Affichage des articles dont le libellé est @Joachim Séné. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est @Joachim Séné. Afficher tous les articles

jeudi 24 septembre 2015

page retrouvée de la Recherche


Quand j'arrivais chez les Swann et attendais sur le fauteuil dont l'odeur de poussière et de fleur réveillait en moi la douceur de l'attente de l'apparition de Gilberte, qu'interrompait avec un délice tout autre les interventions de Madame Swann pour me distraire, me faire patienter en me demandant si j'avais déjà mangé du cheesecake à la framboise et qu'il fallait absolument qu'elle s'en procure à nouveau chez elle ne savait plus quel pâtisserie des Champs-Élysées qui était en contact avec des new-yorkais charmants, il me semblait que cette attente aurait pu se renouveler huit cent sept fois à l'identique, exactement — le fauteuil, la surprise de sentir ce mélange unique de poussière et de fleur (et d'ailleurs, quelle fleur ? Certes pas l'aubépine mais une fleur toute proche, toute blanche, rare et fragile), la conversation légère et sans importance à laquelle d'ailleurs je ne répondais que par hochements de tête et murmures, tout occupé que j'étais à simplement profiter du moment même de l'attente, de la répétition de l'attente — de sorte que cette huit cent septième et ultime répétition allait m'offrir Gilberte comme la toute première fois où elle m'apparut ici, et non pas avec l'ennui de l'habitude qui a tendance à tasser les sentiments. 

mercredi 26 mars 2014

Extinction

       On dit le tigre en voie d'extinction ? Pas en France ! Où il parade dans des camions bigarrés au baratin hurlant d’un mégaphone promotionnel s’assurant que les enfants qui ne savent pas lire les affiches à tête de clown ne pourront pas ne pas quémander auprès de leur parents une visite dans ce lieu circulaire où le fouet claque.

      (Tel le dernier représentant des poètes, j’irai rugissant promouvoir mes livres en camion-mégaphone.)

       Il faut en ce site assumer totalement mon caractère d’éponge, pilleur impénitent, je fais œuvre de plagiat : c’est la mode, lit-on.

       (Au bout de la 807 ème absence, la légende veut que l'auteur dont il est question ici, sera tout à fait éteint.)

mercredi 4 décembre 2013

Objets


               Cornaline se demande 807 fois par jour comment on fabrique les objets, tous les objets : tables, chaises, crayons, mais pas seulement : comment on fabrique l'eau, l'école, les arbres…


               CORNALINE — C'est où l'époque ?
               MOI — L'époque ?
 

               CORNALINE — Oui, l'époque où y'avait pas de voitures, c'est loin pour y aller ?


               Et nous marchons, d'usine désaffectée en usine délocalisée, dans les espaces vides d'un monde qui ne produit plus, ignorant d'où viennent les choses.


                Heureusement, il nous reste les écrans : 

CORNALINE — Oh non, ça pixellise encore… Les pauvres n'arrivent plus à danser. Ah, ça y est ça pique plus Célise ! 

vendredi 11 octobre 2013


       Éric Chevillard fait le malin, du haut de l’empilement matériel de ses livres Minuit, du haut de son âge avancé qui tend mathématiquement à se rapprocher chaque jour davantage de l’âge moyen de ses lecteurs. Il peut se permettre de danser au-dessus de nos têtes mal numérisées, de se moquer des 47 lecteurs, tout autant, l’ignore-t-il ?, acheteurs de papier que de numérique, et peut-être plus encore : adorateurs de reliques de l’auteur de Démolir Nisard, adeptes guetteurs d’Alexandre Jardin dans son quartier pour lui faire des crocs-en-jambe. Ses 47 lecteurs grisonnant des cheveux et des yeux, tremblants et emportés au moindre souffle de tiroir-caisse de librairie (le 48e est mort d’un arrêt cardiaque dans un tel lieu, arrachant dans sa chute une page de Choir), constituent le noyau dur indispensable de ses acheteurs papier, des lecteurs de son blog, des participantes aux colloques et conférences sur l’auteur de Palafox : les seuls vrais amis qui resteront à l’auteur de L’Auteur et moi quand viendront des temps plus difficiles que ceux actuels où il semble que l’auteur de Mourir m’enrhume se la coule douce et palpe un max, à pouvoir snober 47 lecteurs essentiels, certainement plus primordiaux et indépassables que ses, combien de lecteurs papier ? 806 ? 807 ?



