disparut presque comme nuage soufflé et réapparut lambeaux. c'était presque soyeux mais une matière souple extensible rétractable disparaissante renaissante de ses brumes. il y avait du bruit de musique. certains disaient que de danger pas du tout. il y avait des petits avions colorés qui décrivaient des cercles. il y eut des coups de feu. on chercha qui était mort.
la veille on avait entendu quelqu'un, clope au bec, lunettes avec verre droit obstrué par morceau de papier cartonné noir, un peu entamé par l'alcool semblait-il, marmonner des bribes bricoles et autres fichaises. certains distinguèrent dans le magma fleurant gewurztraminer les mots merlan, cresson, fontaine, rateau. certains se demandaient si cet homme avait ou non, en tête et avant qu'il fût écrit, le premier paragraphe. d'autres répondirent : aucun lien.
au jardin épeire fasciée tissait soie. il fallait que les oeufs passent l'hiver dans des conditions favorables. alors travaillait à couches successives. première couche, puisque oeufs pondus en suspension : maintenir les oeufs sur leur support. deuxième couche : soie floconneuse légére pour chambre couveuse bien chaude aux petites nouvelles à l'abri du froid. puis soie très rigide : consolidation. puis protection des prédateurs : couche de camouflage marron. 8 heures pour construire ce cocon. épuisement. épeire fasciée va bientôt mourir. sa descendance est assurée. certains observateurs débusquent 07 minutes dans le cocon de l'adverbe.
la veille on avait entendu quelqu'un, clope au bec, lunettes avec verre droit obstrué par morceau de papier cartonné noir, un peu entamé par l'alcool semblait-il, marmonner des bribes bricoles et autres fichaises. certains distinguèrent dans le magma fleurant gewurztraminer les mots merlan, cresson, fontaine, rateau. certains se demandaient si cet homme avait ou non, en tête et avant qu'il fût écrit, le premier paragraphe. d'autres répondirent : aucun lien.
au jardin épeire fasciée tissait soie. il fallait que les oeufs passent l'hiver dans des conditions favorables. alors travaillait à couches successives. première couche, puisque oeufs pondus en suspension : maintenir les oeufs sur leur support. deuxième couche : soie floconneuse légére pour chambre couveuse bien chaude aux petites nouvelles à l'abri du froid. puis soie très rigide : consolidation. puis protection des prédateurs : couche de camouflage marron. 8 heures pour construire ce cocon. épuisement. épeire fasciée va bientôt mourir. sa descendance est assurée. certains observateurs débusquent 07 minutes dans le cocon de l'adverbe.
samedi 21 avril 2012
Fin de partie
Tiens, papa, c’est pour toi, me dit Agathe en me tendant un petit bouquet vert cueilli dans mon dos tandis que je me livrais, accroupi, au dénombrement annuel des brins d’herbe de ma pelouse. Merci, ma chérie belle – et j’arrachai sèchement le huit cent septième qui me chatouillait l’index pour lier sa gentille offrande.
(l'Autofictif n° 1347, 18 septembre 2011)
Tiens, taulier, c'est pour toi, me dit Éric Chevillard en me tendant un petit livre blanc composé dans mon dos tandis que je me livrais, assis devant mon clavier, à la programmation quotidienne de ce blog. Merci, mon chéri beau – et je mis sèchement fin à mon aventure bloguesque, décision qui me chatouillait l'esprit depuis longtemps, pour lire L'Auteur et moi, sa gentille offrande.
(les 807 n° 1430, 21 avril 2012)
(l'Autofictif n° 1347, 18 septembre 2011)
Tiens, taulier, c'est pour toi, me dit Éric Chevillard en me tendant un petit livre blanc composé dans mon dos tandis que je me livrais, assis devant mon clavier, à la programmation quotidienne de ce blog. Merci, mon chéri beau – et je mis sèchement fin à mon aventure bloguesque, décision qui me chatouillait l'esprit depuis longtemps, pour lire L'Auteur et moi, sa gentille offrande.
(les 807 n° 1430, 21 avril 2012)
vendredi 20 avril 2012
Déambulation bruxelloise
Imagine. Déambuler à enjambées irrégulières. Sur de multicolores pavés, nos pas affleurent. S'humidifier sans pouvoir y faire. Comment ignorer l'arrogance des frontons ? S'espérer perdu dans de méandreuses rues toutes en chantier. Inventer dans nos cervelles brumeuses des raccourcis invisibles. Passons sur les larmes du garçonnet joufflu derrière sa fenêtre. Sentir le crachin nous transpercer jusqu'à la moelle. Réaliser qu'un grand immeuble moche a remplacé l'hippodrome d'hiver où Elvis a chanté. Ne pas se retrouver dans cet urbanisme de brique et de broc.
Alors en traversant les passages piétons, ne même pas jeter un œil sur les côtés ; passer à tort et à travers 807 gouttes et même tes larmes... Et alors ? La pluie. Cependant... Pourquoi pas ? Bien que demain tout soit différent.
Alors en traversant les passages piétons, ne même pas jeter un œil sur les côtés ; passer à tort et à travers 807 gouttes et même tes larmes... Et alors ? La pluie. Cependant... Pourquoi pas ? Bien que demain tout soit différent.
Les morts sont bruyants
Toute une activité, ça frappe, ça souffle, ça gronde par en-dessous, on se demande ce qu'ils construisent, là sous leurs pierres, qui sont spécialement posées là pour eux, tout est déjà construit mais ça ne leur suffit pas, il faut qu'ils restent éveillés, toujours, à se rappeler à nous par leur vacarme, boucan tel qu'on s'attend à tout moment à les voir sortir les grillades et le rhum, les seaux de patates et les piments, les 807 ballons multicolores à lâcher dans le ciel pendant qu'eux, en-dessous, toujours là à danser, à chanter... Mais il n'y a que le bruit qui continue, sans fin, ils frappent le béton et le fer, ils manœuvrent le ciel et la terre… pourquoi ? Nous maintenir éveillé, qui sait ?
jeudi 19 avril 2012
tounicotis
ce jour-là vladje avait bandé sec. presque momie à bandelettes. c'était l'ordre venu d'un ailleurs savant en ces choses : il faut bander tout bras seins avec thorax oiseaux ventre jambes mains et bras flowers et petites musaraignes armoire escargots baignoire chevreuils pics-verts phrases et mésanges maison et tilleuls désirs espoirs et radiateurs. on lui parla de pont mais il n'y en avait pas. elle banda donc. choisit de la douce cotonnade double sans élasticité, du filet mousse de polyuréthane en protection auto-adhésive de téguments, des tubes en jersey léger, et de la bande élastique, selon ce qu'il fallait contenir ou compresser. quand elle tournait le linge ad hoc autour des moineaux un instant elle pensa à annette messager
la veille les choses s'étaient mises à gonfler. à vouloir s'enfuir de leur lieu d'origine. à se répandre hors de leur habitacle. tout grossissait entrait en métamorphose. chacun voulut intervenir à sa manière. d'aucuns proposèrent une sorte d'écopage pour ce qui coulait. d'autres voulaient construire des sortes de couloirs très étroits à la taille exacte des grosses bêtes et dans lesquels on les ferait pénétrer par force les poussant par fer à la jonction du cou et du dos. d'autres, experts en travaux d'aiguillage, voulaient tricoter des sortes de manchons à petits rongeurs. pour l'habitat d'autres disaient qu'une belle couche de béton bien armé ferait l'affaire. on était bien perplexe devant la gente horticole. quand on vit que le long des jambes humaines perlaient gouttes de miel et de sang, il y en eut pour s'émerveiller de la couleur mais là n'était pas la question. perles perlaient tant et tant que formaient petits rus et il eut inquiet conciliabule. on aligna tous ceux dont le sang quittait lentement le système et on opta pour LE dispositif destiné à stop immediately l'hémorragie dont on prépara les éléments. quand on en fut – ô lecteurs vous devinez quoi – à presque 807 rangs de bipèdes – on manquait d'air et le dispositif avait disparu
la veille les choses s'étaient mises à gonfler. à vouloir s'enfuir de leur lieu d'origine. à se répandre hors de leur habitacle. tout grossissait entrait en métamorphose. chacun voulut intervenir à sa manière. d'aucuns proposèrent une sorte d'écopage pour ce qui coulait. d'autres voulaient construire des sortes de couloirs très étroits à la taille exacte des grosses bêtes et dans lesquels on les ferait pénétrer par force les poussant par fer à la jonction du cou et du dos. d'autres, experts en travaux d'aiguillage, voulaient tricoter des sortes de manchons à petits rongeurs. pour l'habitat d'autres disaient qu'une belle couche de béton bien armé ferait l'affaire. on était bien perplexe devant la gente horticole. quand on vit que le long des jambes humaines perlaient gouttes de miel et de sang, il y en eut pour s'émerveiller de la couleur mais là n'était pas la question. perles perlaient tant et tant que formaient petits rus et il eut inquiet conciliabule. on aligna tous ceux dont le sang quittait lentement le système et on opta pour LE dispositif destiné à stop immediately l'hémorragie dont on prépara les éléments. quand on en fut – ô lecteurs vous devinez quoi – à presque 807 rangs de bipèdes – on manquait d'air et le dispositif avait disparu
a rose is a rose is a...
