jeudi 17 mai 2012

grand marché



Dans le chaos urbain, des auteurs agissent
Et loin du grand marché, large site utérin
Ainsi l'inspiration et des mots qui surgissent
Non tout n'est pas marchand, ne pas vendre pas de reins
Traquer la rime là, ailleurs des chiens rougissent
Ici tracer des mots, les sculpter au burin.


Étalages de fruits, 807 veaux mugissent
Arrivage de poissons, de légumes et de grains
Pas loin des écrivains, ils transpirent et vagissent
Se creusant la cervelle, élevant des vérins
De l'imagination, mais pourvu qu'ils rougissent
Des trésors révélés, voir des poèmes marins.


Zone banlieusarde, peu de gens y agissent
Ici ça ne vaut rien, trop de mauvais terrains
Ou traînent les vauriens, jamais ne s'assagissent
Y naissent des légendes et contes vipérins
À l'ombre de Paris, que l'esprit s'élargisse
Et que chantent demain de beaux alexandrins...

mercredi 16 mai 2012

Flaubert éclaire



Petit hôtel très agréable et d’un prix raisonnable. Accueil chaleureux, petit déjeuner copieux, décor charmant et plein de trouvailles raffinées. Note : 18/20.
Il n’a pas emporté de lecture. Tant pis. Demain, il cherchera une Librairie-Papeterie-Journaux. Il s’ennuie. Il examine attentivement le plan d’évacuation en cas d’incendie accroché sur la porte. Il rêve dessus, ébauche un synopsis : Panique au 807ème étage. Il ouvre le tiroir du meuble de chevet, mais la Bible y dort déjà. Le pied de la lampe de bureau est un peu étrange. La longue tige de cuivre qui porte l’ampoule et l’abat-jour s’élève fièrement d’une pile de vieux bouquins qu’elle transperce au passage. Il relirait bien Madame Bovary. Mais pas moyen, tout est solidement fixé. On a empalé Flaubert entre Max du Veuzit et Paul Bourget.
Elle étudia, dans Eugène Sue, des descriptions d’ameublements.

mardi 15 mai 2012

Transhumance



                         Un matin elles sont là barrant l'horizon. Des excroissances métalliques surgies du sol, deux fois la hauteur des arbres, qui surplombent les toits. Aux chemins de roulement s'accroche la lumière d'une fin d'après-midi, plus tard ce sont des oiseaux amputés qui projettent leurs ombres sur le quartier. Cabines de commande éteintes, immobiles toujours, même le vent n'y peut rien. Un soir pourtant les bras des grues pointées comme des canons de revolver.
 
 
                         Tôt sur le chantier, un homme traîne pour ramasser un papier par-ci, une canette par-là. On dirait un épouvantail dans ses vêtements trop larges mais les oiseaux ont déjà fui les bruits des machines qui retournent le quartier : murs coupés en tranches, blocs de bétons rendus à terre, gravats.
 
 
                          L'homme traverse le chantier, s’en éloigne. Il longe des palissades, piétine des flaques d'eau, traverse ce qu’il reste des rues. Et bientôt c'est la fin des trottoirs, il faut continuer sur le bord de la route qui s'élargit et se découpe en plusieurs voies. Panneaux, voitures, poids lourds. Poids lourds, voitures, panneaux. Il continue. Plus loin. 807 pas encore. Jusque derrière des hangars où des dizaines de tentes ont poussé. Et de drôles d’oiseaux décollent, entre la ville nouvelle et l'aéroport.

lundi 14 mai 2012

Envol


Quand elle sera grande, elle sera danseuse étoile. Ou vétérinaire. Ou maîtresse d’école. Pour l’heure, elle enfile collant, tutu et chaussons roses. Maman lui a tricoté un cache-cœur en mohair de la même couleur, aussi doux qu’un chat mais moins dangereux. Dans le vestiaire étroit, les filles terminent de se préparer. On entend le piano et la voix de Melle Beck dans la salle de danse. On a envie et peur tout à la fois. Envie de sentir dans sa paume la barre de bois lisse et ronde, de commencer les exercices d’échauffement, sans oublier les mouvements du bras, une légère inclinaison de la tête, envie de cette grâce que l’on sent monter en soi, ne plus être la petite fille pataude qui trébuche en courant, laisse glisser de ses mains verres et assiettes, se cogne dans les meubles, envie de se laisser guider par le piano, suivre son rythme, son tempo, être toute entière à l’intérieur de son corps et ne penser à rien d’autre qu’aux muscles qui s’étirent, aux bras qui s’allongent, aux articulations qui craquent. Et peur de la badine de Melle Beck qui frappe les mollets pas assez tendus, les épaules rentrées, les ventres en avant. Il y a une photo d’elle accrochée au mur. Elle y porte un long tutu de mousseline blanche, le rêve de toutes les filles, dans une révérence gracieuse, les bras repliés, croisés sur son cœur, le visage de profil elle sourit, une grande douceur sur le visage, elle est belle. C’était il y a très longtemps.

Toutes les danseuses se disposent en ligne, pour les sauts. C’est le moment du cours qu’elle préfère. Le piano lui-même est plus joyeux, plus vif. Position de départ le dos bien droit, les bras en couronne au niveau du nombril, en troisième, pied droit devant, genoux pliés. Au signal, détente, elle s’élève au-dessus du sol, les jambes bien droites, au moment de retoucher le sol, passe le pied gauche devant le pied droit, et atterrit genoux pliés avant de repartir aussitôt. Elle enchaîne les sauts avec légèreté, elle se sent comme une flèche lancée vers le ciel, en apesanteur, elle s’élance toujours plus haut, hop et hop, à chaque saut elle dépasse ses camarades d’une tête, son visage est rouge sous l’effort, elle vole, elle est heureuse, elle est un oiseau.

Au huit cent septième saut, elle disparut dans un nuage.

vendredi 11 mai 2012

La fleur de l'âge




            Elle aimerait se teindre les cheveux en blond, grandir de pas tout à fait neuf centimètres, aller à Valparaiso, recueillir un chien perdu. il n'écoute que d'un oeil.

            Il dit " tu crois ? " avant d' arrêter sa voiture au bord de la route, comme s'il avait brutalement compris quelque chose d'important .





jeudi 10 mai 2012

La demande


         Les pétales recouvraient tout le sol du salon. Il sourit. Un jour, il lui avouerait qu’il les avait comptés, ces pétales arrachés un à un aux brassées de roses, faisant 807 fois le même vœux.

         Elle ne se doutait de rien. Ce soir-là, elle gravit les escaliers deux par deux, impatiente de se retrouver avec lui, comme chaque jeudi, sur ou sous les draps de satin qu’ils avaient choisis ensemble. Quand elle vit encadrant la porte deux petites bougies, elle se dit qu’il allait lui jouer le grand jeu et en fut tout émoustillée.

         Il avait imaginé des larmes, ou un visage béat. Mais ça, non, il ne l’avait pas prévu : elle avait l’air singulièrement emmerdée. « Ah, mais là, tu me prends au dépourvu, je ne sais pas, il faut que je réfléchisse. » Après tout, c’était quand même un de ses meilleurs amants.


mercredi 9 mai 2012

Mangeur de papier. Voyage en Transsibérien.

Quinze jours sur une île en compagnie du plus sinistre mangeur de papier, tenant du tout numérique, du tout virtuel, pour ne pas dire irréel, irréaliste, rêveur, dangereux révolutionnaire rouge au couteau entre les dents, quinze jours à publier l'habituel triptyque non plus à minuit mais à une heure décalée, même pas dans le bon sens, juste pour se faire remarquer et faire lambiner les malheureux fans (pas nous, et heureusement qu'ils sont si peu), quinze jours à parler de la faune et la flore, si insulaires, si peu métropolitaines mais tellement "autofictives" sans doute, tu vois, quinze jours pour un écrivain qui se vante, avec un snobisme qui n'a d'égal que la difficulté à taper l'URL de son blog saturée de tirets comme un train l'est de voitures et de tampons les séparant, de n'avoir rapporté aucun livre de son voyage en Transsibérien mais qui ne se gêne pas pour nous abreuver de clichés et d'images douces ou amères sur la Réunion, quinze jours qui, s'ils étaient 807, m'auraient forcé à aller là-bas couper au port de Saint-Denis le câble qui alimente l'île en internet.


Quinze jours et vous verrez qu'au bout du compte il n'y aura rien, pas un mot, sur cette France qui souffre, cette France du travail en bureau, cette France qui s'endort aussi bien en lisant l'Autofictif que lors des interminables réunions du lundi matin.


Je suis résolument contre le faux nouveau principe de la saison 4 des 807, cette histoire de triptyque me rappelle trop de souvenirs, trop de systèmes, trop de facilités et toujours je m'y refuserai !

mardi 8 mai 2012

floche

perlé filandreux nuagesque poisseux. vladje y était. elle l'avait vue. elle avait tenté de s'en protéger mais aucun moyen. quelque chose comme de l'inexorable s'enroula, se déforma volutes, disparut presque comme nuage soufflé et réapparut lambeaux. c'était presque soyeux mais une matière souple extensible rétractable disparaissante renaissante de ses brumes. il y avait du bruit de musique. certains disaient que de danger pas du tout. il y avait des petits avions colorés qui décrivaient des cercles. il y eut des coups de feu. on chercha qui était mort.


la veille on avait entendu quelqu'un, clope au bec, lunettes avec verre droit obstrué par morceau de papier cartonné noir, un peu entamé par l'alcool semblait-il, marmonner des bribes bricoles et autres fichaises. certains distinguèrent dans le magma fleurant gewurztraminer les mots merlan, cresson, fontaine, rateau. certains se demandaient si cet homme avait ou non, en tête et avant qu'il fût écrit, le premier paragraphe. d'autres répondirent : aucun lien.


au jardin épeire fasciée tissait soie. il fallait que les oeufs passent l'hiver dans des conditions favorables. alors travaillait à couches successives. première couche, puisque oeufs pondus en suspension : maintenir les oeufs sur leur support. deuxième couche : soie floconneuse légére pour chambre couveuse bien chaude aux petites nouvelles à l'abri du froid. puis soie très rigide : consolidation. puis protection des prédateurs : couche de camouflage marron. 8 heures pour construire ce cocon. épuisement. épeire fasciée va bientôt mourir. sa descendance est assurée. certains observateurs débusquent 07 minutes dans le cocon de l'adverbe.

