Le matin du quatrième jour, c’est sans politesse aucune que j’annonçai à l’ex-artiste que je prenais congé. Il cracha par terre. J'allumai sa cafetière entartrée et marronnasse, qui avait dû servir 807 fois depuis son dernier lavage, dans l'espoir d'obtenir un café aussi fort que possible, et lui demandai s'il voulait comme moi une bonne tasse qui réveille. Il cracha à nouveau. Je claquai la porte et posai ma valise au milieu de la route principale, afin que le car quotidien ne me ratât pas : il n’était pas question de rester ici une seconde de trop, qui se transformerait, dans la poussière du car passé sans s’arrêter, en un jour de trop. En revenant pour avaler mon café et récupérer mon magnéto (lancé par habitude), je vis Robert A. Bourrik étendu sur le sol, inconscient. Bof. Je pris mon matériel, descendis le jus infect en grimaçant et sortis de l’épicerie, sans doute pour toujours.
Déclinaisons d'un aphorisme d'Éric Chevillard. "804… 805… 806… j’avais très rigoureusement repris le compte des herbes de mon jardin en pliant celles-ci au fur et à mesure, cette fois, afin de ne pas me tromper, mais à la 807ème ortie, ma main enflée, engourdie de douleur, n’est seulement plus capable de bouger les doigts, j’abandonne."
dimanche 25 mars 2012
samedi 24 mars 2012
Pèlerinage
Nous démarrâmes cent ; mais par un grand effort
Nous parvînmes presque mille à quitter le pin
807 nous gagnâmes sûrement le sol
Nous parvînmes presque mille à quitter le pin
807 nous gagnâmes sûrement le sol
vendredi 23 mars 2012
La vie en rouge
Elle regarde l'éclat rouge figé sur le bout de l'ongle. Une petite tache d’émail flottant sur la kératine bombée, rognée par les jours qui s’en sont allés. Combien depuis la dernière fois ? ça se mesure aux millimètres coupés chaque semaine, aux demi-lunes tombées en couvrant le sol d'épluchures vermillon. Combien depuis LA dernière fois ? Il n'y a que le gros orteil pour s'en souvenir encore, les autres doigts du pied sont revenus à leur transparence naturelle. Il faut environ douze à dix-huit mois pour renouveler l'ongle entier du gros orteil... C'était il y a... six... huit mois ?
Dix orteils fraîchement peints frétillaient, écarlates, entre ses mains.
Elle espère ne pas avoir à attendre 807 jours.
Dix orteils fraîchement peints frétillaient, écarlates, entre ses mains.
Elle espère ne pas avoir à attendre 807 jours.
jeudi 22 mars 2012
iris
ne pas écouter les paroles de ils disait vladje. les entendre et vouloir qu'elles ne nous aient jamais frappés / ils vont venir les personnes à têtes de cochons. ils vont avoir des voix qui vont voler dans l'air et violencer la beauté du monde la lumière des persiennes et les brillants d'oreille. déjà ils sont entrés souvent dans les maisons bruissant de leur bêtise à oreilles de caoutchouc. d'autres jours c'était dans des jardins qu'allaient entrer ils. étaient souvent annoncés et le temps où l'on savait qu'allaient venir ils était comme film étirable inquiétable et triste. ils toujours arrivaient par finissaient. et dans les allées vertes ou à côté d'un bosquet fleuri les yeux de ils prenaient ce qu'il n'était pas supportable de leur donner. c'était lutte étrange et mal confortable de résister et quelquefois de leur reprendre ce qu'avaient pris ils au moment où leurs yeux s'alanguissaient. ah si on avait eu chien andalou et rasoir peut-être aurait-on coupé les iris disait vladje
la veille il y avait eu des poupées. une portait un vêtement à petit capuchon et une excroissance en caoutchouc en sortait sur le haut du crâne. on posait sa main dessus on serrait un peu entre pouce et index et on tournait pour faire apparaître à son gré deux autres visages un en souffrance un en gaieté le troisième était de sommeil. une était en celluloïd et était appelée françoise par le peuple des enfants. une était très petite et habillée avec une longue jupe à volants blanche à pois noirs on la désignait en disant qu'elle était espagnole son habitat était une vitrine. une était sans habits et personne ne disait qu'elle était nue. une fut un jour nommée baigneur sans que l'on vit la moindre goutte d'eau mais on entendit claquer. une était dite poupon. et il y en avait et en avait encore. le peuple des poupées avait enflé tant que le peuple des enfants n'avait plus guère d'espace personnel et le peuple des adultes souvent les confondait. personne ne s'étonna lorsqu'un enfant, solennel et aspirant à un peu de solitude, déclara, puisqu'il connaissait à la fois le désir irrépressible des adultes à fournir ces choses, et la chanson, qu'il fallait arrêter de les pourvoir en poupées de tout genre avant d'atteindre ce nombre référent de 807
la veille il y avait eu des poupées. une portait un vêtement à petit capuchon et une excroissance en caoutchouc en sortait sur le haut du crâne. on posait sa main dessus on serrait un peu entre pouce et index et on tournait pour faire apparaître à son gré deux autres visages un en souffrance un en gaieté le troisième était de sommeil. une était en celluloïd et était appelée françoise par le peuple des enfants. une était très petite et habillée avec une longue jupe à volants blanche à pois noirs on la désignait en disant qu'elle était espagnole son habitat était une vitrine. une était sans habits et personne ne disait qu'elle était nue. une fut un jour nommée baigneur sans que l'on vit la moindre goutte d'eau mais on entendit claquer. une était dite poupon. et il y en avait et en avait encore. le peuple des poupées avait enflé tant que le peuple des enfants n'avait plus guère d'espace personnel et le peuple des adultes souvent les confondait. personne ne s'étonna lorsqu'un enfant, solennel et aspirant à un peu de solitude, déclara, puisqu'il connaissait à la fois le désir irrépressible des adultes à fournir ces choses, et la chanson, qu'il fallait arrêter de les pourvoir en poupées de tout genre avant d'atteindre ce nombre référent de 807
mercredi 21 mars 2012
Fatal bocal
Tu t'en souviens, toi, des cabines téléphoniques ? On entrait dans la cage de verre avec une piéce de 50 centimes, un franc, cinq francs les jours fastes, parfois même un petit pécule pour le coup de fil du siècle. On tremblait. Et si ça ne marchait pas ? Il y a avait toujours un gars, une fille, dehors, à te regarder d'un air impatient, prêt à cogner sur la cloison si tu ne raccrochais pas assez vite. En été ça cuisait on coulait dégoulinait. En hiver ça caillait. Et coup fatal final la voix désincarnée qui disait « Le numéro que vous avez demandé n'est plus attribué... »
mardi 20 mars 2012
Délices
Ça commence malgré elle, comme chaque fois qu’elle est passée directement de l’ingestion à l’empiffrage, par un haut-le-cœur. Ça recommence malgré elle, malgré sa volonté, malgré son désir. Coulée dans le creux du plexus. Ça s’accompagne généralement d’une pression dans le crâne, un envahissement de pulsations sourdes sur les temps et la langue pâteuse qui blanchit, devient épaisse et baigne dans une salive boueuse. Dégoût soudain des gâteaux à la crème, des religieuses et du chocolat. Un hoquet chargé remonte du nombril, annonciateur d’une bouillie acide et puissante qui grimpe à toute blinde le long du boyau principal. Du prédigéré en lave qui débouche brutalement dans la gorge et remplit le palais, elle sent sa puanteur. Beurk. La bouillie chaude s’infiltre entre les molaires, la bouche un égout. Avec un peu de chance, elle arrive jusqu’au lavabo sinon, c’est entre ses ballerines qu’après avoir passé le barrage des incisives, s’éjecte le vomi. Bravant les forces légitimes de la pesanteur, ce qui descendait lentement est remonté rapidement. Il est rendu, le goûter. Quelques inspirations profondes, ça y est, soulagée elle essuie son front brûlant, quelques convulsions s’éteignent dans son bide comme s’éteignent 807 vagues avant la marée descendante… Se sent légère, prête à manger. À nouveau...
lundi 19 mars 2012
Jubilé
Il ne compte plus les tournées, les concerts, les interviews, les heures de studio, les réveils auprès de filles qui ont l'âge de la sienne, les litres d'alcool et les kilos de drogue. Ce soir sera la dernière, il l'a promis à sa femme. Il raccroche.
Le vieux rocker quitte la scène. La standing ovation continuera bien après qu'il aura laissé sa telecaster au roadie, rejoint sa loge, pris sa douche et se sera éclipsé vers une limousine. Il aura ignoré son manager, son touneur, même ses amis venus le saluer. Dans la voiture qui le portera jusqu'à son hôtel, il se dira que ce concert d'adieu était bien meilleur que les 807 précédents.
Le vieux rocker quitte la scène. La standing ovation continuera bien après qu'il aura laissé sa telecaster au roadie, rejoint sa loge, pris sa douche et se sera éclipsé vers une limousine. Il aura ignoré son manager, son touneur, même ses amis venus le saluer. Dans la voiture qui le portera jusqu'à son hôtel, il se dira que ce concert d'adieu était bien meilleur que les 807 précédents.
dimanche 18 mars 2012
L'infini
Devant cette nouvelle créature empaillée qui couronnait la bibliothèque tournante, la mère Rolet ne fit pas davantage montre de curiosité qu’une fille de ferme découvrant un œuf au poulailler. Pécuchet, qui travaillait sur son encyclopédie et l’observait d’un œil, en reçut un petit étonnement aigu d’épingle négligée par le tailleur. Et il s’en vengea.
― Eh bien, que vous semble de notre curiosité de la nature ? Celle-ci ne vous causera guère de tracas. Seulement vous aurez bien soin de lui mettre huit cent sept coups de plumeau chaque quinzaine.
La mère Rolet ne répondit rien, arrangea son mouchoir de cou, sortit. Et Pécuchet l’entendit grommeler qu’avec une besogne pareille sa fin viendrait bientôt.
Aurai-je le temps de le finir, celui-là ? Pourvu que... Oh, bon saint Antoine, accordez-moi...
― Eh bien, que vous semble de notre curiosité de la nature ? Celle-ci ne vous causera guère de tracas. Seulement vous aurez bien soin de lui mettre huit cent sept coups de plumeau chaque quinzaine.
La mère Rolet ne répondit rien, arrangea son mouchoir de cou, sortit. Et Pécuchet l’entendit grommeler qu’avec une besogne pareille sa fin viendrait bientôt.
Aurai-je le temps de le finir, celui-là ? Pourvu que... Oh, bon saint Antoine, accordez-moi...
samedi 17 mars 2012
Celsius 807
Cornaline n'a pas deux ans et non seulement elle maîtrise déjà le présent de l'indicatif à merveille, la tic-tac de Mémé ell' tou'ne, mais aussi, en cela, une notion de l'éternité, des êtres qui passent et des choses qui restent.
Le gros célibataire quitta le jardin
Non sans y avoir
Saupoudré leur mère.
Le gros célibataire quitta le jardin
Non sans y avoir
Saupoudré leur mère.
vendredi 16 mars 2012
Inventaire
À force de me voir tourner en rond, il me dit un jour : Mais enfin, quel rapport entre les fois invoquées mentalement ou murmurées, les feuilles parfois mortes, les jours dont certains sont sans fin et d’autres sont d’un mariage mal assorti, bancal et chaotique, les nuits de désamour et des étreintes de plus en plus sporadiques, les grains de blé, les particules si vibrantes, les souvenirs et des poussières, les nombres, les voiles, les corps agglutinés, les items, les envies simples, les euros à payer, les rangées sur les étagères, les étoiles, les grammes de fraises rondes et charnues, les grenouilles encore invisibles, les têtes d’herbe, les choses accumulées, les numéros reçus, les secondes dans ce rien, les places de parking vides, les facettes pour nous dire à quel point nous avons besoin des autres, les généreuses rasades de Porto, les marrons dans la cour, les autres, les tantes, sœurs, cousines et grands-mères, les places de parking, les jours à contempler la Vaste Pelouse, les disques se référant à Jean-Sébastien Bach, les grains de sable déversés en trois temps, les nymphes aiguës aux jupons introussables, les pétales, les années, les fleurs au décimètre carré, les foies devant les mâles subjugués par ses interminables jambes, les guerriers, les vendeurs, les mails dans l’in-box, les vents qui se barrent, les morceaux d’acier dans son corps, les cellules qui meurent sous mes yeux à mon insu, les coquelicots, les chiffonniers en paix, les illusions que j’avais encouragées, les recommandations appuyées sur le quai de la gare, les maquilleuses plantées dans l’ombre, les mails qui attendent, les amours, les restes, les raisons de prier pour elles, les battements d’ailes entre les murs du salon, les hectares, les infamies et autant de souffrance, les fourmis, les tisons, les verres cassés, les succulents amuse-gueule, les habitants de cette île, les harpons, les lecteurs qu’il mérite, les pin’s, boîtes de camembert, muselets, exemplaires des Inrocks, les pulsations de la veine saillant sur ses tempes argentées, les baigneurs, les brins d’herbe, les redites, les larmes acérées, les épines du buisson ardent, les années sans lumières, les boutons patiemment retirés, les kilos de papier au pilon, les boucles de l’apparition silencieuse, les bêtes sauvages, les images, les accolades, les pages, les raisons de chanter, les propositions en l’air, les papules, taches, macules, simples boutons de mousticus vulgarus, les brindilles qui craquent sous les semelles, les pierres précieuses, les degrés, les bip, les conquêtes, les ornithorynques, les suicides d’acheteurs, les morts, les futilités de conscience, les mètres au large en mer, les éditions d’un poème, les étoiles qu’on ne sait pas nommer, les noms de musaraignes, les pleurs de trop, les pieds d’altitude, les coquilles de moules de Marcel Broodthaers, les graviers, les montres, les gifles, les ruelles qui penchaient vers la mer, les bonbons gélifiés noirs, les pages, les chansons, les fois où il a appelé sa mère, les pensées qui lui venaient, les cailloux que j’avais laissés en main, les défaites à l’odeur aigrelette, les va-et-vient pendulaires de plus en plus hésitants, les livres qui tapissent les murs du réduit, les ciels, les jours à m’entraver, les excellentes questions à poser à Robert A. Bourrik, les incitations à lever la tête, les ko, les briques de LEGO, les questions qui rebondissent sous mon crâne comme les billes d’acier d’un flipper, les mètres qui nous séparent du magasin de chaussures, les claquements de pas qui s’amenuisent, les portes rencontrées sur son chemin, les boules sur le sapin vosgien, les matricules, les mots qui lui étaient chers, les nains et leurs invités, les vers, les choses qui éloigneront de ce lieu participants, lecteur et taulier, les bonnes résolutions faites dans ma vie, les messes, les jours à compter l’enfer, les mots pétales brûlés par le givre, les pleurs, les dents étincelantes dans le four de la gueule, les mouettes qui parfois se posaient en riant, les crises de désespoir, les amants, les respirations avant de passer l’arme à gauche, les canetons, les congressistes, les bottines, les particules de poussière dorée, les nuances de froid et de chaud, les ans pour être moi, les voitures, les inconnues, les pauvres, les mailles, les déferlantes qui déchirent, les raisons de détester la Saint-Valentin, les raisons de voir la vie en rose, les chaînes invisibles qui la reliaient à lui, les individus dans ce nuage, les jours de matin blafard et nuits pas forcément badines, les gigantesques statues réalisées en molaire collée, les critiques, les yeux braqués sur elle, les tours sur elle-même, les ans à venir ?