         Tout autre chose, reconnaissons au passage, et saluons, remercions, admirons, envions, essayons d’approcher la force d’Éric Chevillard de faire vaciller la bourgeoisie quand celle-ci, n’ayant de cesse de paraître dans les médias toute pomponnée de transgression et apprêtée de valeurs de gauche, montre son vrai visage à la lecture de la chronique de l’auteur d’un Feuilleton dans Le Monde Littéraire (chaque vendredi, dont nous payons, au passage, et ce jour uniquement, le tarif numérique, à Pierre Bergé et Éric Chevillard, donc), visage de l’autorité totale (sa position d’actionnaire du Monde est significative dans cette affaire), visage du vendeur de papier (et de pixels alors aussi), organisateur de prix récompensant un même papier, ne comprenant pas qu’on ne puisse pas vouloir faire vendre (il prononce "lire", ce qui serait à vous dégoûter du mot) mais utiliser cet espace pour écrire, pour créer, pour écrire sur l’écriture, pour démolir et, indirectement, faire vaciller ce beau visage fripé de collectionneur philanthrope : un bourgeois comme un autre.



L'Autofictif du 9 octobre 2013 :

De part et d’autre, le même refus d’admettre des évidences. Pour les premiers, que le format numérique offre de multiples intérêts, principalement utilitaires — recherche, stockage, légèreté, disponibilité. Pour les seconds, que la tablette abolit tout ce que le livre représentait en soi, comme objet — son identité propre, sa très proustienne qualité de madeleine, la trace griffue et toutes les éclaboussures de notre passage, la simplicité émouvante de cette vieille preuve de notre génie industrieux, puis la beauté d’une bibliothèque, la présence concrète et encombrante comme un piano de la littérature dans notre vie.


            Mais Éric ! Voyons ! Le numérique propose mêmement ses madeleineries ! Les couvertures reproduites sur des étagères de bois numérique, la manière de classer les fichiers, le choix d’une police de caractère par superstition, et les notes prises à la volée et la couleur du surlignage (j’ai même fait dédicacer un livre numérique via commentaire saisi sur la page titre), et les versions d’appareils, de supports, ces plaisirs techniques purement celui pour l’objet (et puis je n’ai pas appris à jouer du piano, la CSP dont je suis issu ne correspondant pas, alors pour l’encombrement il faudra repasser), le contact avec l’écran, doux et métallique à la fois, différent sur tel téléphone que sur telle tablette (et as-tu déjà croqué un écran ? son goût séditieux de pixel ?) dos de ladite tablette rayé également, écran ébréché uniquement, un souvenir y est lié ; et toute la faiblesse de tout ça, qui peut se perdre à tout instant, qu’un vent souffle et c’est une vie qu’il faut saisir pour de neuf… Manquerais-tu d’imagination ? Non… je n’ose le… Ou de pratique alors ? Tu sais bien que le web est un livre, des livres, pourtant… Ah… toi, l’auteur de Sans l’orang-outan qui a un jour eu la chance d’être lu par Natalie Dessay, qui osa remplacer pour sa lecture le sujet par sa présence à elle, dans ce corps à corps… Enfin, si l’on perd ce que l’objet livre avait, il faut voir que, d’une part on ne sait pas s’il ne restera pas des livres (pour enfants, de photos, d’art, à beau papier, à plier, peints, découpés : des formats et usages particuliers…) et d’autre part : et alors ?, tu te mouches dans du parchemin, toi ?

lundi 26 août 2013

807 ter(re)


               Il avait lancé un appel qu'il ne suivait pas lui-même, préférant rester cloitré chez lui, volets fermés, dans la peur de la foule qui par millions n'avait pas manqué de sortir dans les rues et d'écrire sur les murs des 807, de relever des 807 dans des vitrines, de photographier des 807 sur les gens, les animaux, les voitures, les bus, les trains, d'arracher des 807 à ceux qui en portaient au cou, aux oreilles, aux joues, à même la peau, 807 tatoués qu'il fallait bien arracher à vif.


             Un jour, des mois plus tard, un petit matin calme et désert, alors que tous les autres dormaient, abattus par leur quête incessante du nombre, il sortit enfin de sa retraite et pu constater l'étendue du carnage à quelques traces qu'il releva dans la poussière.