samedi 21 avril 2012

Fin de partie

Tiens, papa, c’est pour toi, me dit Agathe en me tendant un petit bouquet vert cueilli dans mon dos tandis que je me livrais, accroupi, au dénombrement annuel des brins d’herbe de ma pelouse. Merci, ma chérie belle – et j’arrachai sèchement le huit cent septième qui me chatouillait l’index pour lier sa gentille offrande.
(l'Autofictif n° 1347, 18 septembre 2011)


Tiens, taulier, c'est pour toi, me dit Éric Chevillard en me tendant un petit livre blanc composé dans mon dos tandis que je me livrais, assis devant mon clavier, à la programmation quotidienne de ce blog. Merci, mon chéri beau – et je mis sèchement fin à mon aventure bloguesque, décision qui me chatouillait l'esprit depuis longtemps, pour lire L'Auteur et moi, sa gentille offrande.
(les 807 n° 1430, 21 avril 2012)

vendredi 20 avril 2012

Déambulation bruxelloise

Imagine. Déambuler à enjambées irrégulières. Sur de multicolores pavés, nos pas affleurent. S'humidifier sans pouvoir y faire. Comment ignorer l'arrogance des frontons ? S'espérer perdu dans de méandreuses rues toutes en chantier. Inventer dans nos cervelles brumeuses des raccourcis invisibles. Passons sur les larmes du garçonnet joufflu derrière sa fenêtre. Sentir le crachin nous transpercer jusqu'à la moelle. Réaliser qu'un grand immeuble moche a remplacé l'hippodrome d'hiver où Elvis a chanté. Ne pas se retrouver dans cet urbanisme de brique et de broc.


Alors en traversant les passages piétons, ne même pas jeter un œil sur les côtés ; passer à tort et à travers 807 gouttes et même tes larmes... Et alors ? La pluie. Cependant... Pourquoi pas ? Bien que demain tout soit différent.

Les morts sont bruyants

Toute une activité, ça frappe, ça souffle, ça gronde par en-dessous, on se demande ce qu'ils construisent, là sous leurs pierres, qui sont spécialement posées là pour eux, tout est déjà construit mais ça ne leur suffit pas, il faut qu'ils restent éveillés, toujours, à se rappeler à nous par leur vacarme, boucan tel qu'on s'attend à tout moment à les voir sortir les grillades et le rhum, les seaux de patates et les piments, les 807 ballons multicolores à lâcher dans le ciel pendant qu'eux, en-dessous, toujours là à danser, à chanter... Mais il n'y a que le bruit qui continue, sans fin, ils frappent le béton et le fer, ils manœuvrent le ciel et la terre… pourquoi ? Nous maintenir éveillé, qui sait ?


jeudi 19 avril 2012

tounicotis

ce jour-là vladje avait bandé sec. presque momie à bandelettes. c'était l'ordre venu d'un ailleurs savant en ces choses : il faut bander tout bras seins avec thorax oiseaux ventre jambes mains et bras flowers et petites musaraignes armoire escargots baignoire chevreuils pics-verts phrases et mésanges maison et tilleuls désirs espoirs et radiateurs. on lui parla de pont mais il n'y en avait pas. elle banda donc. choisit de la douce cotonnade double sans élasticité, du filet mousse de polyuréthane en protection auto-adhésive de téguments, des tubes en jersey léger, et de la bande élastique, selon ce qu'il fallait contenir ou compresser. quand elle tournait le linge ad hoc autour des moineaux un instant elle pensa à annette messager


la veille les choses s'étaient mises à gonfler. à vouloir s'enfuir de leur lieu d'origine. à se répandre hors de leur habitacle. tout grossissait entrait en métamorphose. chacun voulut intervenir à sa manière. d'aucuns proposèrent une sorte d'écopage pour ce qui coulait. d'autres voulaient construire des sortes de couloirs très étroits à la taille exacte des grosses bêtes et dans lesquels on les ferait pénétrer par force les poussant par fer à la jonction du cou et du dos. d'autres, experts en travaux d'aiguillage, voulaient tricoter des sortes de manchons à petits rongeurs. pour l'habitat d'autres disaient qu'une belle couche de béton bien armé ferait l'affaire. on était bien perplexe devant la gente horticole. quand on vit que le long des jambes humaines perlaient gouttes de miel et de sang, il y en eut pour s'émerveiller de la couleur mais là n'était pas la question. perles perlaient tant et tant que formaient petits rus et il eut inquiet conciliabule. on aligna tous ceux dont le sang quittait lentement le système et on opta pour LE dispositif destiné à stop immediately l'hémorragie dont on prépara les éléments. quand on en fut – ô lecteurs vous devinez quoi – à presque 807 rangs de bipèdes – on manquait d'air et le dispositif avait disparu

a rose is a rose is a...

8 ans qu'on l' a planté ce rosier ancien, et rien...
quand soudain celle-ci et 6 autres !


mercredi 18 avril 2012

Le voyage

Un séjour à la Capitale, c’est une parenthèse. Ce fut longtemps une occasion d’éloignement, pour gagner une solitude, souhaitée. Si c’est désormais toujours un éloignement, je ne le souhaite plus, sans pour autant qu’il soit devenu une douleur.Je vais à Paris par le train. Le voyage en train, c’est un moment d’apesanteur, de transition, un passage. Il a ceci d’appréciable qu’une des activités naturelles qu’il propose, outre de ne rien faire, c’est de regarder dehors. Je ne dirai rien d’original sur le défilement du paysage, si ce n’est qu’il est accompagné de ce souffle permanent issu de la vitesse de la machine. Du temps de la vapeur, il aurait été question de respiration. Plus maintenant, l’air ne bouge plus à l’intérieur des voitures. Ça vibre, ça tremble, ça berce. Et ce TGV va trop vite pour pouvoir capter le regard d’une vache... mais les vaches regardent-elles passer les TGV ?


En automobile, on est toujours entre deux endroits, à tant de kilomètres du lieu d’arrivée, ou de son départ. C’est toujours une distance qui est en jeu. Par le train, il n’est d’indication sur le bord des voies que de l’endroit précis où l’on se trouve sur la totalité de la ligne, sans parfois que l’on sache quel est le départ et le terminus. C’est donc parfois un chiffre plein de mystère : Km 807.

Phœnix

On a cru comprendre... on a compris... voilà. C’est fini. Passé de mode. Ad Patres. On ne veut pas y croire. Ce n’est pas possible... pas tout de suite, pas maintenant... il faudrait tout de même essayer quelque chose... il y a peut-être moyen... en grattant, doucement, en décapant toutes ces couches d’enduit, de vernis, cette poussière accumulée... ces mots autour de lui, ces couronnes de roses... il étouffe, sa tête est lourde... ailleurs, peut-être, on ironise, on se gausse... on le dit à bout de souffle, radoteur, éteint, sans avenir... pourtant, à le regarder encore... attentivement... sans tendresse superflue... avant que... tout de même, il porte encore beau... qui pourrait penser... il va le faire porter tout en haut, dans les réserves, avec un double de la fiche d’inventaire, un numéro – 807 – attaché à la patte... une étiquette à l’oreille d’un animal partant pour l’abattoir... on va l’oublier... longtemps... des dizaines d’années... et puis un matin, un thésard fouineur... il va le sortir de sa housse, doucement... et là...


mardi 17 avril 2012

La proie pour l’ombre

Coups redoublés dans la poitrine quand il entre, souffle haletant. Regard furtif pour balayer la rangée de sièges où ceux-là attendent, puis les yeux se figent sur l'horloge. Pourvu que. Mains crispées à force de serrer la monnaie, au tintement des pièces glissées dans le distributeur, au son du billet qui dégringole, les mâchoires se détendent. Un peu. Se retourne et s'appuie contre la machine, au cas où ses jambes trembleraient plus fort. Tapote nerveusement la poche de son jean. Bientôt la voix douce et ferme du haut-parleur, bientôt le crissement des roues sur les rails. Il pourra franchir le quai, s’engouffrer dans le train, disparaître.


Il oublia. Peu à peu, les horaires, contraintes, règles, corrections, rappels à l’ordre s'effacèrent. Peu à peu, le taulier reprit vie à l’ombre des 807.

lundi 16 avril 2012

Le lit-cage

Je ferme les volets de mon âme avec cette grille à barreaux pour entourer mon rêve qui ne peut s’évader de cette forteresse en dentelle de fer. Je suis la gardienne des pensées des autres qui flottent à la surface du monde intérieur du monde extérieur. La nuit, à la pension, grouillent les rêves qui s’échappent des petits lits blancs. Moi, la plus petite, j’ai un lit-cage. Un lit-cage pour mon sommeil d’oiseau. Une cage pour le tigre que je sais ne pas être. Une cage de fer pour un oiseau de plomb, une cage d’enfer pour un oiseau de paradis, une cage pour un oiseau de paradis de plomb, une cage pour un sommeil de plomb. Je suis la chef d’orchestre du concerto des rêves. Je carde le coton des rêves. Je suis couchée dans ma cage pour dépeigner les rêves qui s’emmêlent, se télescopent, se copient, se nuisent, se croisent. Je veux bien qu’ils s’amalgament en un joli ciel de lit cotonneux au dessus du dortoir comme un arc-en-ciel aux 807 nuances à condition qu’ils retombent en plumes de neige sur chacun des enfants du monde.


Mais je ne sais plus si je dors ou si je veille : un rêve d’amour vient de me tomber dans l’œil. Je ne vois plus rien, mes yeux commencent à pleurer...

dimanche 15 avril 2012

Couleurs

Les capacités visuelles de l’être humain sont assez peu développées. De la neige, il dira qu’elle est « blanche », de la nuit qu’elle est « noire ». Dans l’arc-en-ciel, entre les infrarouges et les ultraviolets, il ne marquera que cinq ou six étapes.


