Déclinaisons d'un aphorisme d'Éric Chevillard.
"804… 805… 806… j’avais très rigoureusement repris le compte des herbes de mon jardin en pliant celles-ci au fur et à mesure, cette fois, afin de ne pas me tromper, mais à la 807ème ortie, ma main enflée, engourdie de douleur, n’est seulement plus capable de bouger les doigts, j’abandonne."
J’étais un peu ivre je l’avoue. Il faisait nuit et pluie, je le concède. En traversant cette rue étroite à sens unique, j’avais pourtant bien regardé à droite puis à gauche. Alors, ces feux rouges de cette voiture, ils auraient dû s’éloigner, forcément. Bien trop engagé en ce milieu de chaussée, bien trop imbibé pour mettre en action la mécanique complexe de mes reflexes, j’eus néanmoins un sursaut de lucidité pour imaginer que la marche arrière était aussi une option d’utilisation sur la plupart des véhicules à moteur. Un poil trop tard, j’en conviens. Alors, pourquoi perdre mes forces à vouloir m’extirper de ce pneu bien trop lourd pour mes petites entrailles ? Et quelle victoire célébrer en parvenant à hisser mon visage sur la plaque d’immatriculation qui était bien trop près pour en décrypter quoi que ce soit ?
Lorsque l’automobiliste enclencha la première et que sa carrosserie s’éloigna de mon visage, ce fut donc un réel plaisir, malgré cette ultime douleur fatale, de pouvoir lire en lettres d’argent : 807.
Un peu moins idiot, je libérai mon dernier souffle.
François avait tellement tanné Patrice qu’il avait fini par accepter. Il ne faisait pourtant pas partie de ceux qui puisent leurs mots dans la contemplation de l’océan. Les plages aoûtiennes ou les tempêtes d’hiver, ça n’avait jamais été son truc. Mais la formule en pension complète – 807 euros pour dix jours – était alléchante. Patricia et lui avaient besoin d’un break. L’argument ultime de François l’avait convaincu. L’endroit proposait une table gourmande : crabes, poisson pêché du jour, plateau de coquillages, far aux pruneaux et aux algues, riz au lait, kouign-amann, cidre maison... Tant pis, il contemplerait la mer.
« La Grande Marée, chambres et table d’hôtes, résidence d’écriture. Une île, un lieu inédit, une porte ouverte sur la mer, l’horizon et l’inspiration. Nous proposons plusieurs formules d’hébergements. N’hésitez pas à nous contacter pour de plus amples renseignements. »
Il y avait eu la traversée en bateau. Rien à voir, à part quelques cailloux noirs et trois grands oiseaux qui avaient filé à la surface de l’eau. L’arrivée sur l’île avait été plaisante. Même hors saison, la Grande Marée était apparue comme un lieu charmant, à l’image de ses hôtes. La chambre comportait un bureau, un lit moelleux et une vue sur mer. Le repas du soir avait rempli les estomacs et un Pommeau maison avait favorisé la digestion. Ce n’est qu’une fois dans le noir, que l’évidence s’était imposée à Patrice. Entouré de ce silence plein de vie, propre au lieu isolé, il avait réalisé qu’il allait follement s’ennuyer.
Sur le chantier, les grues fournissent des perchoirs de halte aux oiseaux hors d’haleine. Nous sommes en pleine migration. Des battements d’ailes, pour faire le tour de la terre, on ne les compte plus.
Mais voilà, ils gênent, ces oiseaux, ralentissent le chantier avec leur nidation. C’est fort de café d’admettre que des oiseaux, si petits, si légers, ces chiures de la nature puissent tant emmerder les entrepreneurs.
Une grue de société, bien nippée, talons aiguilles, mini-jupe et produits L’Oréal badigeonnés, se demande ce qu’elle fout sur ce chantier d’entremetteurs. Mal payée, elle dégorge des bourses. Pas celles qu’elle voudrait. Elle rêve à une grande migration tout en comptant ces ronds. 807. Encore combien de battements d'ailes pour changer d’horizon ?
Devant le miroir, grimaces pour détendre les zygomatiques. Bleu les paupières, sourcils veloutés, vermillon aux lèvres. Robe moulante, elle flotte dans le noir. Pulsation du coeur, un rétrécissement à chaque battement. Le manque d’air aplatit ses poumons, resserre la cage thoracique. À tâtons dans l’obscurité, les doigts suivent l’épaisseur du rideau, un pas, puis deux, puis trois... Jusqu’au vide, la scène béante, un trou de lumières.
807 paires d’yeux figés dans un silence épais comme une attente, suspendus à ses lèvres. Elle articule un son, sa voix soulève des spasmes à lui faire éclater la cage thoracique. Pas le moment de flancher. S’amarrer à la feuille, les mots qui déferlent, un torrent cacophonique. 706 paires d'yeux écarquillés. Se ressaisir. Elle plante son regard dans la 605e paire d’yeux interloqués. Ça s’agite autour d’elle. Tenir le cap quand ils s'éclipsent, laissant derrière eux 504 paires d’yeux liquéfiés. Poursuivre, quand 403 paires d'yeux médusés la dévisagent. Se cramponner, malgré la porte qui bat aux vents et ces 302 paires d'yeux effrayés. Reprendre son souffle. Une pause. Elle remet ça, la tête enfouie dans la feuille, faire fi des 201 paires d’yeux terrassés, et tant pis si 100 paires d’yeux la toisent...
Ça va mieux, on dirait. La voix s’est posée, le palpitant au repos. Un dernier texte, donc. Inspiration suspendue... alors qu’elle cherche vainement une paire d’yeux à laquelle se raccrocher.
L’enfant appelle dans la nuit. Sa mère ne vient pas. Il n’ose pas bouger et voit, dans les ombres projetées à travers les persiennes, une savane incendiée où fuient des animaux. 807, exactement… Il s’endort au petit matin et s’éveille adulte, le regard ouvert sur le vide blanc du plafond. Sa mère a disparu depuis longtemps. Elle n’est jamais venue à son secours, la savane a fini par s’éteindre et les animaux en feu ne viennent plus jamais se réfugier dans ses rêves. Il avait pourtant appris à les aimer et à ne les plus craindre...
Mes animaux doux aux yeux d'énigme, d'où veniez-vous, où êtes-vous ? Girafes aux jambes d'herbe, muettes au trop long cou. Mouettes au long cours, ours tranquilles aux mains de miel, en quel sommeil nous aimions-nous ? Et vous, les deux grands bœufs aux sabots de boue, quelle chanson nous vit peiner au creux d'un labour lourd ? Mes chenilles de soie, quel cocon nous protégea ? Qui dévida notre écheveau pour tisser sa robe de noce ? Eh, Cheval des vents ! Petit cheval blanc toujours devant, souviens-toi du trèfle sucré. Nous y dormions debout appuyés sur l'air, bercé par le bêlement des agneaux de lait, mes petits frères de laine. Petits nuages des prairies, quelles tétines d'étoiles tétions-nous sous la voie lactée ? Vous les éphémères, quelle seconde parfumée nous parut un siècle et vit notre chute sous la lampe ? Toi, le taureau rouge, notre sang comète quelle banderille glacée le fit jaillir et rouler mercure sur la poussière ? Quelle clameur mourut avec nous sous l'astre blanc ? Souviens-toi nos coups de cornes contre les vantaux fermés ! Vers quelle ellipse glissons-nous sans fin ? Ce coup au cœur !
Ils meurent les animaux, ceux des rêves et ceux de la réalité. Il repense à cette vieille photographie, un matin de Noël. Il avait le regard clair sous un large chapeau de feutre et brandissait deux colts de plastique. Il a encore l’odeur neuve de la panoplie dans les narines. Il ferme les yeux et cherche le sommeil. Cow-boy de mes nuits d’enfance, fais entrer dans le corral mes animaux tristes et ne chasse pas les oiseaux gais qui picorent leur crottin.
Les années avaient tissé entre eux une redoutable intimité. Elle aurait bien voulu le quitter mais elle ne voulait pas faire le malheur d’un homme dont elle avait pitié. Elle avait horreur d’avoir pitié de lui, mais cette pitié, pourtant, lui en imposait 807 fois. Elle voulait aimer son amant sans faire de mal à son mari.
Il y eut une époque où les gens comme vous me faisaient peur. Il y en eu une autre où je leur rendais coup sur coup. Maintenant j’en aurais plutôt pitié.
« Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d’eux, ils en diraient bien davantage. » Au moins 807 fois plus.
Il y a le merveilleux il y a l’irréfutable il y a les divagations de l’esprit les asiles psychiatriques les grains de sable les larmes qui ne servent à rien il y a la programmation l’agitation des poissons hors de l’eau il y a l’ironie qui blesse les biotopes un Airbus dans le ciel du Pakistan il y a ce qu’on ne comprend pas les faveurs des puissants il y a l’apostasie la haine féroce il y a quelques Peugeot il y a le flou figural une pelouse il y a les vieillards mourants l’horlogerie fine la violence des vagues les portes fermées du ciel les tueurs en série il y a les alcools forts il y a le boulevard du Maréchal-Leclerc il y a les stages de formation continue il y a les amis il y a les sept nains le forfait des clepsydres les coïncidences il y a la mémoire qui flanche les lourdes symétries il y a les pneus dégonflés ta langue dans ma bouche les marguerites et les pâquerettes il y a le fair-play il y a la réticence il y a les tard-venus le temps d’avant la disparition de l’homme il y a les cours de recyclage l'ancien sigle d’un commerce de produits alimentaires il y a la bise les nuits d’amour il y a l’expérience il y a ceux qui cherchent du travail il y a le calvados il y a les carrefours il y a les lieux auxquels on s’attache l’allure des nombres le régime sans sel les bas de page il y a les pépins en série son numéro de téléphone il y a l’argent jeté par les fenêtres les mille-feuilles le jaune il y a les baies vitrées le jeu des chaises musicales il y a ce qui n’en finit pas de mourir les urgentistes il y a les restes de la vaisselle du monde il y a les personnages secondaires les élans mystiques il y a les décisions qu’il faut prendre les blagues qui tombent mal les deux mots qu’on ne dit pas les fins de série il y a les sucettes à l’anis il y a les galets plats hors de l’eau il y a les préliminaires il y a la face du monde qui aurait pu changer il y a les nuits trop courtes les retardataires les œufs les déménagements il y a le pain sur la planche les limites à la patience il y a le lascar qui louche le prix Nobel les ronds dans l’eau il y a le voyage autour de sa chambre les ruses de la raison il y a les frères et les sœurs l’Arc de Triomphe les réminiscences de choses idiotes il y a les spectacles qui ne valent rien les fuseaux horaires il y a le cagnard il y a l’ombre de la victoire de Samothrace les corbeaux solitaires il y a des types formidables les cimetières les sottes recommandations la légende il y a Lausanne il y la convoitise il y a le ciment à prise à rapide il y a le fruit du hasard il y le visage de Samuel Beckett les injections létales le premier café le marchand de viande il y a la bienveillance les listes interminables il y a la double digestion le sacre de Charlemagne le néant il y a les pièges de la concision le béton il y a les recherches sur Google les yeux grand ouverts dans la nuit il y a les journées d’études il y a les points à la ligne l’assentiment il y a les matches de boxe les croissants frais sur le zinc les pandémies les condamnations il y a les têtes des Jivaro il y a les chiens lâchés il y a les droits qu’on s’attribue il y a Waterloo il y a les excès les fâcheries les références authentiques une machine à coudre et un parapluie il y a les voyages en train la magie il y a la page 48 la doyenne de l’humanité les tâches auxquelles on renonce il y a les femmes qu’on n’oublie pas la suffisance des prétentieux il y a ce qu’on trouve bien il y a les gros célibataires les hurlements de Fellini il y a les égarements de la providence notre stupidité le besoin d’absolu les lettres d’excuses l’ineptie des modes les passagers du train Paris-Le Havre il y a un saut d’eau salée le sable les maigres outils pour affronter la vie Princesse Apocalypse il y a le double visage de la réalité il y a ce rien que nous sommes le pied des murs les fous rires il y a une définition de l’aphorisme quelques âmes charitables la retraite d’un écrivain la tour de Pise il y a un huis-clos le trèfle une tondeuse à gazon un poème de Paul Celan le langage des charcutières il y a les enfants des rues les marches aux portes des palais Marcel les contrats à durée déterminée les nouveaux riches l’exclusion il y a la critique littéraire un crieur de bonnes nouvelles l’amour courtois le gazon de Wimbledon le remboursement des dettes il y a l’œil du coiffeur il y a des bottes de paille les haies le désherbage la main du Diable des rediffusions il y a une caisse d’anchois les origines de la crise les feux de l’enfer des rustines une moissonneuse-batteuse il y a un compte à rebours les relations contre nature les lattes fatiguées d’un vieux lit il y a même une fable il y a le Président de la République il y a les portes du Paradis un mot de toi ceux qui sont au pied du mur il y a un ceinturon les poches arrière d’un jeans la mayonnaise des agents spéciaux il y a l’idée lumineuse d’un sergent les premiers flocons de neige l’aubier des arbres centenaires il y a des pots de confiture les reflets verdâtres du marais les dompteurs de puces les affaires pliées les cœurs éclatés les assoiffés du désert un étrange mille-pattes les marigots il y a un nombre triste un bouquet final l’amour de la performance la langue suédoise les dimanches les bayous les livres qui ne se vendent pas il y a la totalité des malheurs de timides essais de conceptualisation il y a les chuchotements les chagrins qui sont à demeure quelques enfants illégitimes de l’allégresse des suicides manqués il y a une épitaphe extraordinaire il y a des ascenseurs il y a le sida des claquements de portes il y a l’autel des incertitudes des chiffres et des lettres il y a l’osier les ascensions alpines l’odeur de l’ambre solaire il y a ce qu’on ne dit pas il y a les objets perdus les conjectures l’arrivée au port il y a la salade pommée une kyrielle de moineaux les rousses le mercurochrome il y a les bonnes manières le mauvais temps les cures d’amaigrissement il y a des images de vierges il y a une course d’escargots le Q.I. des traders le vieillissement prématuré les mille et une raisons d’aimer la première barbe l’impatience du Chaperon Rouge il y a les demandes inutiles il y a ce qui a lieu mine de rien les inséparables l’obéissance des enfants les longues attentes l’abandon il y a les proverbes il y a des moutons à l’œil vengeur la candeur l’effet domino une annexe aux traités de Tilsit la burqa il y a Madeleine Berger les plages bretonnes le souvenir de la bataille d’Eylau il y a Yvonne et le Général les commencements de l’Histoire les 35 heures le reniement de saint Pierre le quarté un marchand d’échelles il y a la Mer Rouge d’étranges royaumes
il y a les difficiles cohabitations il y a les jours de pluie le mouvement ouvrier les étoiles il y a la famille des ombres le Mont-Blanc les inusables chemins l’évidence il y a l’effondrement d’une tour les rendez-vous manqués il y a des prophéties la douce folie il y a celle qu’on voudrait cueillir au milieu de la foule les diagonales il y a les dimensions de nos vies d’autres saisons les merveilles du monde des parkings il y a demain Indianapolis des occasions la tentation d’une vraie vie il y a le mardi matin les reconduites à la frontière le temps des retraites les obsessions il y a l’illettrisme le paysage du livre le mois de mars les trains qu’on a comptés dans la nuit il y a Combray aujourd’hui la vie d’étudiant le fond du jardin il y a l’allumeur de réverbères la mauvaise herbe il y a un fleuve le Goncourt les dés pipés les vices et les vertus une ceinture brodée il y a ceux qui cherchent les poux il y a une théorie des genres littéraires la colère des lecteurs le refus il y a Pompidou il y a aussi la dèche une méditation sur l’avenir les marges de l’histoire la dureté du bois il y a les écrivains qui tiennent à la gloire les canapés au foie gras les majorités relatives le soutien psychologique il y a les bonnes raisons il y a les arnaques des rêveries le chapelet des idées reçues les faux espoirs il y a Orly le dimanche l’histoire d’un Inuit des nuits blanches le tour du monde il y a les lignes de fuite il y a les fois prochaines la plongée sous-marine l’oubli il y a Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski il y a Cyrano il y a un seul taulier une tête coupée les dernières secondes d’une vie les files