― Aucun. Pourvu qu’il y en ait 807.
― Aucun. Pourvu qu’il y en ait 807.
jeudi 15 mars 2012
L'amante
Tant d'heures à l'attendre et à pleurer et à souffrir sans fin, plaisir masochiste, souffrance hédoniste, ne pas faire la part des choses et se liquéfier, flaque incompressible, orgueil bafoué, volonté reniée. N'être qu'une flaque.
Prendre 807 claques et en redemander.
Prendre 807 claques et en redemander.
mercredi 14 mars 2012
Avant après
Il s’en était fallu de peu. Mais il était là.
Il attendait. Il était un peu plus de six heures et il faisait beau.
Devant lui, une jeune femme faisait les cent pas. Quelque chose passa au-dessus de la jetée. Il se dit que. Mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase. C’était maintenant, maintenant ou jamais.
Le soleil semblait jouer avec les cheveux de cette femme qu’il ne connaissait pas. Machinalement, il essaya de penser à une idée toute faite. C’était facile. Et il lui dit deux ou trois mots qui se perdirent dans le bruit que fit un grand rectangle noir qui entra soudainement dans le port. Il comprit alors que son effort ne s’imposait plus et il se tourna vers la ville (les vagues pourtant toutes proches disparurent).
Un camion passa rapidement devant lui. Il ne le regarda pas longtemps mais assez pour retenir quelques-uns des chiffres qu’on avait peints minutieusement à l’arrière. C’était un numéro de téléphone qui finissait par 807.
Au même instant, il vit dans la vitre du café où il avait déjeuné la veille, la silhouette de la jeune femme se refléter. Elle agitait ses bras en direction du bateau qui venait d’accoster. C’était bien le grand rectangle noir de tout à l’heure. Il se retourna et tira deux fois dans leur direction. La jeune femme s’écroula. C’était fini. Il regagna la ville en douceur.
Il attendait. Il était un peu plus de six heures et il faisait beau.
Devant lui, une jeune femme faisait les cent pas. Quelque chose passa au-dessus de la jetée. Il se dit que. Mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase. C’était maintenant, maintenant ou jamais.
Le soleil semblait jouer avec les cheveux de cette femme qu’il ne connaissait pas. Machinalement, il essaya de penser à une idée toute faite. C’était facile. Et il lui dit deux ou trois mots qui se perdirent dans le bruit que fit un grand rectangle noir qui entra soudainement dans le port. Il comprit alors que son effort ne s’imposait plus et il se tourna vers la ville (les vagues pourtant toutes proches disparurent).
Un camion passa rapidement devant lui. Il ne le regarda pas longtemps mais assez pour retenir quelques-uns des chiffres qu’on avait peints minutieusement à l’arrière. C’était un numéro de téléphone qui finissait par 807.
Au même instant, il vit dans la vitre du café où il avait déjeuné la veille, la silhouette de la jeune femme se refléter. Elle agitait ses bras en direction du bateau qui venait d’accoster. C’était bien le grand rectangle noir de tout à l’heure. Il se retourna et tira deux fois dans leur direction. La jeune femme s’écroula. C’était fini. Il regagna la ville en douceur.
mardi 13 mars 2012
Le roman
Elle avait longtemps repoussé le passage à l’acte, le moment de poser ses doigts sur le clavier et de raconter. Pourtant, elle avait déjà le titre : Du beurre sur les crakers. Elle avait le lieu pivot de l’action : la cuisine peu fonctionnelle d’un appartement haussmannien. Elle avait la scène finale : un feu de friteuse qui consumerait l’endroit. Mais ce ne serait ni le roman du siècle, ni celui de l’année, juste un petit roman parmi d’autres où ça parlerait d’amour et de saveurs, de disputes de rôtis brûlés et de réconciliations sur les raviolis en sauce.
Et un jour, allez savoir comment, allez savoir pourquoi, elle commença, tapota, tapota, tapota... Arrivée à la 807e page, elle inscrivit le mot « fin ».
Et un jour, allez savoir comment, allez savoir pourquoi, elle commença, tapota, tapota, tapota... Arrivée à la 807e page, elle inscrivit le mot « fin ».
lundi 12 mars 2012
Tic tac
Ce qu'elle aimait, dans les boîtes de Tic-tac, c'était déjà le nom. Tic-tac, tic tac. Elle secouait la boîte en plastique et les pastilles dégringolaient joyeusement. Tic tac. Au début la boîte était pleine alors ça ne marchait pas très bien. Petit à petit, elle la vidait, deux bonbons à la fois, dans la main puis hop dans la bouche où elles explosaient leur goût mentholé (elle n'aimait que celles là et ce n'était pas négociable). Lorsque la boîte se vidait il restait toujours, toujours, deux pastilles collées sur le côté gauche, et même en secouant très fort elles refusaient de se détacher et de tinter. Elle jetait la vieille boîte avec rage dans la première poubelle venue.
807 pastilles jetées à ce jour. Tic tac.
807 pastilles jetées à ce jour. Tic tac.
dimanche 11 mars 2012
Teasing
— Et que fais-tu de mon malheur à moi, de mes exigences et des rêves d’une passion que tu as encouragée depuis 807 jours ! lui cria-t-il au bord du désespoir. Enfin, ce n’est pas si difficile que ça d’aimer !
Pour elle, l’amour, c’était ce qui précédait l’amour. Séduire, c’était surmonter l’obstacle. Et seule la difficulté l’intéressait.
Pour elle, l’amour, c’était ce qui précédait l’amour. Séduire, c’était surmonter l’obstacle. Et seule la difficulté l’intéressait.
samedi 10 mars 2012
L’emploi du rêve
Mes chers petits, votre amitié fidèle m’est précieuse et comme je fus stupide de penser qu’elle pût être funeste à mon travail ! J’aurais bien des choses amusantes à vous raconter mais je sais que le temps vous manque pour les écouter tandis que vous courez chaque matin à vos passions laborieuses comme des vaches à l’abreuvoir. Au fond, vous avez raison, je ne fais pas autrement et, tout comme vous, il me faut attendre le soir pour enfin goûter mon instant d’introspection créatrice. Et tous ces instants remplissent mes cahiers. Mais vous, quand inlassablement vous posez ce suc vespéral, pour ainsi dire le sel de votre vie et le meilleur de vous-mêmes sur vos blanches pages, c’est pour aussitôt les faire s’envoler jusqu’à mes mains étonnées et ravies. Ah, mes chers petits, je vous en prie, durant les huit cent sept ans à venir, ne vous lassez pas de m’adresser ces suaves missives sublimées de vos ressentis, ne cessez pas, c’est si salvateur, surtout le samedi, le saviez-vous ?
Sabato triste... Quelle jolie chanson ! Je me souviens l’avoir souvent écoutée sur un Teppaz à piles posé au bord d’un petit pont de Venise, et désormais tous mes samedis sont colorés d’une nostalgie étrange et délicieuse. Alors c’est vraiment le jour idéal pour faire les courses de la semaine au supermarché. Ou bien un peu de ménage.
Sabato triste... Quelle jolie chanson ! Je me souviens l’avoir souvent écoutée sur un Teppaz à piles posé au bord d’un petit pont de Venise, et désormais tous mes samedis sont colorés d’une nostalgie étrange et délicieuse. Alors c’est vraiment le jour idéal pour faire les courses de la semaine au supermarché. Ou bien un peu de ménage.
vendredi 9 mars 2012
Frontières troubles
Les yeux clairs de Noémie sondent le regard vert de son père, tâchant d’y reconnaître un soupçon d’humanité et de vérité. Elle se perd dans cet abîme de non-dit. Elle revient à l’attaque, se laissant peu de répit, elle veut savoir :
— Si c’est le frère d’Otmar que tu as vu, est-ce vraiment un hasard cette rencontre car, s’il lui ressemble, peut-on imaginer que c’est son clone, suite aux expériences génétiques des Nazis ? Et que vient-il faire en France, que te... voulait-il ?
— À moi rien. C’est toi qu’il cherche, je l’ai soupçonné quand on a découvert les deux sœurs. La même signature morbide que j’ai déjà vue à Omsk. Car tu n’es pas ma seule fille, figure-toi. Comment imaginer que tu aurais échappé à la vague de clonage, il n’y a pas une petite voix à l’intérieur de toi qui te dit que j’ai raison ?
Noémie se sent défaillir. Elle doit se réveiller de ce cauchemar qui la place toujours dans sa ligne de mire ; où aller maintenant qu’elle se sait deux...
Elle voudrait faire 807 tours sur elle-même — effacer son double, mais d’un autre côté, trouver l’autre elle-même... et différente sans doute, cette idée la fait chavirer, brise son miroir. Elle trouverait Otmar qui ferait apparaître sa sœur et disparaître, espère-t-elle, l’écho de sa folie.
— Si c’est le frère d’Otmar que tu as vu, est-ce vraiment un hasard cette rencontre car, s’il lui ressemble, peut-on imaginer que c’est son clone, suite aux expériences génétiques des Nazis ? Et que vient-il faire en France, que te... voulait-il ?
— À moi rien. C’est toi qu’il cherche, je l’ai soupçonné quand on a découvert les deux sœurs. La même signature morbide que j’ai déjà vue à Omsk. Car tu n’es pas ma seule fille, figure-toi. Comment imaginer que tu aurais échappé à la vague de clonage, il n’y a pas une petite voix à l’intérieur de toi qui te dit que j’ai raison ?
Noémie se sent défaillir. Elle doit se réveiller de ce cauchemar qui la place toujours dans sa ligne de mire ; où aller maintenant qu’elle se sait deux...
Elle voudrait faire 807 tours sur elle-même — effacer son double, mais d’un autre côté, trouver l’autre elle-même... et différente sans doute, cette idée la fait chavirer, brise son miroir. Elle trouverait Otmar qui ferait apparaître sa sœur et disparaître, espère-t-elle, l’écho de sa folie.
jeudi 8 mars 2012
Subterfuge
Un pas puis l'autre. D'abord le talon, ensuite la plante en appui ferme sur le sol, orteils crispés raclant la semelle de la chaussure. Tenir l'équilibre malgré les bourrasques, les passants trop pressés, avancer même si les jambes se débinent et que les pieds sont usés.
Faire semblant de regarder la vitrine pour reprendre son souffle, mais être attiré par les chaussures en cuir épais et souple qui rutilent, rêver d'en ressortir chaussé, pieds bien calés, chevilles tenues, et poursuivre sa route à grandes enjambées. S'arrêter 807 mètres plus loin dans le café, regard ébahi sur la serveuse, sourire des yeux, mais les siens sont cernés par deux grosses poches, deux rouleaux de chair violacée. Petite mine dans le miroir glacé. Ces laideurs de l'âge, pouvoir s'en cacher en s'abritant derrière des lunettes de soleil opaques. Et repartir encore. Presque rassuré, si ce n'est la jambe qui tire, le genou qui vrille.
Il a atteint la place bordée de statues qui bravent le vent et la pluie, durent sous le plomb du soleil et de la poussière. Des molosses aux corps de marbre, muscles tendus, regards défiants. Il a posé sa main sur l'un, remontant sur le cou pour en saisir la respiration. De l'autre côté du temps, enfermé dans sa peau flasque, il a fermé les yeux.
Faire semblant de regarder la vitrine pour reprendre son souffle, mais être attiré par les chaussures en cuir épais et souple qui rutilent, rêver d'en ressortir chaussé, pieds bien calés, chevilles tenues, et poursuivre sa route à grandes enjambées. S'arrêter 807 mètres plus loin dans le café, regard ébahi sur la serveuse, sourire des yeux, mais les siens sont cernés par deux grosses poches, deux rouleaux de chair violacée. Petite mine dans le miroir glacé. Ces laideurs de l'âge, pouvoir s'en cacher en s'abritant derrière des lunettes de soleil opaques. Et repartir encore. Presque rassuré, si ce n'est la jambe qui tire, le genou qui vrille.
Il a atteint la place bordée de statues qui bravent le vent et la pluie, durent sous le plomb du soleil et de la poussière. Des molosses aux corps de marbre, muscles tendus, regards défiants. Il a posé sa main sur l'un, remontant sur le cou pour en saisir la respiration. De l'autre côté du temps, enfermé dans sa peau flasque, il a fermé les yeux.
mercredi 7 mars 2012
Hippo-funambule
Être funambule, elle ne l’avait pas vraiment choisi. Sa mère, sa grand-mère, et avant elles encore, sans doute, son arrière-grand-mère et son arrière-arrière-grand-mère avaient été funambules elles aussi. Il fallait bien vivre. Son métier était de marcher sur un fil, et elle le faisait bien. Elle le faisait même très bien, puisqu’elle était funambule à cheval, hippo-funambule, ce qui, aux dires de certains qui avaient vu du pays, ne s’était jamais vu, ni en France, ni en Navarre.
Ce soir, c’était la dernière fois. Après la représentation, elle quitterait le cirque pour tenter une autre sorte d’aventure étrange et dangereuse, où les faux pas n’étaient pas moins risqués : le mariage. C’est elle désormais qui aurait le fil à la patte.
807 yeux braqués sur elle (il y avait un borgne), elle entama la traversée.
Ce soir, c’était la dernière fois. Après la représentation, elle quitterait le cirque pour tenter une autre sorte d’aventure étrange et dangereuse, où les faux pas n’étaient pas moins risqués : le mariage. C’est elle désormais qui aurait le fil à la patte.
807 yeux braqués sur elle (il y avait un borgne), elle entama la traversée.
mardi 6 mars 2012
Home, sweet home
Il se recula, frottant contre son jean son pouce et son index droits bruissants, (c’était normal, il s’en effritait une poudre blanche et collante). Il hocha la tête avec satisfaction. Bien sûr, il y avait mis la matinée du dimanche, bien sûr le montage occupait toutes les tables de la maison, toutes les surfaces planes disponibles, plans de travail, tablettes de radiateur, chaises, rebords de baignoire y compris la moitié du parquet dans le salon et les trois quarts du canapé (il s’était laissé la place d’une fesse pour regarder la télé, quand même). Pourtant, ça valait le coup. Les petits cubes brillaient, leurs pyramides appliquées et naïves bien centrées devant chaque aliment. Il tapota sa ceinture trop serrée, mais il se sentit moins minable, moins coupable, déjà presque moins obèse que d’habitude. Il avait fait le premier pas, celui qui coûte. La désucrisation était en cours.
lundi 5 mars 2012
Clairvoyance
L'écrivain lut la première critique dithyrambique de son œuvre, enfin un critique clairvoyant ! Incrédule, il en lut une seconde, puis une troisième...