Seul le caméléon, rompu à l’exercice du changement de nuance, perçoit les 807 couleurs de l’arc-en-ciel.

samedi 14 avril 2012

Patatoèsie

Jamais demain ne luit sans cette promesse
Brandie bien haut par un germe à la redresse
Contre les noirs doryphores de la vieillesse
Charlotte, Manon, Rosabelle ou Désirée
Rustiques et tuberculeuses solénacées
Vos vieux cœurs ridés assoiffés de tendresse
En épousant la terre, à la vie font promesse


vendredi 13 avril 2012

Lifeboat

On peut deviner le nombre de naufragés, lâchés par le capitaine après un bien beau voyage qu'ils ne sont pas près d'oublier. Tous lui disent merci autant de fois qu'il l'imagine.


jeudi 12 avril 2012

Les vivants

– Elle a des choses à dire. Au moins 807.
– Eh bien qu'elle les dise ! Et qu'elle les écrive, même !
– Elle n'écrit que sous le coup d'émotions fortes. Et d'un seul jet.
– Je m'en doutais, elle a le profil d'une grande amoureuse.
– Oui. Elle est un peu barrée aussi. Et même de plus en plus.
– Ça transparaît pas trop dans ses écrits, faut dire que je ne la connais pas non plus
– Personne ne la connaît.
– Vaut mieux pour Personne, d'ailleurs.
– Tu peux le dire. Pour ça qu'elle se planque. C'est comme Personne.
– Oui vaut mieux pas qu'ils se rencontrent ces deux-là.
– Ça ferait des étincelles.
– Ou des feux d'artifice. On sait pas.
– On veut pas savoir.
– Non, vaut mieux pas.
– Des instables.
– Infréquentables.
– Des impulsifs.
– Des vivants, quoi.
– Oui... des vivants.
– ...
– ...


– Mais bon Dieu vivre ça fait mal parfois.
– Tu as raison, c'est pour ça que j'ai arrêté.
– C'est pour ça que moi j'ai commencé.
– ...
– Parce qu'avant c'était pire.
– ...
– Embrasse-moi.

mercredi 11 avril 2012

Campagne sur les murs

Ces pochoirs ne passaient pas inaperçus et avaient sans doute été collés la nuit précédente sur tous les murs de la ville. L’astuce n’était pas terrible ni nouvelle, mais l’antenne semblait la diffuser comme depuis une télé des années 80 : il s’était amusé à compter ces interpellations, il y en avait 807, et puis, une fois arrivé à celui-ci, le dernier de son recensement, il traversa la rue Juliette-Dodu (Paris, Xe) sans regarder sur sa gauche et se fit renverser par le bus qui venait de quitter l’arrêt situé juste à côté de l’inscription couleur deuil.


mardi 10 avril 2012

La moue dans les ruines

Une fois encore j’irai contempler la fin du jour sur le cap dont je ne puis prononcer le nom sans trembler. J’ignore si la petite Odette qui me suit partout, Dieu sait pourquoi, sera touchée par l’ineffable beauté dont vinrent depuis toujours s’inspirer les artistes du monde entier. En y gravant jadis son nom, Lord Byron se fit un cénotaphe plus pérenne que le plus glorieux des tombeaux. Moi, je veux seulement qu’à la fin on y répande mes cendres. Les petites fleurs violettes qui poussent au printemps sur le roc s’en nourriront.


Il n’est pas marrant, Norbert. Pourtant c’est romantique un coucher de soleil dans les ruines, ça invite à la tendresse. On s’est assis tous les deux sur un gros rocher, face à la mer, pour regarder. Mais au lieu de me dire les choses gentilles que j’attends depuis six mois, le voilà parti à réciter des vers d’Hésiode. Il a même eu le temps d’en écorcher 807, avant que cet imbécile de gros ballon rouge ne disparaisse enfin, sous les applaudissements des touristes. Le car nous attendait sur le parking, alors on s’est dépêchés de redescendre.

lundi 9 avril 2012

Enragé

Lorsque le rêve surgissait il se couvrait de sueur et elle pouvait presque sentir sa peur s'insinuer en elle. Il s'agitait, grinçait des dents, marmonnant des mots indistincts qu'elle ne comprenait pas. Il arrivait parfois qu'il se mette à crier. Au début, elle le prenait dans ses bras mais il se débattait et avait même une fois tenté de l'étrangler, lancé dans une bataille imaginaire. Elle l'avait giflé et il s'était réveillé en pleurant. Elle n'avait pas voulu en faire toute une histoire, elle l'aimait, mais elle avait commencé à avoir peur de lui. Il ne voulait pas lui raconter son rêve, disant qu'il ne s'en souvenait pas. Elle avait laissé la porte de la chambre ouverte pour pouvoir s'en aller plus vite lorsque le rêve s'insinuait entre eux. Elle finissait la nuit dans le salon en essayant de ne pas entendre les bruits de plus en plus étranges qui venaient de la chambre. Ses nuits ne semblaient plus être qu'une rivière déchaînée sur laquelle voguait les sombres réminiscences d'un passé dont elle avait l'impression de tout ignorer. La 807e nuit elle ne s'enfuit pas assez vite et il tenta de la violer. Elle le repoussa de toutes ses forces mais il fallut se battre, il était devenu enragé. Pour la première fois il ne sortit pas de son rêve et la poursuivit jusque dans le couloir. Elle sortit de l'appartement en hurlant, claquant la porte violemment derrière elle. Des portes s'ouvrirent, des voisins sortirent, elle restait recroquevillée sur le palier, en état de choc.


Un voisin sonna à la porte de l'appartement, l'homme ouvrit et dit « Ne vous inquiétez pas, ma femme est somnambule, je m'en occupe. »

dimanche 8 avril 2012

Le rêve

Je me souviens que l’armateur du navire est un marchand d’œufs de Liverpool. Je me réveille en sursaut. Je suis perdue au centre d’un lit immense. Je ne devine rien de ce qui m’entoure. Vite, une bougie. Et dans son aura, des ombres, des bois cirés qui reluisent, une table de chevet massive, tout ressemble à une chambre conventionnelle, au sommet d’un manoir d’Irlande, sauf l’odeur de goudron, de mèche qui brûle, de tonneaux suris, d’huile rance, d’embruns, et d’un atroce mélange de vieux rhum et de soupe de poissons. Au clapotis des vagues, aux craquements du bois, aux frottements des cordes les unes contre les autres s’ajoutent d’étranges petits bruits que je pense être la cavalcade des rats. Je veux en avoir le cœur net. Je me lève, pieds nus. Ma chemise de nuit est longue et déchirée dans le bas. Je prends la bougie pour trouver la porte de la chambre, sortir et éclairer le couloir...


C’est à ce moment-là que je vois grouiller dans la coursive, 807 poussins d’un jaune criard et duveteux qui se chevauchent dans un joli charivari. Nous étions depuis si longtemps, en panne de vent, dans cet îlot des Caraïbes que la cale s’est transformée en couveuse...

samedi 7 avril 2012

Impossible rencontre

Au téléphone, il avait une voix chaude et grave. Je l’imaginais grand, beau et souriant. Quand je le vis en chair et en os pour la première fois, j’eus une sacrée surprise. Et tandis que je le détaillais sans rien dire, j’avais toujours du mal à croire que cette belle voix grave de crooner hollywoodien était bien la sienne. Une impression de froid m’envahit. C’était un peu comme si l’eau glacée d’un puits me pénétrait de partout. Un vague malaise se glissa insidieusement en moi. Quelque chose me laissait présager que je m’étais peut-être un peu trop avancée et que j’allais le regretter. Au bout de 807 secondes, donc, je décidai de partir : « Je ne vais pas vous déranger plus longtemps ! » fis-je dépitée.


C’était un homme assez peu bavard, au fond, mais au regard très parlant, du moins pour moi. Cet homme me parlait, oui, et ce qu’il me disait sans me le dire, maintenant, c’était : « Vous eussiez pu rester davantage afin que nous pussions faire un peu plus connaissance ! » Le subjonctif qu’il employait m’avertit alors que j’étais en présence d’un érudit. Du coup, je décidai de rester.

vendredi 6 avril 2012

807 ?

Une 807 pour tracer une route sans intérêt pour aller vite d'ici à là ou les 807 et ses chemins de traverse où on prend le temps de compter les brins d'herbe ?


Non, il n'y a pas photo.

jeudi 5 avril 2012

Vagues

Toutes les sept vagues, la mer se creuse un peu plus et se gonfle : la septième vague est un rouleau qui charrie algues et bois flottés puis suce le sable gravillonneux. La 91e vague ramène l’écume de quelque sirène, la 203e un noyé parfois. La 807e apporte les méduses qui restent, ou ne restent pas, sur la plage mouillée.


mercredi 4 avril 2012

#harlecon

Écoute, je te lis un passage de mon roman, tu me dis ce que tu en penses. La scène se passe aux Bahamas, sur la terrasse d'un bar d'un hôtel luxueux. Je commence : Jenny lança à John, Jenny, c'est la secrétaire de John. Ils sont dans cet hôtel pour un séminaire qui commence le lendemain. Je reprends : Jenny lança à John : Quelle chaleur ! Je vais aller me rafraîchir. Et elle se leva de la chaise longue en entrouvrant négligemment le pan de son sublime paréo coloré qui dévoila ses jambes interminables et galbées. Puis elle quitta son patron avec un sourire aguicheur. John est marié à une héritière qui couche avec son chauffeur. C'est elle qui possède la boîte. Il n'a pas encore succombé à sa secrétaire, il se retrouverait au chômage si sa régulière l'apprenait car elle demanderait le divorce. Je continue : La sueur qui coula sur les tempes poivre et sel de John n'avait rien à voir avec la chaleur tropicale. Pas mal, l'effet, là, hein ? Ensuite : Il la vit s'éloigner doucement en balançant sa croupe dans un mouvement provocateur. Ici, pour croupe, je suis pas sûr. Je termine : Pendant, les quelques 807 secondes qui suivirent, il ne put s'empêcher de l'imaginer nue sous la douche. La fièvre du désir le consumait. Il décida de la transformer en supernova et se leva derechef pour retrouver la source de l'incendie. Alors, t'en penses quoi ?


J'en pense que si tu envoies ça à Didier da Silva, t'es bon pour #harlecon.

mardi 3 avril 2012

La commode

T de M se montrait fort habile et si ardente à enseigner son art qu’aucun gentilhomme ne se lassa jamais de ses leçons. Chacun en recevait assez de contentement pour aller partout le crier si bien que sa renommée devint considérable et demeura toujours attachée à ses huit cent sept manières très heureuses et spirituelles de composer les assemblages et d’en jouir longtemps sans fatiguer les bois.