d’attente il y a ce qu’on s’est mis en tête un rêve de Joachim les nymphéas il y a les brutes zélées l’indiscrétion du lecteur des batailles l’île Maurice une lettre d’amour le grain de la voix il y a le désert les horloges les décharges il y a les décombres les regrets une seconde vie les éclats de rire il y a celui qui n’est pas des nôtres il y a un fringant jeune homme la patience de Noé Pluton au périgée la grille derrière laquelle attendaient les réfugiés les trains de la mort les colonies de fourmis les regards terrifiés il y a les boiteries la honte le bob il y a des mots rares un gars tout seul au coin de la rue la fierté les constats affligeants il y a la chasse au lièvre une joggeuse les punitions les pièges du miroir la position des tireurs les soupirs les boules de cristal les cruelles certitudes il y a Philémon et Tristan il y a la grammaire le libre accès les mousquetaires le vote électronique il y a des manifestants des messages d’insultes le soleil qui fait grève un psychanalyste à la retraite il y a toi et moi il y a une chanson de gestes des apparitions il y a Dieu les choses de moindre importance il y a la fatigue le plagiat les dimensions de la bêtise la patience les coups de chance le bout des champs il y a une pile de chemises un Petit Larousse des insomnies le ciel au-dessus de nos têtes le courrier du monde entier la maladie qui vous cloue les fumeurs et les autres il y a l’Atlantide il y a des faussaires un porte-monnaie vide il y a la commune de Fernoël une approche avortée de l’infini le voisinage des contestations il y a Noël l’ami Pierrot la réparation des injustices il y a l’Internet les noces de l’ennui et de la contrainte il y a les paris un écrivain gros et fier la danse moderne et classique les hommes à principes les femmes de Casanova et Casanova lui-même il y a une bande de désœuvrés l’autre calendrier le règne de Charlemagne il y a sa liaison supposée avec Adalinde les lettres de rupture celle qu’on a retrouvé dans l’étang des larmes il y a les poèmes dont on ne se souvient pas les brouillons les pages blanches les grains de beauté les rondeurs démodées le chef du casting une femme de ménage l’enfant qui réclame une histoire il y a même les cuisses de Blanche-neige le dernier voyage il y a Jules Hetzel ce qui persiste deux policiers toulousains les raison d’un refus l’inhibition du pape il y a les livres qu’on ne lira pas le temps perdu la sérendipité naturellement la recherche du silence il y a la république des livres les statistiques une bougie les derniers jours il y a la guérison trois fois trois fois rien il y a des opérations arithmétiques il y a quelques tours de passe-passe il y a le désespoir il y a celui qu’on a oublié dans une prison l’ombre de Ponce Pilate il y a un wagon de cinglés il y a les statuts des jeux en ligne il y a le temps des cerises les défaillances humaines des bouteilles un concours d’orgasmes en couples il y a l’un dans l’autre il y a des péripatéticiennes un amateur de chiffres ronds il y a des langues inconnues il y a de grosses bêtises il y a la corde à laquelle chacun tire un voyage sur Mars il y a Don Giovanni deux poussettes il y a des huîtres les années 30 à Chicago les gâteaux à forme ridicule Schrödinger un chef-d’œuvre inconnu il y a les rendez-vous il y a les bien que un puits au milieu des plates-bandes les bourgeoises de Pont-l’Évêque il y a un enfant de cœur il y a le livre de trop l’art contemporain il y a ceux qu’on disqualifie le tiercé le poing dans la poche il y a le loto la haine sans raison les excuses il y a un huis sans serrure il y a la météo la télévision il y a les réjouissances les royaumes pourris il y a un hérisson un centre commercial les dés pipés il y a les instruments de domination il y a le besoin de se renouveler la bêtise l’arrogance les caresses il y a sept corps dans un puits l’ambiguïté les occasions ratées la générosité des mères il y a les journées qui durent le bonheur des pères la petite forme les anglicismes la distance qu’on prend pour y voir clair les nombres sans-grade il y a bien plus il y a l’infini qui guette les ovations à Avignon nos ignorances les sévices l’avenir qui donne tort un manifeste poétique le public il y a les coups de main il y a les préférences les raisons de continuer il y a les pourquoi les fraises la vie après toi il y a la sobriété le grand guignol des grandes gueules l’électricité Tokyo les pingouins du pôle Nord
il y a les promesses non tenues Leonardo Fibonacci un évêque des taupes il y a les cactus les mises en examen les effeuilles la route entre Rome et Amsterdam le désir de partir un rond-point une marquise il y a les grosses colères les quais de gare il y a les appartenances les illuminés de Salt Lake City la reconnaissance les miettes de pain la longueur de la page il y a la rage il y a ce qu’on attendait depuis longtemps les refus le temps d’avant les réincarnations le harcèlement un majordome il y a les petites épiceries les nœuds de vipère une mercière il y a les tragédies de la route l’absence du père il y a le château d’Oliferne la saveur de certaines proses l’aveu les coups de pied qui se perdent les équations sans réponse des licenciements il y a une chute vertigineuse mille raisons de refuser les estuaires le travail recommencé les ports les noms d’oiseaux la lisière des bois il y a l’immortalité les ronds de fumée les changements de cap les arrêts maladie la nostalgie les promesses d’éternité des sources et des lacs il y a les grand moulinets les dispenses les passages à tabac les polars les éliminations sommaires il y a ta vie les clés de Saint-Pierre la tiédeur de l’enfer les homélies pascales il y a l’olivier centenaire les passages à blanc les habits de printemps les justifications il y a des imprécisions il y a les retards l’autosatisfaction les degrés de l’humour les rires les agences de presse les imitations qui mettent mal à l’aise l’huile oubliée sur le feu la vérité du Petit Poucet l’enterrement du mouvement surréaliste il y a les mouches il y a la bravoure le livre des records il y a ceux qui passent à travers les murs il y a ceux que l’imagination n’étouffe pas les gants blancs l’amour des comptes ronds le vouloir dire les petits réflexes câlins les bons côtés les supplications un confessionnal il y a les derniers cheveux le bilans des gains et des pertes les taches de rousseur il y a des râteaux et une pelle il y a les bonbons Robert Desnos les mensonges le zéro les examens l’encre rouge il y a le clin d’œil des étoiles l’extrême onction les frasques de coco il y a des dépositions il y a les mauvaises raisons l’inutilité le vieil Armand le chapelet des petits emmerds les aboiements la tonsure des moines il y a un père et sa fille dans un parc il y a les petites pierres blanches l’heure qui passe la durée le type qu’on fête le geste tranchant des géants les confidences il y a un gâteau d’anniversaire il y a des bougies il y a l’agitation l’assiduité il y a ceux qui s’y croient il y a un sonnet il y a des vies minuscules le réveil l’Académie française les prétextes l’ordinaire l’appel du 18 juin il y a un hymne national il y a les cortèges de sottises ce vers quoi porte le regard les constructions de demain les curiosités linguistiques les superstitions les yeux des fous il y a les gadgets il y a les robes de mariée la scansion les pauvres espoirs il y a les fiches de cuisine les lamentations le pressentiment l’entassement des saisons les manies inaperçues les vieilles bouteilles il y a les trompettes de la renommée il y a ceux qui ont un chien le pourrissement des morts un rêve d’Ubu l’herbe verte au retour du désert les sifflements du vent les pâtes de fruits les crevaisons il y a une cahute il y a les trompe-l’œil vieillis le Paic citron il y a les recommencements les jolies brindilles les déjeuners sur l’herbe les déclarations la correction les hérissons qui se hâtent sur le bitume la crise il y a les professeurs de philosophie les arbres à came il y a l’immanquable la pagaille les inondations il y a des revenants il y a des cactus il y a les syllabes l’âge mûr il y a Shakespeare l’ombre du maître le cancer de la gorge la Guilde des avocats de la ville de Dijon le prénom oublié d’Alzheimer les salariés au lendemain de leur licenciement il y a l’hôpital Sainte-Anne il y a les bonus il y a ce que tu vois dans la glace les sondages les rencontres de Chaminadour les restrictions