À la 807e, il comprit qu'il était mort.
À la 807e, il comprit qu'il était mort.
mercredi 22 février 2012
Le casier
En allant relever mon courrier et les journaux du jour dans mon casier, voilà que je tombe sur un CD gravé avec un post-it collé dessus : « écoute-moi ça, surtout le n°10, et dis-moi ce que tu en penses, M.A ». Ce sont les initiales de Marianne, la secrétaire particulière du Président, grande femme blonde qui d’habitude m’ignore. Je ne suis que la standardiste après tout.
Le soir, j’écoute, c’est du Bach, violoncelle. Ça me plaît.
Le lendemain matin, elle est là, justement devant les casiers et je m’apprête à la remercier quand elle se retourne vers Antoine, l’assistant du DRH et lui demande de sa voix pointue : « Alors, tu as écouté mon CD ». « Quel CD ? »
Le casier d’Antoine est au-dessus du mien : numéro 807. J’essaie de remettre discrètement l’objet, mais à ce moment-là, elle me voit : « Ah ça, je m’en doutais. C’est donc toi qui voles dans les casiers ! »
Le soir, j’écoute, c’est du Bach, violoncelle. Ça me plaît.
Le lendemain matin, elle est là, justement devant les casiers et je m’apprête à la remercier quand elle se retourne vers Antoine, l’assistant du DRH et lui demande de sa voix pointue : « Alors, tu as écouté mon CD ». « Quel CD ? »
Le casier d’Antoine est au-dessus du mien : numéro 807. J’essaie de remettre discrètement l’objet, mais à ce moment-là, elle me voit : « Ah ça, je m’en doutais. C’est donc toi qui voles dans les casiers ! »
mardi 21 février 2012
Une pensée pour Pascal
On a beau dire, tous ces jolis hommages quotidiens à mon 807, ça fait tout de même plaisir. D’ailleurs je leur ai donné un petit nom secret. Oh, je peux bien vous le dire... Je les appelle Les solidarités facétieuses. Si si, je vous assure !
lundi 20 février 2012
La ville
Au tranchant de tesson de Kro, les architectes ont tracé rues, avenues, impasses en coupant la peau épaisse du sol. Et aucune personne pour y circuler le temps de la cicatrisation. Il faut donc développer patience et pour denteler l’attente, il est préconisé de s’incruster dans les loggias en s’arrachant nos oreilles gauches à coups de canines réciproques. Cela tombe à pic, à chaque bloc de bâtiments correspond son hôpital scarifié, signalé par un grand H, hôpital où le personnel s’astreint à fumer des herbes exotiques, les professeurs plus encore. L’oreille gauche arrachée, on fait le tour du bloc sur la gauche en rasant les murs ; ceux-ci, du coup, n’ont vraiment pas d’oreille. Mous, les trottoirs fondent en continu sous le soleil ou la lune ; ou bien le goudron est moisi d’avance. Au moment de s’en extirper, ça fume, et chaque pas coûte. L’odeur piquante est encore plus forte dans le quartier chaud. En bois dentelé, des passerelles ouvragées relient les immeubles. En direction de l’Est, par là où se développe la nouvelle ville, là où les Araméens avaient construit l’entrée initiale, ornée de 807 gigantesques statues réalisées en molaires collées. Cette somptueuse entrée avalaient les passants, ils descendaient ensuite une grande avenue pharyngée, traversaient une place acidifiée qui en dissolvait la moitié, puis erraient le long d’interminables circonvolutions de genre intestinal, avant d’être expulsés vers l’Ouest. Sauf bien sûr les caravaniers à l’affût qui rôdaient à la périphérie.
Malheureusement, ou heureusement que sais-je, à la nouvelle porte antique de l’Est, la nouvelle ville se régénérait quand quatre statues s’effondrèrent, dans des nuages de poussières initiant des vocations d’hurleurs d’apocalypse. Des gouffres pantelants se creusèrent, que des passants hagards contournaient par la droite, gouffres que les pluies précoces rempliront à ras mais où jamais quiconque n’ira puiser son eau. À l’affût sur la loggia du bloc central, je reste à contempler la splendeur de cette mégapole immobile qu’un géant avait fait bâtir par amour, je regarde en mâchonnant distraitement ton oreille gauche en te promettant de t’accompagner tantôt à l’hôpital de notre bloc.
Malheureusement, ou heureusement que sais-je, à la nouvelle porte antique de l’Est, la nouvelle ville se régénérait quand quatre statues s’effondrèrent, dans des nuages de poussières initiant des vocations d’hurleurs d’apocalypse. Des gouffres pantelants se creusèrent, que des passants hagards contournaient par la droite, gouffres que les pluies précoces rempliront à ras mais où jamais quiconque n’ira puiser son eau. À l’affût sur la loggia du bloc central, je reste à contempler la splendeur de cette mégapole immobile qu’un géant avait fait bâtir par amour, je regarde en mâchonnant distraitement ton oreille gauche en te promettant de t’accompagner tantôt à l’hôpital de notre bloc.
dimanche 19 février 2012
Routine
Il lui fallut 407 jours de matins blafards et 400 nuits pas forcément badines pour prendre conscience qu'elle était seule. Désespérement seule. Et ne voulant pas jouir plus longtemps en communauté de biens réduite aux aguets des sens, elle souhaita tout à coup mourir dans la nuit.
Le baiser froid du petit jour la surprit étendue sur le lit vert de sa pelouse, pâle et nue. Elle n’avait pas même pris la peine d’enfiler un pyjama. Qu’importe ! Sa narine ne frémissait plus : elle s’était sifflé cul sec un litre de vodka.
Le baiser froid du petit jour la surprit étendue sur le lit vert de sa pelouse, pâle et nue. Elle n’avait pas même pris la peine d’enfiler un pyjama. Qu’importe ! Sa narine ne frémissait plus : elle s’était sifflé cul sec un litre de vodka.
samedi 18 février 2012
rapace
vladje était sous un poids. assujettie oui. tentait une position moins étouffante, moins fissurée, moins bloquée. n'avait guère marge possibilité de manoeuvre. sentait possible des éclatements prochains, fissures, brisements, séparation, gonflements. comme rapace quelque chose bataillait. quelque chose se dépensait sans qu'elle pût arrêter le flux de la perte. la nommer peut-être violence. elle se demandait si un ange. un oiseau. un arbre. une fleur. un quidam. mais il lui semblait que rien ni personne. la faudraie poussait alentour et chantait ses impératifs de tenir.
la veille on avait ramassé les cerises, bigarreaux et montmorency. les enfants couraient parmi les paniers, jambes nues, c'était l'été. pas s'étonner qu'il y en eut pour disposer rouge pendentifs aux oreilles. voisins et amis venus là aider à la cueillette grimpaient aux échelles. sur une table, à disposition, carafes d'eau fraîche avec feuille de menthe, et ratafia de bourgogne. on l'avait rapporté la semaine précédente de chez un viticulteur, près de l'isle-sur-serein. on s'était aussi arrêté à irancy; les bouteilles qu'on y avait achetées, on les servirait le soir avec une viande rôtie et des pommes de terre. le rouge quittait progressivement sa position haute et bientôt les fruits avaient quitté leurs arbres. le monde au sol était tout en couleur pourpre. on entendit soudain un bruit inhabituel. comme un vrombissement léger et ample à la fois. comme un nuage gris flotta au-dessus du verger. cela fit peur à certains. d'autres semblaient plus calmes. celui qui proposa 807 comme nombre d'individus dans ce nuage fit rire l'apiculteur.
la veille on avait ramassé les cerises, bigarreaux et montmorency. les enfants couraient parmi les paniers, jambes nues, c'était l'été. pas s'étonner qu'il y en eut pour disposer rouge pendentifs aux oreilles. voisins et amis venus là aider à la cueillette grimpaient aux échelles. sur une table, à disposition, carafes d'eau fraîche avec feuille de menthe, et ratafia de bourgogne. on l'avait rapporté la semaine précédente de chez un viticulteur, près de l'isle-sur-serein. on s'était aussi arrêté à irancy; les bouteilles qu'on y avait achetées, on les servirait le soir avec une viande rôtie et des pommes de terre. le rouge quittait progressivement sa position haute et bientôt les fruits avaient quitté leurs arbres. le monde au sol était tout en couleur pourpre. on entendit soudain un bruit inhabituel. comme un vrombissement léger et ample à la fois. comme un nuage gris flotta au-dessus du verger. cela fit peur à certains. d'autres semblaient plus calmes. celui qui proposa 807 comme nombre d'individus dans ce nuage fit rire l'apiculteur.
vendredi 17 février 2012
Noyade
À tenter de briser les 807 chaînes invisibles qui la reliaient à lui elle laissait peu à peu sa vie, ses amis et ses rêves couler au fond des eaux glacées de son incertitude.
jeudi 16 février 2012
Lecture solaire
Je trouve encore 807 raisons de voir la vie en rose grâce à mon goût immodéré de la lecture. Éric Chevillard m’accompagne au cours de ma longue marche vers l’équilibre depuis 22 ans. En 1990, la publication de Palafox révolutionna ma perception du langage. Je comprenais de nouveau le monde qui recommença à m’amuser comme lorsque j’étais enfant ! L’écriture de l’auteur de Scalps édifia en moi une forteresse en chamallow. Sous la plume affûtée de l’écrivain bourguignon la réalité devient comestible, presque appétissante.
mercredi 15 février 2012
Talismans
Livres, sur les étagères, les tapis, les tables de chevet, pour se coucher parfois il faut les chasser de sous les draps, de sur la couette, ils se sont glissés là comme des chats frileux ronronnant dans la chaleur du corps, livres, les mots des autres qui rendent jaloux ceux qui nous accompagnent, ceux qui se plaignent qu’on ne les entend plus, qui voudraient qu’on relève la tête, qu’on cesse enfin de s’intéresser à ce qu’un inconnu murmure à notre oreille, livre dans la poche de nos vestes, poids qui leste, qui rattache à la terre, livre tenu dans la main en marchant dans la ville, comme on tient celle d’un ami, d’un amant, de l’enfant qu’on n’aura jamais. On se dit parfois qu’il faudrait s’en défaire, vivre sans eux, regarder le monde en face, la vie en face, ne plus se dissoudre dans chacune de leur page, revenir à la réalité, à l’absurde, à la souffrance, au temps qui nous transperce.
Et je me dis encore une page, encore deux, encore trois, à la huit cent septième, c’est promis, si je peux, comme le taulier, j’arrête.
Et je me dis encore une page, encore deux, encore trois, à la huit cent septième, c’est promis, si je peux, comme le taulier, j’arrête.
mardi 14 février 2012
Connard de saint Valentin
Tu passes, en à peine plus de 807 heures, de jeune mariée pour la nouvelle année à veuve pour la Saint-Valentin.
Mes larmes se joignent aux tiennes, Maman.
Mes larmes se joignent aux tiennes, Maman.
Overdose
Les roses m’emmerdent sentent quelque chose de bon qui ne me dit rien à moi de bon les roses
Les étoiles m’emmerdent brillent de plein de feux qui me chauffent les oreilles à moi les étoiles
Les cœurs m’emmerdent palpitent fébrilement dans les poitrines pas la mienne les cœurs
Les bougies m’emmerdent sentent la vanille et l’intimité qui m’écœurent moi les bougies
Et bien plus de 803 autres raisons de détester la Saint-Valentin.
Les étoiles m’emmerdent brillent de plein de feux qui me chauffent les oreilles à moi les étoiles
Les cœurs m’emmerdent palpitent fébrilement dans les poitrines pas la mienne les cœurs
Les bougies m’emmerdent sentent la vanille et l’intimité qui m’écœurent moi les bougies
Et bien plus de 803 autres raisons de détester la Saint-Valentin.
Valentine's day
Bridget s'habille en Prada, vit à Notting Hill au 7, Portobello Road, possède 27 robes et 8 paires de Louboutin. Elle sirote son champagne avec des fraises et ne vivrait pour rien au monde la vie de ces hystériques de Wisteria Lane. L'amour, en réalité, elle connaît. Quatre mariages et l'enterrement de ses illusions lui ont suffi.
Brigitte s'habille plutôt mal d'un rien, habite à Sarcelles au 7, allée Jean-Antoine Watteau, possède une seule robe et zéro paire de Louboutin. Elle picole de la vodka et enchaîne les DVD en attendant l'appel de son prince charmant pour cette putain de Saint-Valentin.
Brigitte s'habille plutôt mal d'un rien, habite à Sarcelles au 7, allée Jean-Antoine Watteau, possède une seule robe et zéro paire de Louboutin. Elle picole de la vodka et enchaîne les DVD en attendant l'appel de son prince charmant pour cette putain de Saint-Valentin.
lundi 13 février 2012
Retour maison
Il gara sa 807 devant la porte d’entrée. Il bondit presque hors du véhicule, tant il se sentait ragaillardi. Prendre un peu de recul lui avait fait du bien. Il serait désormais un bon père, un mari fidèle et attentionné. La clé à peine tournée, il les entendit de loin, tandis que lui parvenait l’odeur tenace d’un potage maison où le poireau l’emportait sur le navet. Il déboula dans la cuisine : « coucou les filles ! ».
Cuillères en suspension, silence glacial et glaçant. Il pensait qu’après trois ans d’absence, il aurait été un peu mieux accueilli.
Cuillères en suspension, silence glacial et glaçant. Il pensait qu’après trois ans d’absence, il aurait été un peu mieux accueilli.
dimanche 12 février 2012
Savoir attendre
Hier à la radio, une voix douce et pleine d’une encourageante sympathie interrogeait des gens qui ont froid chez eux. Ils ont répondu sobrement qu’avec leurs 807 euros mensuels et un bon édredon, pour le moment ils tenaient le coup.
Il est joli ce sac. J’aime beaucoup ce rouge, ça réchauffe une tenue, je trouve. Et puis 807 euros c’est une affaire. Décidément, j’ai bien fait d’attendre la fin des soldes.
