Je ferme les volets de mon âme avec cette grille à barreaux pour entourer mon rêve qui ne peut s’évader de cette forteresse en dentelle de fer. Je suis la gardienne des pensées des autres qui flottent à la surface du monde intérieur du monde extérieur. La nuit, à la pension, grouillent les rêves qui s’échappent des petits lits blancs. Moi, la plus petite, j’ai un lit-cage. Un lit-cage pour mon sommeil d’oiseau. Une cage pour le tigre que je sais ne pas être. Une cage de fer pour un oiseau de plomb, une cage d’enfer pour un oiseau de paradis, une cage pour un oiseau de paradis de plomb, une cage pour un sommeil de plomb. Je suis la chef d’orchestre du concerto des rêves. Je carde le coton des rêves. Je suis couchée dans ma cage pour dépeigner les rêves qui s’emmêlent, se télescopent, se copient, se nuisent, se croisent. Je veux bien qu’ils s’amalgament en un joli ciel de lit cotonneux au dessus du dortoir comme un arc-en-ciel aux 807 nuances à condition qu’ils retombent en plumes de neige sur chacun des enfants du monde.
Mais je ne sais plus si je dors ou si je veille : un rêve d’amour vient de me tomber dans l’œil. Je ne vois plus rien, mes yeux commencent à pleurer...
Déclinaisons d'un aphorisme d'Éric Chevillard. "804… 805… 806… j’avais très rigoureusement repris le compte des herbes de mon jardin en pliant celles-ci au fur et à mesure, cette fois, afin de ne pas me tromper, mais à la 807ème ortie, ma main enflée, engourdie de douleur, n’est seulement plus capable de bouger les doigts, j’abandonne."
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lundi 16 avril 2012
dimanche 8 avril 2012
Le rêve
Je me souviens que l’armateur du navire est un marchand d’œufs de Liverpool. Je me réveille en sursaut. Je suis perdue au centre d’un lit immense. Je ne devine rien de ce qui m’entoure. Vite, une bougie. Et dans son aura, des ombres, des bois cirés qui reluisent, une table de chevet massive, tout ressemble à une chambre conventionnelle, au sommet d’un manoir d’Irlande, sauf l’odeur de goudron, de mèche qui brûle, de tonneaux suris, d’huile rance, d’embruns, et d’un atroce mélange de vieux rhum et de soupe de poissons. Au clapotis des vagues, aux craquements du bois, aux frottements des cordes les unes contre les autres s’ajoutent d’étranges petits bruits que je pense être la cavalcade des rats. Je veux en avoir le cœur net. Je me lève, pieds nus. Ma chemise de nuit est longue et déchirée dans le bas. Je prends la bougie pour trouver la porte de la chambre, sortir et éclairer le couloir...
C’est à ce moment-là que je vois grouiller dans la coursive, 807 poussins d’un jaune criard et duveteux qui se chevauchent dans un joli charivari. Nous étions depuis si longtemps, en panne de vent, dans cet îlot des Caraïbes que la cale s’est transformée en couveuse...
C’est à ce moment-là que je vois grouiller dans la coursive, 807 poussins d’un jaune criard et duveteux qui se chevauchent dans un joli charivari. Nous étions depuis si longtemps, en panne de vent, dans cet îlot des Caraïbes que la cale s’est transformée en couveuse...
