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dimanche 31 octobre 2010

#234 – 807 fois, l’ennui

François avait tellement tanné Patrice qu’il avait fini par accepter. Il ne faisait pourtant pas partie de ceux qui puisent leurs mots dans la contemplation de l’océan. Les plages aoûtiennes ou les tempêtes d’hiver, ça n’avait jamais été son truc. Mais la formule en pension complète – 807 euros pour dix jours – était alléchante.
Patricia et lui avaient besoin d’un break. L’argument ultime de François l’avait convaincu. L’endroit proposait une table gourmande : crabes, poisson pêché du jour, plateau de coquillages, far aux pruneaux et aux algues, riz au lait, kouign-amann, cidre maison...
Tant pis, il contemplerait la mer.


« La Grande Marée, chambres et table d’hôtes, résidence d’écriture. Une île, un lieu inédit, une porte ouverte sur la mer, l’horizon et l’inspiration. Nous proposons plusieurs formules d’hébergements. N’hésitez pas à nous contacter pour de plus amples renseignements. »


Il y avait eu la traversée en bateau. Rien à voir, à part quelques cailloux noirs et trois grands oiseaux qui avaient filé à la surface de l’eau. L’arrivée sur l’île avait été plaisante. Même hors saison, la Grande Marée était apparue comme un lieu charmant, à l’image de ses hôtes. La chambre comportait un bureau, un lit moelleux et une vue sur mer. Le repas du soir avait rempli les estomacs et un Pommeau maison avait favorisé la digestion.
Ce n’est qu’une fois dans le noir, que l’évidence s’était imposée à Patrice. Entouré de ce silence plein de vie, propre au lieu isolé, il avait réalisé qu’il allait follement s’ennuyer.

samedi 19 juin 2010

#151 – 807 fois, la porte

Elle s’était décidée à pousser la porte.
Le bistrot bondé avait balancé ses effluves de caféine et de sueur sucrée, des échos de voix mêlées, ses éclats joyeux et larmoyants. Une place libre, dans un coin, paraissait l’attendre. Après avoir commandé un expresso, elle avait ouvert un bouquin. La matinée était passée tandis qu’elle écoutait et regardait vivre le monde, planquée derrière les pages d’un roman de Philippe Djian. Ses trois cafés lui avaient coûté quinze francs.


Sur la porte, il était écrit : « Entrez si vous le voulez mais n’oubliez pas de payer en sortant ! »


Chaque porte de bistrot cache une promesse d’évasion. Que ce soit la 2e ou la 807e fois, on se dit en entrant qu’on pourrait être n’importe où… Que ça pourrait être n’importe quel bistrot, dans n’importe quelle ville. Tant qu’on reste assis là, planqué à la table du fond, il est possible d’imaginer qu’en ressortant, on se prendra une grande claque de vent iodé dans la figure... Et même d’y croire.
La différence c’est qu’aujourd’hui, le rêve coûte plus cher : maintenant, on paie ses deux cafés au prix de trois.

vendredi 28 mai 2010

#128 – 807 fois, les vagues

Au matin, tôt, elle avait marché en suivant la plage. On était à marée basse. Il faisait encore frais pour la saison et, de ce côté-ci de la baie, l’ombre des maisons s’allongeait sur le sable nu. À part cet homme, son chien au bout d’une laisse et les bras pleins de croissants, elle n’avait croisé personne. La petite station balnéaire normande lui avait alors fait penser à un village fantôme. Avec cette mer au loin, qui paraissait ne pas vouloir l’approcher.


Le véhicule filait sur l’asphalte, entre les rails de la quatre-voies, vers un but que même son conducteur paraissait avoir oublié.


Dans l’après-midi, avant de rentrer, elle avait décidé de compter 807 vagues. Mais les vagues ne se laissent pas facilement dompter. Elles hésitent, s’emballent, s’effilochent en écume verte, butent contre le vent, galopent avec lui, s’emmêlent et se démêlent… Plusieurs fois, elle avait dû recommencer.
Elle aurait eu plus vite fait de compter 807 Parisiens en vacances.

vendredi 19 février 2010

#31 – 807 fois, Emma

Le besoin de s’échapper avait pris place au creux de son corps à l’enfance. Tant de fois, elle s’était surprise à y penser... Orpheline de mère à huit ans, sans destin déjà et cette envie de fuir qu’elle ne comprenait pas. Et, chez les Sœurs, les livres comme évasion.
Emma avait imaginé, prévu, joué et rejoué la scène. Toujours la nuit, souvent accompagnée de Rodolphe, parfois de Léon. Peut-être même d’Homais, si seulement elle avait osé se comporter en vraie garce... Jamais elle ne voyait Charles, ce nigaud que le sort lui avait fourgué comme mari. À force de nourrir son esprit des fugues à venir, elle avait fini par y croire. Mais pour une femme, impossible de partir seule.


« L’illusion est le privilège des lâches ! »
Petite phrase anodine entre deux hommes élégants, volée par hasard le soir du bal à la Vaubyessard. Son existence médiocre ainsi révélée.


Huit cent sept fois, elle a songé à fuir sa vie. Et ce soir, à la huit cent huitième, Emma est toujours là. Le flacon tremble dans sa main. « Tant pis ! » s’exclame-t-elle avec fièvre, avant d’en avaler le contenu.
Arsenic, quel étrange amant pour une fuite irréversible...

lundi 13 juillet 2009

492 – Štiristo dvádévetdeset

Après 807 entorses bénignes, l'urgentiste de l'hôpital s'est enfin décidé à me faire passer une radio. J'ai réussi à faire signer 807 personnes sur mon plâtre.

vendredi 3 juillet 2009

474 – Dört yüz yetmiş dört

Dépêche AFP : 8h07, kilomètre 807 ; 8 témoins, 0 morts, 7 véhicules impliqués dont un camion. Résultat : 807 poulets en vadrouille qui échappent à l'abattoir.

jeudi 4 juin 2009

360 – Trei sute şaizeci

Pour Thibault, c’était ça, la réussite : gazon impeccable, façade blanche trouée de huit fenêtres à volets bleutés, olivier centenaire rapatrié d’Espagne, un jardinier et zéro souci, véranda de style, double garage avec voiture familiale et sportive, sept méridiennes en teck, piscine, sauna !
Pourtant, il avait le sentiment que quelque chose manquait au tableau...

samedi 9 mai 2009

283 – Deux cent quatre-vingt-trois

8, le nombre de ses amants.
0, le nombre d’orgasmes ressentis.
7, le nombre de corps balancés dans le puits...
« Et si j’étais frigide ? » se demanda-t-elle tandis que la lame s’enfonçait dans le cœur de son huitième amant.

mardi 28 avril 2009

251 – Двести пятьдесят один

Sans la moindre nostalgie, le divan repensa aux 807 culs qui s’étaient assis sur son dos durant toutes ces années, avant de rendre l’âme dans un ultime soupir de ressort fatigué...