Vis ! Colle cellulosique ! Ô tempora ! ô mores !

lundi 2 avril 2012

dimanche 1 avril 2012

À l’impossible nul n'est aussi goulu

Le matin, elle a plumé, entre le pouce et l'index, le plantain, le chiendent, la véronique et le séneçon, sans doute aussi un peu de luzerne et de ray-grass dans la foulée, dommage. Elle a les ongles noirs de terre et cassés, observe-t-elle en balayant hors de la terrasse les petits cadavres verts, dont les radicelles aussi sont noires et cassées, cassées plutôt qu'arrachées ― ça va encore et encore et une huit cent septième fois encore repousser. L'après-midi, elle a rimé, sur pouce, index, majeur, annulaire, auriculaire et re-pouce (aux ongles brossés de frais), l'alexandrin, l'octo, le déca (tiens à propos, si elle mettait de l'eau à chauffer ?) et, dans son désespoir parfois de retomber sur ses pieds, l'ennéa et l'hendécasyllabe. Le vers de 807, elle n'a pas essayé, mais il faut l'avouer, côté procrastination de la rime, ça doit être le rêve.


Tenir ses massifs désherbés ! Traduire de la poésie ! Mais pourquoi ne s'attaque-t-elle qu'à de l'impossible, ce printemps ?

samedi 31 mars 2012

Gestomètre deux

Prendre un flacon violet, le débouchonner, en verser un peu sur le bout de l'index. Poser le doigt et sa touche de parfum boisé sous les oreilles, refermer le flacon. Prendre un autre flacon avec pulvérisateur, appuyer sur le bouton, pulvériser largement de ce parfum iodé sur le pull et se retrouver sur une plage déserte où s'enfoncent mes pieds froids à lutter contre le vent, qui me fait cligner les yeux au moment où le soleil s'efface derrière l'horizon liquide.


Reposer le flacon, mettre son manteau, attraper son écharpe et sortir de l'appartement. Aller à son travail à 8h07.

vendredi 30 mars 2012

Devinette

Ce qu’il faut pour garder la santé, c’est l’optimisme et varier les menus. Un jour aux Restos du Cœur, place de la République, le lendemain boulevard de Ménilmontant, près du cimetière du Père-Lachaise. Là-bas, c’est un peu bruyant, les gens s’impatientent mais le camion de la mairie arrive toujours à 19h30. Je suis caissière dans un hyper de banlieue. Je passe 22 stations de métro pour venir. Quand mes horaires de travail me le permettent, j’essaie d’être parmi les premiers à attendre. C’est qu’on est près de 600. La patience est une qualité de pauvres que j’ai reniée. Plus de chéquier, plus de carte bleue, mes fins de mois commencent le 10. Ils servent de la soupe à volonté. C'est chaud, c'est bon. Que demander de plus. J’ai un petit appétit. Pourtant je me fatigue au boulot. Je bosse à toute heure du jour et de la nuit, été comme hiver. Ça change tout le temps. Le travail flexible, ça vous rigidifie le dos, je vous le dis. La direction de l’hyper vient de m’augmenter. Un euro de l’heure en plus. Ça ne m’arrange pas. Je n’ai plus le droit à la CMU. Je dépasse le seuil de pauvreté, qu’ils disent.


Devinez combien je gagne, par mois.

jeudi 29 mars 2012

Le volet

Il pleut. Les feuilles gorgées d'eau se détachent une à une, constellant le sol et le toit de tâches brunâtres et déjà pourrissantes. La maison vacille sous les premières attaques du vent glacial du petit matin. Les nuages lourds et chargés de menaces s'amoncellent en masses informes et boursouflées. Un volet claque. Celui de la chambre rose, celle où dort Clémentine. Rideaux poudrés épais tirés sur de lourds secrets. Papier peint parsemé de roses aux teintes fanées dont elle compta longtemps les 807 boutons pour apaiser ses nuits sans sommeil. Lit imposant et haut, recouvert d'une courtepointe aux tons assortis à ceux des murs. Table de chevet sur laquelle repose une carafe d'eau restée intacte. Grande armoire sombre jetant une ombre vaguement menaçante sur le lit. Chandelle et âtre éteints. Au milieu du grand lit, Clémentine n'entend rien. Ni le volet qui claque, ni la tempête qui gronde. Ses mains pâles reposent sans un tremblement de part et d'autre de son corps immobile. Son visage aux yeux clos, posé au creux du gros oreiller de plume ne tressaille pas. Ses lèvres serrées et son nez pincé dessinent à peine une expression vaguement contrariée.


Tout à l'heure on l'appellera et elle ne répondra pas. Après-demain on mettra son cercueil en terre sous le soleil revenu. Le volet continuera à claquer aux murs de la chambre rose. Ainsi va la vie.

mercredi 28 mars 2012

Gestomètre un

Reposer la serviette éponge. Mettre une goutte de sérum sur chaque joue. Ajouter une noisette de crème. Étaler la crème en geste circulaire. Poser une touche de fond de teint. Masser. Souligner les yeux de deux traits d'anticernes. Tapoter un gros pinceau dans de la poudre libre légèrement rosée...


En balayant le pinceau sur mon visage blanc, je viens d'inhaler 807 grammes de poudre de riz au parfum vaguement sucré. En même temps je réalise que je ne reconnais pas le visage pimpant qui se reflète dans la glace. Où donc mes cernes se sont-ils enfuis ? Suis-je encore la même sans leurs nuances violacées tachetées de verdâtre ? Il paraît même qu'on peut s'en faire opérer. Choisir un des trois rouges à lèvres, le plus marron. Dessiner les lèvres avec. Ajouter un chouïa de poudre dessus. Passer une dernière couche de rouge automnal. Éteindre la lumière. Tourner les talons...

mardi 27 mars 2012

Carton

― Que faisiez-vous le 4 novembre vers 19h45 ?
― Ça dépend, c'était quel jour ?
― Un jeudi. Répondez, que faisiez-vous ?
― Je ne sais pas, ça remonte à loin. J'étais sûrement chez moi en train de préparer le dîner.
― Je vous conseille de vous en souvenir, nous enquêtons sur un viol.
― ...
― La mémoire vous revient-elle ?
― Bah, non, c'est loin.
― Vous êtes bien « taulier » des 807, n'est-ce pas ?
― Oui, mais je ne vois pas le rapport.
― Ah mais, la mémoire vous revient !
― Comment ça ?
― Vous parlez de rapport... Celui-ci n'était pas consenti.
― Mais...
― Alors, cher « taulier », comment recrutez-vous les participantes à votre « club 807 » ?
― Euh, je ne recrute pas, elles viennent d'elles-mêmes.
― Vantard. Et ce n'est pas ce qu'a déclaré la victime...
― De qui parlez-vous à la fin ?!
― Elle nous dit que vous l'avez forcée.
― C'est faux !
― Avez-vous entendu parler du violeur des cabines d'essayage ?
― Vaguement, à la radio. Où voulez-vous en venir ?
― ...
― Quoi ?
― ...
― Mais je n'ai rien à voir avec ce malade ! Je tiens un blog, pas un bordel !
― Changez de ton, monsieur Garot. Et méfiez-vous : nous avons une preuve matérielle, trouvée sur les lieux. Elle porte votre signature.



Image Ysiad

lundi 26 mars 2012

Drogueries

Sur un divan drapé de vieux kalamkaris,
À l’heure des souris courant sur les tapis,
Tout couverts de poussière à force d’incurie,
Où ma belle indolente est ce soir endormie,
Les fumées de l’encens troublent les murs jaunis,
Et l’Arachné fait un voile à ses doux yeux gris.


Avec 807 dans la maison,
Tout est net et sent très bon !

dimanche 25 mars 2012

Fatalité

Le matin du quatrième jour, c’est sans politesse aucune que j’annonçai à l’ex-artiste que je prenais congé. Il cracha par terre. J'allumai sa cafetière entartrée et marronnasse, qui avait dû servir 807 fois depuis son dernier lavage, dans l'espoir d'obtenir un café aussi fort que possible, et lui demandai s'il voulait comme moi une bonne tasse qui réveille. Il cracha à nouveau. Je claquai la porte et posai ma valise au milieu de la route principale, afin que le car quotidien ne me ratât pas : il n’était pas question de rester ici une seconde de trop, qui se transformerait, dans la poussière du car passé sans s’arrêter, en un jour de trop. En revenant pour avaler mon café et récupérer mon magnéto (lancé par habitude), je vis Robert A. Bourrik étendu sur le sol, inconscient. Bof. Je pris mon matériel, descendis le jus infect en grimaçant et sortis de l’épicerie, sans doute pour toujours.


samedi 24 mars 2012

Pèlerinage

Nous démarrâmes cent ; mais par un grand effort
Nous parvînmes presque mille à quitter le pin
807 nous gagnâmes sûrement le sol


vendredi 23 mars 2012

La vie en rouge

Elle regarde l'éclat rouge figé sur le bout de l'ongle. Une petite tache d’émail flottant sur la kératine bombée, rognée par les jours qui s’en sont allés. Combien depuis la dernière fois ? ça se mesure aux millimètres coupés chaque semaine, aux demi-lunes tombées en couvrant le sol d'épluchures vermillon. Combien depuis LA dernière fois ? Il n'y a que le gros orteil pour s'en souvenir encore, les autres doigts du pied sont revenus à leur transparence naturelle. Il faut environ douze à dix-huit mois pour renouveler l'ongle entier du gros orteil... C'était il y a... six... huit mois ?
Dix orteils fraîchement peints frétillaient, écarlates, entre ses mains.


