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vendredi 18 mai 2012

Un autre brin d’herbe.

Les pancartes « pelouse au repos » ont été retirées.
 
Le soleil inonde le parc et sa verdure.
 
A la fin de l’été, 807 enfants auront foulé ce brin d’herbe.
 
 

jeudi 10 mai 2012

La demande


         Les pétales recouvraient tout le sol du salon. Il sourit. Un jour, il lui avouerait qu’il les avait comptés, ces pétales arrachés un à un aux brassées de roses, faisant 807 fois le même vœux.

         Elle ne se doutait de rien. Ce soir-là, elle gravit les escaliers deux par deux, impatiente de se retrouver avec lui, comme chaque jeudi, sur ou sous les draps de satin qu’ils avaient choisis ensemble. Quand elle vit encadrant la porte deux petites bougies, elle se dit qu’il allait lui jouer le grand jeu et en fut tout émoustillée.

         Il avait imaginé des larmes, ou un visage béat. Mais ça, non, il ne l’avait pas prévu : elle avait l’air singulièrement emmerdée. « Ah, mais là, tu me prends au dépourvu, je ne sais pas, il faut que je réfléchisse. » Après tout, c’était quand même un de ses meilleurs amants.


dimanche 15 avril 2012

Couleurs

Les capacités visuelles de l’être humain sont assez peu développées. De la neige, il dira qu’elle est « blanche », de la nuit qu’elle est « noire ». Dans l’arc-en-ciel, entre les infrarouges et les ultraviolets, il ne marquera que cinq ou six étapes.


Seul le caméléon, rompu à l’exercice du changement de nuance, perçoit les 807 couleurs de l’arc-en-ciel.

jeudi 5 avril 2012

Vagues

Toutes les sept vagues, la mer se creuse un peu plus et se gonfle : la septième vague est un rouleau qui charrie algues et bois flottés puis suce le sable gravillonneux. La 91e vague ramène l’écume de quelque sirène, la 203e un noyé parfois. La 807e apporte les méduses qui restent, ou ne restent pas, sur la plage mouillée.


mardi 13 mars 2012

Le roman

Elle avait longtemps repoussé le passage à l’acte, le moment de poser ses doigts sur le clavier et de raconter. Pourtant, elle avait déjà le titre : Du beurre sur les crakers. Elle avait le lieu pivot de l’action : la cuisine peu fonctionnelle d’un appartement haussmannien. Elle avait la scène finale : un feu de friteuse qui consumerait l’endroit. Mais ce ne serait ni le roman du siècle, ni celui de l’année, juste un petit roman parmi d’autres où ça parlerait d’amour et de saveurs, de disputes de rôtis brûlés et de réconciliations sur les raviolis en sauce.


Et un jour, allez savoir comment, allez savoir pourquoi, elle commença, tapota, tapota, tapota... Arrivée à la 807e page, elle inscrivit le mot « fin ».

mercredi 22 février 2012

Le casier

En allant relever mon courrier et les journaux du jour dans mon casier, voilà que je tombe sur un CD gravé avec un post-it collé dessus : « écoute-moi ça, surtout le n°10, et dis-moi ce que tu en penses, M.A ». Ce sont les initiales de Marianne, la secrétaire particulière du Président, grande femme blonde qui d’habitude m’ignore. Je ne suis que la standardiste après tout.
Le soir, j’écoute, c’est du Bach, violoncelle. Ça me plaît.
Le lendemain matin, elle est là, justement devant les casiers et je m’apprête à la remercier quand elle se retourne vers Antoine, l’assistant du DRH et lui demande de sa voix pointue : « Alors, tu as écouté mon CD ». « Quel CD ? »
Le casier d’Antoine est au-dessus du mien : numéro 807. J’essaie de remettre discrètement l’objet, mais à ce moment-là, elle me voit : « Ah ça, je m’en doutais. C’est donc toi qui voles dans les casiers ! »


lundi 13 février 2012

Retour maison

Il gara sa 807 devant la porte d’entrée. Il bondit presque hors du véhicule, tant il se sentait ragaillardi. Prendre un peu de recul lui avait fait du bien. Il serait désormais un bon père, un mari fidèle et attentionné. La clé à peine tournée, il les entendit de loin, tandis que lui parvenait l’odeur tenace d’un potage maison où le poireau l’emportait sur le navet. Il déboula dans la cuisine : « coucou les filles ! ».