Il est joli ce sac. J’aime beaucoup ce rouge, ça réchauffe une tenue, je trouve. Et puis 807 euros c’est une affaire. Décidément, j’ai bien fait d’attendre la fin des soldes.
samedi 11 février 2012
Car, hybride, attentive, résistante, s'y bat dans l'épreuve
Car, courbe crissant sur mon crâne, clapotis comme ces crachats, ce cauchemar nous casse... Ho, hydre hostile, ha ha ! Abyssal abîme aspirant avidement armada autant qu'armes... Rapidement le reflux nous ravale ras, le radeau ripe, on se rend rageusement vers le risque, on résiste. Y a notre yacht en yo-yo et nos yeux yang ! Brutaux, bouillonnements et bourasques nous battent. 807 déferlantes qui déchirent, des déluges déchaînés, désarroi de débris, descente, drame. Et l'épuisement ; évidemment plus que des égratignure dans cette épreuve d’eaux où l’étrange nous engouffre...
vendredi 10 février 2012
brut
vladje habitait les montagnes et séjournait en pays de brutes. elle portait trace de leurs coups. blessures lui donnaient souffrance. en chemins escarpés elle rencontrait ronces à mûres et ces égratignures-là lui étaient douces. pourtant elle avait remarqué combien sa peau devenait fine et déchirable comme papier de soie. les brutes lui avaient-ils fait un jour boire quelque liquide à dangers. un autre jour les brutes lui avait serré la tête dans un bandage savant faisant office d'étau. elle tentait de s'en défaire mais non. une agnelle en chemins escarpés elle aussi mâchait souvent quelque herbage en compagnie de vladje. le jour de cet étau blanc elle lui vint en aide et l'en débarassa.
la veille une grue avait remonté du lac un container rouillé. d'aucuns craignaient. d'autres étaient simplement curieux. certains parmi ceux habilités à continuer les opérations coupèrent le cerclage de fer pour savoir ce qu'il contenait. ils sortirent un petit corps nu sans tête, un petit manteau de laine rose, un mouchoir de coton avec dessins de fleurs jaune et fillettes, un petit maillot de bain à smocks rouge et bleu et blanc, une salopette rouille, une petite mallette de vanité en skaï blanc l'intérieur était doublé en nylon rouge elle était vide, des petits animaux peints on reconnaissait une vache un âne un lion, des petits anges en plâtre peint rose, des débris d'anges un peu plus grands rose ou bleu en faïence, un édredon bleu marine. pendant ce temp de découverte il y avait un qui photographiait, un qui dessinait, un qui dressait inventaire. le narrateur s'en mêla disant qu'il fallait numéroter les objets. celui qui écrivait s'exécuta. 807 : tête du petit corps nu en celluloïd
la veille une grue avait remonté du lac un container rouillé. d'aucuns craignaient. d'autres étaient simplement curieux. certains parmi ceux habilités à continuer les opérations coupèrent le cerclage de fer pour savoir ce qu'il contenait. ils sortirent un petit corps nu sans tête, un petit manteau de laine rose, un mouchoir de coton avec dessins de fleurs jaune et fillettes, un petit maillot de bain à smocks rouge et bleu et blanc, une salopette rouille, une petite mallette de vanité en skaï blanc l'intérieur était doublé en nylon rouge elle était vide, des petits animaux peints on reconnaissait une vache un âne un lion, des petits anges en plâtre peint rose, des débris d'anges un peu plus grands rose ou bleu en faïence, un édredon bleu marine. pendant ce temp de découverte il y avait un qui photographiait, un qui dessinait, un qui dressait inventaire. le narrateur s'en mêla disant qu'il fallait numéroter les objets. celui qui écrivait s'exécuta. 807 : tête du petit corps nu en celluloïd
jeudi 9 février 2012
L’amoureuse des mailles

Dès qu’elle faisait glisser ses bas sur ses longues jambes, c’était forcément des « fishnets ». À chaque fois, elle se disait qu’elle prendrait quelque nouvelle victime dans le filet ainsi tendu. L’un des derniers types rencontré au bar Le Pompon, rue des Petites écuries (10e), lui avait avoué, une fois sa tâche accomplie : « J’ai compté toutes vos mailles, il y en avait 807. » Elle lui avait répondu : « Normal, j’en ai filé une dans l’escalier tout à l’heure ! »
mercredi 8 février 2012
Qu’on en finisse !
Dehors, ils étaient partout, mobilier humain pourrissant à même le sol, image nécessaire d’un avenir promis à ceux qu’on maintenait en survie pour assurer les tâches quotidiennes, certains dotés d’uniformes, nourris et entraînés au carnage.
Mélancolique, il se fit couler un bain de lait d’ânesse dans une baignoire de porphyre, admirant son reflet repu dans l’or des robinets. Il s’était passé trop de temps depuis que le Consortium avait déclenché le Plan. Bien sûr, en Afrique et en Asie les choses allaient bon train ; les virus et la famine s’alliaient à la guerre pour hâter le programme mais ailleurs, la Démocrasse décevait. Si la pauvreté reculait – les pauvres n’ayant même plus la force de se reproduire – ceux qui avaient encore les moyens de se nourrir crevaient trop lentement. Le froid et la faim en avait tué seulement 807 cet hiver. À ce compte-là, on n’en avait pas fini avant des siècles. L’alimentation percluse de chimie, les radiations et les catastrophes nucléaires, la pollution de l’air et des nappes phréatiques, la répression armée, l’impossibilité matérielle de se soigner étaient des moyens d’actions désuets. L’époque n’était plus aux tergiversations. Il devait trouver une solution radicale qui lui permettrait de sortir de son bunker.
Mélancolique, il se fit couler un bain de lait d’ânesse dans une baignoire de porphyre, admirant son reflet repu dans l’or des robinets. Il s’était passé trop de temps depuis que le Consortium avait déclenché le Plan. Bien sûr, en Afrique et en Asie les choses allaient bon train ; les virus et la famine s’alliaient à la guerre pour hâter le programme mais ailleurs, la Démocrasse décevait. Si la pauvreté reculait – les pauvres n’ayant même plus la force de se reproduire – ceux qui avaient encore les moyens de se nourrir crevaient trop lentement. Le froid et la faim en avait tué seulement 807 cet hiver. À ce compte-là, on n’en avait pas fini avant des siècles. L’alimentation percluse de chimie, les radiations et les catastrophes nucléaires, la pollution de l’air et des nappes phréatiques, la répression armée, l’impossibilité matérielle de se soigner étaient des moyens d’actions désuets. L’époque n’était plus aux tergiversations. Il devait trouver une solution radicale qui lui permettrait de sortir de son bunker.
mardi 7 février 2012
Mauvaises rencontres
Le démarrage est toujours un peu froid. Les filles cherchent une pose, regardent dans le vide, rattachent leurs cheveux. Les mieux loties, arrivées avec leur copine, moulées à mort dans un short riquiqui, papotent et rient entre elles, l’air faussement détendu. Mais Fabien arrive, brun, bronzé, bien bâti, le sourire à achever définitivement la fonte de toutes les banquises. Il met la sono à donf et très vite, ça chauffe vraiment, tout le monde se bouge, s’éclate, se trémousse. On transpire, on se rue de plus en souvent sur les bouteilles. On rit, on se tutoie, on se crie des trucs drôles au dessus de la musique, enfin, s’il reste assez de souffle pour le faire.
Les lumières baissent, la musique passe aux guimauves, ça devient sérieux. Fabien a emmené ses potes, huit en tout, pas franchement avenants d’entrée, mais il nous les présente un à un, avec les petites blagues d’usage. D’après lui, ils gagnent à être découverts, ils valent le coup qu’on se force un peu, ils doivent se mériter. Il nous vante l’intérêt d’une attitude ouverte à de curieuses mais intéressantes coutumes sado-masochistes qui se pratiquent à genoux, ou en position allongée. On fait ce qu’il faut, le pire ici serait de paraître coincée, mais cent minutes plus tard, quand je repars en boitillant, assurée de marcher en canard et monter les escaliers à rebours pendant sept jours, je continue à penser in petto que les jumeaux Grands Droits, Transverses, Petits et Grands Obliques sont surtout de vicieux putains d’enfants de salauds.
Les lumières baissent, la musique passe aux guimauves, ça devient sérieux. Fabien a emmené ses potes, huit en tout, pas franchement avenants d’entrée, mais il nous les présente un à un, avec les petites blagues d’usage. D’après lui, ils gagnent à être découverts, ils valent le coup qu’on se force un peu, ils doivent se mériter. Il nous vante l’intérêt d’une attitude ouverte à de curieuses mais intéressantes coutumes sado-masochistes qui se pratiquent à genoux, ou en position allongée. On fait ce qu’il faut, le pire ici serait de paraître coincée, mais cent minutes plus tard, quand je repars en boitillant, assurée de marcher en canard et monter les escaliers à rebours pendant sept jours, je continue à penser in petto que les jumeaux Grands Droits, Transverses, Petits et Grands Obliques sont surtout de vicieux putains d’enfants de salauds.
lundi 6 février 2012
Au café, 3
Qualité-prix du café, isolation et température, muzak ou musique, volume sonore, wifi sécurisé ou pas, prise secteur, lumière, service le midi ou pas, sympathie ambiante, calme, quartier, présence ou non d'Alexandre Jardin à la table d'à-côté... La position, l'existence et la configuration du café idéal pour écrire, oloé rêvé, se calculent à l'aide d'une équation à 807 inconnues.
Dans ces conditions, il faut encore trouver le temps d'écrire.
Dans ces conditions, il faut encore trouver le temps d'écrire.
dimanche 5 février 2012
L'autoroute
Dieu que ce repas avait été long ! Dieu que c’est pénible ces réunions de famille qui se terminent toujours en psychodrame ! « Mes chéris, je vous aime ! » avait pleuré la mère après son digestif, une liqueur de poire qu’en d’autres circonstances, j’aurais savouré les lèvres humides. Mais là, j’ai failli l’avaler de travers. Ça y est, elle nous le refaisait version slave. Elle ne pouvait pas s’en empêcher : réconcilions-nous dans les larmes, après l’apéro où l’on avait évité de parler politique, mon beauf de beauf ayant juste attaqué sur mon célibat, après la terrine de lapin que ma nièce avait jetée par terre « parce que c’est du lapin », après que la frangine eut houspillé mon autre beau-frère parce qu’il re-salait son gratin malgré son hypertension, d’où digression collective sur le fait de savoir si oui ou non ce repas était diététique. Réponse : non. La mère ne dit rien, mais s’enfila trois verres de rouge pour digérer la critique. Puis on avait parlé politique au moment du fromage, parce qu’il y avait du Babibel et que le rouge rappelait son passé au paternel qui arrêta de se taire. Jusqu’au café, le ton était monté, jusqu’à ce que l’autre frangine manquât d’être ébouillantée par la mère qui servait alors qu’elle était bien plus qu’un peu éméchée... merde, quelle famille.
Il était parti juste après la poire, quatre heures de route, le bon prétexte pour se sauver avant tout le monde. Devant lui, pas un chat sur l’A4, alors que de l’autre côté, bizarrement, c’était plutôt dense. Puis un peu moins au fur et à mesure qu’il se calmait. Les paires de phares s’étaient allumées avec la nuit tombante, il lui sembla qu’il pouvait à nouveau respirer. Devant lui, toujours personne. En face, deux, puis trois voitures, puis la pluie, fine, douce, sept, huit, dix, douze... À la 807e, il s’endormit.
Il était parti juste après la poire, quatre heures de route, le bon prétexte pour se sauver avant tout le monde. Devant lui, pas un chat sur l’A4, alors que de l’autre côté, bizarrement, c’était plutôt dense. Puis un peu moins au fur et à mesure qu’il se calmait. Les paires de phares s’étaient allumées avec la nuit tombante, il lui sembla qu’il pouvait à nouveau respirer. Devant lui, toujours personne. En face, deux, puis trois voitures, puis la pluie, fine, douce, sept, huit, dix, douze... À la 807e, il s’endormit.
samedi 4 février 2012
Armes posées
je suis né en l'an de disgrâce 1205
cordon en mailles de fer
cour des miracles et sujétion
longtemps j'ai cru, collé aux marques de l'histoire
je ne savais pas
de forteresses en donjons il m'a fallu bien des traverses
tout fut écrit pour le conforme
les femmes seules se signaient
les hommes en armes dépucelaient
ce n'est qu'au temps de mon grand âge que j'ai appris à être nu
807 ans pour être moi
et te l'offrir
comme on libère
cordon en mailles de fer
cour des miracles et sujétion
longtemps j'ai cru, collé aux marques de l'histoire
je ne savais pas
de forteresses en donjons il m'a fallu bien des traverses
tout fut écrit pour le conforme
les femmes seules se signaient
les hommes en armes dépucelaient
ce n'est qu'au temps de mon grand âge que j'ai appris à être nu
807 ans pour être moi
et te l'offrir
comme on libère
vendredi 3 février 2012
et pif et paf et pan
Pour que l'enfant cesse de tirer les ficelles comme une brute, arrête de lui enfoncer des clous dans le corps comme s'il était une poupée vaudou, il a retrouvé la parole le temps de le traiter plusieurs centaines de fois et quelques unités de petit con. Il gît maintenant dans un décrochez-moi-ça, pour 6 euros, mais personne n'en veut. Le gamin désormais manipule sa mère.
jeudi 2 février 2012
BNB

Photo prise au Bhoutan © Pascale Arguedas
Il composa le 807 pour connaître son horoscope. Une hôtesse du pays du Bonheur National Brut lui prédit une catastrophe imminente qui le fit rire aux éclats. La ligne fut subitement coupée. Nous sommes sans nouvelles de lui. La rumeur dit que Bouddha en voulait à l’hôtesse.
mercredi 1 février 2012
Au café, 2
Si la trompe de papillon que le serveur m'a apporté l'autre jour a effectivement suffi pour que je boive dans le minuscule verre d'eau accompagnant mon café, elle s'avère aujourd'hui inutile pour trouver, entre les nombreux et iceberguiens glaçons, les molécules d'eau pétillante que je suppose exister dans ce verre avant la fonte des glaces.
Au comptoir, chacun sait bien ce qui s'est passé dans la suite 2 807.
Au comptoir, chacun sait bien ce qui s'est passé dans la suite 2 807.
mardi 31 janvier 2012
Brrrrrr
Il fait froid. Juste froid. Pas froid froid, encore moins très froid. Ni même froid piquant. Certainement pas froid humide. Non, juste ce petit froid qui nécessite écharpe et gants, mais pas encore bonnets et doudoune. Un manteau suffira. L'autre jour il faisait froid-gelant. Mais ce matin, pas besoin de gratter le pare-brise. Je dirais du froid d'aujourd'hui qu'il est le degré zéro du froid. Ce qui n'a rien à voir avec le zéro du thermomètre, attention ! Le froid-zéro du thermomètre peut vite se transformer en froid glacial pour peu qu'il y ait du vent. Le vent, l'allié sournois du froid. Du moins, de mon froid. Le froid que j'aime : celui d'aujourd'hui, le « juste froid », pas d'humidité, pas de vent. Le froid humide : l'ennemi de mes cervicales. Celui qui nécessite foulard plus manteau plus écharpe. Mon froid préféré ? le froid du café en terrasse en février. Celui là, il est accompagné de soleil, un pied en hiver l'autre au printemps. Le pire froid que j'aie rencontré ? L'hiver dernier. Il faut dire que j'avais fait fort : une après-midi au Pic du Midi, vent et neige conjugués. J'ai cru mourir. Inutile de dire que je ne mettrai jamais les pieds au-delà du cercle polaire. J'ai vu la météo, ce soir, avant les infos. On prévoit du froid demain sur la France. D'accord, mais quand même, ils pourraient préciser quel froid !
On dit qu’un « nez » en parfumerie peut mémoriser jusqu'à deux mille parfums. Je crois pouvoir dire sans exagérer que je distingue 404 nuances de froids. Et pour le chaud ? Un peu moins. 403 pour être précise. Voulez-vous que je vous en parle ?