Elle espère ne pas avoir à attendre 807 jours.

jeudi 22 mars 2012

iris

ne pas écouter les paroles de ils disait vladje. les entendre et vouloir qu'elles ne nous aient jamais frappés / ils vont venir les personnes à têtes de cochons. ils vont avoir des voix qui vont voler dans l'air et violencer la beauté du monde la lumière des persiennes et les brillants d'oreille. déjà ils sont entrés souvent dans les maisons bruissant de leur bêtise à oreilles de caoutchouc. d'autres jours c'était dans des jardins qu'allaient entrer ils. étaient souvent annoncés et le temps où l'on savait qu'allaient venir ils était comme film étirable inquiétable et triste. ils toujours arrivaient par finissaient. et dans les allées vertes ou à côté d'un bosquet fleuri les yeux de ils prenaient ce qu'il n'était pas supportable de leur donner. c'était lutte étrange et mal confortable de résister et quelquefois de leur reprendre ce qu'avaient pris ils au moment où leurs yeux s'alanguissaient. ah si on avait eu chien andalou et rasoir peut-être aurait-on coupé les iris disait vladje


la veille il y avait eu des poupées. une portait un vêtement à petit capuchon et une excroissance en caoutchouc en sortait sur le haut du crâne. on posait sa main dessus on serrait un peu entre pouce et index et on tournait pour faire apparaître à son gré deux autres visages un en souffrance un en gaieté le troisième était de sommeil. une était en celluloïd et était appelée françoise par le peuple des enfants. une était très petite et habillée avec une longue jupe à volants blanche à pois noirs on la désignait en disant qu'elle était espagnole son habitat était une vitrine. une était sans habits et personne ne disait qu'elle était nue. une fut un jour nommée baigneur sans que l'on vit la moindre goutte d'eau mais on entendit claquer. une était dite poupon. et il y en avait et en avait encore. le peuple des poupées avait enflé tant que le peuple des enfants n'avait plus guère d'espace personnel et le peuple des adultes souvent les confondait. personne ne s'étonna lorsqu'un enfant, solennel et aspirant à un peu de solitude, déclara, puisqu'il connaissait à la fois le désir irrépressible des adultes à fournir ces choses, et la chanson, qu'il fallait arrêter de les pourvoir en poupées de tout genre avant d'atteindre ce nombre référent de 807

mercredi 21 mars 2012

Fatal bocal

Tu t'en souviens, toi, des cabines téléphoniques ? On entrait dans la cage de verre avec une piéce de 50 centimes, un franc, cinq francs les jours fastes, parfois même un petit pécule pour le coup de fil du siècle. On tremblait. Et si ça ne marchait pas ? Il y a avait toujours un gars, une fille, dehors, à te regarder d'un air impatient, prêt à cogner sur la cloison si tu ne raccrochais pas assez vite. En été ça cuisait on coulait dégoulinait. En hiver ça caillait. Et coup fatal final la voix désincarnée qui disait « Le numéro que vous avez demandé n'est plus attribué... »


mardi 20 mars 2012

Délices

Ça commence malgré elle, comme chaque fois qu’elle est passée directement de l’ingestion à l’empiffrage, par un haut-le-cœur. Ça recommence malgré elle, malgré sa volonté, malgré son désir. Coulée dans le creux du plexus. Ça s’accompagne généralement d’une pression dans le crâne, un envahissement de pulsations sourdes sur les temps et la langue pâteuse qui blanchit, devient épaisse et baigne dans une salive boueuse. Dégoût soudain des gâteaux à la crème, des religieuses et du chocolat. Un hoquet chargé remonte du nombril, annonciateur d’une bouillie acide et puissante qui grimpe à toute blinde le long du boyau principal. Du prédigéré en lave qui débouche brutalement dans la gorge et remplit le palais, elle sent sa puanteur. Beurk. La bouillie chaude s’infiltre entre les molaires, la bouche un égout. Avec un peu de chance, elle arrive jusqu’au lavabo sinon, c’est entre ses ballerines qu’après avoir passé le barrage des incisives, s’éjecte le vomi. Bravant les forces légitimes de la pesanteur, ce qui descendait lentement est remonté rapidement. Il est rendu, le goûter. Quelques inspirations profondes, ça y est, soulagée elle essuie son front brûlant, quelques convulsions s’éteignent dans son bide comme s’éteignent 807 vagues avant la marée descendante… Se sent légère, prête à manger. À nouveau...


lundi 19 mars 2012

Jubilé

Il ne compte plus les tournées, les concerts, les interviews, les heures de studio, les réveils auprès de filles qui ont l'âge de la sienne, les litres d'alcool et les kilos de drogue. Ce soir sera la dernière, il l'a promis à sa femme. Il raccroche.


Le vieux rocker quitte la scène. La standing ovation continuera bien après qu'il aura laissé sa telecaster au roadie, rejoint sa loge, pris sa douche et se sera éclipsé vers une limousine. Il aura ignoré son manager, son touneur, même ses amis venus le saluer. Dans la voiture qui le portera jusqu'à son hôtel, il se dira que ce concert d'adieu était bien meilleur que les 807 précédents.

dimanche 18 mars 2012

L'infini

Devant cette nouvelle créature empaillée qui couronnait la bibliothèque tournante, la mère Rolet ne fit pas davantage montre de curiosité qu’une fille de ferme découvrant un œuf au poulailler. Pécuchet, qui travaillait sur son encyclopédie et l’observait d’un œil, en reçut un petit étonnement aigu d’épingle négligée par le tailleur. Et il s’en vengea.
― Eh bien, que vous semble de notre curiosité de la nature ? Celle-ci ne vous causera guère de tracas. Seulement vous aurez bien soin de lui mettre huit cent sept coups de plumeau chaque quinzaine.
La mère Rolet ne répondit rien, arrangea son mouchoir de cou, sortit. Et Pécuchet l’entendit grommeler qu’avec une besogne pareille sa fin viendrait bientôt.


Aurai-je le temps de le finir, celui-là ? Pourvu que... Oh, bon saint Antoine, accordez-moi...

samedi 17 mars 2012

Celsius 807

Cornaline n'a pas deux ans et non seulement elle maîtrise déjà le présent de l'indicatif à merveille, la tic-tac de Mémé ell' tou'ne, mais aussi, en cela, une notion de l'éternité, des êtres qui passent et des choses qui restent.


Le gros célibataire quitta le jardin
Non sans y avoir
Saupoudré leur mère.

vendredi 16 mars 2012

Inventaire

À force de me voir tourner en rond, il me dit un jour : Mais enfin, quel rapport entre les fois invoquées mentalement ou murmurées, les feuilles parfois mortes, les jours dont certains sont sans fin et d’autres sont d’un mariage mal assorti, bancal et chaotique, les nuits de désamour et des étreintes de plus en plus sporadiques, les grains de blé, les particules si vibrantes, les souvenirs et des poussières, les nombres, les voiles, les corps agglutinés, les items, les envies simples, les euros à payer, les rangées sur les étagères, les étoiles, les grammes de fraises rondes et charnues, les grenouilles encore invisibles, les têtes d’herbe, les choses accumulées, les numéros reçus, les secondes dans ce rien, les places de parking vides, les facettes pour nous dire à quel point nous avons besoin des autres, les généreuses rasades de Porto, les marrons dans la cour, les autres, les tantes, sœurs, cousines et grands-mères, les places de parking, les jours à contempler la Vaste Pelouse, les disques se référant à Jean-Sébastien Bach, les grains de sable déversés en trois temps, les nymphes aiguës aux jupons introussables, les pétales, les années, les fleurs au décimètre carré, les foies devant les mâles subjugués par ses interminables jambes, les guerriers, les vendeurs, les mails dans l’in-box, les vents qui se barrent, les morceaux d’acier dans son corps, les cellules qui meurent sous mes yeux à mon insu, les coquelicots, les chiffonniers en paix, les illusions que j’avais encouragées, les recommandations appuyées sur le quai de la gare, les maquilleuses plantées dans l’ombre, les mails qui attendent, les amours, les restes, les raisons de prier pour elles, les battements d’ailes entre les murs du salon, les hectares, les infamies et autant de souffrance, les fourmis, les tisons, les verres cassés, les succulents amuse-gueule, les habitants de cette île, les harpons, les lecteurs qu’il mérite, les pin’s, boîtes de camembert, muselets, exemplaires des Inrocks, les pulsations de la veine saillant sur ses tempes argentées, les baigneurs, les brins d’herbe, les redites, les larmes acérées, les épines du buisson ardent, les années sans lumières, les boutons patiemment retirés, les kilos de papier au pilon, les boucles de l’apparition silencieuse, les bêtes sauvages, les images, les accolades, les pages, les raisons de chanter, les propositions en l’air, les papules, taches, macules, simples boutons de mousticus vulgarus, les brindilles qui craquent sous les semelles, les pierres précieuses, les degrés, les bip, les conquêtes, les ornithorynques, les suicides d’acheteurs, les morts, les futilités de conscience, les mètres au large en mer, les éditions d’un poème, les étoiles qu’on ne sait pas nommer, les noms de musaraignes, les pleurs de trop, les pieds d’altitude, les coquilles de moules de Marcel Broodthaers, les graviers, les montres, les gifles, les ruelles qui penchaient vers la mer, les bonbons gélifiés noirs, les pages, les chansons, les fois où il a appelé sa mère, les pensées qui lui venaient, les cailloux que j’avais laissés en main, les défaites à l’odeur aigrelette, les va-et-vient pendulaires de plus en plus hésitants, les livres qui tapissent les murs du réduit, les ciels, les jours à m’entraver, les excellentes questions à poser à Robert A. Bourrik, les incitations à lever la tête, les ko, les briques de LEGO, les questions qui rebondissent sous mon crâne comme les billes d’acier d’un flipper, les mètres qui nous séparent du magasin de chaussures, les claquements de pas qui s’amenuisent, les portes rencontrées sur son chemin, les boules sur le sapin vosgien, les matricules, les mots qui lui étaient chers, les nains et leurs invités, les vers, les choses qui éloigneront de ce lieu participants, lecteur et taulier, les bonnes résolutions faites dans ma vie, les messes, les jours à compter l’enfer, les mots pétales brûlés par le givre, les pleurs, les dents étincelantes dans le four de la gueule, les mouettes qui parfois se posaient en riant, les crises de désespoir, les amants, les respirations avant de passer l’arme à gauche, les canetons, les congressistes, les bottines, les particules de poussière dorée, les nuances de froid et de chaud, les ans pour être moi, les voitures, les inconnues, les pauvres, les mailles, les déferlantes qui déchirent, les raisons de détester la Saint-Valentin, les raisons de voir la vie en rose, les chaînes invisibles qui la reliaient à lui, les individus dans ce nuage, les jours de matin blafard et nuits pas forcément badines, les gigantesques statues réalisées en molaire collée, les critiques, les yeux braqués sur elle, les tours sur elle-même, les ans à venir ?