budgétaires les exigences tyranniques l’oubli des proches la ponte les cueillettes il y a le tournage d’un film il y a les gargotes les méthodes pour bien lire une paire de bottes les apôtres les quelques secondes de trop les exercices d’admiration la contagion le confort il y a des réussites il y a les poignées de mains il y a ce qu’on oubliera il y a les employés des douanes les victoires qui lassent la dépression l’inlassable circulation des hommes les cris de la victoire il y a la fin des vacances la démission des leaders le cercle de l’horizon il y a un bouclier de cuir à l’ancienne il y a les mesquineries les plaintes qui n’aboutissent pas la relativité du temps la princesse de Clèves la jalousie la nécessité les 400 coups il y a la roulette russe la répétition des mauvais souvenirs les airs fripons il y a le ridicule les excès l’histoire qui défile le découragement la guérison il y a le regroupement de militants fanatisés les ravissements le consentement au premier baiser les habitudes qui franchissent les générations il y a un billet de 1 000 dollars la bouche qui te regarde les séances chez le psy il y a les tablettes d’argile la récursivité la rébellion de personnages en papier il y a un ange dévasté il y a cent mille milliards de poèmes il y a les casse-tête les allées du Père Lachaise sept oranges à Alicante la légitimité obtenue au forceps le débarquement à Cythère il y a l’avenir du livre numérique il y a la preuve par l’absurde la supériorité des formes brèves les beautés en bikinis le Boudpokistan il y a l’inattention les yeux dans le vague les groupes des pression il y a des poulets en vadrouille il y a une élection il y a les coups sur la tête les recours à ce qu’on ne saurait disposer les maux de dents les bons perdants le manque d’idées l’évidence à laquelle on se rend l’armée monégasque les combats d’arrière-garde il y a ce que tu me dis le livre des records il y a les excès de bière les explications confuses il y a une soutenance de thèse il y a les gorges chaudes les prés fauchés il y a les charpentes les révoltes populaires il y a l’Afghanistan les oui mais il y a les engagements précieux les fabuleux destins les balades en bateau il y a ce qu’il faut bien admettre
et pendant que tu blablatais sur le clinamen la procastination ou la sérendipité, pendant que tu baisais ta femme ou faisait l'amour à ta maîtresse ou inversement, pendant que tu disais à ton fils de ne jamais mentir de ne pas dire de gros mots, lui, il connectait 807 fils, les soudait en suivant scrupuleusement un schéma technique ; pendant que ta mère t'apprenait qu'elle avait un cancer ou que ton père ne se souvenait plus de ton nom, pendant que tu trinquais avec ton pire ennemi en souhaitant longue vie à votre pacte, lui, réglait l'heure, enregistrait, enfermé dans sa cave ; pendant que tu riais avec ton meilleur ami comme vous le faisiez vingt ans plus tôt, deux crétins volontaires, pendant que ta compagne t'adressait un sourire en caressant son ventre, lui, dépouillait une saison en enfer, page à page, ajoutait en soustrayant ; pendant que tu murmurais comme une plainte seul face à la mer avec une guitare désaccordée une chanson de Nick Drake, pendant que ton premier enfant poussait son cri inaugural, pendant que le libraire disposait ton premier livre sur les étals, lui, terminait sa bombe, enrubannée de bleu
ne voyez-vous pas l'ombre approcher ? allons chercher nos casques, rendez-vous dans l'abri avec quelques bières pour tromper l'attente ; le kamikaze ne renoncera pas
Le moment est venu pour la femme de rejoindre Vulcano, la septième île éolienne, l'ombrageuse, celle qui pue l'œuf pourri à plein nez dès l'accostage. Elle crache haut et sans discontinuer de longs lambeaux jaunâtres. Statufiée sur la lèvre du cratère, Claire se détourne des effluves jaunâtres et découvre à ses pieds ancienne et minuscule île qu'un banc de sable a réunit au volcan, la Vulcanino devenue presqu'île. Avec Vulcanino, temps, vents et sable ont conjugué leur force pour réduire les huit îles éoliennes d'origine aux sept actuelles.
Feuilles jaunes cliquètent, brise lui caressant la joue aussi tendre qu'inattendue. Ne sait encore la raideur de l'ascension et de bon cœur s'engouffre sur un chemin crissant. Débouche, enfin où rien ne se prolonge, explosions intermittentes des filaments de lave expulsés par Stromboli. Noir, ardent. Du surplomb où essayer de reprendre son souffle, frémir des crachats flamboyants retombant en taches écarlates avant d'être absorbés par la nuit. Ici, sans préavis hurle la terre ! Que le sol se tord sous les pieds ! Ça lui tourneboule drôlement la caboche. Claire en oublie son nom, elle s'appelle comment déjà ? Dans le brouillard du transit, la femme échevelée note, au fur et à mesure, les îles visitées. Il y a eut Panarea, l'île des yatchs; Salina qui se grimpe dans la douleur, un cratère de roches andésitiques aussi éteint qu'elle met les muscles en feu... Puis Lipari, la capitale où gelati limone dégoulinant sur les doigts, elle a languit dans des ruelles encaissées jusqu'au dernier appel. E le nave va...
La nuit suivante dans un chalet de pin à 800 mètres au-dessus de la mer, l'amnésique rêve d'Etna, plus précisément d'une éruption qui embrase l'Etna. Des gaz, ils remontent en hoquets abrupts, explosent le bouchon de lave refroidie qui retenait la bile de la terre. Imprévisibles et massives, comme celles de 2002, des coulées épaisses ravagent tout. La tectonique sous-marine embraye. Un tsunami se déclenche. Schhhhhhoo ! Une déferlante recouvre les îles éoliennes, toutes, d'un coup. Hormis Vulcanino. Son promontoire noir émerge. Vulcanino surnage, rescapée, dernier caillou de silice et de souffre, la huitième sans les sept autres. Libérée, enfin...
Comment repérer un flic déguisé en lycéen casseur ? Il n'a pas 807 boutons d'acné sous la cagoule.
Plus d'essence sur le boulevard périphérique, le fleuve métallique figé. Silencieux, y regarder pousser les brins d'herbe et les compter, jusqu'à 807 et au-delà.
Les marées d’octobre charrient des goémons noués jusqu’au fond des ports de brume, des étroits rias. Algues vives indifférentes aux courants, aux désastres, au chant des sirènes.
Dans le port, 807 poissons portés par les courants frôlent de leur transparence les coques des chalutiers avant de s’envoler, poignards au bec des mouettes qui toujours surveillent et volent, survolent et veillent, inconscientes par leur vol d’éveiller celui de nos ailes rêvées. Elles tirent vers les airs la terre plane sous nos pieds et nous emportent, ouïes claquées, volés, envolés.
Près du phare, la lame opale déferle et noie la jetée. Le dernier matin marin, devant la mer, l’amant amer attend la vague comme on attend le dernier bus. Soudain, la gerbe d’écume... La mort liquide. Tout.
Alors qu’il avait déjà réalisé 806 galaxies, le Créateur fut pris d’un doute. Tous ces trous noirs et autres imperfections ne nuiraient-ils pas à son image ?
Tout en se grattant la barbe qu’il avait déjà longue, il réfléchit un moment qui lui sembla une éternité et se dit qu’il continuerait. Après tout, Rome ne s’était pas faite en un jour. Et Paris non plus.
C’est ainsi et pas autrement que fut créée la galaxie 807. Certains, et pas des moindres, la disent aussi parfaite et équilibrée qu’un triptyque.
Ô Campagne, le vent qui feuillette tes peupliers et tes champs de maïs, l’éternel gargouillis du ru, ta reposante musique à mes oreilles, et tes mouches sur mon beurre.
On surestime beaucoup le temps libre, surtout quand il pleut en vacances.
Pour repérer le parisien en Touraine, il suffit de chercher, dans n’importe lequel des 807 Super-U de la région, le chariot plus rapide.
« Je cherche un homme » répétait Diogène en parcourant la ville d'Athènes avec sa lanterne.
À Œdipe qui se demande comment retrouver à cette heure la trace incertaine d'un crime si vieux ? Créon répond : « Ce qu'on cherche, on le trouve ; c'est ce qu'on néglige qu'on laisse échapper. »
Et toi pauvre insensé, que réponds-tu à celui qui te demande ce que tu cherches au cœur de ces lignes, et que tu ne trouves pas ? Dis, que réponds-tu ?
Le visage de Peter apparaît flouté. À ses côtés un homme en blouse blanche, charlotte bleu ciel sur la tête. Un gros tuyau en plastique transparent s’échappe de ma bouche sèche et pâteuse et me relie à une machine qui bipe. 08h07 indique l’écran vert qui clignote à côté du lit.
