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samedi 4 décembre 2010

#268 – Brutalités génitales

Il écoulait là des jours sereins
Et n’y connaissait aucune alarme,
Ignorant tout des lointains vacarmes
Dans l’intimité du doux écrin.


Un jour pourtant des coups menaçants
Eurent sur lui l'effet d'un réveil
Et des trépidations sans pareilles
En ébranlèrent son fondement.
Se montrant craintif au grand portail,
Il dut esquiver le flot livide
Des 807 spermatozoïdes
Venant de forcer le soupirail !


Ce fut au fond de la cavité
Qu’on les vit s’écraser pitoyables,
Et l’on entendait l’écho durable
De l’ovule fou d’hilarité.

mercredi 17 novembre 2010

#251 – Cheveux d’âge

Il craignait qu’aux rigueurs de son âge
La parure qui fit sa fierté
Ne subisse les puissants outrages
D’une blanche et triste vétusté.


Aussi s’assurait-il que le nombre
De ses cheveux blancs n’aille croissant,
Par un décompte des plus sévères
Qu’il pratiquait au soleil levant.
807 un beau matin manquèrent.
Médusé du rajeunissement,
Il s’en fut courant d’humeur légère,
Mais il se rompit tout l’ossement.


Il n’est de jeunesse qui revienne
Et bien tôt se tarit la fontaine :
Qui de son âge médit ou ment
De son âge aura tous les tourments.

dimanche 24 octobre 2010

#227 – Les mille feuilles

D’un naturel avare il comptait.
Et nuit et jour il n’avait de cesse
D’évaluer son bien : il comptait,
Puisant au chiffre un flot de liesse.


Ayant fait la riche acquisition
D’un millefeuille d’occasion,
Il s’avisa d’en compter les couches
Avant que de l’aller mettre en bouche.


Il n’en put chiffrer que 807 ;
Et porté à son cœur économe
Qui ne battait plus qu’un coup sur sept,
La secousse emporta le bonhomme.

vendredi 15 octobre 2010

#218 – Les 807 pages

Un écrivain manquant de lecteurs
Découvrit chez un vieux brocanteur
Sous un amas de vieille poussière,
La plume d’une ancienne sorcière,
Et se dépouilla pour son achat.
Il retourne à son logis fébrile
Et la fait respirer à son chat,
Qui change aussitôt de domicile.


Il n’eut cure de ce noir présage
Et mit à sa plume tant de rage,
Qu’au petit matin, tout somnolent,
Il avait écrit 807 pages
Dans un incomparable talent,
Parsemées là, sur son carrelage.


Il sombra dans un heureux sommeil
Tout peuplé de beaux rêves vermeils.
Mais au réveil il dut bien admettre
Que la plume avait repris ses lettres.

jeudi 23 septembre 2010

#196 – Avaricie numérale

Il comptait au matin son immense fortune
Qu’il recomptait le soir aux rayons de la lune,
Et trouvait le bonheur auprès de son argent,
Qu’il tenait à l’écart des bêtes et des gens ;
Brassant à tout propos la trébuchante espèce,
Elle égayait sa vie d’une infinie liesse.


Mais au matin blafard de ce bien triste jour,
Comptant et recompté, l’objet de son amour
Se vit diminué de huit cent sept guinées,
Fruit du rude labeur de tant et tant d’années.


Vivant le jour craintif ne dormant plus la nuit,
On le trouva pendu au nœud coulant d’un huit,
Un tabouret de sept avait roulé à terre,
Repoussé sans doute d’un geste volontaire ;
Et d’une large plaie qu’il avait au côté
S’écoulaient des zéros, libérés sans compter.

mercredi 15 septembre 2010

#188 – Tristrophie numérale

Ôtons-nous le doute, ô huit-cent-sept,
Et dévêtu montez sur la table ;
Souffrez cette auscultation chiffrable :
Respirez lentement, dites « sept » !


– Puissant et gras de vos huit centaines,
Fessu têtu et fort en bedaine,
Chiffre débonnaire s’il en est,
Ô huit, j’aime votre air satisfait !
Face au zéro, gardons le silence,
Voyez-vous, ce pauvre est tout en panse,
Souffre de sa modeste valeur,
Et jalouse du neuf la hauteur.
Quant au sept si je devais m’asseoir,
C’est bien sur lui que j’aimerais choir,
Et je frémis de poser sur d’autres
Ma fesse craintive à peau d'épeautre.


Or donc tout ici est bien pesé,
Et vous, huit cent sept, en nombre aisé,
Quoi qu’en arithmétique on y fasse,
Jouissez d’une santé coriace !