On dit qu’un « nez » en parfumerie peut mémoriser jusqu'à deux mille parfums. Je crois pouvoir dire sans exagérer que je distingue 404 nuances de froids. Et pour le chaud ? Un peu moins. 403 pour être précise. Voulez-vous que je vous en parle ?
lundi 30 janvier 2012
Prédatrice
Elle contemple longuement sa silhouette dans la psyché et ne se reconnaît plus dans les reflets filtrés par les rideaux de la chambre. La porte s'ouvre, venant du long couloir une volute de poussière s'étire et, portée par un souffle infini, s'immisce dans le boudoir. Elle tend la main vers le miroir et caresse une à une les rides de son visage. Elle regarde le chat noir se glisser en douceur dans la pièce. Il s'approche et se frotte à ses jambes. Un frisson comme une suave piqûre. Puis elle revient à elle, et remarque un léger changement dans la forme de ses pupilles, comme si elles s'arrondissaient enfin. Elle saisit délicatement le minuscule corps tressaillant entre les crocs du félin et, saisie d'un haut-le-cœur, le jette aussitôt. Le chat se carapate et disparaît comme aspiré par les 807 particules de poussière dorée qui ressortent de la pièce.
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Elle l'a toujours ignoré, elle ne veut pas le savoir, quelque chose de chaud et de palpitant éclot à l'intérieur de sa gorge, une voix rauque et puissante qui retentit à travers la pièce et appelle « Minou, minou » tandis qu'elle part en chasse. Dans le salon rouge, une brise acide soulève la gaze d'un rideau qui dévoile une place vide tandis qu'une ombre féline disparaît à l'angle du couloir.
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Elle l'a toujours ignoré, elle ne veut pas le savoir, quelque chose de chaud et de palpitant éclot à l'intérieur de sa gorge, une voix rauque et puissante qui retentit à travers la pièce et appelle « Minou, minou » tandis qu'elle part en chasse. Dans le salon rouge, une brise acide soulève la gaze d'un rideau qui dévoile une place vide tandis qu'une ombre féline disparaît à l'angle du couloir.
dimanche 29 janvier 2012
Une petite bottine

Un matin qu’Albertine était sortie avec Andrée, je restai un instant devant la fenêtre à contempler un troupeau de nuages maussades et songeai à l’insatiable appétit qui poussait ainsi les jeunes filles et les femmes à courir vers ces temples pavoisés où l’on célébrait au commencement de chaque l’hiver la dispendieuse fête des Aubaines et Ventes spéciales, et qui, aussi impérieusement qu’une divinité archaïque, les appelait à se presser sans retard devant des autels chatoyants tout couverts de lourdes soieries nacrées. L’envie me prit d’ouvrir la garde-robe de mon amie comme pour y chercher une réponse à cet inexplicable élan, et je les vis alors, amoncelées sur le fond de la penderie, sombre trophée de guerre, avec leurs crochets d’or fauve, leurs mignonnes semelles lisses et leurs fins cuirs crispés qui à mes yeux fatigués semblaient décliner les nuances successives d’un ciel nocturne. Je les sortis une à une et les réunis en paires, jusqu'à couvrir le parquet d’un régiment fantôme dont n’auraient subsisté que les brodequins, mais l’une d’entre-elles, la huit cent septième, demeurait solitaire. Ma jalousie se réveilla, douloureuse et pesante à mon cœur. Cette bottine absente, oubliée sans doute par Albertine dans quelque lieu de perdition, me contait sa trahison et l’ampleur de mon infortune.
samedi 28 janvier 2012
Visual numerosity estimation system
Jusqu’ici l’être humain ne partageait cette faculté qu’avec les poissons et les lions. En l’occurrence, il aurait dû être seul sur le coup : sans parler des poissons, hors jeu pour des raisons environnementales évidentes, les félins, davantage programmés pour calculer (dans tous les sens du terme...) les herbivores plutôt que leurs chères herbacées, n’y auraient pas jeté le moindre coup d’œil.
Mais quand le chercheur du labo d’Intelligence Artificielle fit glisser sur l’écran l’image d’un carré de ray-grass il n’y eut même pas de pause sablier avant l’estimation (806 < x < 808) donnée par ce pauvre dyscalculique de réseau neuronal simulé.
Mais quand le chercheur du labo d’Intelligence Artificielle fit glisser sur l’écran l’image d’un carré de ray-grass il n’y eut même pas de pause sablier avant l’estimation (806 < x < 808) donnée par ce pauvre dyscalculique de réseau neuronal simulé.
vendredi 27 janvier 2012
Au café, 1
C'est bien simple la programmation FM de la muzak : chaque morceau d'une base de données de 8 tubes (objet creux) choisis parmi 7 artistes (rentiers) d'une maison de disque (zéro) passe 807 fois par jour.
Si je demande au serveur une paille pour boire le verre d'eau qui accompagne mon café, il se rendra bien compte du ridicule de son service : le verre est si petit que la paille ne rentrera jamais !
Si je demande au serveur une paille pour boire le verre d'eau qui accompagne mon café, il se rendra bien compte du ridicule de son service : le verre est si petit que la paille ne rentrera jamais !
jeudi 26 janvier 2012
Fin du fin
Plus on s’approchait, plus on savait que ce serait la fin. Pas la fin de la faim. Non, la fin, the end, le néant après l’espoir, l’espoir insensé que ce gâteau avait provoqué en notre bouche, sur notre langue, dans notre salive.
Il était énorme quelques minutes seulement auparavant, escalier géant de crème fouettée. Mais quand le Président avait dit : « Le buffet est ouvert », la horde des congressistes, 807 d’après le listing de l’entrée, s’était précipitée. Avait saisi fourchettes et cuillères et avait attaqué : avec la fourchette, piquant la main ou l’avant bras des collègues les plus rapides ; avec la cuillère pour tailler dans le blanc mousseux et floconneux.
Et moi, dans mon fauteuil roulant, avec la tendre collègue qui m’accompagnait, j’avais beau essayer d’avancer, quitte à rouler sur quelques orteils, les culs et les dos des hommes debout et vêtus de noir me barraient le passage vers la table qui semblait rapetisser. J’observais le sommet de chantilly disparaître, s’écrouler sur sa base. Et une jeune femme, pas assez rapide par rapport au groupe, se jeta dans un magnifique saut de l’ange sur la table. La foule s’écarta alors. Et pour moi, il n’y avait plus rien.
Il était énorme quelques minutes seulement auparavant, escalier géant de crème fouettée. Mais quand le Président avait dit : « Le buffet est ouvert », la horde des congressistes, 807 d’après le listing de l’entrée, s’était précipitée. Avait saisi fourchettes et cuillères et avait attaqué : avec la fourchette, piquant la main ou l’avant bras des collègues les plus rapides ; avec la cuillère pour tailler dans le blanc mousseux et floconneux.
Et moi, dans mon fauteuil roulant, avec la tendre collègue qui m’accompagnait, j’avais beau essayer d’avancer, quitte à rouler sur quelques orteils, les culs et les dos des hommes debout et vêtus de noir me barraient le passage vers la table qui semblait rapetisser. J’observais le sommet de chantilly disparaître, s’écrouler sur sa base. Et une jeune femme, pas assez rapide par rapport au groupe, se jeta dans un magnifique saut de l’ange sur la table. La foule s’écarta alors. Et pour moi, il n’y avait plus rien.
mercredi 25 janvier 2012
Mieux vaut tard que jamais
Excédés par l’intempérance d’un ado de quinze ans encore accro à son biberon, les parents d’Octave Milui l’expédièrent chez un psychologue qui s’étonna de le voir si immature et si peu causant alors qu’on le savait, il avait prononcé son premier mot précocement à 1 mois 5 jours et 15 heures (il était né à minuit exactement, un 31 janvier, la veille d’une année bissextile). Encore ! avait hurlé Octave en recrachant un débris de la tétine du biberon qu’on venait de lui arracher. Soumis à une frustration définitive, Octave l’insatiable se rendit progressivement aux exigences de la société et se fondit peu à peu dans la masse résignée des citoyens lambda. Rapide à oublier, lent à réagir. Comme tout le monde.
Qu’on soit faible ou puissant, personne ne comprend très vite le monde qui l’entoure. Octave mit, lui, 67 années exactement – si on oublie les trois mois d’hésitation pubertaire où, privé de suçotement, il fut carrément tenté par le suicide – à considérer que la vie vaut d’être vécue, quelle que soit la qualité de nos dents, la taille de nos jambes et malgré la dictature financière mondiale, moloch insatiable qui errera bientôt sur une terre désolée. Un beau matin, il rejoignit la foule hurlante et participa à la révolution en marche. À pas lents mais décidés. Encore une victoire de l’optimisme !
Qu’on soit faible ou puissant, personne ne comprend très vite le monde qui l’entoure. Octave mit, lui, 67 années exactement – si on oublie les trois mois d’hésitation pubertaire où, privé de suçotement, il fut carrément tenté par le suicide – à considérer que la vie vaut d’être vécue, quelle que soit la qualité de nos dents, la taille de nos jambes et malgré la dictature financière mondiale, moloch insatiable qui errera bientôt sur une terre désolée. Un beau matin, il rejoignit la foule hurlante et participa à la révolution en marche. À pas lents mais décidés. Encore une victoire de l’optimisme !
mardi 24 janvier 2012
L'enfer c'est les nombres
Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il est hanté par le nombre 807. Il le voit partout. Dehors, chez lui, en lui, les chiffres sont imprimés dans tous les sens ; ils gravitent... à l'envers, à l'endroit, à tout bout de champ, pour tout, pour rien, pour n'importe quoi... C'est dingue comme le monde est constitué de chiffres... Quelle en est leur valeur ? À quoi bon quantifier, mesurer, énumérer, calculer ? Ça y est... maintenant, il va jusqu'à en faire de la philosophie de bas étage ! Il décide de sortir pour prendre l'air. Dans la rue, surtout ne pas regarder les numéros de porte, les prix dans les vitrines... compter sa monnaie... Évidemment, il fallait que la baguette de pain soit à 0,85 euro ! Il avait joué ces trois chiffres au loto... les cocher pour les rayer de son esprit. Bien tenté mais perdu ! Et un café pour la table 7 ! Il vacille... Son cerveau part en vrille. Il rentre chez lui. Devant, une voiture garée est immatriculée 2807 AC... décidément, ces chiffres, un seul, par deux, par trois, dans l'ordre, dans le désordre, le poursuivent, le harcèlent... Que lui veulent-ils ? Faut se reprendre... il est fatigué... ce n'est qu'une mauvaise passe ! Il ouvre son courrier ; il a rendez-vous avec son banquier le 8 février... Ce n'est pas vrai... il délire... non, c'est inscrit là... noir sur blanc ! Il prend l'ascenseur. Heureusement, il habite au 3e étage mais inexorablement, il a fallu que son regard se pose sur les boutons 7 et 8 ! À 8h07, c'est la panique ! Il appelle Sophie et puis finalement non... impossible de composer le 0 préliminaire. Il se dirige vers son frigo, 7 yaourts l'attendent. Il se liquéfie en sueurs froides ! Faut qu'il se détende... de la musique, ça c'est une bonne idée... Oh, non, pitié... pas la 8e symphonie de Beethoven ! Il croit devenir fou... Faut qu'il prévienne son ami mais cet imbécile a accolé un nombre à son adresse mail : François80@shooting.com. Dans les 4 O, il ne peut s'empêcher de voir 4 0... mais bon sang ! Ah non, surtout pas 100... Il tremble... c'est l'impasse... il étouffe. En plus, comme fait exprès, il ne lui reste plus que 7 cigarettes. À ce rythme-là, il ne tiendra pas. Les chiffres le tueront bien avant le tabac. Il reprend son souffle... faut se calmer... penser à autre chose. Un livre, tiens, ça c'est une idée... et pas trop gros, l'histoire de ne pas tomber sur la page 807 ! Allez, il en tire un au hasard... le Folio 807 lui tombe des mains.
lundi 23 janvier 2012
mimosa
ce jour-là ça claquait dans un tunnel ça tapait ça bruitait rythmique ça morsait presque des coups sourds des coups aigus des sons longs des sons courts presque une volière mais peut-être des oiseaux mécaniques métalliques. vladje écoutait. il y avait des robes blanches un peu transparentes des chapeaux fins. il y avait des douleurs dans l'air. elle pensait pic-épeiche surtout ou pic-vert ou chevêche voire même grimpereau. elle vit quelqu'un de grand traverser un corridor et du bout de sa canne effleurer une sorte de chiffon brun informe qui dépassait d'un tiroir de la grande armoire entrouverte. peut-être le rêve matérialisé d'un cuir de bête posé près d'un caniveau à vaugirard ou à la villette.
la veille près du canal le pont tournant avait bougé. il avait révélé une portée de canetons. deux péniches passèrent sans que les oisillons semblent inquiétés. il en apparaissait encore et encore comme si la ribambelle ne devait pas finir. cela dessinait un ruban jaune et brun, mouvant, presque une nouvelle sorte de mimosa horizontal, vivant, un peu plus foncé que celui de bretagne ou de méditerrannée. quelq'un de curieux ou de méthodique ou de patient en aurait peut-être compté mille. quelq'un d'autre, sans doute dans les mêmes dispositions, mais avec plus d'à propos, affirma qu'il n'y en aurait que 807.
la veille près du canal le pont tournant avait bougé. il avait révélé une portée de canetons. deux péniches passèrent sans que les oisillons semblent inquiétés. il en apparaissait encore et encore comme si la ribambelle ne devait pas finir. cela dessinait un ruban jaune et brun, mouvant, presque une nouvelle sorte de mimosa horizontal, vivant, un peu plus foncé que celui de bretagne ou de méditerrannée. quelq'un de curieux ou de méthodique ou de patient en aurait peut-être compté mille. quelq'un d'autre, sans doute dans les mêmes dispositions, mais avec plus d'à propos, affirma qu'il n'y en aurait que 807.
dimanche 22 janvier 2012
Une bulle à la surface
L'homme au complet gris qui, chaque soir à 18h07, monte dans le métro à la station Pasteur, a les épaules basses et le regard éteint de ceux qui passent de longues journées dans un bureau sinistre. Ni cette femme plongée dans son livre, ni cet ado, les yeux clos, casque vissé sur les oreilles, ni cet homme tapant frénétiquement sur le clavier de son portable ne semblent remarquer sa présence, son existence. Chacun dans sa bulle.
Sa bulle, à lui, c’est un rectangle, un rectangle de lumière. Visage avidement tourné vers la vitre crasseuse, il attend que la rame sorte des entrailles de la terre pour s’élancer vers la station Sèvres Lecourbe. C’est là qu’il la voit, silhouette en filigrane se découpant dans la fenêtre vivement éclairée d’un immeuble haussmannien. Chaque soir elle revient, fidèle au rendez-vous tacite qu’ils se sont donné.
L’homme en gris ne vit plus que pour cet instant. Son visage s'anime, son regard s’illumine, ses épaules se redressent. Il se sent vivant.