La douleur distille son poison, me vrille l’épaule, descend dans l’extrémité des phalanges, remonte le long de ma jambe gauche, me transperce le crâne jusqu’à la racine des cheveux. Vague de feu ravageante, je voudrais retrouver le doux cocon de ouate et la lumière blanche qui m’enveloppait de sa douceur.
La charlotte se penche, les lèvres monstrueuses se rapprochent : « Je suis désolée Madame, mais nous avons dû vous amputer des deux membres ! »
Un écrivain manquant de lecteurs Découvrit chez un vieux brocanteur Sous un amas de vieille poussière, La plume d’une ancienne sorcière, Et se dépouilla pour son achat. Il retourne à son logis fébrile Et la fait respirer à son chat, Qui change aussitôt de domicile.
Il n’eut cure de ce noir présage Et mit à sa plume tant de rage, Qu’au petit matin, tout somnolent, Il avait écrit 807 pages Dans un incomparable talent, Parsemées là, sur son carrelage.
Il sombra dans un heureux sommeil Tout peuplé de beaux rêves vermeils. Mais au réveil il dut bien admettre Que la plume avait repris ses lettres.
Ils étaient 80,7 enfants devant la maternelle à brandir leurs banderoles fleuries en chantant « Nicolas, nous voilà... ».
Il y avait 8,07 vieilles femmes enragées devant le Pôle emploi à hurler pour qu'on donne du travail à leurs petits-enfants, et vite !
Il y eut 807 usagers de la SNCF en gare de Tain L'Hermitage-Tournon (buvant du vin offert par la cave coopérative) massés derrière une pancarte proclamant « le travail c'est la santé ».
La pluie cesse. Au fil de la départementale, le miel des foins coupés, la senteur chauffée des troènes invitent à la sieste mais je n’ai jamais su m’arrêter. Comme si je n’avais pas le temps.
Je conduis machinalement, perdu dans mes pensées. Les kilomètres défilent. Le 807e meurt sur le cadran. Je traverse les premières banlieues d’Île-de-France qui me gâchent le plaisir de rouler. Je me perds dans le lacis des routes et des échangeurs. Le béton colmate le paysage. La ville s’alanguit dans les rayons roses du couchant, percée de meurtrières, hachée de passerelles, grouillante, lacérée par le bistouri des voies express. Elle fuit en perspectives vertigineuses : jetées de béton sans fin, rails de néon, sirènes hurlantes, hypermarchés, jumbo-jets sillonnant le ciel qui vire au violet, à l’est entre les méga tours, paquebots métal et verre, surplombs, voies souterraines, feux clignotants, policiers en ribambelles, gyrophares, ambulances fonçant dans le trafic. Soudain, la réalité de l’environnement m’éblouit. Les panneaux publicitaires forment un corridor hérissé de couleurs. Les chaussées se divisent, se superposent, se multiplient. Les perspectives se pénètrent, se chevauchent. Le vertige ouvre ses parois verticales. Respirer, respirer...
Je ne vois plus rien. Des arcs électriques pulsent sous mes paupières, mon corps accomplit des gestes automatiques. Un zigzag de magnésium vibrionne dans un coin de mon œil gauche, obscurcit peu à peu mon champ de vision. La migraine grimpe l’échelle de ma colonne vertébrale. Le bruit du moteur est cotonneux. Le moteur cale. Je ne bouge plus, les mains sur les yeux, la tête sur le volant. Peu à peu, l’orage fuit au fond de mon œil. Je retrouve la vue. J’examine mon teint sale dans le rétroviseur. Sale comme les façades qui me dominent, gris comme le passant qui m’observe depuis le trottoir. Des coups de klaxon. Je redémarre, la nuque raide, le nerf optique vrillé. Je me répète mon nom. Tout mon être s’y accroche. Ma voix me redevient familière : Calme-toi, calme-toi ! Ce n’est que le monde tel qu’il va et tu n’es rien. Pas de quoi paniquer...
Un homme, yeux exorbités, rage écumante aux lèvres, doigt pointé sur le haut de son crâne dégarni. Il tourne autour d’un homme, hurle : Frappe. Je veux que tu frappes le premier. Allez vas-y, frappe. FRAPPE. Fraaaaaaaaappe. Allez. Je veux que tu frappes le PREMIER. C’est toi qui frappes le premier, allez, frappe. Nique ta mère, tu me dis ? Tu me dis quoi, nique ta mère ? Allez frappe. Frappe je te dis, frappe. Tu me dis nique ta mère, parce que je suis noir ? Alors tu crois que je nique ma mère parce que je suis noir, c’est ça ? Moi je veux que tu frappes le premier, on verra bien qui frappe le premier. L’autre, yeux rentrés, regard sournois. Qu’est-ce qu’il tient dans sa main ? Un parapluie ? Non le ciel est désespérément bleu depuis dix jours. Quelque chose comme une matraque. Est-ce un flic, est-il en civil ? Les deux hommes s’épient. Des voitures s’arrêtent, un passant les interpelle : Arrêtez, qu’est-ce qui se passe ici ? C’est quoi encore ? Expliquez-vous mais ne vous battez pas !
Les yeux dans les yeux, l’un crie, l’autre crispe sa main droite sur la matraque, recule d'un pas. Le passant a laissé tomber, autant pisser dans un violon. Un attroupement. Une tension parcoure la rue, ça bouchonne, bruits assourdissants de klaxon, chaleur de plomb, coups de gueule, insultes. Ça dure, au moins 807 badauds s’arrêtent là, d’autres jettent un coup d’œil en s’éloignant.
Ronde autour du Noir et de l'homme à la matraque. Rumeur sourde de la foule, agitation. Suspense, chacun choisit son camp, parie en silence, attend. Le premier continue de hurler : Tu vois, tu n’es même pas capable de frapper le premier. Tu aimerais bien que je commence, hein ? Tu m’insultes mais tu as peur de frapper le premier, tu voudrais que, moi, je commence à frapper. Parce que je suis NOIR. Noooiiiiirrrr. Mais je t’emmerde, moi.
les dignitaires confièrent à des logiciens le soin de déduire de ce principe l’ensemble des théorèmes d'en calculer la puissance d'en forclore les contradictions d’en garantir la complétude on confia à un groupe d'aventuriers la tâche d’inventorier les aspirations des dieux et d’habiles architectes conçurent le dispositif qui devait permettre l’accès au ciel malgré les tribulations des maîtres d’oeuvre les travaux furent poursuivis on y associa les populations voisines plus ou moins volontairement elles amenèrent les matériaux se chargèrent du transport de la chaux de la taille des pierres on prit des sanctions contre les récalcitrants on avait le sentiment que c'était la même chose mais on espérait pourtant qu'il allait en être autrement cette fois on a beau dire mais les saisons reviennent c'est ainsi que s'élevèrent trois rampes d'escaliers tressées pierres de granite aux joints de sable mélangé à de la chaux ces trois rampes devaient compter chacune un total de 269 marches égal au nombre de jours de paix de l'année moins les 9 jours maudits du bout de l'an c'est-à-dire qu'ensemble la triple rampe avait 807 marches l'oeuvre fut inaugurée au printemps de la troisième année dura un printemps avant de s'effondrer elle dure pourtant encore dans l'esprit des rêveurs ils montent la nuit sur la plate-forme d'où ils planifient la construction d'une nouvelle triple rampe qui devrait les conduire un jour dans les étages intermédiaires du ciel on peut se demander si tout cela a un sens
mais le peuple est fier et craint par-dessus tout le principe du déclin
10/12/1976 : Inquiet. Seulement le début de la tournée, et déjà ce cauchemar récurrent : en fin de concert, au lieu de scratcher ma guitare sur la colonne d’amplis, m’acharner sur un môme monté sur scène. Me réveille en sueur, avec en tête les cris du public qui réclame un rappel.
23/06/1977 : Sommeil plus apaisé ces derniers temps. Mais guère une solution que de tomber raide déf’ tous les soirs.
14/01/1978 : Bien insister auprès du juge : une idée du tourneur ces 807 dates d’affilée.
Les Anglais ne manquent pas d'humour : appeler un jour Sunday alors que leur peau ne supporte pas le soleil...
– Si on voulait noter le soleil chaque matin, quelle échelle on utiliserait ? – J'en sais rien, moi ! – Allez, je me lance : il vaudrait zéro s'il n'arrive pas à te faire sortir du lit, cinq s'il donne un arc-en-ciel, dix s'il sèche tes larmes, trente s'il te réchauffe le coeur... – Et huit cent sept s'il crame sur place cette pétasse qui tourne autour de mon mec.
