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vendredi 25 mai 2012

Digression


        
        Ce qu’aime le joueur ce n’est ni gagner ni perdre mais se refaire au moins 807 fois, là où l’angoisse côtoie le plaisir. Ce qu’il aimait lui, n’était ni être avec quelqu’un, ni être sans quelqu’un, mais réussir à quitter quelqu’un pour être avec quelqu’un d’autre. Depuis lors, il vivait sa vie sur le mode exquis de la tentative d’évasion. 

             Quant à moi, j’ai toujours voulu partir mais je n’ai jamais réussi à dépasser les grilles du jardin. 

             Pardonnez-moi, je sens que je digresse, mais ça me fait plaisir.

samedi 7 avril 2012

Impossible rencontre

Au téléphone, il avait une voix chaude et grave. Je l’imaginais grand, beau et souriant. Quand je le vis en chair et en os pour la première fois, j’eus une sacrée surprise. Et tandis que je le détaillais sans rien dire, j’avais toujours du mal à croire que cette belle voix grave de crooner hollywoodien était bien la sienne. Une impression de froid m’envahit. C’était un peu comme si l’eau glacée d’un puits me pénétrait de partout. Un vague malaise se glissa insidieusement en moi. Quelque chose me laissait présager que je m’étais peut-être un peu trop avancée et que j’allais le regretter. Au bout de 807 secondes, donc, je décidai de partir : « Je ne vais pas vous déranger plus longtemps ! » fis-je dépitée.


C’était un homme assez peu bavard, au fond, mais au regard très parlant, du moins pour moi. Cet homme me parlait, oui, et ce qu’il me disait sans me le dire, maintenant, c’était : « Vous eussiez pu rester davantage afin que nous pussions faire un peu plus connaissance ! » Le subjonctif qu’il employait m’avertit alors que j’étais en présence d’un érudit. Du coup, je décidai de rester.

dimanche 11 mars 2012

Teasing

— Et que fais-tu de mon malheur à moi, de mes exigences et des rêves d’une passion que tu as encouragée depuis 807 jours ! lui cria-t-il au bord du désespoir. Enfin, ce n’est pas si difficile que ça d’aimer !


Pour elle, l’amour, c’était ce qui précédait l’amour. Séduire, c’était surmonter l’obstacle. Et seule la difficulté l’intéressait.

dimanche 19 février 2012

Routine

Il lui fallut 407 jours de matins blafards et 400 nuits pas forcément badines pour prendre conscience qu'elle était seule. Désespérement seule. Et ne voulant pas jouir plus longtemps en communauté de biens réduite aux aguets des sens, elle souhaita tout à coup mourir dans la nuit.


Le baiser froid du petit jour la surprit étendue sur le lit vert de sa pelouse, pâle et nue. Elle n’avait pas même pris la peine d’enfiler un pyjama. Qu’importe ! Sa narine ne frémissait plus : elle s’était sifflé cul sec un litre de vodka.

dimanche 15 janvier 2012

Entre doutes et nausée

Lors de ses accès de déprime, passant de la fureur à l’abattement et maudissant sa vie, il jugeait très sincèrement que tout ce qu’il avait écrit jusque-là ne valait pas un clou. Puis il finit par se prendre en dégoût, douta de son talent. Seule sa femme continuait à l’encourager. Il ne tarda pas à douter du goût de sa femme.


Il connut encore 807 crises de désespoir, se laissa gagner par la mélancolie ; enfin il se retira tout à fait du monde des écrivains. Et très lentement, pénétra en lui le baume de la soumission. Il devint un vaincu vaincu.

mercredi 2 novembre 2011

Dure réalité

Comme une actrice, elle ne vivait que pour plaire, arrivait toujours sur scène avec des retards de diva. Or, ce matin-là, elle souffrit pour la première fois des atteintes de l’âge. Son miroir lui renvoya une image cruelle mais juste : celle d’une pétasse bouffie de cocaïne qui valait plusieurs milliards de dollars. Les questions s’abattaient sur elle comme 807 gifles.