― Aucun. Pourvu qu’il y en ait 807.

jeudi 15 mars 2012

L'amante

Tant d'heures à l'attendre et à pleurer et à souffrir sans fin, plaisir masochiste, souffrance hédoniste, ne pas faire la part des choses et se liquéfier, flaque incompressible, orgueil bafoué, volonté reniée. N'être qu'une flaque.


Prendre 807 claques et en redemander.

mercredi 14 mars 2012

Avant après

Il s’en était fallu de peu. Mais il était là.
Il attendait. Il était un peu plus de six heures et il faisait beau.
Devant lui, une jeune femme faisait les cent pas. Quelque chose passa au-dessus de la jetée. Il se dit que. Mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase. C’était maintenant, maintenant ou jamais.
Le soleil semblait jouer avec les cheveux de cette femme qu’il ne connaissait pas. Machinalement, il essaya de penser à une idée toute faite. C’était facile. Et il lui dit deux ou trois mots qui se perdirent dans le bruit que fit un grand rectangle noir qui entra soudainement dans le port. Il comprit alors que son effort ne s’imposait plus et il se tourna vers la ville (les vagues pourtant toutes proches disparurent).
Un camion passa rapidement devant lui. Il ne le regarda pas longtemps mais assez pour retenir quelques-uns des chiffres qu’on avait peints minutieusement à l’arrière. C’était un numéro de téléphone qui finissait par 807.
Au même instant, il vit dans la vitre du café où il avait déjeuné la veille, la silhouette de la jeune femme se refléter. Elle agitait ses bras en direction du bateau qui venait d’accoster. C’était bien le grand rectangle noir de tout à l’heure. Il se retourna et tira deux fois dans leur direction. La jeune femme s’écroula. C’était fini. Il regagna la ville en douceur.


mardi 13 mars 2012

Le roman

Elle avait longtemps repoussé le passage à l’acte, le moment de poser ses doigts sur le clavier et de raconter. Pourtant, elle avait déjà le titre : Du beurre sur les crakers. Elle avait le lieu pivot de l’action : la cuisine peu fonctionnelle d’un appartement haussmannien. Elle avait la scène finale : un feu de friteuse qui consumerait l’endroit. Mais ce ne serait ni le roman du siècle, ni celui de l’année, juste un petit roman parmi d’autres où ça parlerait d’amour et de saveurs, de disputes de rôtis brûlés et de réconciliations sur les raviolis en sauce.


Et un jour, allez savoir comment, allez savoir pourquoi, elle commença, tapota, tapota, tapota... Arrivée à la 807e page, elle inscrivit le mot « fin ».

lundi 12 mars 2012

Tic tac

Ce qu'elle aimait, dans les boîtes de Tic-tac, c'était déjà le nom. Tic-tac, tic tac. Elle secouait la boîte en plastique et les pastilles dégringolaient joyeusement. Tic tac. Au début la boîte était pleine alors ça ne marchait pas très bien. Petit à petit, elle la vidait, deux bonbons à la fois, dans la main puis hop dans la bouche où elles explosaient leur goût mentholé (elle n'aimait que celles là et ce n'était pas négociable). Lorsque la boîte se vidait il restait toujours, toujours, deux pastilles collées sur le côté gauche, et même en secouant très fort elles refusaient de se détacher et de tinter. Elle jetait la vieille boîte avec rage dans la première poubelle venue.


807 pastilles jetées à ce jour. Tic tac.

dimanche 11 mars 2012

Teasing

— Et que fais-tu de mon malheur à moi, de mes exigences et des rêves d’une passion que tu as encouragée depuis 807 jours ! lui cria-t-il au bord du désespoir. Enfin, ce n’est pas si difficile que ça d’aimer !


Pour elle, l’amour, c’était ce qui précédait l’amour. Séduire, c’était surmonter l’obstacle. Et seule la difficulté l’intéressait.

samedi 10 mars 2012

L’emploi du rêve

Mes chers petits, votre amitié fidèle m’est précieuse et comme je fus stupide de penser qu’elle pût être funeste à mon travail ! J’aurais bien des choses amusantes à vous raconter mais je sais que le temps vous manque pour les écouter tandis que vous courez chaque matin à vos passions laborieuses comme des vaches à l’abreuvoir. Au fond, vous avez raison, je ne fais pas autrement et, tout comme vous, il me faut attendre le soir pour enfin goûter mon instant d’introspection créatrice. Et tous ces instants remplissent mes cahiers. Mais vous, quand inlassablement vous posez ce suc vespéral, pour ainsi dire le sel de votre vie et le meilleur de vous-mêmes sur vos blanches pages, c’est pour aussitôt les faire s’envoler jusqu’à mes mains étonnées et ravies. Ah, mes chers petits, je vous en prie, durant les huit cent sept ans à venir, ne vous lassez pas de m’adresser ces suaves missives sublimées de vos ressentis, ne cessez pas, c’est si salvateur, surtout le samedi, le saviez-vous ?


Sabato triste... Quelle jolie chanson ! Je me souviens l’avoir souvent écoutée sur un Teppaz à piles posé au bord d’un petit pont de Venise, et désormais tous mes samedis sont colorés d’une nostalgie étrange et délicieuse. Alors c’est vraiment le jour idéal pour faire les courses de la semaine au supermarché. Ou bien un peu de ménage.

vendredi 9 mars 2012

Frontières troubles

Les yeux clairs de Noémie sondent le regard vert de son père, tâchant d’y reconnaître un soupçon d’humanité et de vérité. Elle se perd dans cet abîme de non-dit. Elle revient à l’attaque, se laissant peu de répit, elle veut savoir :
— Si c’est le frère d’Otmar que tu as vu, est-ce vraiment un hasard cette rencontre car, s’il lui ressemble, peut-on imaginer que c’est son clone, suite aux expériences génétiques des Nazis ? Et que vient-il faire en France, que te... voulait-il ?
— À moi rien. C’est toi qu’il cherche, je l’ai soupçonné quand on a découvert les deux sœurs. La même signature morbide que j’ai déjà vue à Omsk. Car tu n’es pas ma seule fille, figure-toi. Comment imaginer que tu aurais échappé à la vague de clonage, il n’y a pas une petite voix à l’intérieur de toi qui te dit que j’ai raison ?
Noémie se sent défaillir. Elle doit se réveiller de ce cauchemar qui la place toujours dans sa ligne de mire ; où aller maintenant qu’elle se sait deux...


Elle voudrait faire 807 tours sur elle-même — effacer son double, mais d’un autre côté, trouver l’autre elle-même... et différente sans doute, cette idée la fait chavirer, brise son miroir. Elle trouverait Otmar qui ferait apparaître sa sœur et disparaître, espère-t-elle, l’écho de sa folie.

jeudi 8 mars 2012

Subterfuge

Un pas puis l'autre. D'abord le talon, ensuite la plante en appui ferme sur le sol, orteils crispés raclant la semelle de la chaussure. Tenir l'équilibre malgré les bourrasques, les passants trop pressés, avancer même si les jambes se débinent et que les pieds sont usés.
Faire semblant de regarder la vitrine pour reprendre son souffle, mais être attiré par les chaussures en cuir épais et souple qui rutilent, rêver d'en ressortir chaussé, pieds bien calés, chevilles tenues, et poursuivre sa route à grandes enjambées. S'arrêter 807 mètres plus loin dans le café, regard ébahi sur la serveuse, sourire des yeux, mais les siens sont cernés par deux grosses poches, deux rouleaux de chair violacée. Petite mine dans le miroir glacé. Ces laideurs de l'âge, pouvoir s'en cacher en s'abritant derrière des lunettes de soleil opaques. Et repartir encore. Presque rassuré, si ce n'est la jambe qui tire, le genou qui vrille.


Il a atteint la place bordée de statues qui bravent le vent et la pluie, durent sous le plomb du soleil et de la poussière. Des molosses aux corps de marbre, muscles tendus, regards défiants. Il a posé sa main sur l'un, remontant sur le cou pour en saisir la respiration. De l'autre côté du temps, enfermé dans sa peau flasque, il a fermé les yeux.

mercredi 7 mars 2012

Hippo-funambule

Être funambule, elle ne l’avait pas vraiment choisi. Sa mère, sa grand-mère, et avant elles encore, sans doute, son arrière-grand-mère et son arrière-arrière-grand-mère avaient été funambules elles aussi. Il fallait bien vivre. Son métier était de marcher sur un fil, et elle le faisait bien. Elle le faisait même très bien, puisqu’elle était funambule à cheval, hippo-funambule, ce qui, aux dires de certains qui avaient vu du pays, ne s’était jamais vu, ni en France, ni en Navarre.
Ce soir, c’était la dernière fois. Après la représentation, elle quitterait le cirque pour tenter une autre sorte d’aventure étrange et dangereuse, où les faux pas n’étaient pas moins risqués : le mariage. C’est elle désormais qui aurait le fil à la patte.
807 yeux braqués sur elle (il y avait un borgne), elle entama la traversée.


mardi 6 mars 2012

Home, sweet home

Il se recula, frottant contre son jean son pouce et son index droits bruissants, (c’était normal, il s’en effritait une poudre blanche et collante). Il hocha la tête avec satisfaction. Bien sûr, il y avait mis la matinée du dimanche, bien sûr le montage occupait toutes les tables de la maison, toutes les surfaces planes disponibles, plans de travail, tablettes de radiateur, chaises, rebords de baignoire y compris la moitié du parquet dans le salon et les trois quarts du canapé (il s’était laissé la place d’une fesse pour regarder la télé, quand même). Pourtant, ça valait le coup. Les petits cubes brillaient, leurs pyramides appliquées et naïves bien centrées devant chaque aliment. Il tapota sa ceinture trop serrée, mais il se sentit moins minable, moins coupable, déjà presque moins obèse que d’habitude. Il avait fait le premier pas, celui qui coûte. La désucrisation était en cours.


lundi 5 mars 2012

Clairvoyance

L'écrivain lut la première critique dithyrambique de son œuvre, enfin un critique clairvoyant ! Incrédule, il en lut une seconde, puis une troisième...