La radio diffusait Sea, Sex and Sun. Le gros célibataire regarda par la fenêtre : montagne et pluie. Il prit le poste et le jeta contre le mur.
HHhH de Laurent Binet. On croit à un éternuement. Ce n’en est pas un, c’est le curieux titre de son premier roman. Goncourt 2010. Il ne faut pas toujours croire la rumeur sur les prix et lire ces 441 pages qui vous réconcilient avec la littérature – on en aurait volontiers lu 807 de plus.
Binet, c’est un ton, une liberté d’expression, une audace stylistique sur fond noir profond. Le noir Historique. Ce noir qui tient hélas, dans la répétition, en trois petites lettres toussées en rafale, celles qui transpercent l’amnésie nationale un jour de mémoire : etc.
Au premier plan, HHhH. Ce n’est pas un éclat de rire. C’est un grand livre, etc.
Changer de vis-à-vis, comme on change de chemise quand elle a trop de reprises. Changer de miroir pour voir, en face, quelqu’un, et le croire. Entre la poire et le fromage, changer son image trop sage. Voir ailleurs si c’est mieux, meilleur. Voir si, là-bas, Je est un Autre. Changer de monde, de pays, de ville, de maison, d’arbre, de gazon, de sensation. Changer de profil, de face, de fil à son aiguille. Filer comme une anguille à travers les mailles du filet. Une à l’endroit, une à l’envers. Filer droit et de travers.
Vendre sa vieille vie d’occasion ou la retaper au fond de son garage à poésie. Bien la huiler, refaire les joints pour que ne coule plus le rimmel, la salive des mots usés, les larmes inutiles. Briquer les chromes, le pare-brise, pour mieux voir ce qui vient. Quoi que ce soit.
Les 807 saison 2 qui prennent des vacances. Elle est belle la littérature numérique bénévole !
On raconte qu’une soirée lecture centrée sur les 807 aurait lieu, bientôt... Moi je n’y crois pas que des algorithmes de génération de triptyques dérivés de ceux de L’Autofictif peuvent organiser une soirée où il y aura à boire.
J’ai vraiment l’impression qu’il y a bien 807 titres de la rentrée littéraire qui ont été générés avec cet outil de Omer Pesquer ; à signaler qu’Amélie Nothomb n’a courageusement pas utilisé cet outil cette année, saluons ce geste d’émancipation. Mélodies du coeur La Chute des géants Un océan de pavots Le Fond du ciel Anatomie d’un instant La Bascule du souffle L’Insomnie des étoiles Des gifles au vinaigre La Malédiction des colombes Le Siècle des nuages L’Envers du monde Les Oubliés du vent ...
Le crépuscule vient de bannir le soleil. Monsieur Patsin scrute le rond sombre de l'eau profonde. Il ramasse un caillou, le balance, il disparaît dans un murmure qui résonne longtemps. L'aube vient d'apprivoiser la lune. La blonde Madame Ceinord regarde une masse mouvante de lave. Elle se penche pour prendre une pierre et la jette loin dans le magma. Ses grands yeux se plissent pour repérer l'endroit où la pierre a été engloutie.
Sur la margelle du vieux puits – pas si profond que ça, il pose ses mains à plat. Une brise légère monte du trou et rafraîchit son menton, son front. À la lisière du cratère – pas si large que ça, elle cale ses pieds bien à plat. Une vapeur soufrée s'exhale du volcan et réchauffe son visage qui dégouline de 807 minuscules perles de sueur.
L'homme se courbe à nouveau pour apercevoir une dernière fois son visage dans l'eau ridée. Cette tache blanche au fond, est-ce lui ou un reflet de lune ? Cette ombre allongée sur le sol orange appartient à Madame Ceinord... La femme lève son bras droit, l'ombre fait de même. C'est donc bien elle, prête à plonger dans les entrailles vives de la terre. Au bord du cratère, à la lisière du gouffre. Du fond du puits surgit une face blanche, cheveux blonds, yeux écarquillés. Surpris, l'homme se penche sur la margelle. Se penche un peu plus pour revoir le visage. Un peu trop. Bascule... Son cri, un écho, longtemps.
Rallye des gazelles, désert marocain. L’immensité sableuse nous fait entrevoir des flaques d’eau, miroirs de notre imagination. Seul un voile de chaleur nous attend au détour d’un oued.
Les 807 concurrentes, s’arment de courage et juchées sur leurs capots avec boussoles et compas tentent de désensabler leurs monstres à quatre roues vaincus par les dunes.
L’excitation du départ, fait place à la fatigue et la lassitude d’un monde dépouillé et implacable. Dessèchement horizontal, la poussière rouge règne en maîtresse. Le soir au bivouac, les coéquipières divorcent l’une après l’autre en frottant leurs chaussures sur les cordes d’amarrage des tentes. Le combat est perdu d’avance.
Se faufiler entre les bureaux disposés en marguerite tout au long du plateau, séparés par des pare-bruit, éviter les caissons montés sur roulettes. Allumer l’ordinateur avant même de retirer son manteau, ne pas attendre que le souffle de la machine ronronne, et déjà, ne pas supporter les minutes qui passent les bras ballants, le cerveau en berne. Clic, simple pression du doigt, la veilleuse verdit faiblement, l’écran reprend des couleurs. 8 heures 07. Les mails s’empilent les uns au-dessus des autres. Cliquer une fois, dérouler, supprimer. Cliquer deux fois, refermer, marquer comme non lu. Cliquer encore deux fois, mettre de côté, y revenir plus tard.
Regard par la fenêtre le ciel chargé pèse la pointe des nuages sur ma poitrine
Un ciel laineux troué de filaments lumineux crève d’un coup. L’air mouillé réveille mes narines. Les vitres dégoulinantes, des formes étales le long du carreau. Les marguerites s’animent.
Ce sont des lettres enfilées sur des pages empilées dans des livres entablés le long d’étagères emmagasinées dans des boutiques enruées au cœur de trottoirs envillés sur un sol karstique sillonné de cours d’eau.
Quand à la rentrée littéraire sortiront 807 romans, Chevillard aura le Goncourt.
C’est tout de même étrange que pendant la rentrée littéraire tant de livres sortent.
Cela faisait déjà un petit moment que Candide se posait des questions. Quand il avait été invité sur Facebook par son ami Pangloss il n'y avait pas vu malice, et avait même été flatté qu'on s'intéresse à lui. Petit à petit, les amitiés virtuelles l'avaient aidé à surmonter sa timidité et il s'était constitué un réseau d'amis, démarrant par ses collègues de bureau pour s'enhardir jusqu'à taper le nom de ses écrivains favoris dans le moteur de recherche. Car Candide aimait lire. Beaucoup. Même qu'il n'osait pas trop le dire au bureau, de peur qu'on le traite d'intello. À présent ils étaient tous au courant et l'enviaient même un peu d'avoir autant de contacts. 807 amis, pour un pauvre type comme lui, c'était quand même fort ! Du coup il y avait gagné une forme de respectabilité.
Mais Candide était perplexe. Après l'euphorie des premiers échanges avec des écrivains plus ou moins connus, il avait été déçu. Ils lui semblaient parfois se comporter comme autant de Rois Soleil entourés d'une cour servile d'admirateurs virtuels. Finalement Facebook c'était comme au bureau, comme dans la vie, il y avait des leaders statuant jusqu'à plus soif et ceux qui les suivaient, comme Candide. C'était une foire aux vanités, chacun tirant la couverture à soi sans jamais s'occuper des autres. Candide tout dépité de demandait s'il n'allait pas fermer son compte et tout envoyer balader.
Jusqu'à ce que Cunégonde apparaisse, le poke, et l'ensorcelle.
La Saga de Youza du Lituanien Youozas Baltouchis ; Corps et âme de l’Américain Frank Conroy ; La Demande de la Française Michèle Desborde ; Mikael K, sa vie, son temps du Sud-Africain JM Coetzee ; Train de nuit pour Lisbonne du Suisse Pascal Mercier ; Séfarade de l’Espagnol Antonio Munoz Molina ; Givre et sang de l’Anglais John Cowper Powys…
En poche, la liste des chefs-d’œuvre récents, figurant au top des non-rentrées littéraires des années passées, est longue et passionnante. Que de belles relectures autour du monde ! Plus de 807, assurément.
