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samedi 11 octobre 2014

Au pied de la lettre.

   Délicatement il détacha un caddie et se dirigea vers la lumière. L'hypermarché rutilait pour la rentrée des écoliers, il se dirigea sans même lever le nez au rayon jardinerie et engrais. Dans sa poche, la précieuse liste palpitait des promesses à venir qui ne demanderaient aucune aide à la bouillie bordelaise. La récolte de raisins n'était pas gagnée.
- Je peux vous aider ? la jeune vendeuse, devant une gondole gorgée d'hortensias en pot bleus et mauves, distribuait des prospectus pour des sécateurs. Il saisit un papier en évitant son regard.




    La notion de relation d'aide n'est simple à envisager, c'est à dire, pour chacun d'entre nous, à concrétiser : quelle est l'aide que j'attends ? quelle est l'aide que je suis prêt à recevoir ? comment  je ressens l'aide que l'autre est prêt à m'accorder ? est-ce que je la perçois ? Il était prêt à recevoir un peu de la jeune femme, mais surement pas ce qu'elle était prête à donner.
807 prospectus à distribuer..., se disait-elle, et après cette journée de merde s'achève enfin. 



    Il se retourna et revint vers elle en lui tendant le papier.
- Vous pourriez me rendre un service, Mademoiselle ? On m'a confié une liste d'achat, mais je ne comprends pas tout, vous pourriez m'aider ?
- C'est pour quoi faire ?
- C'est pour fabriquer un bombe.



    Une nuée de cendres descendait doucement au-dessus des décombres. La jeune femme avait été efficace et l'avait aidé à construire son avenir : un avenir désormais sans hypermarché à visiter tous les samedis pour faire les courses du week end, sans voyage quotidien transporté dans des tunnels de béton pour se rendre à un boulot sans plante, sans sourire et sans jeune collaboratrice compréhensive et ouverte aux projets.
Elle n'avait pas pris sa réponse au pied de la lettre, quelle erreur, quelle stupidité, sa dernière erreur heureusement.

lundi 29 septembre 2014

Toi, énigme de nos passés, soit maudite pour toutes les traces que tu as effacées....

     D'un talon sûr, elle écrasa la clef USB dont la frêle coque de plastique se disséqua sur le bitume dans un crissement bref. La femme voûtée allait enfin devenir elle-même. 
Toi, promesse d'un lendemain qui s'éclaircit, promets-moi de m'aider dans la transformation.... 
Elle sourit et entra dans un salon de beauté.
- Une couleur ? Avec ça ? Avec la belle nature de cheveux que vous avez ? Vous êtes sûre ? Vous préférez pas un petit balayage plutôt ? Il y a plein de tendances arty pop qui sont sorties et qu'on peut réaliser sur n'importe quelle chevelure !- Je préfèrerais quelque chose de classique, et surtout, que vous effaciez mes cheveux blancs. 

    Elle marchait bien droite, légère, souriante, ses cheveux désormais courts et blonds éclairant le visage détendu d'une femme sans passé lourd puisqu'on l'avait écrasé. Elle bifurqua pour traverser, rejoignant la rue Visconti, elle allait enfin pouvoir lui dire.

    Assis à son bureau, le regard hypnotisé par l'écran de l'ordinateur, il n'entendit d'abord pas la petite voix insistante :
- Papa, y'a une dame à la porte qui veut te parler. 


    Elle entra, il plissa légèrement les yeux - est-ce qu'on peut tout dire à l'homme qu'on aime ? est-ce qu'on peut tout faire à la femme qu'on quitte ? est-ce que les enfants gardent trace indélébile des amours qui s'exaspèrent et s'émerveillent et dont ils sont le fruit ? - et l'enfant, qui suçotait nonchalant une oreille de lapin en peluche qu'il tenait dans une main, de l'autre se saisit tranquille du bras de la dame pour qu'il vienne se reposer sur l'épaule de son Papa. Elle retint son souffle, 807 instants scintillaient dans son cœur.

- Bonjour, Jacques. 
Il ne la reconnaît pas dans l'instant, puis ça lui revient, il voulait trouver les mots, mais rien, rien, pas un seul.