À la 807e, il comprit qu'il était mort.

mercredi 22 février 2012

Le casier

En allant relever mon courrier et les journaux du jour dans mon casier, voilà que je tombe sur un CD gravé avec un post-it collé dessus : « écoute-moi ça, surtout le n°10, et dis-moi ce que tu en penses, M.A ». Ce sont les initiales de Marianne, la secrétaire particulière du Président, grande femme blonde qui d’habitude m’ignore. Je ne suis que la standardiste après tout.
Le soir, j’écoute, c’est du Bach, violoncelle. Ça me plaît.
Le lendemain matin, elle est là, justement devant les casiers et je m’apprête à la remercier quand elle se retourne vers Antoine, l’assistant du DRH et lui demande de sa voix pointue : « Alors, tu as écouté mon CD ». « Quel CD ? »
Le casier d’Antoine est au-dessus du mien : numéro 807. J’essaie de remettre discrètement l’objet, mais à ce moment-là, elle me voit : « Ah ça, je m’en doutais. C’est donc toi qui voles dans les casiers ! »


mardi 21 février 2012

Une pensée pour Pascal

On a beau dire, tous ces jolis hommages quotidiens à mon 807, ça fait tout de même plaisir. D’ailleurs je leur ai donné un petit nom secret. Oh, je peux bien vous le dire... Je les appelle Les solidarités facétieuses. Si si, je vous assure !


lundi 20 février 2012

La ville

Au tranchant de tesson de Kro, les architectes ont tracé rues, avenues, impasses en coupant la peau épaisse du sol. Et aucune personne pour y circuler le temps de la cicatrisation. Il faut donc développer patience et pour denteler l’attente, il est préconisé de s’incruster dans les loggias en s’arrachant nos oreilles gauches à coups de canines réciproques. Cela tombe à pic, à chaque bloc de bâtiments correspond son hôpital scarifié, signalé par un grand H, hôpital où le personnel s’astreint à fumer des herbes exotiques, les professeurs plus encore. L’oreille gauche arrachée, on fait le tour du bloc sur la gauche en rasant les murs ; ceux-ci, du coup, n’ont vraiment pas d’oreille. Mous, les trottoirs fondent en continu sous le soleil ou la lune ; ou bien le goudron est moisi d’avance. Au moment de s’en extirper, ça fume, et chaque pas coûte. L’odeur piquante est encore plus forte dans le quartier chaud. En bois dentelé, des passerelles ouvragées relient les immeubles. En direction de l’Est, par là où se développe la nouvelle ville, là où les Araméens avaient construit l’entrée initiale, ornée de 807 gigantesques statues réalisées en molaires collées. Cette somptueuse entrée avalaient les passants, ils descendaient ensuite une grande avenue pharyngée, traversaient une place acidifiée qui en dissolvait la moitié, puis erraient le long d’interminables circonvolutions de genre intestinal, avant d’être expulsés vers l’Ouest. Sauf bien sûr les caravaniers à l’affût qui rôdaient à la périphérie.


Malheureusement, ou heureusement que sais-je, à la nouvelle porte antique de l’Est, la nouvelle ville se régénérait quand quatre statues s’effondrèrent, dans des nuages de poussières initiant des vocations d’hurleurs d’apocalypse. Des gouffres pantelants se creusèrent, que des passants hagards contournaient par la droite, gouffres que les pluies précoces rempliront à ras mais où jamais quiconque n’ira puiser son eau. À l’affût sur la loggia du bloc central, je reste à contempler la splendeur de cette mégapole immobile qu’un géant avait fait bâtir par amour, je regarde en mâchonnant distraitement ton oreille gauche en te promettant de t’accompagner tantôt à l’hôpital de notre bloc.

dimanche 19 février 2012

Routine

Il lui fallut 407 jours de matins blafards et 400 nuits pas forcément badines pour prendre conscience qu'elle était seule. Désespérement seule. Et ne voulant pas jouir plus longtemps en communauté de biens réduite aux aguets des sens, elle souhaita tout à coup mourir dans la nuit.


Le baiser froid du petit jour la surprit étendue sur le lit vert de sa pelouse, pâle et nue. Elle n’avait pas même pris la peine d’enfiler un pyjama. Qu’importe ! Sa narine ne frémissait plus : elle s’était sifflé cul sec un litre de vodka.

samedi 18 février 2012

rapace

vladje était sous un poids. assujettie oui. tentait une position moins étouffante, moins fissurée, moins bloquée. n'avait guère marge possibilité de manoeuvre. sentait possible des éclatements prochains, fissures, brisements, séparation, gonflements. comme rapace quelque chose bataillait. quelque chose se dépensait sans qu'elle pût arrêter le flux de la perte. la nommer peut-être violence. elle se demandait si un ange. un oiseau. un arbre. une fleur. un quidam. mais il lui semblait que rien ni personne. la faudraie poussait alentour et chantait ses impératifs de tenir.


la veille on avait ramassé les cerises, bigarreaux et montmorency. les enfants couraient parmi les paniers, jambes nues, c'était l'été. pas s'étonner qu'il y en eut pour disposer rouge pendentifs aux oreilles. voisins et amis venus là aider à la cueillette grimpaient aux échelles. sur une table, à disposition, carafes d'eau fraîche avec feuille de menthe, et ratafia de bourgogne. on l'avait rapporté la semaine précédente de chez un viticulteur, près de l'isle-sur-serein. on s'était aussi arrêté à irancy; les bouteilles qu'on y avait achetées, on les servirait le soir avec une viande rôtie et des pommes de terre. le rouge quittait progressivement sa position haute et bientôt les fruits avaient quitté leurs arbres. le monde au sol était tout en couleur pourpre. on entendit soudain un bruit inhabituel. comme un vrombissement léger et ample à la fois. comme un nuage gris flotta au-dessus du verger. cela fit peur à certains. d'autres semblaient plus calmes. celui qui proposa 807 comme nombre d'individus dans ce nuage fit rire l'apiculteur.

vendredi 17 février 2012

Noyade

À tenter de briser les 807 chaînes invisibles qui la reliaient à lui elle laissait peu à peu sa vie, ses amis et ses rêves couler au fond des eaux glacées de son incertitude.


jeudi 16 février 2012

Lecture solaire

Je trouve encore 807 raisons de voir la vie en rose grâce à mon goût immodéré de la lecture. Éric Chevillard m’accompagne au cours de ma longue marche vers l’équilibre depuis 22 ans. En 1990, la publication de Palafox révolutionna ma perception du langage. Je comprenais de nouveau le monde qui recommença à m’amuser comme lorsque j’étais enfant ! L’écriture de l’auteur de Scalps édifia en moi une forteresse en chamallow. Sous la plume affûtée de l’écrivain bourguignon la réalité devient comestible, presque appétissante.


mercredi 15 février 2012

Talismans

Livres, sur les étagères, les tapis, les tables de chevet, pour se coucher parfois il faut les chasser de sous les draps, de sur la couette, ils se sont glissés là comme des chats frileux ronronnant dans la chaleur du corps, livres, les mots des autres qui rendent jaloux ceux qui nous accompagnent, ceux qui se plaignent qu’on ne les entend plus, qui voudraient qu’on relève la tête, qu’on cesse enfin de s’intéresser à ce qu’un inconnu murmure à notre oreille, livre dans la poche de nos vestes, poids qui leste, qui rattache à la terre, livre tenu dans la main en marchant dans la ville, comme on tient celle d’un ami, d’un amant, de l’enfant qu’on n’aura jamais. On se dit parfois qu’il faudrait s’en défaire, vivre sans eux, regarder le monde en face, la vie en face, ne plus se dissoudre dans chacune de leur page, revenir à la réalité, à l’absurde, à la souffrance, au temps qui nous transperce.


Et je me dis encore une page, encore deux, encore trois, à la huit cent septième, c’est promis, si je peux, comme le taulier, j’arrête.

mardi 14 février 2012

Connard de saint Valentin

Tu passes, en à peine plus de 807 heures, de jeune mariée pour la nouvelle année à veuve pour la Saint-Valentin.


Mes larmes se joignent aux tiennes, Maman.

Overdose

Les roses m’emmerdent sentent quelque chose de bon qui ne me dit rien à moi de bon les roses
Les étoiles m’emmerdent brillent de plein de feux qui me chauffent les oreilles à moi les étoiles
Les cœurs m’emmerdent palpitent fébrilement dans les poitrines pas la mienne les cœurs
Les bougies m’emmerdent sentent la vanille et l’intimité qui m’écœurent moi les bougies


Et bien plus de 803 autres raisons de détester la Saint-Valentin.

Valentine's day

Bridget s'habille en Prada, vit à Notting Hill au 7, Portobello Road, possède 27 robes et 8 paires de Louboutin. Elle sirote son champagne avec des fraises et ne vivrait pour rien au monde la vie de ces hystériques de Wisteria Lane. L'amour, en réalité, elle connaît. Quatre mariages et l'enterrement de ses illusions lui ont suffi.


Brigitte s'habille plutôt mal d'un rien, habite à Sarcelles au 7, allée Jean-Antoine Watteau, possède une seule robe et zéro paire de Louboutin. Elle picole de la vodka et enchaîne les DVD en attendant l'appel de son prince charmant pour cette putain de Saint-Valentin.

lundi 13 février 2012

Retour maison

Il gara sa 807 devant la porte d’entrée. Il bondit presque hors du véhicule, tant il se sentait ragaillardi. Prendre un peu de recul lui avait fait du bien. Il serait désormais un bon père, un mari fidèle et attentionné. La clé à peine tournée, il les entendit de loin, tandis que lui parvenait l’odeur tenace d’un potage maison où le poireau l’emportait sur le navet. Il déboula dans la cuisine : « coucou les filles ! ».


Cuillères en suspension, silence glacial et glaçant. Il pensait qu’après trois ans d’absence, il aurait été un peu mieux accueilli.

dimanche 12 février 2012

Savoir attendre

Hier à la radio, une voix douce et pleine d’une encourageante sympathie interrogeait des gens qui ont froid chez eux. Ils ont répondu sobrement qu’avec leurs 807 euros mensuels et un bon édredon, pour le moment ils tenaient le coup.