8 ans qu'on l' a planté ce rosier ancien, et rien...
quand soudain celle-ci et 6 autres !
quand soudain celle-ci et 6 autres !

mercredi 18 avril 2012
Le voyage
Un séjour à la Capitale, c’est une parenthèse. Ce fut longtemps une occasion d’éloignement, pour gagner une solitude, souhaitée. Si c’est désormais toujours un éloignement, je ne le souhaite plus, sans pour autant qu’il soit devenu une douleur.Je vais à Paris par le train. Le voyage en train, c’est un moment d’apesanteur, de transition, un passage. Il a ceci d’appréciable qu’une des activités naturelles qu’il propose, outre de ne rien faire, c’est de regarder dehors. Je ne dirai rien d’original sur le défilement du paysage, si ce n’est qu’il est accompagné de ce souffle permanent issu de la vitesse de la machine. Du temps de la vapeur, il aurait été question de respiration. Plus maintenant, l’air ne bouge plus à l’intérieur des voitures. Ça vibre, ça tremble, ça berce. Et ce TGV va trop vite pour pouvoir capter le regard d’une vache... mais les vaches regardent-elles passer les TGV ?
En automobile, on est toujours entre deux endroits, à tant de kilomètres du lieu d’arrivée, ou de son départ. C’est toujours une distance qui est en jeu. Par le train, il n’est d’indication sur le bord des voies que de l’endroit précis où l’on se trouve sur la totalité de la ligne, sans parfois que l’on sache quel est le départ et le terminus. C’est donc parfois un chiffre plein de mystère : Km 807.
En automobile, on est toujours entre deux endroits, à tant de kilomètres du lieu d’arrivée, ou de son départ. C’est toujours une distance qui est en jeu. Par le train, il n’est d’indication sur le bord des voies que de l’endroit précis où l’on se trouve sur la totalité de la ligne, sans parfois que l’on sache quel est le départ et le terminus. C’est donc parfois un chiffre plein de mystère : Km 807.
Phœnix
On a cru comprendre... on a compris... voilà. C’est fini. Passé de mode. Ad Patres. On ne veut pas y croire. Ce n’est pas possible... pas tout de suite, pas maintenant... il faudrait tout de même essayer quelque chose... il y a peut-être moyen... en grattant, doucement, en décapant toutes ces couches d’enduit, de vernis, cette poussière accumulée... ces mots autour de lui, ces couronnes de roses... il étouffe, sa tête est lourde... ailleurs, peut-être, on ironise, on se gausse... on le dit à bout de souffle, radoteur, éteint, sans avenir... pourtant, à le regarder encore... attentivement... sans tendresse superflue... avant que... tout de même, il porte encore beau... qui pourrait penser... il va le faire porter tout en haut, dans les réserves, avec un double de la fiche d’inventaire, un numéro – 807 – attaché à la patte... une étiquette à l’oreille d’un animal partant pour l’abattoir... on va l’oublier... longtemps... des dizaines d’années... et puis un matin, un thésard fouineur... il va le sortir de sa housse, doucement... et là...

mardi 17 avril 2012
La proie pour l’ombre
Coups redoublés dans la poitrine quand il entre, souffle haletant. Regard furtif pour balayer la rangée de sièges où ceux-là attendent, puis les yeux se figent sur l'horloge. Pourvu que. Mains crispées à force de serrer la monnaie, au tintement des pièces glissées dans le distributeur, au son du billet qui dégringole, les mâchoires se détendent. Un peu. Se retourne et s'appuie contre la machine, au cas où ses jambes trembleraient plus fort. Tapote nerveusement la poche de son jean. Bientôt la voix douce et ferme du haut-parleur, bientôt le crissement des roues sur les rails. Il pourra franchir le quai, s’engouffrer dans le train, disparaître.
Il oublia. Peu à peu, les horaires, contraintes, règles, corrections, rappels à l’ordre s'effacèrent. Peu à peu, le taulier reprit vie à l’ombre des 807.
Il oublia. Peu à peu, les horaires, contraintes, règles, corrections, rappels à l’ordre s'effacèrent. Peu à peu, le taulier reprit vie à l’ombre des 807.
lundi 16 avril 2012
Le lit-cage
Je ferme les volets de mon âme avec cette grille à barreaux pour entourer mon rêve qui ne peut s’évader de cette forteresse en dentelle de fer. Je suis la gardienne des pensées des autres qui flottent à la surface du monde intérieur du monde extérieur. La nuit, à la pension, grouillent les rêves qui s’échappent des petits lits blancs. Moi, la plus petite, j’ai un lit-cage. Un lit-cage pour mon sommeil d’oiseau. Une cage pour le tigre que je sais ne pas être. Une cage de fer pour un oiseau de plomb, une cage d’enfer pour un oiseau de paradis, une cage pour un oiseau de paradis de plomb, une cage pour un sommeil de plomb. Je suis la chef d’orchestre du concerto des rêves. Je carde le coton des rêves. Je suis couchée dans ma cage pour dépeigner les rêves qui s’emmêlent, se télescopent, se copient, se nuisent, se croisent. Je veux bien qu’ils s’amalgament en un joli ciel de lit cotonneux au dessus du dortoir comme un arc-en-ciel aux 807 nuances à condition qu’ils retombent en plumes de neige sur chacun des enfants du monde.
Mais je ne sais plus si je dors ou si je veille : un rêve d’amour vient de me tomber dans l’œil. Je ne vois plus rien, mes yeux commencent à pleurer...
Mais je ne sais plus si je dors ou si je veille : un rêve d’amour vient de me tomber dans l’œil. Je ne vois plus rien, mes yeux commencent à pleurer...
dimanche 15 avril 2012
Couleurs
Les capacités visuelles de l’être humain sont assez peu développées. De la neige, il dira qu’elle est « blanche », de la nuit qu’elle est « noire ». Dans l’arc-en-ciel, entre les infrarouges et les ultraviolets, il ne marquera que cinq ou six étapes.
Seul le caméléon, rompu à l’exercice du changement de nuance, perçoit les 807 couleurs de l’arc-en-ciel.
Seul le caméléon, rompu à l’exercice du changement de nuance, perçoit les 807 couleurs de l’arc-en-ciel.
samedi 14 avril 2012
Patatoèsie
Jamais demain ne luit sans cette promesse
Brandie bien haut par un germe à la redresse
Contre les noirs doryphores de la vieillesse
Charlotte, Manon, Rosabelle ou Désirée
Rustiques et tuberculeuses solénacées
Vos vieux cœurs ridés assoiffés de tendresse
En épousant la terre, à la vie font promesse
Brandie bien haut par un germe à la redresse
Contre les noirs doryphores de la vieillesse
Charlotte, Manon, Rosabelle ou Désirée
Rustiques et tuberculeuses solénacées
Vos vieux cœurs ridés assoiffés de tendresse
En épousant la terre, à la vie font promesse

vendredi 13 avril 2012
Lifeboat
On peut deviner le nombre de naufragés, lâchés par le capitaine après un bien beau voyage qu'ils ne sont pas près d'oublier. Tous lui disent merci autant de fois qu'il l'imagine.

jeudi 12 avril 2012
Les vivants
– Elle a des choses à dire. Au moins 807.
– Eh bien qu'elle les dise ! Et qu'elle les écrive, même !
– Elle n'écrit que sous le coup d'émotions fortes. Et d'un seul jet.
– Je m'en doutais, elle a le profil d'une grande amoureuse.
– Oui. Elle est un peu barrée aussi. Et même de plus en plus.
– Ça transparaît pas trop dans ses écrits, faut dire que je ne la connais pas non plus
– Personne ne la connaît.
– Vaut mieux pour Personne, d'ailleurs.
– Tu peux le dire. Pour ça qu'elle se planque. C'est comme Personne.
– Oui vaut mieux pas qu'ils se rencontrent ces deux-là.
– Ça ferait des étincelles.
– Ou des feux d'artifice. On sait pas.
– On veut pas savoir.
– Non, vaut mieux pas.
– Des instables.
– Infréquentables.
– Des impulsifs.
– Des vivants, quoi.
– Oui... des vivants.
– ...
– ...
– Mais bon Dieu vivre ça fait mal parfois.