vendredi 7 octobre 2011
La compagnie des prurits
Si je n’avais pas les cordes vocales coincées (je crierais), les doigts engourdis (j’écrierais). Mais je suis ligotée par une sorte de transe et je me contente de souffrir en silence. Pourtant, pour un peu, j’écrirais bien mes combats désespérés. J’appellerais ce texte, non pas la Compagnie des spectres, ou la Compagnie des jeunes pianistes, comme le fameux livre que je viens de prêter à Malgorzata et qui raconte les amours incestueux d’un virtuose d’Oslo qui joue du Chopin en pensant à la mère de sa fiancée, non, j’appellerais ça la Compagnie des prurits. Compagnie dans le sens de groupe, de club, de gens divers convaincus de la nécessité de rester ensemble mais aussi compagnie dans le sens d’accompagnement et de façon de lutter contre l’absolue solitude. Car c’est mon compagnon habituel de chaque instant, avec comme pour une partition d’orchestre, chacun sa petite note et son petit vibrato : du suintement voluptueux dans mon conduit auditif, à la raclette de la peau des joues tavelées, sans oublier l’absolue démangeaison de chaque entre-doigt, la rougeur obsédante des chevilles, ma plante des pieds en feu, le gonflement irrité de ma nuque qui semble habitée pas tous les parasites de la plaine de l’ouest américain, l’épaule, le creux poplité, le dessin animé dans mon cuir chevelu sans parler évidemment de zones qui devraient rester discrète mais qui me font me tortiller comme un incontinent obèse dans une salle de concert pendant le boléro de Ravel. J’ai changé mes draps, dépensé des fortunes en paillettes de savon biologique, continué ma collection internationale de crèmes et onguents antiallergiques. Rien n’y fit. Rien n’y fait. Serais-je, sans le savoir la fameuse brebis galeuse de la Bible ? Mais je ne suis jamais allée dans le pays de Galles. Je me griffe les joues par excès de grattage (sans gagner au tirage) et je vois sur ma peau, blanche comme une souris chauve dans un champ de neige suédois, 807 de ces papules, taches, macules, simples boutons de mousticus vulgarus, situés toujours par trois, comme les pies dont les couples amoureux se dotent toujours d’une vieille tante célibataire pour garder les œufs ou comme l’époustouflant mystère de la Sainte Trinité dont je n’aurai pas l’outrecuidance de mêler son puissant symbolisme à mes opéras dermiques. J’ai vu plus de médecins en un an que le rwandais moyen n’en verra tout au long de sa vie. Je ne veux plus en voir un en peinture sauf peut-être le docteur Gachet… Je veux me bagarrer seule.
J’ai commencé une danse synchronisée entre grattage et huile essentiellement essentielle, enfin c’est le pharmacien qui le dit car pour le moment, à part l’odeur qui devrait faire fuir un troupeau de bisons, tout autre effet ne se fait pas sentir. Je change, je varie, je jongle, je supplie le tea-tree de conjuguer ses efforts avec le ravintsara ou la lavande fine, mais rien ne marche, je me gratte et je me gratte encore jusqu’au sang. Vous direz que cela m’occupe. Ce n’est pas faux. J’écris, ce me semble, en ce moment, à cette minute même, ce qui m’empêche de me gratter. Mais je ne vais pas pouvoir écrire toute la vie quand même !
J’ai commencé une danse synchronisée entre grattage et huile essentiellement essentielle, enfin c’est le pharmacien qui le dit car pour le moment, à part l’odeur qui devrait faire fuir un troupeau de bisons, tout autre effet ne se fait pas sentir. Je change, je varie, je jongle, je supplie le tea-tree de conjuguer ses efforts avec le ravintsara ou la lavande fine, mais rien ne marche, je me gratte et je me gratte encore jusqu’au sang. Vous direz que cela m’occupe. Ce n’est pas faux. J’écris, ce me semble, en ce moment, à cette minute même, ce qui m’empêche de me gratter. Mais je ne vais pas pouvoir écrire toute la vie quand même !
mercredi 27 avril 2011
Naissance de l'écriture du 807

Il avait une grande disette prévue dans les jours précédant la grande visite du roi Gilgamesh causée par l’afflux des curieux venant de toute la Mésopotamie pour assister à l’événement. Il fallut stocker, garder, énumérer, concevoir un mode de faire permettant une gestion des richesses céréalières et comme il avait fallu 807 grains de blé pour la création d’une recette de galette spéciale fêtant cet étonnant moment historique, on grava sur les tablettes d’argile, avec le roseau, ce signe qui nous hante encore aujourd’hui. Hors, une réalité, elle-même en relation avec un mot d’une langue déterminée est portée par un ensemble de signes graphiques naturellement perçus comme l’expression visible de la globalité du signifiant linguistique. En d’autres termes, grâce au fruit immédiat et irrémédiable du système prouvant qu’une simple écriture de signes est capable de rendre les segments d’un discours en relation avec une quelconque activité gestionnaire, on comprend l’irrémédiable aboutissement graphique de ce système par désir de mémoire historique, non sans être accompagné, nombre de détails le prouvent, par un système phonique concomitant. L’exemple du signe GI est de ce point de vue tout à fait révélateur. En effet, dès ses plus anciennes attestations, le signifiant de ce signe représentant un « roseau » est utilisé sur le principe du rébus pour rendre un terme homophone. GI signifiant en sumérien « recette » et non pas soldat de tribu étrangère comme il le devint bien des siècles plus tard dans une région voisine du pays sumérien... quoique...