Le soir même, elle se présenta sur les planches à l’heure et à la façon d’une coupable qui se constitue prisonnière.

mercredi 19 octobre 2011

Modestie

À peine étais-je entré qu’on me souffla dans le conduit, vous allez bien ? Je fis oui ! parce que je ne pouvais pas dire non ! C’est formidable, pour vous ! C’est formidable ! s’exalta le nabu qui venait de m’alpaguer ; en cherchant à portée de voix un autre interlocuteur que moi, qui pût prendre vraiment la mesure du bol que j’avais, parce qu’apparemment je n’étais pas le mieux placé pour ça, à ses yeux.


Ils disaient tous oh moi ! dans cette soirée, quand on leur demandait et vous ? En un éclair je compris que j’avais affaire à des modestes ; ce qui n’était pas plus mal et je dois dire que ça m’arrangeait même bougrement. Je n’étais pas homme à comprendre les philosophies ni à m’encombrer de 807 futilités de conscience.

jeudi 6 octobre 2011

Gasconnades

Nonobstant des compétences professionnelles indiscutées, il avait une propension à utiliser du vent au service de ses propositions. La plupart du temps, il ne pensait pas vraiment ce qu’il disait, n’imaginait même pas qu’on puisse le prendre au mot. On était supposé dire, merci beaucoup, ce sera un plaisir ! et ne jamais donner suite à l’invitation. Il était comme ça. Qu’une occasion se présente et il bondissait dessus. L’Inde ? Ah ! Oui, j’y vais justement la semaine prochaine. C’est un pays fascinant. Vous devriez venir avec moi… Puis il passait rapidement à autre chose ou nous gratifiait d’un bonsoir et nous plantait là.


J’avais noté dans mon petit calepin qu’à ce jour il avait lancé 807 propositions en l’air avec une facilité déconcertante. Tout cela est bel et bon mais vous imaginez l’étendue de la cata si l’un de nous avait répondu par l’affirmative ça tombe bien, la semaine prochaine je n’ai rien à faire... chiche ! Je pars avec vous…

samedi 3 septembre 2011

Au comptoir

Perdu dans les vapeurs alcooliques, Julot regardait sans regarder, buvait sans même savoir ce qu’il buvait et lançait des menaces gratuites et sans danger qui lui permettaient toute vantardise :
– Moi, je le casse en deux quand je veux ce pauvre type !
Et mimant ses paroles avinées, il cassa simplement un verre, un de plus.


Il en était à son 807e.

samedi 13 août 2011

Familles je vous hais

Je souriais de loin en spectateur désabusé, au bavardage et à la gesticulation des héritiers du siècle qui, après la lecture du testament se regardèrent en silence, se livrant visiblement à de rapides calculs. Ils s’embrassèrent. J’aurais parié qu’ils ne s’étaient pas embrassés depuis des années.


La famille n’est qu’un abominable nid d’au moins 807 infamies et autant de souffrances.

dimanche 10 juillet 2011

Un rôle c’est une place

Il avait l’impression de prendre un bain de jouvence et était arrivé à cette conclusion que la meilleure recette pour rester jeune était de ne fréquenter que des vieux.


C’est difficile de vivre dans l’ombre de quelqu’un. Ma mère avait toujours vécu par procuration du temps de mon père. A sa mort, elle avait éprouvé le besoin de jouer un rôle pour exister. Depuis, elle s’était créé au moins 807 illusions que j’avais encouragées, surtout parce qu’elles faisaient son bonheur.
Pour elle, un homme malade redevenait un enfant que l’on pouvait cajoler. Alors, pourquoi lui aurais-je refusé le plaisir de me croire malade ?

jeudi 30 juin 2011

Tragédie

Dans le carnet du docteur Amidou, la mort d’un petit Malien : n° 807 qui n’a pu être sauvé, faute de moyens. Même pas le nom de l’enfant en face du terrible numéro. Comme s’il lui était pénible de l’écrire.