– Tu as raison, c'est pour ça que j'ai arrêté.
– C'est pour ça que moi j'ai commencé.
– ...
– Parce qu'avant c'était pire.
– ...
– Embrasse-moi.
– Eh bien qu'elle les dise ! Et qu'elle les écrive, même !
– Elle n'écrit que sous le coup d'émotions fortes. Et d'un seul jet.
– Je m'en doutais, elle a le profil d'une grande amoureuse.
– Oui. Elle est un peu barrée aussi. Et même de plus en plus.
– Ça transparaît pas trop dans ses écrits, faut dire que je ne la connais pas non plus
– Personne ne la connaît.
– Vaut mieux pour Personne, d'ailleurs.
– Tu peux le dire. Pour ça qu'elle se planque. C'est comme Personne.
– Oui vaut mieux pas qu'ils se rencontrent ces deux-là.
– Ça ferait des étincelles.
– Ou des feux d'artifice. On sait pas.
– On veut pas savoir.
– Non, vaut mieux pas.
– Des instables.
– Infréquentables.
– Des impulsifs.
– Des vivants, quoi.
– Oui... des vivants.
– ...
– ...
– Mais bon Dieu vivre ça fait mal parfois.
– Tu as raison, c'est pour ça que j'ai arrêté.
– C'est pour ça que moi j'ai commencé.
– ...
– Parce qu'avant c'était pire.
– ...
– Embrasse-moi.
mercredi 11 avril 2012
Campagne sur les murs
Ces pochoirs ne passaient pas inaperçus et avaient sans doute été collés la nuit précédente sur tous les murs de la ville. L’astuce n’était pas terrible ni nouvelle, mais l’antenne semblait la diffuser comme depuis une télé des années 80 : il s’était amusé à compter ces interpellations, il y en avait 807, et puis, une fois arrivé à celui-ci, le dernier de son recensement, il traversa la rue Juliette-Dodu (Paris, Xe) sans regarder sur sa gauche et se fit renverser par le bus qui venait de quitter l’arrêt situé juste à côté de l’inscription couleur deuil.

mardi 10 avril 2012
La moue dans les ruines
Une fois encore j’irai contempler la fin du jour sur le cap dont je ne puis prononcer le nom sans trembler. J’ignore si la petite Odette qui me suit partout, Dieu sait pourquoi, sera touchée par l’ineffable beauté dont vinrent depuis toujours s’inspirer les artistes du monde entier. En y gravant jadis son nom, Lord Byron se fit un cénotaphe plus pérenne que le plus glorieux des tombeaux. Moi, je veux seulement qu’à la fin on y répande mes cendres. Les petites fleurs violettes qui poussent au printemps sur le roc s’en nourriront.
Il n’est pas marrant, Norbert. Pourtant c’est romantique un coucher de soleil dans les ruines, ça invite à la tendresse. On s’est assis tous les deux sur un gros rocher, face à la mer, pour regarder. Mais au lieu de me dire les choses gentilles que j’attends depuis six mois, le voilà parti à réciter des vers d’Hésiode. Il a même eu le temps d’en écorcher 807, avant que cet imbécile de gros ballon rouge ne disparaisse enfin, sous les applaudissements des touristes. Le car nous attendait sur le parking, alors on s’est dépêchés de redescendre.
Il n’est pas marrant, Norbert. Pourtant c’est romantique un coucher de soleil dans les ruines, ça invite à la tendresse. On s’est assis tous les deux sur un gros rocher, face à la mer, pour regarder. Mais au lieu de me dire les choses gentilles que j’attends depuis six mois, le voilà parti à réciter des vers d’Hésiode. Il a même eu le temps d’en écorcher 807, avant que cet imbécile de gros ballon rouge ne disparaisse enfin, sous les applaudissements des touristes. Le car nous attendait sur le parking, alors on s’est dépêchés de redescendre.
lundi 9 avril 2012
Enragé
Lorsque le rêve surgissait il se couvrait de sueur et elle pouvait presque sentir sa peur s'insinuer en elle. Il s'agitait, grinçait des dents, marmonnant des mots indistincts qu'elle ne comprenait pas. Il arrivait parfois qu'il se mette à crier. Au début, elle le prenait dans ses bras mais il se débattait et avait même une fois tenté de l'étrangler, lancé dans une bataille imaginaire. Elle l'avait giflé et il s'était réveillé en pleurant. Elle n'avait pas voulu en faire toute une histoire, elle l'aimait, mais elle avait commencé à avoir peur de lui. Il ne voulait pas lui raconter son rêve, disant qu'il ne s'en souvenait pas. Elle avait laissé la porte de la chambre ouverte pour pouvoir s'en aller plus vite lorsque le rêve s'insinuait entre eux. Elle finissait la nuit dans le salon en essayant de ne pas entendre les bruits de plus en plus étranges qui venaient de la chambre. Ses nuits ne semblaient plus être qu'une rivière déchaînée sur laquelle voguait les sombres réminiscences d'un passé dont elle avait l'impression de tout ignorer. La 807e nuit elle ne s'enfuit pas assez vite et il tenta de la violer. Elle le repoussa de toutes ses forces mais il fallut se battre, il était devenu enragé. Pour la première fois il ne sortit pas de son rêve et la poursuivit jusque dans le couloir. Elle sortit de l'appartement en hurlant, claquant la porte violemment derrière elle. Des portes s'ouvrirent, des voisins sortirent, elle restait recroquevillée sur le palier, en état de choc.
Un voisin sonna à la porte de l'appartement, l'homme ouvrit et dit « Ne vous inquiétez pas, ma femme est somnambule, je m'en occupe. »
Un voisin sonna à la porte de l'appartement, l'homme ouvrit et dit « Ne vous inquiétez pas, ma femme est somnambule, je m'en occupe. »
dimanche 8 avril 2012
Le rêve
Je me souviens que l’armateur du navire est un marchand d’œufs de Liverpool. Je me réveille en sursaut. Je suis perdue au centre d’un lit immense. Je ne devine rien de ce qui m’entoure. Vite, une bougie. Et dans son aura, des ombres, des bois cirés qui reluisent, une table de chevet massive, tout ressemble à une chambre conventionnelle, au sommet d’un manoir d’Irlande, sauf l’odeur de goudron, de mèche qui brûle, de tonneaux suris, d’huile rance, d’embruns, et d’un atroce mélange de vieux rhum et de soupe de poissons. Au clapotis des vagues, aux craquements du bois, aux frottements des cordes les unes contre les autres s’ajoutent d’étranges petits bruits que je pense être la cavalcade des rats. Je veux en avoir le cœur net. Je me lève, pieds nus. Ma chemise de nuit est longue et déchirée dans le bas. Je prends la bougie pour trouver la porte de la chambre, sortir et éclairer le couloir...
C’est à ce moment-là que je vois grouiller dans la coursive, 807 poussins d’un jaune criard et duveteux qui se chevauchent dans un joli charivari. Nous étions depuis si longtemps, en panne de vent, dans cet îlot des Caraïbes que la cale s’est transformée en couveuse...
C’est à ce moment-là que je vois grouiller dans la coursive, 807 poussins d’un jaune criard et duveteux qui se chevauchent dans un joli charivari. Nous étions depuis si longtemps, en panne de vent, dans cet îlot des Caraïbes que la cale s’est transformée en couveuse...
samedi 7 avril 2012
Impossible rencontre
Au téléphone, il avait une voix chaude et grave. Je l’imaginais grand, beau et souriant. Quand je le vis en chair et en os pour la première fois, j’eus une sacrée surprise. Et tandis que je le détaillais sans rien dire, j’avais toujours du mal à croire que cette belle voix grave de crooner hollywoodien était bien la sienne. Une impression de froid m’envahit. C’était un peu comme si l’eau glacée d’un puits me pénétrait de partout. Un vague malaise se glissa insidieusement en moi. Quelque chose me laissait présager que je m’étais peut-être un peu trop avancée et que j’allais le regretter. Au bout de 807 secondes, donc, je décidai de partir : « Je ne vais pas vous déranger plus longtemps ! » fis-je dépitée.
C’était un homme assez peu bavard, au fond, mais au regard très parlant, du moins pour moi. Cet homme me parlait, oui, et ce qu’il me disait sans me le dire, maintenant, c’était : « Vous eussiez pu rester davantage afin que nous pussions faire un peu plus connaissance ! » Le subjonctif qu’il employait m’avertit alors que j’étais en présence d’un érudit. Du coup, je décidai de rester.
C’était un homme assez peu bavard, au fond, mais au regard très parlant, du moins pour moi. Cet homme me parlait, oui, et ce qu’il me disait sans me le dire, maintenant, c’était : « Vous eussiez pu rester davantage afin que nous pussions faire un peu plus connaissance ! » Le subjonctif qu’il employait m’avertit alors que j’étais en présence d’un érudit. Du coup, je décidai de rester.
vendredi 6 avril 2012
807 ?
