Même si vous ne l’imaginez pas, l’automne approche, à grands pas, avec son cortège de feuilles mortes, de couronnes mortuaires, de pierres tombales, de spleen et autres dépressions saisonnières. Aussi, afin de vous redonner la joie de vivre pendant qu’il en est encore temps, je vous propose de lire ceci : « J’aime la vie ! », se dit-il avant de se trancher les veines avec un couteau de survie de marque suisse ; mais il ripa sur sa planche à découper et débita en 807 rondelles régulières une blatte qui passait par là.
« J’aime la vie ! », se dit-il au moment de se pointer un révolver sur la tempe ; mais il glissa et la balle fila, par la fenêtre — parcourant quelque 807 mètres à vol d’oiseau —, pour se loger dans la tête de Yoyo, le canari d’à côté. « Funeste accident de chasse ! », pensèrent ses propriétaires.
« J’aime la vie ! », se dit-il en approchant deux doigts d’une prise de courant ; mais il fut précédé de quelque 807 nanosecondes par Nono, son lapin nain tout heureux d’avoir rongé la rallonge de l'halogène. Pas de pot le lapin. « J’aime la vie ! », se dit-il en tendant une main tremblante vers le tube de barbituriques ; mais il tomba de l'étagère à pharmacie pour répandre son contenu sur la moquette. Socrate, son chien fidèle, en 807 coups de langue, se chargea de nettoyer les dégâts, avant de s’écrouler, bave aux babines, raide comme une saillie !
« J’aime la vie ! », se dit-il en traversant la baie vitrée ouverte de son salon à l’instant où sa corpulente voisine marchait péniblement jusqu’à sa porte, numéro 807. Elle mourut sur le coup — coup du lapin — servant de moelleux coussin d’air à son aimable voisin. Finalement, il se dit que ce n’était pas le meilleur jour pour partir. Il recommencerait demain. On ne sait jamais, avec un peu de chance les nombres lui seront favorables.
Déclinaisons d'un aphorisme d'Éric Chevillard. "804… 805… 806… j’avais très rigoureusement repris le compte des herbes de mon jardin en pliant celles-ci au fur et à mesure, cette fois, afin de ne pas me tromper, mais à la 807ème ortie, ma main enflée, engourdie de douleur, n’est seulement plus capable de bouger les doigts, j’abandonne."
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mardi 3 décembre 2013
jeudi 14 novembre 2013
2074
À l’origine, la tortue était sphérique. Elle formait même un globe autonome et suffisant qui en tout point tournait le dos à la Terre.
Éric Chevillard (6.11.13)
La tortue lutte toujours pour se faire entendre, même entre les mains musicales d’un fin luthier — amateur de Ginger ale et de bowling —, qui lui plante deux doigts dans les narines, avant de la lancer sur la piste au lièvre. Strike ! La tortue a dézingué deux gardiens anglais de la paix dressés devant Buckingham Palace. Deux bobbies — qui ont vu que la bête avait fait bobo aux bons soldats — tentent de la saisir par la carapace, aussi glissante que les piquants d’un hérisson tissé au crochet sur une tapisserie d’Aubusson. Résultat, elle a réussi à se faire la malle en passant sous le ventre enfumé d’un taxi londonien. Puis, elle a roulé, a divinis*, dans les avenues pentues de San Francisco, car, fluctibus opes*, et là voilà sur le sable chaud, sa centenaire carcasse dévorant des yeux les eaux bleues de l’océan. Ah ! L’instinct ! Elle brasse à s’en rompre les pattes ; en fait, elle creuse un bout de plage, afin d'y déposer ses œufs précieux qui, au grand jamais — parole de scaphandrier —, ne serviront pas de boules pour une bachique partie de pétanque sur la côte marseillaise, au milieu des tièdes bouffées de pastis.
Son devoir accompli, la tortue tourne le dos à la terre pour couler à pic au sein du Pacifique, loin des jeux de main de ces vilains humains…
*A divinis « Hors des choses divines. »
*A fluctibus opes « La richesse vient de la mer. »
mardi 29 octobre 2013
Pigeon ?
En tout cas le nid de poule précède l'omelette.
(Éric Chevillard - 26.10.2013)
J’ai visé un premier pigeon... et j’ai tiré ! Un deuxième... et j'ai tiré encore ! J’avais froid... faim, et je voyais tout en noir. J’étais seul… Puis en regardant ma montre, j’ai compris. Un peu comme si j’avais un don de double vue. Eh bien ! Les pigeons n’étaient pas des sortes de volatiles gris, mais des hommes — mes chefs de production. (Ça me fait rire, maintenant !) C’est vrai qu’ils ressemblaient tous les deux à des pingouins dans leur costume sombre.