Il est joli ce sac. J’aime beaucoup ce rouge, ça réchauffe une tenue, je trouve. Et puis 807 euros c’est une affaire. Décidément, j’ai bien fait d’attendre la fin des soldes.

samedi 11 février 2012

Car, hybride, attentive, résistante, s'y bat dans l'épreuve

Car, courbe crissant sur mon crâne, clapotis comme ces crachats, ce cauchemar nous casse... Ho, hydre hostile, ha ha ! Abyssal abîme aspirant avidement armada autant qu'armes... Rapidement le reflux nous ravale ras, le radeau ripe, on se rend rageusement vers le risque, on résiste. Y a notre yacht en yo-yo et nos yeux yang ! Brutaux, bouillonnements et bourasques nous battent. 807 déferlantes qui déchirent, des déluges déchaînés, désarroi de débris, descente, drame. Et l'épuisement ; évidemment plus que des égratignure dans cette épreuve d’eaux où l’étrange nous engouffre...


vendredi 10 février 2012

brut

vladje habitait les montagnes et séjournait en pays de brutes. elle portait trace de leurs coups. blessures lui donnaient souffrance. en chemins escarpés elle rencontrait ronces à mûres et ces égratignures-là lui étaient douces. pourtant elle avait remarqué combien sa peau devenait fine et déchirable comme papier de soie. les brutes lui avaient-ils fait un jour boire quelque liquide à dangers. un autre jour les brutes lui avait serré la tête dans un bandage savant faisant office d'étau. elle tentait de s'en défaire mais non. une agnelle en chemins escarpés elle aussi mâchait souvent quelque herbage en compagnie de vladje. le jour de cet étau blanc elle lui vint en aide et l'en débarassa.


la veille une grue avait remonté du lac un container rouillé. d'aucuns craignaient. d'autres étaient simplement curieux. certains parmi ceux habilités à continuer les opérations coupèrent le cerclage de fer pour savoir ce qu'il contenait. ils sortirent un petit corps nu sans tête, un petit manteau de laine rose, un mouchoir de coton avec dessins de fleurs jaune et fillettes, un petit maillot de bain à smocks rouge et bleu et blanc, une salopette rouille, une petite mallette de vanité en skaï blanc l'intérieur était doublé en nylon rouge elle était vide, des petits animaux peints on reconnaissait une vache un âne un lion, des petits anges en plâtre peint rose, des débris d'anges un peu plus grands rose ou bleu en faïence, un édredon bleu marine. pendant ce temp de découverte il y avait un qui photographiait, un qui dessinait, un qui dressait inventaire. le narrateur s'en mêla disant qu'il fallait numéroter les objets. celui qui écrivait s'exécuta. 807 : tête du petit corps nu en celluloïd

jeudi 9 février 2012

L’amoureuse des mailles




Dès qu’elle faisait glisser ses bas sur ses longues jambes, c’était forcément des « fishnets ». À chaque fois, elle se disait qu’elle prendrait quelque nouvelle victime dans le filet ainsi tendu. L’un des derniers types rencontré au bar Le Pompon, rue des Petites écuries (10e), lui avait avoué, une fois sa tâche accomplie : « J’ai compté toutes vos mailles, il y en avait 807. » Elle lui avait répondu : « Normal, j’en ai filé une dans l’escalier tout à l’heure ! »

mercredi 8 février 2012

Qu’on en finisse !

Dehors, ils étaient partout, mobilier humain pourrissant à même le sol, image nécessaire d’un avenir promis à ceux qu’on maintenait en survie pour assurer les tâches quotidiennes, certains dotés d’uniformes, nourris et entraînés au carnage.


Mélancolique, il se fit couler un bain de lait d’ânesse dans une baignoire de porphyre, admirant son reflet repu dans l’or des robinets. Il s’était passé trop de temps depuis que le Consortium avait déclenché le Plan. Bien sûr, en Afrique et en Asie les choses allaient bon train ; les virus et la famine s’alliaient à la guerre pour hâter le programme mais ailleurs, la Démocrasse décevait. Si la pauvreté reculait – les pauvres n’ayant même plus la force de se reproduire – ceux qui avaient encore les moyens de se nourrir crevaient trop lentement. Le froid et la faim en avait tué seulement 807 cet hiver. À ce compte-là, on n’en avait pas fini avant des siècles. L’alimentation percluse de chimie, les radiations et les catastrophes nucléaires, la pollution de l’air et des nappes phréatiques, la répression armée, l’impossibilité matérielle de se soigner étaient des moyens d’actions désuets. L’époque n’était plus aux tergiversations. Il devait trouver une solution radicale qui lui permettrait de sortir de son bunker.

mardi 7 février 2012

Mauvaises rencontres

Le démarrage est toujours un peu froid. Les filles cherchent une pose, regardent dans le vide, rattachent leurs cheveux. Les mieux loties, arrivées avec leur copine, moulées à mort dans un short riquiqui, papotent et rient entre elles, l’air faussement détendu. Mais Fabien arrive, brun, bronzé, bien bâti, le sourire à achever définitivement la fonte de toutes les banquises. Il met la sono à donf et très vite, ça chauffe vraiment, tout le monde se bouge, s’éclate, se trémousse. On transpire, on se rue de plus en souvent sur les bouteilles. On rit, on se tutoie, on se crie des trucs drôles au dessus de la musique, enfin, s’il reste assez de souffle pour le faire.


Les lumières baissent, la musique passe aux guimauves, ça devient sérieux. Fabien a emmené ses potes, huit en tout, pas franchement avenants d’entrée, mais il nous les présente un à un, avec les petites blagues d’usage. D’après lui, ils gagnent à être découverts, ils valent le coup qu’on se force un peu, ils doivent se mériter. Il nous vante l’intérêt d’une attitude ouverte à de curieuses mais intéressantes coutumes sado-masochistes qui se pratiquent à genoux, ou en position allongée. On fait ce qu’il faut, le pire ici serait de paraître coincée, mais cent minutes plus tard, quand je repars en boitillant, assurée de marcher en canard et monter les escaliers à rebours pendant sept jours, je continue à penser in petto que les jumeaux Grands Droits, Transverses, Petits et Grands Obliques sont surtout de vicieux putains d’enfants de salauds.

lundi 6 février 2012

Au café, 3

Qualité-prix du café, isolation et température, muzak ou musique, volume sonore, wifi sécurisé ou pas, prise secteur, lumière, service le midi ou pas, sympathie ambiante, calme, quartier, présence ou non d'Alexandre Jardin à la table d'à-côté... La position, l'existence et la configuration du café idéal pour écrire, oloé rêvé, se calculent à l'aide d'une équation à 807 inconnues.


Dans ces conditions, il faut encore trouver le temps d'écrire.

dimanche 5 février 2012

L'autoroute

Dieu que ce repas avait été long ! Dieu que c’est pénible ces réunions de famille qui se terminent toujours en psychodrame ! « Mes chéris, je vous aime ! » avait pleuré la mère après son digestif, une liqueur de poire qu’en d’autres circonstances, j’aurais savouré les lèvres humides. Mais là, j’ai failli l’avaler de travers. Ça y est, elle nous le refaisait version slave. Elle ne pouvait pas s’en empêcher : réconcilions-nous dans les larmes, après l’apéro où l’on avait évité de parler politique, mon beauf de beauf ayant juste attaqué sur mon célibat, après la terrine de lapin que ma nièce avait jetée par terre « parce que c’est du lapin », après que la frangine eut houspillé mon autre beau-frère parce qu’il re-salait son gratin malgré son hypertension, d’où digression collective sur le fait de savoir si oui ou non ce repas était diététique. Réponse : non. La mère ne dit rien, mais s’enfila trois verres de rouge pour digérer la critique. Puis on avait parlé politique au moment du fromage, parce qu’il y avait du Babibel et que le rouge rappelait son passé au paternel qui arrêta de se taire. Jusqu’au café, le ton était monté, jusqu’à ce que l’autre frangine manquât d’être ébouillantée par la mère qui servait alors qu’elle était bien plus qu’un peu éméchée... merde, quelle famille.


Il était parti juste après la poire, quatre heures de route, le bon prétexte pour se sauver avant tout le monde. Devant lui, pas un chat sur l’A4, alors que de l’autre côté, bizarrement, c’était plutôt dense. Puis un peu moins au fur et à mesure qu’il se calmait. Les paires de phares s’étaient allumées avec la nuit tombante, il lui sembla qu’il pouvait à nouveau respirer. Devant lui, toujours personne. En face, deux, puis trois voitures, puis la pluie, fine, douce, sept, huit, dix, douze... À la 807e, il s’endormit.

samedi 4 février 2012

Armes posées

je suis né en l'an de disgrâce 1205
cordon en mailles de fer
cour des miracles et sujétion
longtemps j'ai cru, collé aux marques de l'histoire
je ne savais pas
de forteresses en donjons il m'a fallu bien des traverses
tout fut écrit pour le conforme
les femmes seules se signaient
les hommes en armes dépucelaient
ce n'est qu'au temps de mon grand âge que j'ai appris à être nu
807 ans pour être moi
et te l'offrir
comme on libère


vendredi 3 février 2012

et pif et paf et pan

Pour que l'enfant cesse de tirer les ficelles comme une brute, arrête de lui enfoncer des clous dans le corps comme s'il était une poupée vaudou, il a retrouvé la parole le temps de le traiter plusieurs centaines de fois et quelques unités de petit con. Il gît maintenant dans un décrochez-moi-ça, pour 6 euros, mais personne n'en veut. Le gamin désormais manipule sa mère.


jeudi 2 février 2012

BNB

Photo prise au Bhoutan © Pascale Arguedas<br />
Photo prise au Bhoutan © Pascale Arguedas


Il composa le 807 pour connaître son horoscope. Une hôtesse du pays du Bonheur National Brut lui prédit une catastrophe imminente qui le fit rire aux éclats. La ligne fut subitement coupée. Nous sommes sans nouvelles de lui. La rumeur dit que Bouddha en voulait à l’hôtesse.

mercredi 1 février 2012

Au café, 2

Si la trompe de papillon que le serveur m'a apporté l'autre jour a effectivement suffi pour que je boive dans le minuscule verre d'eau accompagnant mon café, elle s'avère aujourd'hui inutile pour trouver, entre les nombreux et iceberguiens glaçons, les molécules d'eau pétillante que je suppose exister dans ce verre avant la fonte des glaces.


Au comptoir, chacun sait bien ce qui s'est passé dans la suite 2 807.