Une 807 pour tracer une route sans intérêt pour aller vite d'ici à là ou les 807 et ses chemins de traverse où on prend le temps de compter les brins d'herbe ?
Non, il n'y a pas photo.
Non, il n'y a pas photo.
jeudi 5 avril 2012
Vagues
Toutes les sept vagues, la mer se creuse un peu plus et se gonfle : la septième vague est un rouleau qui charrie algues et bois flottés puis suce le sable gravillonneux. La 91e vague ramène l’écume de quelque sirène, la 203e un noyé parfois. La 807e apporte les méduses qui restent, ou ne restent pas, sur la plage mouillée.

mercredi 4 avril 2012
#harlecon
Écoute, je te lis un passage de mon roman, tu me dis ce que tu en penses. La scène se passe aux Bahamas, sur la terrasse d'un bar d'un hôtel luxueux. Je commence : Jenny lança à John, Jenny, c'est la secrétaire de John. Ils sont dans cet hôtel pour un séminaire qui commence le lendemain. Je reprends : Jenny lança à John : Quelle chaleur ! Je vais aller me rafraîchir. Et elle se leva de la chaise longue en entrouvrant négligemment le pan de son sublime paréo coloré qui dévoila ses jambes interminables et galbées. Puis elle quitta son patron avec un sourire aguicheur. John est marié à une héritière qui couche avec son chauffeur. C'est elle qui possède la boîte. Il n'a pas encore succombé à sa secrétaire, il se retrouverait au chômage si sa régulière l'apprenait car elle demanderait le divorce. Je continue : La sueur qui coula sur les tempes poivre et sel de John n'avait rien à voir avec la chaleur tropicale. Pas mal, l'effet, là, hein ? Ensuite : Il la vit s'éloigner doucement en balançant sa croupe dans un mouvement provocateur. Ici, pour croupe, je suis pas sûr. Je termine : Pendant, les quelques 807 secondes qui suivirent, il ne put s'empêcher de l'imaginer nue sous la douche. La fièvre du désir le consumait. Il décida de la transformer en supernova et se leva derechef pour retrouver la source de l'incendie. Alors, t'en penses quoi ?
J'en pense que si tu envoies ça à Didier da Silva, t'es bon pour #harlecon.
J'en pense que si tu envoies ça à Didier da Silva, t'es bon pour #harlecon.
mardi 3 avril 2012
La commode
T de M se montrait fort habile et si ardente à enseigner son art qu’aucun gentilhomme ne se lassa jamais de ses leçons. Chacun en recevait assez de contentement pour aller partout le crier si bien que sa renommée devint considérable et demeura toujours attachée à ses huit cent sept manières très heureuses et spirituelles de composer les assemblages et d’en jouir longtemps sans fatiguer les bois.
Vis ! Colle cellulosique ! Ô tempora ! ô mores !
Vis ! Colle cellulosique ! Ô tempora ! ô mores !
lundi 2 avril 2012
dimanche 1 avril 2012
À l’impossible nul n'est aussi goulu
Le matin, elle a plumé, entre le pouce et l'index, le plantain, le chiendent, la véronique et le séneçon, sans doute aussi un peu de luzerne et de ray-grass dans la foulée, dommage. Elle a les ongles noirs de terre et cassés, observe-t-elle en balayant hors de la terrasse les petits cadavres verts, dont les radicelles aussi sont noires et cassées, cassées plutôt qu'arrachées ― ça va encore et encore et une huit cent septième fois encore repousser. L'après-midi, elle a rimé, sur pouce, index, majeur, annulaire, auriculaire et re-pouce (aux ongles brossés de frais), l'alexandrin, l'octo, le déca (tiens à propos, si elle mettait de l'eau à chauffer ?) et, dans son désespoir parfois de retomber sur ses pieds, l'ennéa et l'hendécasyllabe. Le vers de 807, elle n'a pas essayé, mais il faut l'avouer, côté procrastination de la rime, ça doit être le rêve.
Tenir ses massifs désherbés ! Traduire de la poésie ! Mais pourquoi ne s'attaque-t-elle qu'à de l'impossible, ce printemps ?
Tenir ses massifs désherbés ! Traduire de la poésie ! Mais pourquoi ne s'attaque-t-elle qu'à de l'impossible, ce printemps ?
samedi 31 mars 2012
Gestomètre deux
Prendre un flacon violet, le débouchonner, en verser un peu sur le bout de l'index. Poser le doigt et sa touche de parfum boisé sous les oreilles, refermer le flacon. Prendre un autre flacon avec pulvérisateur, appuyer sur le bouton, pulvériser largement de ce parfum iodé sur le pull et se retrouver sur une plage déserte où s'enfoncent mes pieds froids à lutter contre le vent, qui me fait cligner les yeux au moment où le soleil s'efface derrière l'horizon liquide.
Reposer le flacon, mettre son manteau, attraper son écharpe et sortir de l'appartement. Aller à son travail à 8h07.
Reposer le flacon, mettre son manteau, attraper son écharpe et sortir de l'appartement. Aller à son travail à 8h07.
vendredi 30 mars 2012
Devinette
Ce qu’il faut pour garder la santé, c’est l’optimisme et varier les menus. Un jour aux Restos du Cœur, place de la République, le lendemain boulevard de Ménilmontant, près du cimetière du Père-Lachaise. Là-bas, c’est un peu bruyant, les gens s’impatientent mais le camion de la mairie arrive toujours à 19h30. Je suis caissière dans un hyper de banlieue. Je passe 22 stations de métro pour venir. Quand mes horaires de travail me le permettent, j’essaie d’être parmi les premiers à attendre. C’est qu’on est près de 600. La patience est une qualité de pauvres que j’ai reniée. Plus de chéquier, plus de carte bleue, mes fins de mois commencent le 10. Ils servent de la soupe à volonté. C'est chaud, c'est bon. Que demander de plus. J’ai un petit appétit. Pourtant je me fatigue au boulot. Je bosse à toute heure du jour et de la nuit, été comme hiver. Ça change tout le temps. Le travail flexible, ça vous rigidifie le dos, je vous le dis. La direction de l’hyper vient de m’augmenter. Un euro de l’heure en plus. Ça ne m’arrange pas. Je n’ai plus le droit à la CMU. Je dépasse le seuil de pauvreté, qu’ils disent.
Devinez combien je gagne, par mois.
Devinez combien je gagne, par mois.
jeudi 29 mars 2012
Le volet
Il pleut. Les feuilles gorgées d'eau se détachent une à une, constellant le sol et le toit de tâches brunâtres et déjà pourrissantes. La maison vacille sous les premières attaques du vent glacial du petit matin. Les nuages lourds et chargés de menaces s'amoncellent en masses informes et boursouflées. Un volet claque. Celui de la chambre rose, celle où dort Clémentine. Rideaux poudrés épais tirés sur de lourds secrets. Papier peint parsemé de roses aux teintes fanées dont elle compta longtemps les 807 boutons pour apaiser ses nuits sans sommeil. Lit imposant et haut, recouvert d'une courtepointe aux tons assortis à ceux des murs. Table de chevet sur laquelle repose une carafe d'eau restée intacte. Grande armoire sombre jetant une ombre vaguement menaçante sur le lit. Chandelle et âtre éteints. Au milieu du grand lit, Clémentine n'entend rien. Ni le volet qui claque, ni la tempête qui gronde. Ses mains pâles reposent sans un tremblement de part et d'autre de son corps immobile. Son visage aux yeux clos, posé au creux du gros oreiller de plume ne tressaille pas. Ses lèvres serrées et son nez pincé dessinent à peine une expression vaguement contrariée.
Tout à l'heure on l'appellera et elle ne répondra pas. Après-demain on mettra son cercueil en terre sous le soleil revenu. Le volet continuera à claquer aux murs de la chambre rose. Ainsi va la vie.
Tout à l'heure on l'appellera et elle ne répondra pas. Après-demain on mettra son cercueil en terre sous le soleil revenu. Le volet continuera à claquer aux murs de la chambre rose. Ainsi va la vie.
mercredi 28 mars 2012
Gestomètre un
Reposer la serviette éponge. Mettre une goutte de sérum sur chaque joue. Ajouter une noisette de crème. Étaler la crème en geste circulaire. Poser une touche de fond de teint. Masser. Souligner les yeux de deux traits d'anticernes. Tapoter un gros pinceau dans de la poudre libre légèrement rosée...
