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jeudi 2 février 2012

BNB

Photo prise au Bhoutan © Pascale Arguedas<br />
Photo prise au Bhoutan © Pascale Arguedas


Il composa le 807 pour connaître son horoscope. Une hôtesse du pays du Bonheur National Brut lui prédit une catastrophe imminente qui le fit rire aux éclats. La ligne fut subitement coupée. Nous sommes sans nouvelles de lui. La rumeur dit que Bouddha en voulait à l’hôtesse.

mercredi 22 décembre 2010

#286 – Vanité

C’était une veuve boiteuse mais pas vilaine. Plus de 807 hommes l’avaient culbutée, les uns après les autres, sur les tas de foin.


Depuis vingt ans, elle initiait tous les gosses du pays. Elle les regardait pousser, attendait avec patience leur maturité. Quand leur menton commençait à s’ombrer, quand leur cœur commençait à battre trop fort, en un tournemain elle les délivrait de l’enfance, éclaircissait leur sang et leurs rêves. Son plaisir était presque devenu une fonction municipale.


Elle avait acquis, par son expérience amoureuse, une sorte de renommée et en était quelque peu vaniteuse. C’est ce qui la perdit. Un puceau qui avait passé le moment depuis longtemps lui résista. Elle ne s’en remit pas. On la trouva un jeudi au fond d’un puits.

mercredi 1 décembre 2010

#265 – Préface de l’hiver

Je déteste ce temps gris de novembre où la pluie paraît hésiter au fond du ciel, se fait attendre. Je préfère les silences bleus chargés de cris d’oiseaux qui se forment, au-dessus des maisons solitaires, les nuits d’hiver. À l’entre-deux, à l’automne, on ne voit que des bandes à plumes errer de branche en branche, alourdies par l’eau, tristes et maigres. Je cherche en vain l’alouette qui chante en volant, force la voix plus elle s’élève.


Le temps postillonne, ne veut pas de ma joie. La pluie tombe, inutile, monotone. Le mot seul trempe déjà le papier. La phrase reste en suspens, molle comme une serpillère au bord du seau, attend le vent pour qu’il essore un passé pas simple, laissant des auréoles dans la marge d’un présent qui gribouille.


Je préfère m’envoler. 807 pensées ronronnent, il fait un temps à murmurer des poèmes. Laissons le reste aux loquaces qui toujours nous plumeront.

jeudi 18 novembre 2010

#252 – Le violon de Crémone

Danse du ventre. Vibrato de la peau, excité par la musique. Friselis du vent, délices.


La chaleur monte soudain dans les reins, dans les siens, dans les miens. Le violon en fond n’arrange rien. Rêve d’Orient...


Ce qui décida l’épouse, lassée, à réveiller son mari pour la 807e fois fut le superbe mais tragique conte d’Hoffmann qu’elle vit trôner sur sa table de nuit. Ne prends pas ton rêve pour la réalité, criait-elle, le secouant comme un prunier.

mardi 9 novembre 2010

#243 – Germaine & Edmond

C’est la grande chevauchée, brides rabattues, casaques vertes toques noires cravachant leurs montures. Colchique dans les près est en bonne position... Elle est où la télécommande ? Tous ces culs hauts montés me donnent le vertige. Germaine, je change de chaîne. Zip...


Le peloton roule en formation. L’échappée est loin devant. La montée de l’Alpe d’Huez et ses 807 tournants est éreintante. Regardez le gros plan sur le champion de la grimpette, voyez… Quelle vision affligeante que le frétillement de ces moule-bites ! Change, Edmond. Zip...


Monte le son Edmond, je n’entends pas. Ah, voilà : Peintures de Delacroix, Cul-de-four de la Paix, peinture à l'huile et à la cire (7,35 x 10,98 m).

samedi 30 octobre 2010

#233 – Chantier

Sur le chantier, les grues fournissent des perchoirs de halte aux oiseaux hors d’haleine. Nous sommes en pleine migration. Des battements d’ailes, pour faire le tour de la terre, on ne les compte plus.