Sa bulle, à lui, c’est un rectangle, un rectangle de lumière. Visage avidement tourné vers la vitre crasseuse, il attend que la rame sorte des entrailles de la terre pour s’élancer vers la station Sèvres Lecourbe. C’est là qu’il la voit, silhouette en filigrane se découpant dans la fenêtre vivement éclairée d’un immeuble haussmannien. Chaque soir elle revient, fidèle au rendez-vous tacite qu’ils se sont donné.
L’homme en gris ne vit plus que pour cet instant. Son visage s'anime, son regard s’illumine, ses épaules se redressent. Il se sent vivant.
samedi 21 janvier 2012
Les orteils d’Octave
Revenons-en aux orteils disproportionnés d’Octave. Marcher avec de tels appendices est un challenge à remporter chaque jour qu’on vit. Peut-être est-ce pour cela qu’Octave ne se décida à crapahuter sur ses deux jambes qu’à l’âge précis de 2 ans 2 mois et 19 jours. Et encore, pas de manière très sûre. L’infirmité n’était pas encore digérée qu’on s’alarmait des autres anomalies morphologiques d’Octave Milui. Ainsi vit-il sa première dent pousser exactement 13 heures et 27 minutes après sa fulgurante naissance (qui, rappelons-le, dura 13 minutes et 27 secondes, admirez la coïncidence numérique !) Une dent si longue et acérée qu’elle fut la cause immédiate et irrémédiable de la décapitation du téton maternel gauche. Pourquoi gauche, on ne le sut jamais. On se contenta d’éviter au droit le même sort en mettant Octave au biberon. Hélas, on sait que, même fabriquées en Chine et stérilisées à l’oxyde d’éthylène gazeux, cancérogène bien connu, les tétines valent leur prix. Octave, enfant ingrat qui se moquait bien de provoquer la ruine de ses parents en favorisant la fortune des vendeurs de tétines, ne lâcha son biberon qu’à l’âge ingrat de 15 ans 5 mois et 24 jours précisément.
Un jour de plus aurait probablement compliqué une adolescence déjà problématique.
Un jour de plus aurait probablement compliqué une adolescence déjà problématique.
vendredi 20 janvier 2012
807 avant notre air
Nous grattons la terre et nos poumons reçoivent un air encore plein de tout ce que nous voudrions tant connaître, odeurs, mots, chants. Puis nous expirons, sans avoir rien senti ni entendu.
jeudi 19 janvier 2012
Zone éphémère
La zone, ceinturée de barbelés où des miradors tiennent la garde. Elle choisit d’y pénétrer en suivant les couloirs souterrains du métro désaffecté quand un jappement retentit sur la gauche, plus temps de tergiverser, courir, droit devant, poumons brûlants, rejoindre le blockhaus, un bond, grimper sur l'escalier métallique en sentant derrière les crocs se rapprocher des chevilles. Elle claque la porte en fer du premier hangar, sent le corps du chien projeté contre le métal et ses aboiements à la mort redoublent. Elle reprend son souffle et sort de sa poche la clé. Celle qui va lui rendre son passé et libérer le futur de plus d'un, la clé du coffre Pandore aperçu au fond du hall, la clé qu'elle doit actionner en composant le code que Bogdan lui a soufflé avant de la laisser partir vers sa seconde mission : l'élimination de l'agent REZE (Réseau Éliminateur Zone Est). Elle enfonce la clé dans la serrure, s'apprête à taper le code sur le boîtier quand une masse compacte la heurte violemment, la laissant à terre sans connaissance. Gouffre de la mémoire, trou noir sans temps dont elle émerge avec assourdissant mal de tête, souffrance dans les côtes à chaque respiration, et devant au réveil l'homme dont on avait perdu la trace, l'agent REZE, dont le rire résonne un bref instant entre les synapses de son cerveau. À peine le temps de revenir à la surface de sa conscience qu'une giclée de tir illumine la pièce et terrasse l'agent REZE ; l'arme de Bogdan pointe dans sa direction.
807 respirations avant de passer l'arme à gauche, le temps de voir Bogdan reprendre l'éprouvette, sa silhouette qui se dissout dans un rideau écarlate ; le temps aussi de voir toutes les secondes de sa vie défiler à l'envers...
807 respirations avant de passer l'arme à gauche, le temps de voir Bogdan reprendre l'éprouvette, sa silhouette qui se dissout dans un rideau écarlate ; le temps aussi de voir toutes les secondes de sa vie défiler à l'envers...
mercredi 18 janvier 2012
Aimant
De l’oreiller, sa tête à elle rampa jusqu’à son épaule à lui. Elle lui dit : « Oh, je n’ai pas eu tant d’amants que ça, pas mille e tre, on n'est pas à l’opéra, pas même 807 comme cette ancien mannequin, tout au plus 7 ou 8. Et je ne les jugeais ni à la taille, ni à la performance acrobatique, ni à la fulgurance du plaisir, mais à la façon dont ils me prenaient ensuite dans leurs bras. Serre-moi fort, mon chéri. »
mardi 17 janvier 2012
Les premiers seront les derniers
Certains jaillissent parmi nous à la vitesse d’un suppositoire, au risque de finir leurs jours – avant d’en avoir vécu un seul hors du liquide amniotique – étalés sur le carrelage de la salle de travail, tels des météorites molles suivies par la comète de leur placenta.
Octave Milui fut à peine plus raisonnable. Si quelques timides hésitent à quitter leur paradis liquide, lui mit seulement 13 minutes et 27 secondes à naître, du moment où l’obstétricien repéra sa fontanelle affleurant à l’orée du monde jusqu’à celui où émergèrent à l’air libre ses deux gros orteils dans leur nudité gluante. Monstrueuses excroissances qui ne pouvaient passer inaperçues, dues sans doute à quelques radiations inavouées par le gouvernement, qui eussent mérité l’ablation urgente d’une ou deux phalanges ce qui aurait évité la claudication irrémédiable d’Octave qui, tout au long de sa vie, fut entravé dans sa marche par des chaussures trois pointures supérieures à celles qui auraient correspondu à sa taille normale, c'est-à-dire moyenne si l’on considère les statistiques nationales et si on admet qu’un nain est de taille moyenne par rapport à la taille habituelle des nains. Ouf !
Qu’on me pardonne l’emploi du mot nain, je trouve le terme moins infamant que l’expression : personne de petite taille qui laisse supposer qu’on puisse être petit en tout, même lorsqu’on est Président de la République.
Octave Milui fut à peine plus raisonnable. Si quelques timides hésitent à quitter leur paradis liquide, lui mit seulement 13 minutes et 27 secondes à naître, du moment où l’obstétricien repéra sa fontanelle affleurant à l’orée du monde jusqu’à celui où émergèrent à l’air libre ses deux gros orteils dans leur nudité gluante. Monstrueuses excroissances qui ne pouvaient passer inaperçues, dues sans doute à quelques radiations inavouées par le gouvernement, qui eussent mérité l’ablation urgente d’une ou deux phalanges ce qui aurait évité la claudication irrémédiable d’Octave qui, tout au long de sa vie, fut entravé dans sa marche par des chaussures trois pointures supérieures à celles qui auraient correspondu à sa taille normale, c'est-à-dire moyenne si l’on considère les statistiques nationales et si on admet qu’un nain est de taille moyenne par rapport à la taille habituelle des nains. Ouf !
Qu’on me pardonne l’emploi du mot nain, je trouve le terme moins infamant que l’expression : personne de petite taille qui laisse supposer qu’on puisse être petit en tout, même lorsqu’on est Président de la République.
lundi 16 janvier 2012
Un p’tit coin de paradis
C’est ma grangette. Une cabane de pierre avec un toit en taule au bord d’un chemin qui ne mène nulle part. Elle abrite huit cent sept fourmis, douze chauves-souris et trois chaises cassées. Elle connaît plein d’histoires d’autrefois qu’elle me raconte aux vacances, celles d’une époque pas si lointaine encore où elle veillait sur des trésors : outils, châtaignes, cocons de vers à soie. Parfois, je lui dis que je vais m’occuper d’elle, retrouver son propriétaire, la lui racheter. Je lui ferai un joli toit de tuiles dorées comme ceux des maisons du village en contrebas. J’arracherai les broussailles, je nettoierai le sol, l’évier taillé dans la pierre. Il nous suffira de rien, une table, un lit, quelques livres, pour être heureuses ensemble et regarder passer le temps, paisible, du seuil de sa porte grande ouverte sur la forêt.
Elle sourit mais ne me croit pas. Elle sait bien que ce n’est là qu’une illusion, un doux mensonge, le rêve champêtre d’une fille de la ville. Elle, elle a ses racines plantées loin sous la terre. Elle n’a pas besoin d’ailleurs. Elle sait la dureté de la vie. Elle l’accepte. Elle y puise sa force.
Elle sourit mais ne me croit pas. Elle sait bien que ce n’est là qu’une illusion, un doux mensonge, le rêve champêtre d’une fille de la ville. Elle, elle a ses racines plantées loin sous la terre. Elle n’a pas besoin d’ailleurs. Elle sait la dureté de la vie. Elle l’accepte. Elle y puise sa force.
dimanche 15 janvier 2012
Entre doutes et nausée
Lors de ses accès de déprime, passant de la fureur à l’abattement et maudissant sa vie, il jugeait très sincèrement que tout ce qu’il avait écrit jusque-là ne valait pas un clou. Puis il finit par se prendre en dégoût, douta de son talent. Seule sa femme continuait à l’encourager. Il ne tarda pas à douter du goût de sa femme.
Il connut encore 807 crises de désespoir, se laissa gagner par la mélancolie ; enfin il se retira tout à fait du monde des écrivains. Et très lentement, pénétra en lui le baume de la soumission. Il devint un vaincu vaincu.
Il connut encore 807 crises de désespoir, se laissa gagner par la mélancolie ; enfin il se retira tout à fait du monde des écrivains. Et très lentement, pénétra en lui le baume de la soumission. Il devint un vaincu vaincu.
samedi 14 janvier 2012
Désenchantement

Les oiseaux sont encore plus nombreux que vous ne le pensez mes obsessionnels amis !
vendredi 13 janvier 2012
Saint Michel
Les remparts s'érigeaient, sentinelles immobiles autour desquelles tournoyaient 807 mouettes qui parfois se posaient en riant. Les flots boueux montaient à l'assaut de la citadelle en haut de laquelle le chevalier doré défiait les forces obscures charriées par cette humanité décadente.
L'enfant posée sur son rocher attendait que la mer l'engloutisse.
L'enfant posée sur son rocher attendait que la mer l'engloutisse.
jeudi 12 janvier 2012
Et froid
Si je ne peux pas te croire, toi, mon chef, mon ami, quand tu m'assures que je suis toujours moi, identique au jeune homme qui t'a suivi pour libérer une femme et restaurer l'honneur de notre peuple ; eh bien ce moi qui n'est plus lui-même, qui pourra-t-il croire ?
Car, notre route crépusculaire l'a croisée, cette chose, innommable, assourdissante, tentaculaire, aux ahurissantes têtes, aux six bouches tigresses, mandibules craquantes, gouffres avides, insensées, béantes qui nous dévoraient.
Y a eu l'éclat dur des canines multiples, plantées en triples rangées, 807 dents étincelantes dans le four de la gueule, elles nous déchiquetaient.
Le saisissement jusque dans froid de ma moelle/ sidération bleue/ saccage rouge/ à ne pouvoir esquisser ni un geste, ni son ombre.
La fuite sans reprendre souffle, surtout ne pas se retourner, ne plus se reconnaître.
Alors, s'il ne peut plus te croire quand tu lui assures qu'il est toujours le même, identique au jeune homme qui s'est engagé à tes côtés pour notre peuple ; eh bien celui qui grelotte de froid et fut moi avant la chose, pourrait-t-il une nuit réintégrer mon corps.
Car, notre route crépusculaire l'a croisée, cette chose, innommable, assourdissante, tentaculaire, aux ahurissantes têtes, aux six bouches tigresses, mandibules craquantes, gouffres avides, insensées, béantes qui nous dévoraient.
Y a eu l'éclat dur des canines multiples, plantées en triples rangées, 807 dents étincelantes dans le four de la gueule, elles nous déchiquetaient.
Le saisissement jusque dans froid de ma moelle/ sidération bleue/ saccage rouge/ à ne pouvoir esquisser ni un geste, ni son ombre.
La fuite sans reprendre souffle, surtout ne pas se retourner, ne plus se reconnaître.
Alors, s'il ne peut plus te croire quand tu lui assures qu'il est toujours le même, identique au jeune homme qui s'est engagé à tes côtés pour notre peuple ; eh bien celui qui grelotte de froid et fut moi avant la chose, pourrait-t-il une nuit réintégrer mon corps.
mercredi 11 janvier 2012
Entendre
Tiens, la chaudasse du 805a, va falloir qu'on partage l'ascenseur. Ah, elle cache bien son jeu avec son look de vieille fille. Mais elle aime ça, la garce : quand elle se fait tringler, tout l'immeuble en profite car les murs sont minces, les couloirs résonnants. On ne voit jamais les mecs, elle doit les ramener de bars glauques. Elle est pas vilaine pourtant, elle pourrait trouver mieux. Les rares fois où je la croise, jamais elle ne répond à mes bonjours, elle me lance un sourire de pimbêche et elle baisse la tête, je suis pas assez bien pour elle, c'est ça ? Pour qui elle se prend cette morue ?
Ciel, Monsieur David ! Mon Dieu, je ne vais pas pouvoir prendre l'ascenseur avec lui ! Et il me prendrait pour une folle si je descendais les huit étages par l'escalier. Respire, Mathilde, respire. Il ne faut pas que je défaille... son regard me happe... cette douceur dans ses yeux ! Depuis son arrivée au 807b, je ne cesse de penser à lui, il hante mes nuits dans des rêves indécents, dont j'émerge en sueur, fiévreuse, palpitante, honteuse. J'aimerais bien... enfin... qu'il m'invite à boire un verre, je suis certaine qu'on pourrait s'entendre. Il doit me trouver trop banale, trop timide, limite coincée. Il faudrait que je fasse le premier pas... Mais comment ? Je rougis rien que d'y penser. Et accepterait-il... moi qui ne suis qu'une pauvre sourde.