En balayant le pinceau sur mon visage blanc, je viens d'inhaler 807 grammes de poudre de riz au parfum vaguement sucré. En même temps je réalise que je ne reconnais pas le visage pimpant qui se reflète dans la glace. Où donc mes cernes se sont-ils enfuis ? Suis-je encore la même sans leurs nuances violacées tachetées de verdâtre ? Il paraît même qu'on peut s'en faire opérer. Choisir un des trois rouges à lèvres, le plus marron. Dessiner les lèvres avec. Ajouter un chouïa de poudre dessus. Passer une dernière couche de rouge automnal. Éteindre la lumière. Tourner les talons...
En balayant le pinceau sur mon visage blanc, je viens d'inhaler 807 grammes de poudre de riz au parfum vaguement sucré. En même temps je réalise que je ne reconnais pas le visage pimpant qui se reflète dans la glace. Où donc mes cernes se sont-ils enfuis ? Suis-je encore la même sans leurs nuances violacées tachetées de verdâtre ? Il paraît même qu'on peut s'en faire opérer. Choisir un des trois rouges à lèvres, le plus marron. Dessiner les lèvres avec. Ajouter un chouïa de poudre dessus. Passer une dernière couche de rouge automnal. Éteindre la lumière. Tourner les talons...
mardi 27 mars 2012
Carton
― Que faisiez-vous le 4 novembre vers 19h45 ?
― Ça dépend, c'était quel jour ?
― Un jeudi. Répondez, que faisiez-vous ?
― Je ne sais pas, ça remonte à loin. J'étais sûrement chez moi en train de préparer le dîner.
― Je vous conseille de vous en souvenir, nous enquêtons sur un viol.
― ...
― La mémoire vous revient-elle ?
― Bah, non, c'est loin.
― Vous êtes bien « taulier » des 807, n'est-ce pas ?
― Oui, mais je ne vois pas le rapport.
― Ah mais, la mémoire vous revient !
― Comment ça ?
― Vous parlez de rapport... Celui-ci n'était pas consenti.
― Mais...
― Alors, cher « taulier », comment recrutez-vous les participantes à votre « club 807 » ?
― Euh, je ne recrute pas, elles viennent d'elles-mêmes.
― Vantard. Et ce n'est pas ce qu'a déclaré la victime...
― De qui parlez-vous à la fin ?!
― Elle nous dit que vous l'avez forcée.
― C'est faux !
― Avez-vous entendu parler du violeur des cabines d'essayage ?
― Vaguement, à la radio. Où voulez-vous en venir ?
― ...
― Quoi ?
― ...
― Mais je n'ai rien à voir avec ce malade ! Je tiens un blog, pas un bordel !
― Changez de ton, monsieur Garot. Et méfiez-vous : nous avons une preuve matérielle, trouvée sur les lieux. Elle porte votre signature.

Image Ysiad
― Ça dépend, c'était quel jour ?
― Un jeudi. Répondez, que faisiez-vous ?
― Je ne sais pas, ça remonte à loin. J'étais sûrement chez moi en train de préparer le dîner.
― Je vous conseille de vous en souvenir, nous enquêtons sur un viol.
― ...
― La mémoire vous revient-elle ?
― Bah, non, c'est loin.
― Vous êtes bien « taulier » des 807, n'est-ce pas ?
― Oui, mais je ne vois pas le rapport.
― Ah mais, la mémoire vous revient !
― Comment ça ?
― Vous parlez de rapport... Celui-ci n'était pas consenti.
― Mais...
― Alors, cher « taulier », comment recrutez-vous les participantes à votre « club 807 » ?
― Euh, je ne recrute pas, elles viennent d'elles-mêmes.
― Vantard. Et ce n'est pas ce qu'a déclaré la victime...
― De qui parlez-vous à la fin ?!
― Elle nous dit que vous l'avez forcée.
― C'est faux !
― Avez-vous entendu parler du violeur des cabines d'essayage ?
― Vaguement, à la radio. Où voulez-vous en venir ?
― ...
― Quoi ?
― ...
― Mais je n'ai rien à voir avec ce malade ! Je tiens un blog, pas un bordel !
― Changez de ton, monsieur Garot. Et méfiez-vous : nous avons une preuve matérielle, trouvée sur les lieux. Elle porte votre signature.

Image Ysiad
lundi 26 mars 2012
Drogueries
Sur un divan drapé de vieux kalamkaris,
À l’heure des souris courant sur les tapis,
Tout couverts de poussière à force d’incurie,
Où ma belle indolente est ce soir endormie,
Les fumées de l’encens troublent les murs jaunis,
Et l’Arachné fait un voile à ses doux yeux gris.
Avec 807 dans la maison,
Tout est net et sent très bon !
À l’heure des souris courant sur les tapis,
Tout couverts de poussière à force d’incurie,
Où ma belle indolente est ce soir endormie,
Les fumées de l’encens troublent les murs jaunis,
Et l’Arachné fait un voile à ses doux yeux gris.
Avec 807 dans la maison,
Tout est net et sent très bon !
dimanche 25 mars 2012
Fatalité
Le matin du quatrième jour, c’est sans politesse aucune que j’annonçai à l’ex-artiste que je prenais congé. Il cracha par terre. J'allumai sa cafetière entartrée et marronnasse, qui avait dû servir 807 fois depuis son dernier lavage, dans l'espoir d'obtenir un café aussi fort que possible, et lui demandai s'il voulait comme moi une bonne tasse qui réveille. Il cracha à nouveau. Je claquai la porte et posai ma valise au milieu de la route principale, afin que le car quotidien ne me ratât pas : il n’était pas question de rester ici une seconde de trop, qui se transformerait, dans la poussière du car passé sans s’arrêter, en un jour de trop. En revenant pour avaler mon café et récupérer mon magnéto (lancé par habitude), je vis Robert A. Bourrik étendu sur le sol, inconscient. Bof. Je pris mon matériel, descendis le jus infect en grimaçant et sortis de l’épicerie, sans doute pour toujours.
samedi 24 mars 2012
Pèlerinage
Nous démarrâmes cent ; mais par un grand effort
Nous parvînmes presque mille à quitter le pin
807 nous gagnâmes sûrement le sol
Nous parvînmes presque mille à quitter le pin
807 nous gagnâmes sûrement le sol
vendredi 23 mars 2012
La vie en rouge
Elle regarde l'éclat rouge figé sur le bout de l'ongle. Une petite tache d’émail flottant sur la kératine bombée, rognée par les jours qui s’en sont allés. Combien depuis la dernière fois ? ça se mesure aux millimètres coupés chaque semaine, aux demi-lunes tombées en couvrant le sol d'épluchures vermillon. Combien depuis LA dernière fois ? Il n'y a que le gros orteil pour s'en souvenir encore, les autres doigts du pied sont revenus à leur transparence naturelle. Il faut environ douze à dix-huit mois pour renouveler l'ongle entier du gros orteil... C'était il y a... six... huit mois ?
Dix orteils fraîchement peints frétillaient, écarlates, entre ses mains.
Elle espère ne pas avoir à attendre 807 jours.
Dix orteils fraîchement peints frétillaient, écarlates, entre ses mains.
Elle espère ne pas avoir à attendre 807 jours.
