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lundi 14 juin 2010

#145 – Petits meurtres entre époux

Gaillardement, elle écrivit au milieu de la page « Pourquoi j'ai tué mon mari – 3 » et appuya, avec le contentement de celle qui actionne la clé du démarreur et entend, malgré ses craintes, le moteur ronronner et sent les roues commencer délicatement à tourner sur elles-mêmes, sur la touche « à la ligne ».


Cette fois-ci, et contrairement à ses deux précédents textes sur le même sujet, elle avait envie de donner raison à l'assassine. Car épouser un homme, n'est-ce pas, depuis toujours, épouser Caïn ? Et condamner le meurtre est moral, certes, mais vivre avec Caïn, il faut bien reconnaître que ce n'est pas de la tarte. Surtout à cause de l'œil, là, au-dessus de l'évier de la cuisine.


De toute manière, elle en avait encore 804 à occire, des maris, si elle voulait participer au jeu de Franck : alors pourquoi ne pas en « garrotter » un, ou deux ? Et puis, in fine, rencontrer un gros célibataire...

mercredi 19 mai 2010

#119 – Le jeu de la botte de foin

La vieille femme s'approchant de son miroir et tendant la main vers la boîte de cosmétiques, le curé se penchant sur l'autel et effleurant du doigt le ciboire empli d'hosties consacrées qu'il s'agira de déposer sur des langues tendues, l'écrivain, enfin, ouvrant l'application Word et posant ses doigts, consciencieusement, sur les Q SDF G H JKL M, ne partagent-ils pas tous la fatigue de la redondance, l'espoir du miracle et la niaiserie quotidienne du Jocrisse ?


Parfois, je m'imagine tous les mots que j'ai déjà écrits comme autant de petites fourmis noires, innombrables, affairées et vaguement répugnantes, montant à l'assaut de mes obsessions, en rang serré. J'en appelle au fly-tox, avant de réaliser que ce dernier mot, étrange, un peu désuet et hérissé de lettres rares comme de fines antennes, a tout à voir avec la mante religieuse, et que c'est à cause du plaisir de le contempler que j'ai commencé cette phrase.


Se dire qu'il va falloir pourtant, un jour, tirer son épingle du jeu de la botte de foin. Penser à la meule que représentent les mots de 807 écrivains... Et se dire que parmi eux, il y a des prêtres ayant perdu la foi, des vieilles femmes enlaidies et des mains atteintes d'arthrose articulaire.

jeudi 1 avril 2010

#72 – Membre actif

Mais pourquoi, par quelle aberration, quel reniement de moi-même, quelle souterraine démission en suis-je arrivée à être membre actif de l'association de défense des Personnes de Petite Taille (les PPT), alors que je mesure, bon an mal an, plus d'un mètre quatre-vingts ?


Notez que j'ai ma place, à l'Association, pendant les assemblées générales ou les conseils d'administration : devinez qui va chercher le fichier des adhérents, placé sur la dernière étagère du haut du placard, ou va récupérer, en fin de session, les chapeaux des membres, sur les plus hauts des porte-manteaux ?


Il n'empêche que j'ai des doutes sur ma réelle intégration : pourquoi donc Anne-Charlotte, du haut de son mètre cinquante-trois, m'a-t-elle parlé, la semaine dernière, du Comité de Défense des Presbytes (ils cherchent, paraît-il, leur 807e membre), alors qu'elle sait parfaitement que je suis myope comme une taupe ?

lundi 16 novembre 2009

779 – Cемьсот семьдесят девять

Dommage que cela se termine, c'était devenu comme une petite habitude quotidienne, comme un café croissant sur le zinc : sans 807, comment commencer la journée ? Sans huit ? Sans sept ?

jeudi 24 septembre 2009

611 – Шесто eдинаесет

Il existe des lieux si attachés à des personnes qu'on ne saurait les imaginer l'un sans l'autre : Flaubert ailleurs qu'à Croisset, Fellini sans Rome, et Brassens ? Pouvons-nous penser à lui, sans Sète ?

jeudi 13 août 2009

523 – Fünfhundertdreiundzwanzig

Au fond du sac de plage, entre la crème et les lunettes, voici le roman de l'été confectionné exprès pour les vacances : et pendant que 807 grains de sable s'accumulent entre les pages, 807 fautes, lourdeurs, approximations et invraisemblances s'amoncellent à l'intérieur. Mais qu'importe, puisque le souvenir du livre durera moins que le splendide bronzage obtenu en trompant l'ennui, grâce aux 807 pages pleines de vacuité estivale, tournées dans l'odeur de l'ambre solaire et dans la paresse de l'esprit ?