Bye ! La Vie est ailleurs (du Hongrois Milan Kundera) que dans les tristes colonnes mercantiles. La littérature, c’est Une ardente patience, écrivait le Cubain Antonio Skármeta. Ce n’est pas L’Importance de vivre du Chinois Lin Yutang qui me contredira. Essayez de voyager pas cher avec eux, au lieu de vous chamailler. La vie est trop courte pour faire du sur place !
si elle touche 807 euros nets, elle s'estimera heureuse et même ça l'amuserait
mais il est sûr, une fois sa réserve épuisée, qu'il faudra qu'elle renonce aux jolis carnets Moleskine pour écrire des 807 aux terrasses où elle ne pourra plus aller parce que la noisette à 1 euro 50, tous les jours et Libé tous les jours c'est du luxe et on ne peut pas dire que ça ne mange pas de pain...
elle s'en fout ! elle a 807 chansons dans la tête pour la consoler
Article 102 du code de la lapidation : Les pierres utilisées pour infliger la mort par lapidation ne devront pas être grosses au point que le condamné meure après en avoir reçu une ou deux. (...) La taille moyenne est choisie généralement afin de faire expier la faute par la souffrance.
Article 104 : Les pierres coupantes sont choisies pour leurs arêtes effilées qui provoquent les saignements les plus spectaculaires. Une pierre coupante doit de préférence être lancée au visage du condamné. Les pierres rondes nécessitent moins de précision car elles sont efficaces partout. Elles sont idéales pour briser les os et provoquer les hémorragies internes fatales.
Annexe : La pierre est un instrument de délivrance pas de jouissance. Il ne sera accordé aux serviteurs du Tout-Puissant que 807 pierres pour satisfaire aux exigences du châtiment.
il en a bu des verres pour soigner ses bleus le gros célibataire
On retrouva le cadavre du clochard, parmi 807 autres. De bouteilles, ceux-là.
L'auberge est bondée, on fuit la chaleur à l'intérieur de ses murs, et on boit. – Il faudrait que je pense à panser mes blessures... L'homme qui prononce cette phrase porte une moustache, il a les yeux clairs, ce qui plaît aux femmes de ce pays, il tient à peine debout, il lève son verre et s'écroule. – Quand il commence à se prendre pour un poète et à parler en alexandrins, c'est qu'il est fin rond, le bonhomme ! – Tu m'étonnes, et puis, bourré ou à jeun, ce poivrot n'arrivera jamais à la cheville de Verlaine... Et l'aubergiste de porter le soûlard dans sa chambre. Rien que du normal, à Aden, en ce mois de mai 1882.
Chaque pas est une montagne, se lever, pas plus rester figée des os. Descendre les étages, cramponnée à la rampe et à chaque avancée, le vertige d'une marche obscure ainsi que la trouille de se ramasser. Devenir la chute. Se rétablir le palpitant lourd. Chaque pas, une distance qui rétrécirait celle qui me sépare de toi. Trop large muraille d'air. Se lever, cheminer, te rencontrer. Entrer dans le pays des humains en me trimballant jusqu'à toi. Viens donc, ma carcasse. Lève-toi donc. T'es même pas en haute montagne. Rappelle-toi quand t'es arrivée au camp de base de l'Everest. Ce crépuscule blême qui t'avait vidé les tripes. Chaque pas plus lourd que le précédent qui pesait déjà sa tonne, le sommet qui n'attendait que moi...
Le gris des pierres... Je voulais voir Chomolunga, le mythique triangle noir aux parois abruptes, l'ascension ultime, contempler en face ce sommet, du même regard ému que je te regarderai... si bouger devenait possible...
Lève-toi et marche. Contracte le mollet, fais craquer les rotules. Reviens mon envie, même pas une grande envie, même une toute petite flamme suffirait. Effondrée, tremblotante… Bravo, j'arrive à tenir debout et le coeur bat la mesure et chaque pas commence un nouveau chemin. (Quelle est encore la distance qui nous sépare ?) Tchabou, le battement intérieur fait résonner mon thorax, sursautements. Le chemin se poursuit. Mon pied suspendu au-dessus du sol fait déferler un silence où vibre un écho, l'envol lointain de 807 mouches. Le pas suivant, une porte s'ouvre, klic. Aspirée dans un espace obscur et suintant, je titube pour de bon. Mon coeur change de rythmique, il me lâche, pour de bon.
Il comptait au matin son immense fortune Qu’il recomptait le soir aux rayons de la lune, Et trouvait le bonheur auprès de son argent, Qu’il tenait à l’écart des bêtes et des gens ; Brassant à tout propos la trébuchante espèce, Elle égayait sa vie d’une infinie liesse.
Mais au matin blafard de ce bien triste jour, Comptant et recompté, l’objet de son amour Se vit diminué de huit cent sept guinées, Fruit du rude labeur de tant et tant d’années.
Vivant le jour craintif ne dormant plus la nuit, On le trouva pendu au nœud coulant d’un huit, Un tabouret de sept avait roulé à terre, Repoussé sans doute d’un geste volontaire ; Et d’une large plaie qu’il avait au côté S’écoulaient des zéros, libérés sans compter.
Notre histoire aurait-elle pu se tisser autrement ? Si nos mensonges n’avaient pas filé entre nos doigts, nos envies éteintes brutalement, nos espoirs cadenassés à force d’illusions. Si nous n’avions pas été comme des ciseaux, deux lames articulées qui s’éloignent et se rapprochent pour mieux trancher, tailler, débiter, couper.
807 fils tressés, entortillés, noués.
Jusqu’au jour où une vague, cette fois plus puissante que les autres, rompt le dernier fil et ramène sur le sable une pelote compacte. Impossible de la dérouler, trop d’arêtes, de crins et d’os enchevêtrés.
8 juillet 2010. Six heures du soir. Les Hollandais d’à côté et les Finlandais d’en face sont en train de manger. Un peu plus loin dans l’allée, les Anglais commencent à boire. Je vais à la douche.
9 juillet 2010. Ai pu constater aujourd’hui qu’il était très difficile de lire quand se déroule autour un tournoi de pétanque. Reprendrai L’Ombilic des limbes à la rentrée.
11 juillet 2010. Propos entendu depuis la cabine de douche : « Moi, cette année, j’y suis allé vachement moins souvent au 807... Je sais pas... Depuis qu’ils ont changé de D.J., c’est plus pareil, quoi !... »
Les fanatiques de la base 10 désireront à tout prix fêter ce 193e 807 de la saison 2. Pendant ce temps, les autres, masse écrasante, les amoureux de la base 807, cherchent patiemment le meilleur moyen de représenter les valeurs 11 à 806 par chacune leur symbole.
Quant aux ordinateurs voici tout ce qu'ils verront aujourd'hui : 11 0010 0000. Ils fêteront bientôt, dans 1 1000 numéros, le 100 0000 0000, ça les regarde.
Car il faut savoir que les 807, dans leur abnégation et leur ascèse, ne s'aviliront jamais à écrire un millième numéro, et non, ce que vous lisez n'est pas ce que vous croyez.
D'abord il y a l'odeur, une odeur douceâtre qui la prend à la gorge et lui donne la nausée. Puis le bruit. Crissement aigu strident et persistant qui ne cesse que pour mieux repartir, remontant directement des tympans au cerveau, générateur de migraine. Ses jambes sont prises du tremblement incoercible de celle qui les prendrait bien à son cou mais qui reste assise là, triturant entre ses mains moites un journal froissé dont elle relit le même article pour la 807e fois.
La porte s'ouvre. Il entre et en appelle un autre. Ce ne sera pas pour tout de suite. Combien de sursis ? Un quart d'heure ? Plus, moins ? Se fier au bruit qui recommence à lui vriller les oreilles. Le bruit cesse. Elle aperçoit par la fenêtre l'autre qui sort presque en courant, la mine pâle et défaite. Fait appel à toute sa volonté pour ne pas le suivre dans sa fuite éperdue.
La porte s'ouvre à nouveau, le dentiste s'excuse pour le retard et l'invite à le suivre.
Ils contrôlaient leur moindre geste, leur moindre parole pour ne pas se trahir, mais ceci ne pouvait durer.