Mais voilà, ils gênent, ces oiseaux, ralentissent le chantier avec leur nidation. C’est fort de café d’admettre que des oiseaux, si petits, si légers, ces chiures de la nature puissent tant emmerder les entrepreneurs.


Une grue de société, bien nippée, talons aiguilles, mini-jupe et produits L’Oréal badigeonnés, se demande ce qu’elle fout sur ce chantier d’entremetteurs. Mal payée, elle dégorge des bourses. Pas celles qu’elle voudrait. Elle rêve à une grande migration tout en comptant ces ronds. 807. Encore combien de battements d'ailes pour changer d’horizon ?

jeudi 21 octobre 2010

#224 – La grève

C’est son gagne-pain de fréquenter les grèves. Chiffonnière d’épaves, il n’y a pas de sot métier !


J’adore ce que vous faites, lui dit un homme de passage sur le quai. Vous embauchez ?


Je suis trieuse de déchets pas grutier. D’ailleurs, regardez ces 807 rapaces. Il y en a plus devant le piquet que devant les toiles.

mercredi 13 octobre 2010

#216 – Ménopause

J'aime la ménopause car elle n'est jamais en panne, elle. Connectée, toujours. C'est pas comme Facebook, à pleurer.


Savoir prendre le bon côté de la ménopause : grâce aux bouffées de chaleur, on se croit en été jour et nuit, toute l'année !


807 fois je lui ai dit : 69 c'est fini, oublie ! Hélas, ménopause ou pas, l’homme reste sourd.

mercredi 6 octobre 2010

#209 – HHhH etc.

HHhH de Laurent Binet. On croit à un éternuement. Ce n’en est pas un, c’est le curieux titre de son premier roman. Goncourt 2010. Il ne faut pas toujours croire la rumeur sur les prix et lire ces 441 pages qui vous réconcilient avec la littérature – on en aurait volontiers lu 807 de plus.


Binet, c’est un ton, une liberté d’expression, une audace stylistique sur fond noir profond. Le noir Historique. Ce noir qui tient hélas, dans la répétition, en trois petites lettres toussées en rafale, celles qui transpercent l’amnésie nationale un jour de mémoire : etc.


Au premier plan, HHhH. Ce n’est pas un éclat de rire. C’est un grand livre, etc.

mardi 28 septembre 2010

#201 – Voyage in the pocket

La Saga de Youza du Lituanien Youozas Baltouchis ; Corps et âme de l’Américain Frank Conroy ; La Demande de la Française Michèle Desborde ; Mikael K, sa vie, son temps du Sud-Africain JM Coetzee ; Train de nuit pour Lisbonne du Suisse Pascal Mercier ; Séfarade de l’Espagnol Antonio Munoz Molina ; Givre et sang de l’Anglais John Cowper Powys…


En poche, la liste des chefs-d’œuvre récents, figurant au top des non-rentrées littéraires des années passées, est longue et passionnante. Que de belles relectures autour du monde ! Plus de 807, assurément.


Bye ! La Vie est ailleurs (du Hongrois Milan Kundera) que dans les tristes colonnes mercantiles. La littérature, c’est Une ardente patience, écrivait le Cubain Antonio Skármeta. Ce n’est pas L’Importance de vivre du Chinois Lin Yutang qui me contredira. Essayez de voyager pas cher avec eux, au lieu de vous chamailler. La vie est trop courte pour faire du sur place !

mardi 14 septembre 2010

#187 – L’art est aisé, la critique difficile

Plus de 807 écrivains emploient sciemment un style âpre afin que les phrases se heurtent. Cela oblige le lecteur à respecter la moindre syllabe. Sinon, l’étoffe craque. Mais la critique aujourd’hui n’a souvent plus oreille, toucher, goût de l'effort. Seule l’occupation d’un territoire braillard file ses ourlets pour enfler ses effets de manche, sous quelques marronniers.