jeudi 18 juin 2009

412 – Czterysta dwanaście

807, 45, 18, 06... Il me semble, Éric Chevillard, que l’insondable métronome arithmétique qui ponctue les vies humaines vous désigne particulièrement aujourd’hui : répondez-donc à l’appel, pardine, que voulez-vous faire d’autre ? Et pensez que derrière tous ces chiffres, ce sont les bouches de vos lecteurs éblouis, ouvertes en « O » comme chaque jour, qui vont vous aider à souffler ces satanées bougies !

PS : et pour vous remercier de votre générosité quotidienne, un sonnet vous attend sur les Clopineries, monsieur Chevillard.

mercredi 17 juin 2009

401 – Quatrocentos e um

À la 807e séance, mon psy me déclara guérie. Je pouvais désormais, dans les parcs, croiser un jeune père derrière une poussette où s’agitait une petite fille sans éclater en sanglots à l’idée de ne pas être, de ne jamais pouvoir être, Éric Chevillard.

mercredi 3 juin 2009

lundi 25 mai 2009

331 – Триста триесет и еден

En 807, s’écriait Charlemagne, j’aurais pu avoir un bref pépin, mais heureusement, Papa n’était plus là.

jeudi 14 mai 2009

299 – Dvesto devétindevétdeset

Éric Chevillard avait enfin acquis le pianocktail de Boris Vian. Tapotant d'un doigt au clair de la lune sur le clavier, il se confectionna un délicieux lait de poule aromatisé vanille. Hélas, enhardi, il attaqua un nocturne de Chopin : 807 ingrédients, dont certains légèrement faussés, tombèrent dans la machine, et le résultat, discordant, lui donna un si épouvantable mal de tête qu'il décida de se consacrer à la littérature. Sobrement.

mardi 12 mai 2009

291 – Dwieście dziewięćdziesiąt jeden

1515, 69, 2001, à la bonne heure ! Voilà des nombres pleins, rassurants puisqu'ils disent quelque chose. Mais "807" ! Éric Chevillard, je vous pose sincèrement la question : 807 ! Ce nombre mou, terne, avec un peu de bide tout au plus... même pas sur le départ d'un Vol pour Sidney... Ce petit, ce sans-grade... Avouez : vous l'avez fait exprès ?

mardi 5 mai 2009

271 – Doscientos setenta y uno

32, 24, 8 : mon loto démarrait bien, mais voici que le 7 sortit en quatrième boule, pendant que les deux miennes me remontaient (du cou) ; mais qu'est-ce qui m'avait pris, de jouer le 8 sans 7 ?

mercredi 8 avril 2009

190 – Százkilencven

Sur le blog littéraire le plus fréquenté de la blogosphère, la République des livres, Pierre Assouline s'avisa un jour de dire du mal d'Éric Chevillard... Ah ! Ça a eu de l'effet ! Et hop : 807 commentaires !

jeudi 2 avril 2009

172 – Ciento setenta y dos

– Ah, mon cher Marquis, je suis brisée, positivement, je n'en puis plus... Mais d'après vous, combien, cette nuit ?
– Juliette, d'après moi, 807.
– 807 !?
– L'un dans l'autre, oui...

lundi 16 mars 2009

121 – Sto dwadzieścia jeden

"J'en ai tué 807 d'un coup", s'écrie le Vaillant Petit Tailleur en montrant sa ceinture brodée. Et il s'en va téléphoner la bonne nouvelle à Éric Chevillard.

dimanche 15 mars 2009

119 – One hundred and nintety-nine

807 fois Mallarmé a tenté d'abolir le hasard en lançant les dés ; et puis Magritte est venu, qui les a pipés.

mardi 10 mars 2009

104 – หนึ่งร้อยสี่

Éric Chevillard écoute Erik Satie. Voilà comment naissent 807 aphorismes en forme de poire !

vendredi 6 février 2009

30 – Trenta

J'ai retrouvé 807 passagers du train Paris-Le Havre, à Saint Lazare, sous l'horloge pendue, dans la salle des Pas Perdus (pour tout le monde).