jeudi 22 mars 2012
iris
ne pas écouter les paroles de ils disait vladje. les entendre et vouloir qu'elles ne nous aient jamais frappés / ils vont venir les personnes à têtes de cochons. ils vont avoir des voix qui vont voler dans l'air et violencer la beauté du monde la lumière des persiennes et les brillants d'oreille. déjà ils sont entrés souvent dans les maisons bruissant de leur bêtise à oreilles de caoutchouc. d'autres jours c'était dans des jardins qu'allaient entrer ils. étaient souvent annoncés et le temps où l'on savait qu'allaient venir ils était comme film étirable inquiétable et triste. ils toujours arrivaient par finissaient. et dans les allées vertes ou à côté d'un bosquet fleuri les yeux de ils prenaient ce qu'il n'était pas supportable de leur donner. c'était lutte étrange et mal confortable de résister et quelquefois de leur reprendre ce qu'avaient pris ils au moment où leurs yeux s'alanguissaient. ah si on avait eu chien andalou et rasoir peut-être aurait-on coupé les iris disait vladje
la veille il y avait eu des poupées. une portait un vêtement à petit capuchon et une excroissance en caoutchouc en sortait sur le haut du crâne. on posait sa main dessus on serrait un peu entre pouce et index et on tournait pour faire apparaître à son gré deux autres visages un en souffrance un en gaieté le troisième était de sommeil. une était en celluloïd et était appelée françoise par le peuple des enfants. une était très petite et habillée avec une longue jupe à volants blanche à pois noirs on la désignait en disant qu'elle était espagnole son habitat était une vitrine. une était sans habits et personne ne disait qu'elle était nue. une fut un jour nommée baigneur sans que l'on vit la moindre goutte d'eau mais on entendit claquer. une était dite poupon. et il y en avait et en avait encore. le peuple des poupées avait enflé tant que le peuple des enfants n'avait plus guère d'espace personnel et le peuple des adultes souvent les confondait. personne ne s'étonna lorsqu'un enfant, solennel et aspirant à un peu de solitude, déclara, puisqu'il connaissait à la fois le désir irrépressible des adultes à fournir ces choses, et la chanson, qu'il fallait arrêter de les pourvoir en poupées de tout genre avant d'atteindre ce nombre référent de 807
la veille il y avait eu des poupées. une portait un vêtement à petit capuchon et une excroissance en caoutchouc en sortait sur le haut du crâne. on posait sa main dessus on serrait un peu entre pouce et index et on tournait pour faire apparaître à son gré deux autres visages un en souffrance un en gaieté le troisième était de sommeil. une était en celluloïd et était appelée françoise par le peuple des enfants. une était très petite et habillée avec une longue jupe à volants blanche à pois noirs on la désignait en disant qu'elle était espagnole son habitat était une vitrine. une était sans habits et personne ne disait qu'elle était nue. une fut un jour nommée baigneur sans que l'on vit la moindre goutte d'eau mais on entendit claquer. une était dite poupon. et il y en avait et en avait encore. le peuple des poupées avait enflé tant que le peuple des enfants n'avait plus guère d'espace personnel et le peuple des adultes souvent les confondait. personne ne s'étonna lorsqu'un enfant, solennel et aspirant à un peu de solitude, déclara, puisqu'il connaissait à la fois le désir irrépressible des adultes à fournir ces choses, et la chanson, qu'il fallait arrêter de les pourvoir en poupées de tout genre avant d'atteindre ce nombre référent de 807
mercredi 21 mars 2012
Fatal bocal
Tu t'en souviens, toi, des cabines téléphoniques ? On entrait dans la cage de verre avec une piéce de 50 centimes, un franc, cinq francs les jours fastes, parfois même un petit pécule pour le coup de fil du siècle. On tremblait. Et si ça ne marchait pas ? Il y a avait toujours un gars, une fille, dehors, à te regarder d'un air impatient, prêt à cogner sur la cloison si tu ne raccrochais pas assez vite. En été ça cuisait on coulait dégoulinait. En hiver ça caillait. Et coup fatal final la voix désincarnée qui disait « Le numéro que vous avez demandé n'est plus attribué... »

mardi 20 mars 2012
Délices
Ça commence malgré elle, comme chaque fois qu’elle est passée directement de l’ingestion à l’empiffrage, par un haut-le-cœur. Ça recommence malgré elle, malgré sa volonté, malgré son désir. Coulée dans le creux du plexus. Ça s’accompagne généralement d’une pression dans le crâne, un envahissement de pulsations sourdes sur les temps et la langue pâteuse qui blanchit, devient épaisse et baigne dans une salive boueuse. Dégoût soudain des gâteaux à la crème, des religieuses et du chocolat. Un hoquet chargé remonte du nombril, annonciateur d’une bouillie acide et puissante qui grimpe à toute blinde le long du boyau principal. Du prédigéré en lave qui débouche brutalement dans la gorge et remplit le palais, elle sent sa puanteur. Beurk. La bouillie chaude s’infiltre entre les molaires, la bouche un égout. Avec un peu de chance, elle arrive jusqu’au lavabo sinon, c’est entre ses ballerines qu’après avoir passé le barrage des incisives, s’éjecte le vomi. Bravant les forces légitimes de la pesanteur, ce qui descendait lentement est remonté rapidement. Il est rendu, le goûter. Quelques inspirations profondes, ça y est, soulagée elle essuie son front brûlant, quelques convulsions s’éteignent dans son bide comme s’éteignent 807 vagues avant la marée descendante… Se sent légère, prête à manger. À nouveau...

lundi 19 mars 2012
Jubilé
Il ne compte plus les tournées, les concerts, les interviews, les heures de studio, les réveils auprès de filles qui ont l'âge de la sienne, les litres d'alcool et les kilos de drogue. Ce soir sera la dernière, il l'a promis à sa femme. Il raccroche.
Le vieux rocker quitte la scène. La standing ovation continuera bien après qu'il aura laissé sa telecaster au roadie, rejoint sa loge, pris sa douche et se sera éclipsé vers une limousine. Il aura ignoré son manager, son touneur, même ses amis venus le saluer. Dans la voiture qui le portera jusqu'à son hôtel, il se dira que ce concert d'adieu était bien meilleur que les 807 précédents.
Le vieux rocker quitte la scène. La standing ovation continuera bien après qu'il aura laissé sa telecaster au roadie, rejoint sa loge, pris sa douche et se sera éclipsé vers une limousine. Il aura ignoré son manager, son touneur, même ses amis venus le saluer. Dans la voiture qui le portera jusqu'à son hôtel, il se dira que ce concert d'adieu était bien meilleur que les 807 précédents.
dimanche 18 mars 2012
L'infini
Devant cette nouvelle créature empaillée qui couronnait la bibliothèque tournante, la mère Rolet ne fit pas davantage montre de curiosité qu’une fille de ferme découvrant un œuf au poulailler. Pécuchet, qui travaillait sur son encyclopédie et l’observait d’un œil, en reçut un petit étonnement aigu d’épingle négligée par le tailleur. Et il s’en vengea.
― Eh bien, que vous semble de notre curiosité de la nature ? Celle-ci ne vous causera guère de tracas. Seulement vous aurez bien soin de lui mettre huit cent sept coups de plumeau chaque quinzaine.
La mère Rolet ne répondit rien, arrangea son mouchoir de cou, sortit. Et Pécuchet l’entendit grommeler qu’avec une besogne pareille sa fin viendrait bientôt.
Aurai-je le temps de le finir, celui-là ? Pourvu que... Oh, bon saint Antoine, accordez-moi...
― Eh bien, que vous semble de notre curiosité de la nature ? Celle-ci ne vous causera guère de tracas. Seulement vous aurez bien soin de lui mettre huit cent sept coups de plumeau chaque quinzaine.
La mère Rolet ne répondit rien, arrangea son mouchoir de cou, sortit. Et Pécuchet l’entendit grommeler qu’avec une besogne pareille sa fin viendrait bientôt.
Aurai-je le temps de le finir, celui-là ? Pourvu que... Oh, bon saint Antoine, accordez-moi...
samedi 17 mars 2012
Celsius 807
Cornaline n'a pas deux ans et non seulement elle maîtrise déjà le présent de l'indicatif à merveille, la tic-tac de Mémé ell' tou'ne, mais aussi, en cela, une notion de l'éternité, des êtres qui passent et des choses qui restent.
Le gros célibataire quitta le jardin
Non sans y avoir
Saupoudré leur mère.
Le gros célibataire quitta le jardin
Non sans y avoir
Saupoudré leur mère.