J’ai encore marché, longtemps, dans la rue, vraiment très longtemps. À un moment, j’ai levé la tête vers le ciel : il avait disparu. Alors, j’ai couru comme un dingue ! Je faisais sûrement un cauchemar : les cadres n’avaient pas pu me foutre à la porte après vingt ans de bons et loyaux services.
mercredi 16 octobre 2013
Faire baver le bas peuple
"
L’assiette d’autrui nous fait saliver parfois, jamais son sandwich
"
.
Éric Chevillard - L'autofictif- 11 octobre 2013
Devant
l’éventail pléthorique des émissions culinaires qui semble satisfaire les
appétits des citoyens téléphages, je nourris quelques inquiétudes sur les
recettes et les sauces spécieuses employées par les chefs étoilés. Il se
pourrait qu’ils veuillent en faire baver au bas peuple. Par une gestuelle
idoine, ces sorciers en toques et en toc dessalent les 807 plaies et sucrent les 807
espoirs déçus du téléspectateur en lui faisant avaler n’importe laquelle des
couleuvres ressemblant à une pilule du bonheur presque parfaite.
Comme le dit le proverbe du pêcheur de
carpe, il est inutile de claquer des dents au cul du brochet. Avant qu'ils ne
finissent, tels des tournedos, sur le billard en raison de leurs appétits
pantagruéliques, je rappelle aux esprits crédules que la plèbe ne passe pas à
table pour être servie, mais pour offrir, sur un plateau d’argent, des minutes
de matière grise en masse à son bon roi. L'ordre est la règle. Les maîtres queux et
leur brigade savent cuisiner, avec soin, la molle cervelle des moutons et leur
beurrer la raie — provoquant ainsi un trou dans les rangs de proctologues
soucieux de faire campagne en faveur d’un dépistage des pathologies (pâtes au
logis ?) du côlon.
Coloniser les âmes sensibles et faire monter la conscience
en neige, au niveau du ventre, avant qu’elle ne retombe comme un soufflé. Voilà
ce qui pourrait se cacher sous la croustillante panure, pouture que l’on sert lors
de festins préparés par les prêtres au sein des confréries de Panurge. Ainsi,
une abondance d’air et de mauvaises graisses télévisuelles provoquerait un
vieillissement prématuré du cortex. Attention à ne pas sucrer les fraises avant
l’âge. À bon sonotone, salut !
mercredi 25 septembre 2013
Étrange ligne. Et bus brésilien .
(En écho à « 2013 mai le 24, à Recife, Brésil »)
Rouge brasier,
Rouge baiser,
Sous le feu
Du macadam
Des coups de frein,
Son âme se maquille
Dans la vitre,
Brunie par le soleil,
D’un bus roulant
Sur une grande artère ;
Veines du voyage,
Sang pur de l’exil,
Imaginons que la scène
Se passe au Brésil…
« Recife » : esquif,
Esquisse d’un kif
Irréel ou le « je »
Se noie —
Boule de soi, de soif
Et teint de suif —
Dans un bain
De canne à sucre,
De vendeurs à la sauvette,
De prêcheurs du dimanche
Et de poètes, à la peau hâlée
Par le sommeil brésilien,
Qui s’éventent avec un papyrus.
Imaginons que nous dénouons
Les liens qui unissent le réel
À la nature du rêve.
Il nous suffira
De l’écrire, de décrire
Les chevauchements de la chaussée,
Les 807 faits et les gestes présents,
Le saut quantique,
Ces 808 secondes somnambuliques
Sur le fil d’une odyssée solitaire
Suspendue à la ligne
De bus.
Dos-d’âne et trous béants,
Peau crevassée
D'un bitume torturé
Par une étrange touffeur,
La poésie
Se fait mue
Et serpente sur le dos nu
De l’asphalte où poussent
Palmiers, lauriers rouges,
Bananiers et buissons aux fleurs d’oranger.
Le végétal explose les pupilles,
Embaume les chambres à air
Et parfois, il crève les roues libres
De l’autobus.
Chemins d’axes et de croix,
Changement de position,
Kâma-Sûtra du désir
Sur l’asphalte, la sueur et la chaleur
Perlent sur les hanches nues de l’imaginaire.
De « Recife » à « Rio »,
Le chemin est encore loin,
Comme étrangé à toute vérité.
Déjà,
Le Cristo Rei nous tend les bras
Pour soigner les plaies
Du voyage.
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