Ciel, Monsieur David ! Mon Dieu, je ne vais pas pouvoir prendre l'ascenseur avec lui ! Et il me prendrait pour une folle si je descendais les huit étages par l'escalier. Respire, Mathilde, respire. Il ne faut pas que je défaille... son regard me happe... cette douceur dans ses yeux ! Depuis son arrivée au 807b, je ne cesse de penser à lui, il hante mes nuits dans des rêves indécents, dont j'émerge en sueur, fiévreuse, palpitante, honteuse. J'aimerais bien... enfin... qu'il m'invite à boire un verre, je suis certaine qu'on pourrait s'entendre. Il doit me trouver trop banale, trop timide, limite coincée. Il faudrait que je fasse le premier pas... Mais comment ? Je rougis rien que d'y penser. Et accepterait-il... moi qui ne suis qu'une pauvre sourde.
mardi 10 janvier 2012
Petit à petit
L’enfant était né et elle était partie aussi brusquement que dix mois plus tôt elle était entrée dans sa vie. Il était passé alors un instant de l’autre côté du miroir, dérive en technicolor, puis en était revenu tout doucement, de lui-même, le monde n’en avait rien vu, rien su. Depuis, par peur de voir son esprit partir en vrille sans retour, pour rester dans le contrôle absolu de lui-même, il compte, non pas les jours, non pas les nuits, non, il compte ce qui rythme son quotidien de père célibataire et sans emploi. À la 600e couche, qui vient d’être scotchée, déjà 561 biberons, 807 pleurs et seulement 316 sourires.
lundi 9 janvier 2012
Contrastes
Elle m'a laissé 807 mots pétales
brûlés par le givre
écrits sur les feuilles mortes
au vent fort de l'automne
pour dessiner les aléas du temps
l'incertitude des auberges
l'odeur tiède du tabac
au rond pivoine du vieux verre
parchemin
8 signes du clavier auraient suffi.
brûlés par le givre
écrits sur les feuilles mortes
au vent fort de l'automne
pour dessiner les aléas du temps
l'incertitude des auberges
l'odeur tiède du tabac
au rond pivoine du vieux verre
parchemin
8 signes du clavier auraient suffi.
vendredi 6 janvier 2012
Pomme Story
Je voudrais qu'il tourne 807 fois sa langue autour de la mienne. Je voudrais n'être plus que cet instant dont l'infinie douceur fera se dérouler les bandelettes enserrant mon corps momifié par ses pertes. Je voudrais renaître dans la chaleur d'un autre et, relevant lentement les paupières, me voir vivre et grandir dans son regard.
Ainsi Blanche-Neige, les yeux clos dans son cercueil de verre, n'est pas morte. Pauvre fille, tu rêves.
Ainsi Blanche-Neige, les yeux clos dans son cercueil de verre, n'est pas morte. Pauvre fille, tu rêves.
jeudi 5 janvier 2012
À un zéro près
Il lui a donné rendez-vous au Palais Royal et « tant belle fille » elle veut être, absolument, même s'il est designer de chaussures de sport et pas cordonnier.
Alors elle s'est acheté des escarpins à talons. Elle ne sait pas pourquoi l'idée lui est venue de les mesurer, mais il se trouve qu'à un zéro près, leur hauteur égale la largeur d'une rayure de Buren.
Alors elle s'est acheté des escarpins à talons. Elle ne sait pas pourquoi l'idée lui est venue de les mesurer, mais il se trouve qu'à un zéro près, leur hauteur égale la largeur d'une rayure de Buren.
mercredi 4 janvier 2012
Frontières génétiques
Noémie se souvenait encore du frisson qui l’avait figée net et de l’ombre dans les yeux de son père. Mais rien ne se mettra entre elle et son désir tranchant de vérité, elle sortit un Remington de son Balenciaga, le pointa sur lui, enleva d’un claquement la sécurité et lâcha :
— Regarde-moi, putain ! Je tiens ma haine face à toi, j’appuie et tu pars avec tes mensonges. Je t’ai couvert une fois déjà pour Maman mais là, je découvre qu’en plus tu connaissais l’existence du laboratoire de clonage, qu’as-tu fait des stocks génétiques ?
Il toussa, se pliant un peu, saisit un tabouret et le tint face à lui, sans s’asseoir, figé dans ses souvenirs :
— Tu ne comprendras jamais, je ne t’ai pas élevée comme moi je l’ai été ; pendant des mois, Otmar s’est servi de Leni pour lui rentrer de force ce virus génétique conçu pour doubler les effectifs du Grand Reich. Les stocks ont ensuite tous été récupérés par l’Armée rouge, et évidemment, les Russes ont fait des expériences, c’est ça le problème j’étais en Sibérie, ils m’ont injecté...
— Quoi ?!, s’exclama Noémie les yeux écarquillés.
Le tabouret traversa la pièce, elle leva son bras pour se protéger, il était parti mais elle entendait encore sa voix :
— Des jours et des jours sans fin, 807 exactement à compter l’enfer, avant d’en sortir ; et le pire c’est que je voyais mon père dans les yeux de mon bourreau.
La suite, elle la connaissait, il était rentré en France et en lui-même ; désormais ses gênes fonctionnaient comme une bombe à retardement, il fallait qu’il se protège. Essayant de reprendre le contrôle sur son esprit grâce aux techniques asiatiques, il espéra en vain que disparaisse ce qu’il ne voyait même pas ; dans ses veines coulait un chromosome inconnu, X comme celui sous lequel il était inscrit quand on l’avait relâché. Oubliant sa jeunesse torturée, il sombra dans le travail, entrée dans la police, promotion inspecteur puis brigade des mœurs.
Un jour, alors que la mère de Leni lui redonnait une identité, un semblant de vie, une petite fille, il tomba sur un article de presse décrivant la mort de Otmar ; c’est fini se dit-il, disparu, oublié... Une semaine plus tard, il aperçut Otmar qui le dévisageait dans le métro.
— Regarde-moi, putain ! Je tiens ma haine face à toi, j’appuie et tu pars avec tes mensonges. Je t’ai couvert une fois déjà pour Maman mais là, je découvre qu’en plus tu connaissais l’existence du laboratoire de clonage, qu’as-tu fait des stocks génétiques ?
Il toussa, se pliant un peu, saisit un tabouret et le tint face à lui, sans s’asseoir, figé dans ses souvenirs :
— Tu ne comprendras jamais, je ne t’ai pas élevée comme moi je l’ai été ; pendant des mois, Otmar s’est servi de Leni pour lui rentrer de force ce virus génétique conçu pour doubler les effectifs du Grand Reich. Les stocks ont ensuite tous été récupérés par l’Armée rouge, et évidemment, les Russes ont fait des expériences, c’est ça le problème j’étais en Sibérie, ils m’ont injecté...
— Quoi ?!, s’exclama Noémie les yeux écarquillés.
Le tabouret traversa la pièce, elle leva son bras pour se protéger, il était parti mais elle entendait encore sa voix :
— Des jours et des jours sans fin, 807 exactement à compter l’enfer, avant d’en sortir ; et le pire c’est que je voyais mon père dans les yeux de mon bourreau.
La suite, elle la connaissait, il était rentré en France et en lui-même ; désormais ses gênes fonctionnaient comme une bombe à retardement, il fallait qu’il se protège. Essayant de reprendre le contrôle sur son esprit grâce aux techniques asiatiques, il espéra en vain que disparaisse ce qu’il ne voyait même pas ; dans ses veines coulait un chromosome inconnu, X comme celui sous lequel il était inscrit quand on l’avait relâché. Oubliant sa jeunesse torturée, il sombra dans le travail, entrée dans la police, promotion inspecteur puis brigade des mœurs.
Un jour, alors que la mère de Leni lui redonnait une identité, un semblant de vie, une petite fille, il tomba sur un article de presse décrivant la mort de Otmar ; c’est fini se dit-il, disparu, oublié... Une semaine plus tard, il aperçut Otmar qui le dévisageait dans le métro.
mardi 3 janvier 2012
Trajectoire givrée
Enfantine je retraçais du bout des doigts un chemin de fortune qui s'effaçait sans cesse. Comme un mirage.
lundi 2 janvier 2012
Sacré Saint-Pierre !
L’église résonnait du chœur mélodieux des voix ferventes. Celles des ténors, barytons et sopranos se mariaient aux gazouillis cristallins des enfants. Ça lui faisait chaud au cœur au père Dumas d’entendre les timbres de ses paroissiens unis dans une même foi enthousiaste. Tout comme le soir du 24 décembre, ils avaient bravé le froid et la neige pour célébrer ensemble le Seigneur en ce premier jour de l’année 2012 qui se trouvait être un dimanche. Tous les yeux brillaient. Le père Dumas en aurait presque pleuré de joie. Il les aimait, ses fidèles. Ils le lui rendaient bien. En récompense, il allait leur déclamer le magnifique message de vœux qu’il avait mis deux jours à peaufiner. (Il avait officié quelque temps sur les planches d’un théâtre de province avant d’embrasser la prêtrise.) Les mains tendues vers l’assistance, il commença :
— Mes chers amis, mes frères, que cette année nouvelle vous soit clé... clé... clé...
Il n’alla pas plus loin et, devant les paroissiens médusés, il s’effondra aux pieds de l’autel.
Arrivé au Paradis, debout sur son nuage, furieux, il se permit d’apostropher Saint-Pierre :
— Enfin, pourquoi ? Pourquoi moi, j’allais bien ! M’enlever à mes ouailles en pleine messe de 10h le 1er janvier, alors que je me préparais à leur servir le plus beau morceau de mon répertoire ? Ça ne pouvait pas entendre un peu ? J’avais encore beaucoup à faire, sauf votre respect, très Saint-Pierre !
— C’était votre 807e messe, mon fils, peu importait qu’elle fût de 8h, de 10h, d’un jour de fête ou non ! J’avais des ordres, mentit Saint-Pierre, d’un ton qui n’admettait pas la réplique.
Le père Dumas se souvint que les volontés du Seigneur étaient impénétrables et, discipliné, renonçant à obtenir plus de précisions, s’assit parmi les bienheureux.
Ce coquin de Saint-Pierre jubilait en secret. Il n’allait tout de même pas avouer que, depuis des lustres, il cherchait désespérément une idée pour placer un petit couplet chez Franck Garot !
— Mes chers amis, mes frères, que cette année nouvelle vous soit clé... clé... clé...
Il n’alla pas plus loin et, devant les paroissiens médusés, il s’effondra aux pieds de l’autel.
Arrivé au Paradis, debout sur son nuage, furieux, il se permit d’apostropher Saint-Pierre :
— Enfin, pourquoi ? Pourquoi moi, j’allais bien ! M’enlever à mes ouailles en pleine messe de 10h le 1er janvier, alors que je me préparais à leur servir le plus beau morceau de mon répertoire ? Ça ne pouvait pas entendre un peu ? J’avais encore beaucoup à faire, sauf votre respect, très Saint-Pierre !
— C’était votre 807e messe, mon fils, peu importait qu’elle fût de 8h, de 10h, d’un jour de fête ou non ! J’avais des ordres, mentit Saint-Pierre, d’un ton qui n’admettait pas la réplique.
Le père Dumas se souvint que les volontés du Seigneur étaient impénétrables et, discipliné, renonçant à obtenir plus de précisions, s’assit parmi les bienheureux.
Ce coquin de Saint-Pierre jubilait en secret. Il n’allait tout de même pas avouer que, depuis des lustres, il cherchait désespérément une idée pour placer un petit couplet chez Franck Garot !
dimanche 1 janvier 2012
Bonne résolution
Combien de bonnes résolutions faites dans ma vie ? Combien tenues ? Je me souviens parfaitement de ma 806e : arrêter les 807, passer la main à la fin de la 3e saison (candidatures au poste de taulier bienvenues). Et ma 807e ? Fermer mon compte Facebook. Quels autres défis m'attendent pour 2012 ? On verra. En attendant, je vous souhaite une excellente année.
samedi 17 décembre 2011
Trêve des confiseurs
Sapin, guirlande, boule, bûche au chocolat, vieux barbu, cadeau, messe de minuit, champagne, carte de voeux, foie gras, vitrine, illuminations, famille, crèche, crise de foie, nouvel an, gueule de bois, bonne résolution... me faut-il continuer à énumérer les 807 choses qui éloigneront de ce lieu participants, lecteurs et taulier pendant quelques jours ?
Le blog ferme boutique, prend quelques jours de congés, vous souhaite de bonnes fêtes et vous donne rendez-vous l'année prochaine.
Le blog ferme boutique, prend quelques jours de congés, vous souhaite de bonnes fêtes et vous donne rendez-vous l'année prochaine.
vendredi 16 décembre 2011
Un dernier ver
Le coq dans son poulailler picore du noir... au 807e ver, il arrêtera de se pavaner au milieu des poules de la basse-cour. Il cochera l’autre coq du poulailler, le beau blanc.
jeudi 15 décembre 2011
Bonne pomme
Elle aime particulièrement ce moment où le silence descend sur les grands arbres, quand le bleu du ciel enlace la nuit, dépose sur ses joues un baiser et disparaît lentement derrière la forêt. Tout le jour, elle l’a passé à nettoyer, laver, cuisiner, ne s’accordant une pause qu’à midi, le temps d’un déjeuner frugal et d’une courte sieste à l’ombre d’un chêne centenaire. Elle ne pensait pas que cette vie simple lui apporterait autant de réconfort. De son passé, elle ne garde que de vagues souvenirs zébrant sa mémoire. Flashs de cris, de larmes, de menaces, de coups. Elle s’est enfuie une nuit, n’emportant avec elle que ses vingt ans et sa rage de vivre. Elle a marché longtemps traversant la ville et la campagne avant d’atteindre l’orée de la forêt. Les arbres étaient denses, serrés, menaçants. Eux non plus ne voulaient pas d’elle, semblant lui dire dans un bruissement de branches : fais demi-tour, va-t-en, tu n’es pas des nôtres. Mais elle savait que la profondeur du sous-bois la protégerait et que jamais personne ne l’y retrouverait. Alors elle a marché encore, droit devant elle, jusqu’à arriver ici, dans sa nouvelle maison, au cœur de la forêt. Elle sourit à la nuit qui s’avance, étire ses bras endoloris d’avoir pétri, haché, épluché, remué, toute l’après-midi. Elle voulait que tout soit prêt pour leur retour, que la petite fête organisée en leur honneur soit un succès. Ils ont été si gentils avec elle, l’accueillant comme leur enfant perdue sans jamais lui poser la moindre question. Des pas légers se font entendre sur le chemin jonché de feuilles. Bientôt, ils apparaîtront en file indienne : Timide, Prof, Grincheux, Atchoum, Simplet, Joyeux, Dormeur. Ses chers nains.
Suivis de leurs huit cents invités.
Suivis de leurs huit cents invités.
mercredi 14 décembre 2011
8Q7
Il est piégé dans un mauvais Murakami comme on se gave de marshmallows un jour de vaine tristesse dépitée, les rideaux tirés, dans une chambre d'hôtel si ordinaire qu'elle fait peur. J'espère qu'il n'aura pas le Nobel se dit-il faisant la liste de tous ceux qui, selon lui, le mériteraient, eux.
Il aurait dû choisir un autre livre.
Et un autre endroit, il n'aime pas le vert, il n'aime pas la montagne, il n'aime pas grand-chose aujourd'hui. Il lui faudrait quelque chose à aimer pour enfin tuer ce chagrin d'amour qui se compte en années, et ça fait beaucoup de jours qui comptent pour rien... Il ouvre la fenêtre

Stéphane Massa-Bidal / Rétrofuturs, série new horizons
Il aurait dû choisir un autre livre.