vendredi 16 mars 2012
Inventaire
À force de me voir tourner en rond, il me dit un jour : Mais enfin, quel rapport entre les fois invoquées mentalement ou murmurées, les feuilles parfois mortes, les jours dont certains sont sans fin et d’autres sont d’un mariage mal assorti, bancal et chaotique, les nuits de désamour et des étreintes de plus en plus sporadiques, les grains de blé, les particules si vibrantes, les souvenirs et des poussières, les nombres, les voiles, les corps agglutinés, les items, les envies simples, les euros à payer, les rangées sur les étagères, les étoiles, les grammes de fraises rondes et charnues, les grenouilles encore invisibles, les têtes d’herbe, les choses accumulées, les numéros reçus, les secondes dans ce rien, les places de parking vides, les facettes pour nous dire à quel point nous avons besoin des autres, les généreuses rasades de Porto, les marrons dans la cour, les autres, les tantes, sœurs, cousines et grands-mères, les places de parking, les jours à contempler la Vaste Pelouse, les disques se référant à Jean-Sébastien Bach, les grains de sable déversés en trois temps, les nymphes aiguës aux jupons introussables, les pétales, les années, les fleurs au décimètre carré, les foies devant les mâles subjugués par ses interminables jambes, les guerriers, les vendeurs, les mails dans l’in-box, les vents qui se barrent, les morceaux d’acier dans son corps, les cellules qui meurent sous mes yeux à mon insu, les coquelicots, les chiffonniers en paix, les illusions que j’avais encouragées, les recommandations appuyées sur le quai de la gare, les maquilleuses plantées dans l’ombre, les mails qui attendent, les amours, les restes, les raisons de prier pour elles, les battements d’ailes entre les murs du salon, les hectares, les infamies et autant de souffrance, les fourmis, les tisons, les verres cassés, les succulents amuse-gueule, les habitants de cette île, les harpons, les lecteurs qu’il mérite, les pin’s, boîtes de camembert, muselets, exemplaires des Inrocks, les pulsations de la veine saillant sur ses tempes argentées, les baigneurs, les brins d’herbe, les redites, les larmes acérées, les épines du buisson ardent, les années sans lumières, les boutons patiemment retirés, les kilos de papier au pilon, les boucles de l’apparition silencieuse, les bêtes sauvages, les images, les accolades, les pages, les raisons de chanter, les propositions en l’air, les papules, taches, macules, simples boutons de mousticus vulgarus, les brindilles qui craquent sous les semelles, les pierres précieuses, les degrés, les bip, les conquêtes, les ornithorynques, les suicides d’acheteurs, les morts, les futilités de conscience, les mètres au large en mer, les éditions d’un poème, les étoiles qu’on ne sait pas nommer, les noms de musaraignes, les pleurs de trop, les pieds d’altitude, les coquilles de moules de Marcel Broodthaers, les graviers, les montres, les gifles, les ruelles qui penchaient vers la mer, les bonbons gélifiés noirs, les pages, les chansons, les fois où il a appelé sa mère, les pensées qui lui venaient, les cailloux que j’avais laissés en main, les défaites à l’odeur aigrelette, les va-et-vient pendulaires de plus en plus hésitants, les livres qui tapissent les murs du réduit, les ciels, les jours à m’entraver, les excellentes questions à poser à Robert A. Bourrik, les incitations à lever la tête, les ko, les briques de LEGO, les questions qui rebondissent sous mon crâne comme les billes d’acier d’un flipper, les mètres qui nous séparent du magasin de chaussures, les claquements de pas qui s’amenuisent, les portes rencontrées sur son chemin, les boules sur le sapin vosgien, les matricules, les mots qui lui étaient chers, les nains et leurs invités, les vers, les choses qui éloigneront de ce lieu participants, lecteur et taulier, les bonnes résolutions faites dans ma vie, les messes, les jours à compter l’enfer, les mots pétales brûlés par le givre, les pleurs, les dents étincelantes dans le four de la gueule, les mouettes qui parfois se posaient en riant, les crises de désespoir, les amants, les respirations avant de passer l’arme à gauche, les canetons, les congressistes, les bottines, les particules de poussière dorée, les nuances de froid et de chaud, les ans pour être moi, les voitures, les inconnues, les pauvres, les mailles, les déferlantes qui déchirent, les raisons de détester la Saint-Valentin, les raisons de voir la vie en rose, les chaînes invisibles qui la reliaient à lui, les individus dans ce nuage, les jours de matin blafard et nuits pas forcément badines, les gigantesques statues réalisées en molaire collée, les critiques, les yeux braqués sur elle, les tours sur elle-même, les ans à venir ?
― Aucun. Pourvu qu’il y en ait 807.
― Aucun. Pourvu qu’il y en ait 807.
jeudi 15 mars 2012
L'amante
Tant d'heures à l'attendre et à pleurer et à souffrir sans fin, plaisir masochiste, souffrance hédoniste, ne pas faire la part des choses et se liquéfier, flaque incompressible, orgueil bafoué, volonté reniée. N'être qu'une flaque.
Prendre 807 claques et en redemander.
Prendre 807 claques et en redemander.
mercredi 14 mars 2012
Avant après
Il s’en était fallu de peu. Mais il était là.
Il attendait. Il était un peu plus de six heures et il faisait beau.
Devant lui, une jeune femme faisait les cent pas. Quelque chose passa au-dessus de la jetée. Il se dit que. Mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase. C’était maintenant, maintenant ou jamais.
Le soleil semblait jouer avec les cheveux de cette femme qu’il ne connaissait pas. Machinalement, il essaya de penser à une idée toute faite. C’était facile. Et il lui dit deux ou trois mots qui se perdirent dans le bruit que fit un grand rectangle noir qui entra soudainement dans le port. Il comprit alors que son effort ne s’imposait plus et il se tourna vers la ville (les vagues pourtant toutes proches disparurent).
Un camion passa rapidement devant lui. Il ne le regarda pas longtemps mais assez pour retenir quelques-uns des chiffres qu’on avait peints minutieusement à l’arrière. C’était un numéro de téléphone qui finissait par 807.
Au même instant, il vit dans la vitre du café où il avait déjeuné la veille, la silhouette de la jeune femme se refléter. Elle agitait ses bras en direction du bateau qui venait d’accoster. C’était bien le grand rectangle noir de tout à l’heure. Il se retourna et tira deux fois dans leur direction. La jeune femme s’écroula. C’était fini. Il regagna la ville en douceur.
Il attendait. Il était un peu plus de six heures et il faisait beau.
Devant lui, une jeune femme faisait les cent pas. Quelque chose passa au-dessus de la jetée. Il se dit que. Mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase. C’était maintenant, maintenant ou jamais.
Le soleil semblait jouer avec les cheveux de cette femme qu’il ne connaissait pas. Machinalement, il essaya de penser à une idée toute faite. C’était facile. Et il lui dit deux ou trois mots qui se perdirent dans le bruit que fit un grand rectangle noir qui entra soudainement dans le port. Il comprit alors que son effort ne s’imposait plus et il se tourna vers la ville (les vagues pourtant toutes proches disparurent).
Un camion passa rapidement devant lui. Il ne le regarda pas longtemps mais assez pour retenir quelques-uns des chiffres qu’on avait peints minutieusement à l’arrière. C’était un numéro de téléphone qui finissait par 807.
Au même instant, il vit dans la vitre du café où il avait déjeuné la veille, la silhouette de la jeune femme se refléter. Elle agitait ses bras en direction du bateau qui venait d’accoster. C’était bien le grand rectangle noir de tout à l’heure. Il se retourna et tira deux fois dans leur direction. La jeune femme s’écroula. C’était fini. Il regagna la ville en douceur.

mardi 13 mars 2012
Le roman
Elle avait longtemps repoussé le passage à l’acte, le moment de poser ses doigts sur le clavier et de raconter. Pourtant, elle avait déjà le titre : Du beurre sur les crakers. Elle avait le lieu pivot de l’action : la cuisine peu fonctionnelle d’un appartement haussmannien. Elle avait la scène finale : un feu de friteuse qui consumerait l’endroit. Mais ce ne serait ni le roman du siècle, ni celui de l’année, juste un petit roman parmi d’autres où ça parlerait d’amour et de saveurs, de disputes de rôtis brûlés et de réconciliations sur les raviolis en sauce.
Et un jour, allez savoir comment, allez savoir pourquoi, elle commença, tapota, tapota, tapota... Arrivée à la 807e page, elle inscrivit le mot « fin ».
Et un jour, allez savoir comment, allez savoir pourquoi, elle commença, tapota, tapota, tapota... Arrivée à la 807e page, elle inscrivit le mot « fin ».
lundi 12 mars 2012
Tic tac
Ce qu'elle aimait, dans les boîtes de Tic-tac, c'était déjà le nom. Tic-tac, tic tac. Elle secouait la boîte en plastique et les pastilles dégringolaient joyeusement. Tic tac. Au début la boîte était pleine alors ça ne marchait pas très bien. Petit à petit, elle la vidait, deux bonbons à la fois, dans la main puis hop dans la bouche où elles explosaient leur goût mentholé (elle n'aimait que celles là et ce n'était pas négociable). Lorsque la boîte se vidait il restait toujours, toujours, deux pastilles collées sur le côté gauche, et même en secouant très fort elles refusaient de se détacher et de tinter. Elle jetait la vieille boîte avec rage dans la première poubelle venue.
807 pastilles jetées à ce jour. Tic tac.
807 pastilles jetées à ce jour. Tic tac.
dimanche 11 mars 2012
Teasing
— Et que fais-tu de mon malheur à moi, de mes exigences et des rêves d’une passion que tu as encouragée depuis 807 jours ! lui cria-t-il au bord du désespoir. Enfin, ce n’est pas si difficile que ça d’aimer !
Pour elle, l’amour, c’était ce qui précédait l’amour. Séduire, c’était surmonter l’obstacle. Et seule la difficulté l’intéressait.
Pour elle, l’amour, c’était ce qui précédait l’amour. Séduire, c’était surmonter l’obstacle. Et seule la difficulté l’intéressait.
samedi 10 mars 2012
L’emploi du rêve
Mes chers petits, votre amitié fidèle m’est précieuse et comme je fus stupide de penser qu’elle pût être funeste à mon travail ! J’aurais bien des choses amusantes à vous raconter mais je sais que le temps vous manque pour les écouter tandis que vous courez chaque matin à vos passions laborieuses comme des vaches à l’abreuvoir. Au fond, vous avez raison, je ne fais pas autrement et, tout comme vous, il me faut attendre le soir pour enfin goûter mon instant d’introspection créatrice. Et tous ces instants remplissent mes cahiers. Mais vous, quand inlassablement vous posez ce suc vespéral, pour ainsi dire le sel de votre vie et le meilleur de vous-mêmes sur vos blanches pages, c’est pour aussitôt les faire s’envoler jusqu’à mes mains étonnées et ravies. Ah, mes chers petits, je vous en prie, durant les huit cent sept ans à venir, ne vous lassez pas de m’adresser ces suaves missives sublimées de vos ressentis, ne cessez pas, c’est si salvateur, surtout le samedi, le saviez-vous ?