mercredi 1 septembre 2010
#174 – Le loto
J'ai beau tenter de frapper à l'huis sans sept, puisque le chiffre « 7 » s'est décollé de sa porte, personne ne répond. Je sais que se terre ici, en son antre sombre, seul dans sa folie, Louis Sunset, ce vieux flic de la Nouvelle Orléans, atteint d'une crise de paranoïa aiguë, provoquée par un certain Ali Mag qui l'a poussé à extraire de sa vie les récits les plus sanglants vécus dans le Bayou. Je frappe à sa porte, inquiète déjà. Il n'est pas venu depuis dix jours, partager son whisky avec moi, comme il le fait chaque fois qu'il a le blues, c'est-à-dire un soir sur deux. Il ne répond pas. Où est-il donc ? Je descends les trois marches de son sous-sol qui me nargue avec un soupirail à demi fermé par les toiles d'araignée.
Je pousse la porte branlante, je finis par pénétrer dans un capharnaüm digne d'une vente aux enchères ou s'entassent les souvenirs de toute une vie : machine à tisser, raton-laveur empaillé, vélo cabossé, passoire sans trou, ressorts, ferrailles, vieux livres décollés, poupée écartelée, soc de charrue rouillé, jambe mécanique datant de la guerre de 14, mais au fait... voilà un indice : 14 c'est deux fois sept, non ? En farfouillant dans l'amoncellement surréaliste avec cet objet long et rose, comme si c'était une baguette magique géante, je tombe sur la boîte éventrée d'un jeu de loto aux cartes écornées que l'humidité fait pâlir. Il y a bien un huit, un vingt-huit et un trente-huit mais il n'y a pas de sept, de dix-sept, ni de vingt-sept. Cette suite de huit sans sept me fait penser à une vie interrompue par un malheur inéducable, comme une table des dix commandements où ces deux chiffres auraient été désagrégés par la foudre du malheur. Je sais déjà ce que je vais trouver dans la pénombre...
Louis s'est pendu. Il se balance au dessus de tout cet attirail sordide, comme un point d'exclamation sinistre à ce sinistre inventaire à la Prévert. Il est pieds-nus, derrière son huis, sans sept et sans chaussette, pour l'éternité.
Je pousse la porte branlante, je finis par pénétrer dans un capharnaüm digne d'une vente aux enchères ou s'entassent les souvenirs de toute une vie : machine à tisser, raton-laveur empaillé, vélo cabossé, passoire sans trou, ressorts, ferrailles, vieux livres décollés, poupée écartelée, soc de charrue rouillé, jambe mécanique datant de la guerre de 14, mais au fait... voilà un indice : 14 c'est deux fois sept, non ? En farfouillant dans l'amoncellement surréaliste avec cet objet long et rose, comme si c'était une baguette magique géante, je tombe sur la boîte éventrée d'un jeu de loto aux cartes écornées que l'humidité fait pâlir. Il y a bien un huit, un vingt-huit et un trente-huit mais il n'y a pas de sept, de dix-sept, ni de vingt-sept. Cette suite de huit sans sept me fait penser à une vie interrompue par un malheur inéducable, comme une table des dix commandements où ces deux chiffres auraient été désagrégés par la foudre du malheur. Je sais déjà ce que je vais trouver dans la pénombre...