Cuillères en suspension, silence glacial et glaçant. Il pensait qu’après trois ans d’absence, il aurait été un peu mieux accueilli.

dimanche 5 février 2012

L'autoroute

Dieu que ce repas avait été long ! Dieu que c’est pénible ces réunions de famille qui se terminent toujours en psychodrame ! « Mes chéris, je vous aime ! » avait pleuré la mère après son digestif, une liqueur de poire qu’en d’autres circonstances, j’aurais savouré les lèvres humides. Mais là, j’ai failli l’avaler de travers. Ça y est, elle nous le refaisait version slave. Elle ne pouvait pas s’en empêcher : réconcilions-nous dans les larmes, après l’apéro où l’on avait évité de parler politique, mon beauf de beauf ayant juste attaqué sur mon célibat, après la terrine de lapin que ma nièce avait jetée par terre « parce que c’est du lapin », après que la frangine eut houspillé mon autre beau-frère parce qu’il re-salait son gratin malgré son hypertension, d’où digression collective sur le fait de savoir si oui ou non ce repas était diététique. Réponse : non. La mère ne dit rien, mais s’enfila trois verres de rouge pour digérer la critique. Puis on avait parlé politique au moment du fromage, parce qu’il y avait du Babibel et que le rouge rappelait son passé au paternel qui arrêta de se taire. Jusqu’au café, le ton était monté, jusqu’à ce que l’autre frangine manquât d’être ébouillantée par la mère qui servait alors qu’elle était bien plus qu’un peu éméchée... merde, quelle famille.


Il était parti juste après la poire, quatre heures de route, le bon prétexte pour se sauver avant tout le monde. Devant lui, pas un chat sur l’A4, alors que de l’autre côté, bizarrement, c’était plutôt dense. Puis un peu moins au fur et à mesure qu’il se calmait. Les paires de phares s’étaient allumées avec la nuit tombante, il lui sembla qu’il pouvait à nouveau respirer. Devant lui, toujours personne. En face, deux, puis trois voitures, puis la pluie, fine, douce, sept, huit, dix, douze... À la 807e, il s’endormit.

jeudi 26 janvier 2012

Fin du fin

Plus on s’approchait, plus on savait que ce serait la fin. Pas la fin de la faim. Non, la fin, the end, le néant après l’espoir, l’espoir insensé que ce gâteau avait provoqué en notre bouche, sur notre langue, dans notre salive.
Il était énorme quelques minutes seulement auparavant, escalier géant de crème fouettée. Mais quand le Président avait dit : « Le buffet est ouvert », la horde des congressistes, 807 d’après le listing de l’entrée, s’était précipitée. Avait saisi fourchettes et cuillères et avait attaqué : avec la fourchette, piquant la main ou l’avant bras des collègues les plus rapides ; avec la cuillère pour tailler dans le blanc mousseux et floconneux.
Et moi, dans mon fauteuil roulant, avec la tendre collègue qui m’accompagnait, j’avais beau essayer d’avancer, quitte à rouler sur quelques orteils, les culs et les dos des hommes debout et vêtus de noir me barraient le passage vers la table qui semblait rapetisser. J’observais le sommet de chantilly disparaître, s’écrouler sur sa base. Et une jeune femme, pas assez rapide par rapport au groupe, se jeta dans un magnifique saut de l’ange sur la table. La foule s’écarta alors. Et pour moi, il n’y avait plus rien.


mercredi 18 janvier 2012

Aimant

De l’oreiller, sa tête à elle rampa jusqu’à son épaule à lui. Elle lui dit : « Oh, je n’ai pas eu tant d’amants que ça, pas mille e tre, on n'est pas à l’opéra, pas même 807 comme cette ancien mannequin, tout au plus 7 ou 8. Et je ne les jugeais ni à la taille, ni à la performance acrobatique, ni à la fulgurance du plaisir, mais à la façon dont ils me prenaient ensuite dans leurs bras. Serre-moi fort, mon chéri. »


mardi 10 janvier 2012

Petit à petit

L’enfant était né et elle était partie aussi brusquement que dix mois plus tôt elle était entrée dans sa vie. Il était passé alors un instant de l’autre côté du miroir, dérive en technicolor, puis en était revenu tout doucement, de lui-même, le monde n’en avait rien vu, rien su. Depuis, par peur de voir son esprit partir en vrille sans retour, pour rester dans le contrôle absolu de lui-même, il compte, non pas les jours, non pas les nuits, non, il compte ce qui rythme son quotidien de père célibataire et sans emploi. À la 600e couche, qui vient d’être scotchée, déjà 561 biberons, 807 pleurs et seulement 316 sourires.