Aussi longtemps qu’il sera en vie, il y aura toujours une histoire qu’il ne connaissait pas. À chaque fois il pense avoir fait le tour et puis non, il y aura toujours quelqu’un pour venir lui raconter encore un autre drame, une autre horreur. Aujourd’hui, à l’heure du déjeuner, c’est sur la devanture du resto où il a l’habitude de prendre ses repas qu’il peut lire : « Fermé cause décès ». Le patron, c’était presque un ami. Trois mots pour résumer un drame. Trois mots griffonnés à la hâte pour une existence brutalement achevée. Et la vie qui continue. Ailleurs.

jeudi 2 juin 2011

À grands maux grands remèdes...

La marquise du Château de Mirlingue la Brumeuse sortit à 8 h 07 du soir de chez son médecin avec un grand coup dans la coloquinte. Quelque chose la turluchosait. Elle était perplexe. Oui, infiniment, car elle qu’était une rigolote comme c’était pas possible, depuis quelque temps déjà survivait tant bien que mal ; mais c’était pas de la guimauve. Elle se sentait triste, oui, infiniment, car après un examen méticuleux de ladite, son dérapeute avait fini par qualifier son état lalilala de profonde dépression. Auparavant, le susmentionné lui aurait gravement expliqué que ses humeurs étaient peccantes, sous l’influence de son épigastre facétieux, entraînant l’inévitable perturbation du fonctionnement de ses hypocondres et propre à bloquer ses zygomatiques. Ce diagnostic posé par icelui qu’y faire ?


Nonobstant malgré tout et néanmoins dès son retour « at home » elle confirma son statut de vivante en s’envoyant quelques 807 généreuses rasades de Porto dans le gaviot. Subitement ragaillardie elle se sentait à présent tout à fait guérie... Et complétement allumée, elle se mit à rigoler comme une folle en se glissant dans les torchons, sombrant dans un sommeil presque sans rêve où seuls des petits éléphants roses jouaient inlassablement à saute-mouton-cadet.

jeudi 23 décembre 2010

#287 – Affections

J’avais mal, mais ça m’occupait. Et je n’étais pas fâchée d’avoir à me battre contre moi-même, de m’intéresser un peu à moi. C’est l’avantage des affections, elles charpentent la personne. En même temps, c’est trompeur, il y a le moment où ça se calme.


Il souhaita mourir au moins 807 fois dans la nuit, pour punir sa maîtresse de lui avoir posé un affreux lapin. Or, déjà il se sentait mieux. Il se rendormit avec le regret de n’être pas assez malade pour mériter son attention.


Il avait mis sa maladie au centre de son existence. Ce fallacieux prétexte lui permettait d’entretenir sa paresse et de tromper ceux de son entourage. Mais qui trompait-il ? Personne n’était dupe et surtout pas lui.

vendredi 10 décembre 2010

#274 – Haine

Parce qu’il n’en connaissait pas d’autre, il jugeait que la haine était le meilleur carburant pour démarrer au réveil, l’essence sans laquelle il n’aurait pu se mouvoir. Il aurait voulu passer en revue le monde entier s’il n’avait été limité par l’espace du temps d’un jour.


J’avais du mal à voir une millionnaire atrabilaire sous les 807 traits angéliques de cette petite grand-mère, cintrée dans son tailleur sans âge.


Elle n’aimait pas accabler son mari : elle sentait bien qu’elle avait sa part de responsabilité dans son échec, ce qui ne l’empêchait pas par moments d’avoir des bouffées de haine à son égard, secrètement bien sûr. Et, souvent la nuit elle se réveillait avec ce corps étranger à côté d’elle, elle le haïssait alors jusqu’au matin.

mardi 16 novembre 2010

#250 – De l'autorité

Le moustachu en képi a tourné au moins huit cent sept fois autour de la voiture. On aurait dit un chien qui se prépare à pisser sur une roue et prend son temps pour choisir la meilleure. Il nous a reluqués pendant un bon moment et comme on se tenait à carreau, il a fini par abandonner. Il est reparti avec ses collègues, mais dans ses yeux, on voyait bien qu’il était déçu.