Louis s'est pendu. Il se balance au dessus de tout cet attirail sordide, comme un point d'exclamation sinistre à ce sinistre inventaire à la Prévert. Il est pieds-nus, derrière son huis, sans sept et sans chaussette, pour l'éternité.
jeudi 25 mars 2010
#65 – Le fantôme
La visite de ce cher fantôme, vierge blafarde au drap enroulé autour de son corps gracile et transparent était à peine visible, sur le mur chaulé. Plus qu'un vrai dessin, je devinais une différence de densité, de distance induite, huit couches différentes de profondeur opaque s'étendaient entre le mur de plâtre et moi.
Pour retenir le miracle de ce dessin livide, j'ai pris dans mon cahier une page immaculée et j'ai tracé, sur le vélin virginal, au fusain, les huit formes opalines. Mais mon trait était noir et incongru. Ce n'était pas cela, il aurait fallu une craie, une plume d'oie, une poudre de lait, une mousse savonneuse pour faire le portrait de mon amie diaphane. Le pastel le plus pâle était encore trop foncé. Cette lactescence de son sang de porcelaine, cette vacuité irisée, ce port de Reine des neiges entourée de cent voiles vaporeux, je ne pouvais les saisir.
C'était un signe. Je devais changer. Javelliser mon âme ? Dépigmenter mon passé au sas des souvenirs ? Je devais choisir sept qualités fondamentales capables de guider ma main. Choisir l'audace, la candeur, la charité qui frôle, l'empathie, la tendresse, le pardon, la discrétion pour m'inscrire désormais dans la vie du monde ? La venue de ce fantôme palot était comme un appel pour que je m'efface comme le marbre devant l'albâtre, le lys devant le lilas et la colombe devant l'hermine. Livide et désespérée, comme un clown plâtreux qui se voit enfin dans la glace tel qu'il est. je regardais enfin ma page, il n'y avait qu'un énorme 807 en train de me narguer.
Pour retenir le miracle de ce dessin livide, j'ai pris dans mon cahier une page immaculée et j'ai tracé, sur le vélin virginal, au fusain, les huit formes opalines. Mais mon trait était noir et incongru. Ce n'était pas cela, il aurait fallu une craie, une plume d'oie, une poudre de lait, une mousse savonneuse pour faire le portrait de mon amie diaphane. Le pastel le plus pâle était encore trop foncé. Cette lactescence de son sang de porcelaine, cette vacuité irisée, ce port de Reine des neiges entourée de cent voiles vaporeux, je ne pouvais les saisir.
C'était un signe. Je devais changer. Javelliser mon âme ? Dépigmenter mon passé au sas des souvenirs ? Je devais choisir sept qualités fondamentales capables de guider ma main. Choisir l'audace, la candeur, la charité qui frôle, l'empathie, la tendresse, le pardon, la discrétion pour m'inscrire désormais dans la vie du monde ? La venue de ce fantôme palot était comme un appel pour que je m'efface comme le marbre devant l'albâtre, le lys devant le lilas et la colombe devant l'hermine. Livide et désespérée, comme un clown plâtreux qui se voit enfin dans la glace tel qu'il est. je regardais enfin ma page, il n'y avait qu'un énorme 807 en train de me narguer.
vendredi 16 octobre 2009
675 – Altı yüz yetmiş beş
Lewis sans Sète ne trouvait plus l'éblouissante assurance qu'il était bon d'être vivant. Il n'y avait que dans ce petit port méditerranéen qu'il pouvait respirer. Il avait été longtemps emprisonné à la prison des Baumettes et n'avait sauvé sa tête que grâce à l'abolition de la peine de mort, en ce merveilleux 9.10.1981. Vingt jours plus tard, comme pour se venger, la vilaine camarde avait fauché le premier des libertaires, le brave Georges Brassens, mort, en cette ville de Sète, le 29.10.1981 à 23h16. Date de mort, sans 7, à Sète. Match nul. Assis à califourchon sur une caisse d'anchois au cimetière du Py, section 9, allée A, Lewis, qui avait gardé longtemps le matricule 807 regardait fixement la stèle, et souriait
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