Sabato triste... Quelle jolie chanson ! Je me souviens l’avoir souvent écoutée sur un Teppaz à piles posé au bord d’un petit pont de Venise, et désormais tous mes samedis sont colorés d’une nostalgie étrange et délicieuse. Alors c’est vraiment le jour idéal pour faire les courses de la semaine au supermarché. Ou bien un peu de ménage.
Sabato triste... Quelle jolie chanson ! Je me souviens l’avoir souvent écoutée sur un Teppaz à piles posé au bord d’un petit pont de Venise, et désormais tous mes samedis sont colorés d’une nostalgie étrange et délicieuse. Alors c’est vraiment le jour idéal pour faire les courses de la semaine au supermarché. Ou bien un peu de ménage.
vendredi 9 mars 2012
Frontières troubles
Les yeux clairs de Noémie sondent le regard vert de son père, tâchant d’y reconnaître un soupçon d’humanité et de vérité. Elle se perd dans cet abîme de non-dit. Elle revient à l’attaque, se laissant peu de répit, elle veut savoir :
— Si c’est le frère d’Otmar que tu as vu, est-ce vraiment un hasard cette rencontre car, s’il lui ressemble, peut-on imaginer que c’est son clone, suite aux expériences génétiques des Nazis ? Et que vient-il faire en France, que te... voulait-il ?
— À moi rien. C’est toi qu’il cherche, je l’ai soupçonné quand on a découvert les deux sœurs. La même signature morbide que j’ai déjà vue à Omsk. Car tu n’es pas ma seule fille, figure-toi. Comment imaginer que tu aurais échappé à la vague de clonage, il n’y a pas une petite voix à l’intérieur de toi qui te dit que j’ai raison ?
Noémie se sent défaillir. Elle doit se réveiller de ce cauchemar qui la place toujours dans sa ligne de mire ; où aller maintenant qu’elle se sait deux...
Elle voudrait faire 807 tours sur elle-même — effacer son double, mais d’un autre côté, trouver l’autre elle-même... et différente sans doute, cette idée la fait chavirer, brise son miroir. Elle trouverait Otmar qui ferait apparaître sa sœur et disparaître, espère-t-elle, l’écho de sa folie.
— Si c’est le frère d’Otmar que tu as vu, est-ce vraiment un hasard cette rencontre car, s’il lui ressemble, peut-on imaginer que c’est son clone, suite aux expériences génétiques des Nazis ? Et que vient-il faire en France, que te... voulait-il ?
— À moi rien. C’est toi qu’il cherche, je l’ai soupçonné quand on a découvert les deux sœurs. La même signature morbide que j’ai déjà vue à Omsk. Car tu n’es pas ma seule fille, figure-toi. Comment imaginer que tu aurais échappé à la vague de clonage, il n’y a pas une petite voix à l’intérieur de toi qui te dit que j’ai raison ?
Noémie se sent défaillir. Elle doit se réveiller de ce cauchemar qui la place toujours dans sa ligne de mire ; où aller maintenant qu’elle se sait deux...
Elle voudrait faire 807 tours sur elle-même — effacer son double, mais d’un autre côté, trouver l’autre elle-même... et différente sans doute, cette idée la fait chavirer, brise son miroir. Elle trouverait Otmar qui ferait apparaître sa sœur et disparaître, espère-t-elle, l’écho de sa folie.
jeudi 8 mars 2012
Subterfuge
Un pas puis l'autre. D'abord le talon, ensuite la plante en appui ferme sur le sol, orteils crispés raclant la semelle de la chaussure. Tenir l'équilibre malgré les bourrasques, les passants trop pressés, avancer même si les jambes se débinent et que les pieds sont usés.
Faire semblant de regarder la vitrine pour reprendre son souffle, mais être attiré par les chaussures en cuir épais et souple qui rutilent, rêver d'en ressortir chaussé, pieds bien calés, chevilles tenues, et poursuivre sa route à grandes enjambées. S'arrêter 807 mètres plus loin dans le café, regard ébahi sur la serveuse, sourire des yeux, mais les siens sont cernés par deux grosses poches, deux rouleaux de chair violacée. Petite mine dans le miroir glacé. Ces laideurs de l'âge, pouvoir s'en cacher en s'abritant derrière des lunettes de soleil opaques. Et repartir encore. Presque rassuré, si ce n'est la jambe qui tire, le genou qui vrille.
Il a atteint la place bordée de statues qui bravent le vent et la pluie, durent sous le plomb du soleil et de la poussière. Des molosses aux corps de marbre, muscles tendus, regards défiants. Il a posé sa main sur l'un, remontant sur le cou pour en saisir la respiration. De l'autre côté du temps, enfermé dans sa peau flasque, il a fermé les yeux.
Faire semblant de regarder la vitrine pour reprendre son souffle, mais être attiré par les chaussures en cuir épais et souple qui rutilent, rêver d'en ressortir chaussé, pieds bien calés, chevilles tenues, et poursuivre sa route à grandes enjambées. S'arrêter 807 mètres plus loin dans le café, regard ébahi sur la serveuse, sourire des yeux, mais les siens sont cernés par deux grosses poches, deux rouleaux de chair violacée. Petite mine dans le miroir glacé. Ces laideurs de l'âge, pouvoir s'en cacher en s'abritant derrière des lunettes de soleil opaques. Et repartir encore. Presque rassuré, si ce n'est la jambe qui tire, le genou qui vrille.
Il a atteint la place bordée de statues qui bravent le vent et la pluie, durent sous le plomb du soleil et de la poussière. Des molosses aux corps de marbre, muscles tendus, regards défiants. Il a posé sa main sur l'un, remontant sur le cou pour en saisir la respiration. De l'autre côté du temps, enfermé dans sa peau flasque, il a fermé les yeux.
mercredi 7 mars 2012
Hippo-funambule
Être funambule, elle ne l’avait pas vraiment choisi. Sa mère, sa grand-mère, et avant elles encore, sans doute, son arrière-grand-mère et son arrière-arrière-grand-mère avaient été funambules elles aussi. Il fallait bien vivre. Son métier était de marcher sur un fil, et elle le faisait bien. Elle le faisait même très bien, puisqu’elle était funambule à cheval, hippo-funambule, ce qui, aux dires de certains qui avaient vu du pays, ne s’était jamais vu, ni en France, ni en Navarre.
Ce soir, c’était la dernière fois. Après la représentation, elle quitterait le cirque pour tenter une autre sorte d’aventure étrange et dangereuse, où les faux pas n’étaient pas moins risqués : le mariage. C’est elle désormais qui aurait le fil à la patte.
807 yeux braqués sur elle (il y avait un borgne), elle entama la traversée.
Ce soir, c’était la dernière fois. Après la représentation, elle quitterait le cirque pour tenter une autre sorte d’aventure étrange et dangereuse, où les faux pas n’étaient pas moins risqués : le mariage. C’est elle désormais qui aurait le fil à la patte.
807 yeux braqués sur elle (il y avait un borgne), elle entama la traversée.

mardi 6 mars 2012
Home, sweet home
Il se recula, frottant contre son jean son pouce et son index droits bruissants, (c’était normal, il s’en effritait une poudre blanche et collante). Il hocha la tête avec satisfaction. Bien sûr, il y avait mis la matinée du dimanche, bien sûr le montage occupait toutes les tables de la maison, toutes les surfaces planes disponibles, plans de travail, tablettes de radiateur, chaises, rebords de baignoire y compris la moitié du parquet dans le salon et les trois quarts du canapé (il s’était laissé la place d’une fesse pour regarder la télé, quand même). Pourtant, ça valait le coup. Les petits cubes brillaient, leurs pyramides appliquées et naïves bien centrées devant chaque aliment. Il tapota sa ceinture trop serrée, mais il se sentit moins minable, moins coupable, déjà presque moins obèse que d’habitude. Il avait fait le premier pas, celui qui coûte. La désucrisation était en cours.

lundi 5 mars 2012
Clairvoyance
L'écrivain lut la première critique dithyrambique de son œuvre, enfin un critique clairvoyant ! Incrédule, il en lut une seconde, puis une troisième...
À la 807e, il comprit qu'il était mort.
À la 807e, il comprit qu'il était mort.
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