Et un autre endroit, il n'aime pas le vert, il n'aime pas la montagne, il n'aime pas grand-chose aujourd'hui. Il lui faudrait quelque chose à aimer pour enfin tuer ce chagrin d'amour qui se compte en années, et ça fait beaucoup de jours qui comptent pour rien... Il ouvre la fenêtre

Stéphane Massa-Bidal / Rétrofuturs, série new horizons
mardi 13 décembre 2011
Rien qu'un léger bruit de plume

Un voile noir est tombé sur la ville. Tous les ponts ont été coupés. Plus aucune route ne la dessert. La seule lumière vient de la lune et quand elle est pleine il arrive que le cœur d'un homme s'emballe. Une nuit, un pauvre bougre est sorti tout nu et a crié des choses incompréhensibles. Tel quel, on l'a enchaîné au mur du cimetière et condamné à vivre dans le silence de la pierre. Il s'est débattu jusqu'à s'en briser les mains. Dans la peur agissante, le croc s'est contracté. Maintenant, son corps ploie et ne parvient plus à protester contre le châtiment. Ses jambes se sont nouées et n'ont plus la force de rien. Il voudrait aspirer quelques goulées d'air pour réchauffer ses membres éreintés mais sa poitrine n'est qu'une poche crayeuse qui ne retient que la poussière. Il ne sait pas où donner de la tête. Ses yeux ont cessé de départager les ombres et ont abandonné l'idée même de chercher un secours. Des larmes s'y sont cristallisées et à l'intérieur il fait de plus en plus froid. Sa langue s'est usée elle aussi et les 807 mots qui lui étaient chers ont lâché prise l'un après l'autre. Il n'entend plus qu'un léger bruit de plume à la porte de ses lèvres... et l'emprise du dernier mot : viens !
lundi 12 décembre 2011
Linge sale
Ils viennent de se croiser mais elle seule l'a vu, juste se retourner pour s'assurer que c'est lui ; sonnée elle ne peut pas croire qu'il s'agisse bien de lui. Comme un automate elle se retourne et lui emboîte le pas en allumant une cigarette d'une main tremblante. Il traverse la rue en courant, s'enfourne dans une ruelle, débouche sur une petite place ronde où l'attend un homme en noir qu'elle reconnaît aussi. Hans. Elle ne voit pas le trou de la chaussée et dégringole lourdement dans le caniveau. Elle sent un élancement dans la cheville droite et laisse échapper un cri. Ils se retournent silencieusement comme des chats et approchent de Stella, leurs sourires s'élargissent pendant que la vieille femme se relève de guingois, en esquissant une ébauche de sourire malgré sa cheville qui irradie de puissants élancements dans sa jambe.
Hans et Klaus, leurs bouches perfides. Matricules 806 et 807. Deux frères siamois sournois, au charme vénéneux.
Sa bouche grande ouverte bourrée de gâteaux et de bonbons roses, ses yeux exorbités appelant à l'aide pendant que Hans la recouvre de chocolat chaud et que Klaus dit : Comment tu m'as reconnu, vieille sorcière, après mon opération ?
Elle recrache une bouillie rose, articule dans un râle : J'aurais reconnu mes saloperies de fils n'importe où et crève en ricanant sous les yeux reptiliens des siamois qui en restent comme deux ronds de flanc. Klaus regarde Hans et essuie de sa main râpeuse la minuscule goutte qui perle au coin de la paupière de son frère.
Hans et Klaus, leurs bouches perfides. Matricules 806 et 807. Deux frères siamois sournois, au charme vénéneux.
Sa bouche grande ouverte bourrée de gâteaux et de bonbons roses, ses yeux exorbités appelant à l'aide pendant que Hans la recouvre de chocolat chaud et que Klaus dit : Comment tu m'as reconnu, vieille sorcière, après mon opération ?
Elle recrache une bouillie rose, articule dans un râle : J'aurais reconnu mes saloperies de fils n'importe où et crève en ricanant sous les yeux reptiliens des siamois qui en restent comme deux ronds de flanc. Klaus regarde Hans et essuie de sa main râpeuse la minuscule goutte qui perle au coin de la paupière de son frère.
dimanche 11 décembre 2011
samedi 10 décembre 2011
Désœuvrement
Mauricette – après s’être regardé les ongles, étiré le dos, souvenu de s’occuper des impôts, promis de le faire plus tard, levée sans but précis – prit le dictionnaire des noms propres et l’ouvrit au hasard, page 807. Elle lut : « Han Guk. Nom coréen de la Corée ». Elle referma le livre. Se mit à la fenêtre, les bras croisés. Se demanda d’où venait le fait qu’on appelait la Corée Corée. Et quel nom les Coréens pouvaient bien donner à la France.
Et si l’ennui était aussi coriace en Corée qu’ici.
Et si l’ennui était aussi coriace en Corée qu’ici.
vendredi 9 décembre 2011
jeudi 8 décembre 2011
mercredi 7 décembre 2011
Tête de nœud
Il fait soleil, sur cette île, forcément. La mer est si bleue, les rochers du Vieux Port si rouges que les vagues s’y fracassent violettes au pied de la falaise. À l’horizon, des scintillements de feu, des voiles blanches et minuscules d’esquifs, qui se rapprochent, nombreuses, et les plus jeunes distinguent le miroitement d’armes, piques, et boucliers, au-dessus des bastingages. On n’en mène pas large sur le parvis de l’église où clignent des yeux les femmes, les vieillards, les prêtres. Car les diables, sur les bateaux, ont l’éclat sombre des chaudrons qui ont trop vu la flamme, leurs yeux sont cruels, leurs fronts arrogants sous le mouchoir noué en bandeau qui retient leurs cheveux noirs et frisés, entortillés sur eux-mêmes comme vipéreaux de printemps. On ne les a jamais vus, pourtant, on le sait, parce qu’ils ont attaqué l’île plus au nord l’année précédente. Ils y auraient aussi perdu des milliers des leurs, massacrés sans pitié mais cela, doit-on y croire ? À midi, les chevriers qui se sont relayés les nouvelles avec les guetteurs d’autres villages déboulent des hauteurs, affirment qu’une autre flotte s’est amassée, celle du connétable de l’Empereur, un certain Burchard, qu’il y aura bientôt bataille navale. Quand le soleil se couche, dans son orgie habituelle de pourpre et de sang, on respire, car les premiers noyés qui flottent jusqu’au Vieux Port, pieds devant, dans les vagues aussi rouges à présent que les rochers, ont la couleur des vieux chaudrons, et un mouchoir blanc flotte à leur traîne. Toute la nuit, les détrousseurs de cadavres se battent pour dénouer de leurs cous de petites mains de métal, parfois d’argent, que ces Infidèles portent en lieu de crucifix. Le lendemain, on tire sur le sable les coques défoncées de treize de leurs navires coulés par le fond, pas moins. Ah il te leur a bien a enfoncé le bandeau sur la tête, le Burchard, ah il leur a bien fait baisser les yeux ! On loue Charles le Magne, on fait la fête. On ne sait pas que dans deux ans, anno Domini 809, les Maures reviendront en Corse, prendront l’île, ne laisseront de vivants, hasard, paresse ou superstition, que l’évêque et deux ou trois vieux dans tout le bourg d’Aléria.
mardi 6 décembre 2011
Vie d'ange
Heureux l’élu à qui on a donné les clefs juste avant son passage dans le monde des vivants. Celui-là, sans essayer les serrures, il ouvrira les 807 portes rencontrées sur son chemin. En dépit des turpitudes réservées aux mortels, il atteindra la terre promise. Il ne doutera ni de lui ni de son avenir et saura trouver de l’aide si sa boussole intérieure l’égare – c’est que le Nord bouge sans prévenir; il faut se tenir en permanence au courant des nouveautés. En cas de tempête, il attendra sans angoisse que l’horizon s’éclaircisse. La chance saura le reconnaître et lui offrir sa planche de salut. Le surf est un sport de gourmand quand la mer est sucrée et les bateaux promis au naufrage croisent trop au large pour qu’on risque sa vie à leur porter secours. Il flottera, léger, au gré des alizés, confiant et rassuré par la douceur de l’eau. Pour lui, il y aura forcément une issue. S’il n’y en pas, il se souviendra qu’il a bien vécu et acceptera son destin. Il n’aura rien à regretter. L’amour l’aura choyé. Il aura passé son temps à savourer les saisons.
Prince du réel l’espace d’une vie, ange d’équilibre, lassé à la fin par son équanimité, il reportera aux ateliers du paradis ses ailes déplumées par les intempéries du siècle. Impatient de renaître.
Prince du réel l’espace d’une vie, ange d’équilibre, lassé à la fin par son équanimité, il reportera aux ateliers du paradis ses ailes déplumées par les intempéries du siècle. Impatient de renaître.
lundi 5 décembre 2011
Sacrilège
Ça fait un moment que je le sens qui me regarde du coin de l'œil. Un moment que ce petit jeu là dure entre nous. Ce soir, c'est spécial. Ambiance électrique. Elle s'est enfermée dans la salle de bain en pleurant et j'ai senti qu'il allait passer à l'acte. Le voilà. Il me fixe, le regard vide. S'approche. Sa grosse patte m'effleure, délicatement d'abord, puis plus fort. Il me caresse, me tâte, me pince, me soupèse, m'évalue, s'enhardit. Ses yeux se mettent à briller, son souffle s'accélère. Il tire doucement sur la fermeture éclair qui refuse de bouger. Me saisit à pleines mains, force l'ouverture avant de glisser sa paluche dans mes entrailles. Il fouille, explore, d'abord timidement puis brutalement. Il s'énerve, le temps passe, sa respiration se fait lourde, l'autre main plonge, fébrile, maladroite, dévastant tout sur son passage. Il me bouscule, me retourne, renverse mon contenu dans un grand fracas.
La carte d'Éric Bressart, 80 rue Philippe de Girard, 75018 Paris, tel 06 80 71 46 20, est tombée. Il se penche pour la saisir au moment où elle sort de la salle de bain en hurlant « T'as fouillé dans mon sac espèce de salaud, dégage ! »
La carte d'Éric Bressart, 80 rue Philippe de Girard, 75018 Paris, tel 06 80 71 46 20, est tombée. Il se penche pour la saisir au moment où elle sort de la salle de bain en hurlant « T'as fouillé dans mon sac espèce de salaud, dégage ! »
dimanche 4 décembre 2011
Clair de nuit
Elle entendit un grognement puis l’homme s’affaissa dans un craquement sec. Le plan avait fonctionné au-delà de toutes ses espérances, il ne lui restait qu'à passer à l'étape suivante, la plus délicate, celle dite du chanoine bulgare. Elle prit la canette de bière posée sur la marche de l'escalier, en vida le contenu d'une traite et se dirigea au fond de la rue vers le bar : il lui fallait prévenir Bogdan qui attendait deux rues plus haut pour ne pas éveiller les soupçons. En amplifiant sa foulée, elle ne put s'empêcher de se demander avec angoisse si elle allait reconnaître Bogdan, l'OUBE (Officiel Ultime Bureau Eliminateur) ne lui ayant hologrammé qu'une Identif-Basse-Déf qu'elle tenait discrètement dans la paume de sa main en pénétrant dans le bar sombre où irradiait le faisceau ionisant du détecteur de plasmons. Elle attendit plusieurs secondes que le rayon de lumière balaie le mur latéral pour se glisser au bout du comptoir et pousser la porte qui donnait sur l'escalier. Elle dévala les marches, poings crispés au fond des poches, sentit la chaleur puante des corps agglutinés dans la petite pièce où elle peinait à distinguer les visages. C'est à ce moment-là qu'une main attrapa son bras et qu'avant même de se retourner elle pressentit que c'était Bogdan, à peine le temps d'entrapercevoir ses pommettes sculptées et ses épaules musculeuses sur lesquelles il jeta un lourd manteau, que déjà il l'informait sur le deuxième homme à abattre, plus difficile cette fois car il fallait d'abord retrouver sa trace : on l'avait vu pour la dernière fois dans la zone est de la ville, une zone interdite puisque contaminée par la centrale. L'homme qui avait donné son signalement n'avait pas eu le temps de tout dire, mais avant de rendre son dernier souffle il lui avait tendu une éprouvette contenant le doigt momifié de l'agent REZE (Réseau Eliminateur Zone Est) qui était soupçonné d'avoir vendu des renseignements sur les réacteurs nucléaires à la mafia russe. Elle fourra l'éprouvette dans sa poche, se sentit amère de devoir quitter si rapidement Bogdan, mais que pouvait-elle faire sachant que la puce qu'on lui avait greffée répandrait dans son corps des rayons mortels qui la réduiraient en quelques minutes à l'état de poussière si elle n'achevait pas sa mission avant l'aube ?
Ensuite, ses pas résonnèrent, dans la nuit claire de Darwin leurs claquements s'amenuisèrent jusqu'au 807e que, bien qu'extrêmement attentif, Bogdan n'entendit plus...
Ensuite, ses pas résonnèrent, dans la nuit claire de Darwin leurs claquements s'amenuisèrent jusqu'au 807e que, bien qu'extrêmement attentif, Bogdan n'entendit plus...
samedi 3 décembre 2011
Au pied du temps
Cornaline pratique au sens propre le lèche-vitrine. Et il lui faudra encore bien de la salive pour parcourir les 807 mètres qui nous séparent du magasin de chaussures (et retour).
Tout ce sable, qui chaque jour tombe de ses petites chaussures, marque le passage du temps mieux qu'aucun instrument, et dire que je crois qu'un coup de balai effacera ça...
Tout ce sable, qui chaque jour tombe de ses petites chaussures, marque le passage du temps mieux qu'aucun instrument, et dire que je crois qu'un coup de balai effacera ça...
vendredi 2 décembre 2011
Coup de flippe
Dans ma tête tournoient 807 questions, elles rebondissent sous mon crâne comme les billes d’acier d’un flipper, y a-t-il toujours des flippers dans les bars ? voici la question 808, pour y répondre, il suffirait d’ouvrir la porte, la refermer, descendre les trois étages en prenant garde de ne pas glisser sur les marches étroites du vieil escalier de bois, remonter la rue, entrer dans le bar-tabac, l’explorer des yeux, se dire oui ou se dire non, refaire le chemin en sens inverse, la démarche assurée par la certitude d’avoir, pour une fois, une réponse fiable à une question simple, si les 807 autres pouvaient être résolues de la sorte, juste en sortant de soi, mais voilà, je suis enfermée ici, à l’intérieur de mon corps, les billes d’acier s’entrechoquent dans un vacarme épouvantable, il n’y a que des questions et pas une seule réponse, j’essaie d’esquiver, je suis emportée par la ronde affolée, bille à mon tour, je tourbillonne, je derviche, ma robe blanche en corolle, et par cette force centrifuge enfin éjectée de moi, rendue à l’univers, à la lune, aux étoiles, à tout ce qu’il y a de rond, de paisible, de lisse, d’inerte, de sans chaleur, de sans vie, d’absent. À toi en somme.
jeudi 1 décembre 2011
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