La vie est une prison. Pour s’en échapper il faut passer l’arme à gauche.


Après sa garde à vue qui avait duré pas moins de 807 minutes, elle apparut, le visage marbré, les yeux gonflés, les lèvres démaquillées et les cheveux ébouriffés.
– Alors, tu fais moins la maligne maintenant ! fit l’inspecteur, goguenard tout en mâchonnant le mégot éteint d’un cigare.
Il l’a trouva même moins blonde que la veille. C’est vrai qu’elle n’en menait pas large derrière son rimmel dégoulinant. Redescendant de ses hauteurs, l’orgueil humilié et des larmes dans la voix, elle entreprit de cracher le morceau.

vendredi 5 novembre 2010

#239 – Superstition et peur

– Quelqu’un vous veut du mal ! Je vois un homme jeune qui...
– Improbable ! trancha-t-elle en se levant.
L’attitude moqueuse de sa cliente avait vexé la tireuse de cartes. Et c’est pour se venger sans doute, et alors que l’autre s’apprêtait à passer le seuil de sa porte, qu’elle ajouta :
– Méfiez-vous !


Pour elle, tout était présage : un volet qui bat, un mouchoir qui tombe. Et tout ce qui était trouble la troublait. Le bruit du vent dans les branches d’un arbre, le regard d’un chien, l’aspect fantomatique d’un objet du quotidien, l’entraînaient dans huit cent sept territoires inconnus où sa raison n’avait aucune prise, impuissante qu’elle était à la maîtriser.


Je connais ses habitudes et m’y soumets avec bonne humeur. Je sais que ses 807 marottes les plus récriminatrices, comme le pli particulier qu’elle donne à une serviette, la disposition arithmétique des objets sur la table... masquent une peur lointaine d’enfance.

mercredi 27 octobre 2010

#230 – Pitié

Les années avaient tissé entre eux une redoutable intimité. Elle aurait bien voulu le quitter mais elle ne voulait pas faire le malheur d’un homme dont elle avait pitié. Elle avait horreur d’avoir pitié de lui, mais cette pitié, pourtant, lui en imposait 807 fois. Elle voulait aimer son amant sans faire de mal à son mari.


Il y eut une époque où les gens comme vous me faisaient peur. Il y en eu une autre où je leur rendais coup sur coup. Maintenant j’en aurais plutôt pitié.


« Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d’eux, ils en diraient bien davantage. » Au moins 807 fois plus.

samedi 18 septembre 2010

#191 – Soupçons

Ils contrôlaient leur moindre geste, leur moindre parole pour ne pas se trahir, mais ceci ne pouvait durer.


Je discernai dans les regards que François-Xavier adressait à ma femme, le 807e indice d’une admiration qui n’était pas de mon goût. Et comme je les soupçonnais de partager un secret, je cherchai et trouvai dès le début du dîner un moyen qui les empêcherait de se concerter.


Les marques de sympathie de ce type à mon égard sont feintes. Je le sens au plus profond de moi.

samedi 10 juillet 2010

#172 – Tromperies réciproques

Quand l’un employait son énergie au bien-être de la famille, l’autre rêvait d’aventures de nuits lointaines, de départs pour 807 royaumes fabuleux... Et pourtant, ils continuaient à vivre dans ce no man’s land mutique et asexué où ils élevaient leurs enfants, regardaient la TV, partaient en vacances et achetaient des automobiles familiales à crédit.


C’était leur souci constant de ne pas se causer de soucis l’un à l’autre. Soit qu’ils s’inclinaient devant la médiocrité de leur existence, soit par paresse ou les deux à la fois.


Elle se surprenait à soulever le couvercle de la poubelle de la cuisine pour compter les canettes vides, tandis que, de la salle de séjour, il tendait l’oreille pour l’entendre procéder à cette inspection.