Le critique lit. Celui qui se dit critique cherche le livre qu'il voudrait lire.
Le critique cherche la porte d'entrée pour pénétrer la maison. S'il ne la trouve pas, il va voir ailleurs.
Celui qui se dit critique passe par la fenêtre comme un voyou et trouve la porte décidément mal foutue. Il ne se prive pas de le dire, trop souvent à mon goût.


Le lecteur qui voudrait être écrivain a pondu un morceau de bravoure fort lâche, d’où s’échappe une méconnaissance du monde que l’artiste habite. Au final, le procès d’une fable qui ne le concerne pas. L'écrivain ferme tranquillement ses volets, remonte voluptueusement les draps dans lesquels il se glisse. Jouissance silencieuse, sommeil de Juste. Toujours avoir le bon regard pour rester sourd.

lundi 25 janvier 2010

#6 – Soldes d’hiver

J’ai de quoi vendre divers objectifs non atteints, 807 pour être précise, et me contente de quelques livres d’occasion. Je lis Régime sec de Dan Fante, fils de John (Demande à la poussière) et me demande si je ne choisis pas mes lectures en fonction de ce que je vis. L’écrire permet d’y voir clair. Risque pas que j’achète Choir, même en solde.


Les bras ballants, il étire par deux fois son grand corps, que le travail à la bêche a plié. Il est roux de poil et bleu d’œil. Des sous noirs chaque année grignotent ses hectares. À présent il peut voir distinctement le rouge et le blanc de l’enseigne, même entendre le chant du corbeau vert lové dans le cœur du A d’Auchan. Il reprend la bêche, avec acharnement.


Des relents d’alcool bon marché pénètrent mes narines. Un jeune homme crasseux et bavard, à l’aspect louche de colporteur et de bateleur de foire, m’invective d’une voix rauque et avinée : Soldes chez Pronuptia !

lundi 16 novembre 2009

lundi 9 novembre 2009

748 – Sedamsto četrdesest osam

Marre de tourner 7 fois ma langue dans la bouche avant de parler, sans compter les 800 moutons avant de m’endormir !
Les expressions françaises auront la vie encore longue après moi.

jeudi 5 novembre 2009

737 – Седумсто триесет и седум

807 gamins. Il en choisit un. Lui apprit à lire. Ce sera lui, son lecteur, à l’avenir.

736 – Seitsemänsataakolmekymmentäkuusi

Il avait 807 contacts avant l’épidémie. Depuis, il erre l’âme en peine, dans les allées du Père Lachaise. Que des inconnus, même pas les siens : Hugo, Apollinaire, Chopin. Faut dire, c’était des facebouquiens.

735 – Setecentos e trinta e cinco

J’écris une histoire montagnarde, j’ai l’onglée, j’en peux plus d’avoir froid, c’est trop dur d’écrire dans ces conditions. J’ai donc baissé d’autorité le nivelé, 807 mètres d’altitude au lieu de 2000. Mes personnages de papier se sont rebellés : tu n’es plus crédible !

Ah oui ? J’ai cessé d’écrire et ils sont morts de froid.

dimanche 18 octobre 2009

683 – Šeststo osamdeset tri

Je suis gênée par la rumeur, on me demande de présenter mon livre minuscule lors d’une soirée littéraire où je présente habituellement mes coups de cœur de la rentrée.

Plus de 807 pages magnifiques à mettre en balance avec mes misérables 18, en comptant la couverture... Que faire ? Mentir ? Dire que la grippe A fait des ravages et se porter pâle ?

vendredi 16 octobre 2009

676 – Kuusisataaseitsemänkymmentäkuusi

On avait fait appel à des techniciens de la maintenance, des pros de la santé high-tech qui ont tenté l’impensable et fini par appliquer bêtement 807 rustines sur sa carcasse en fuite. En vain. La simplicité ne devrait pas s’apprendre : c’est aussi la vie qui fait crever la roue.

vendredi 9 octobre 2009