Je discernai dans les regards que François-Xavier adressait à ma femme, le 807e indice d’une admiration qui n’était pas de mon goût. Et comme je les soupçonnais de partager un secret, je cherchai et trouvai dès le début du dîner un moyen qui les empêcherait de se concerter.
Les marques de sympathie de ce type à mon égard sont feintes. Je le sens au plus profond de moi.
Il m'en a fallu des efforts, culinaires d'abord (bière, soda, frites, sucreries, etc.), relationnels ensuite (divorce) pour devenir un personnage de fiction, mais c'est un succès total : le gros célibataire, c'est moi !
Éric Chevillard publie ses romans chez Minuit et ses triptyques autofictifs vers minuit. En va-t-il de même pour sa progéniture ? Sont-elles nées à l'heure où meurt la veille et naît aujourd'hui – ou meurt aujourd'hui et naît demain, c'est selon ? Je l'imagine sans peine demander à sa compagne de ralentir ou d'accélérer le travail d'accouchement dans un souci de cohérence, tout à son honneur. Et les indélicats avortons (mâles ou femelles) nés à 8h07 de refroidir dans le congélateur.
La littérature française est en deuil. Le 12 septembre 2010, alors qu'il se promenait en famille dans les rues de la capitale, l'écrivain Éric Chevillard fut terrassé par une attaque en voyant passer devant lui des milliers (22 006 exactement) de joggueuses en caleçon plus ou moins court. Il venait de croiser le parcours de la Parisienne. Comme il l'annonça le lendemain de sa mort sur son blog, L'Autofictif continue d'égrener chaque jour ses triptyques.
Ôtons-nous le doute, ô huit-cent-sept, Et dévêtu montez sur la table ; Souffrez cette auscultation chiffrable : Respirez lentement, dites « sept » !
– Puissant et gras de vos huit centaines, Fessu têtu et fort en bedaine, Chiffre débonnaire s’il en est, Ô huit, j’aime votre air satisfait ! Face au zéro, gardons le silence, Voyez-vous, ce pauvre est tout en panse, Souffre de sa modeste valeur, Et jalouse du neuf la hauteur. Quant au sept si je devais m’asseoir, C’est bien sur lui que j’aimerais choir, Et je frémis de poser sur d’autres Ma fesse craintive à peau d'épeautre.
Or donc tout ici est bien pesé, Et vous, huit cent sept, en nombre aisé, Quoi qu’en arithmétique on y fasse, Jouissez d’une santé coriace !
Plus de 807 écrivains emploient sciemment un style âpre afin que les phrases se heurtent. Cela oblige le lecteur à respecter la moindre syllabe. Sinon, l’étoffe craque. Mais la critique aujourd’hui n’a souvent plus oreille, toucher, goût de l'effort. Seule l’occupation d’un territoire braillard file ses ourlets pour enfler ses effets de manche, sous quelques marronniers.
Le critique lit. Celui qui se dit critique cherche le livre qu'il voudrait lire. Le critique cherche la porte d'entrée pour pénétrer la maison. S'il ne la trouve pas, il va voir ailleurs. Celui qui se dit critique passe par la fenêtre comme un voyou et trouve la porte décidément mal foutue. Il ne se prive pas de le dire, trop souvent à mon goût.
Le lecteur qui voudrait être écrivain a pondu un morceau de bravoure fort lâche, d’où s’échappe une méconnaissance du monde que l’artiste habite. Au final, le procès d’une fable qui ne le concerne pas. L'écrivain ferme tranquillement ses volets, remonte voluptueusement les draps dans lesquels il se glisse. Jouissance silencieuse, sommeil de Juste. Toujours avoir le bon regard pour rester sourd.
Du haut de mon lit, je vois des traînées de couleurs ensanglanter le ciel.
Je rêvasse... glisse doucement dans une torpeur bienfaisante, emprunte les canalisations de ma mémoire.
À Lyon je flâne sur les quais du Rhône À Buenos Aires je te rejoins dans le train à grande vitesse Nous marchons dans les rues de Bamako Je te perds dans la foule de Mexico Tu me retrouves à Valparaiso Je te surprends à Bilbao Je t’aime à Toronto J’ai le vague à l’âme à Panama Tu ne me dis rien à Trafalgar Nos regards se suspendent à Chandigarh Ton angoisse m’étreint à Nouméa Je trébuche à Calcutta Je cueille 807 colchiques au lac Baïkal À la station Goncourt l’été s’éteint
À l'orée d'une merveilleuse forêt, non loin d'un palais idoine, vivent 8 fées dans la grâce et les hormones. 8, comme le nombre infini verticalisé. Les 8 fées dondons ouïrent dire qu'une princesse venait d'être mise bas. Et si nous allions à son baptême ? s'exclame Etaina ? Quelle belle idée, rebondit Carabosse malgré ses rhumatismes. Or, ce matin là, Or est infortunément en proie à une crise de magie, trop de température : Je préfère rester. Gracieusement, les autres lui claquent la bise et s'envolent en se dandinant vers l'Est.
Le commentateur officiel : La plus jeune des fées a un cerveau d'invertébré. C'est Fery, qui offre actuellement à la princesse le don de la plus belle apparence du monde. Celle d'après, celle qui sait judicieusement quand il faut adopter la posture « queue-entre-les-jambes » en signe de soumission, Cuivra enchante la princesse du don l'esprit. La troisième, Plombie, lui fait cadeau d'avoir de la grâce, et après se précipite au bar, me dit-on, pour commander un double expresso. La quatrième, celle qui règle tous les matins sa montre, Etaina déclame : Tu danseras à la perfection. Mercura, qui a la capacité de voir les objets en multidimension, libérés de l'espace-temps euclidien, et qui lance sur orbite des stations orbitales, Mercura gratifie la princesse du don de chanter comme un rossignol. Argentée lui donne le sort de jouer virtuosement de tous les instruments. Chacune prend place à la royale table ; on a mis devant chacune d’elles un couvert dans un étui d’or massif (dont un couteau garni de diamants et de rubis). Magnifique ! Et voilà qu’entre Carabosse, incroyable, c'est bien Carabosse que roi, reine et peuple croyaient morte ou enchantée ! Stupéfaction, visages cramoisis ! Incident diplomatique : on n’attendait plus Carabosse. Le roi lui fait donner un couvert sans étui massif. La vieille croit qu’on la méprise, grommelle des menaces entre les dents qui lui restent ! À vous Cognacq-Jay.
À quelques lieux à l'Ouest, Or frissonne fort sous sa couette. Quel augure maléfique. Ce n'est pas la fièvre, elle le sait. À cet instant, être huit sans sept et c'est l'ordre du monde qui s'altère. Quant à l’histoire de la princesse, elle ne fait que commencer, avec d’autres trucs à coucher dehors et aussi un rouet...
Les enfants d’Élise ont eu des enfants, qui ont eu des enfants, qui etc. etc. Élise a fini par oublier Alphonse. Puis par laisser la place. Mais tous les enfants de toutes les générations étaient là, à courir sur le gazon et à se chamailler, gourmands, vindicatifs et stupides, désobéissants et cons. Mais vivants. Il y en avait partout. Pourtant, on leur avait bien dit : Attention au croquemitaine. Il va vous manger. Restez près de moi, ne vous éloignez pas ! Et des hommes sont venus. Des grands. Avec des mains énormes. Il faisait beau et doux soleil. C’était la saison de la pêche. Ils ont dit : Oh, la belle ! Oh, la belle, en les voyant à dormir sur la berge. C’était mieux que des poissons. Et ils en ont emporté une, puis une autre, puis... Que des mères, qui devaient enfanter. Car l’homme est ainsi fait qu’il emporte ce qui lui fait désir. Et puis, il y a eu les chiens du voisinage, qu’ont fait le reste. Elles étaient si faciles à cueillir, ainsi couchées sur la berge. Et, les femmes, depuis toujours, ça meurt en couche, tout le monde sait ça.
Alors, n’est plus resté que des mecs. Et Élise. Élise V ou VI. Personne ne sait plus trop, depuis le temps. Et on s’en fout. De jolis yeux d’égyptienne, un cul provoquant. À toujours frétiller. Elle plaît. Pourtant, Élise aimerait tellement qu’on lui foute la paix ! Des mômes, elle en a déjà bien assez faits, pour la communauté. Y avait qu’à pas les laisser dévorer. Les pères, ils auraient pu surveiller, mais toujours qu’à se pavaner. Et le monde est si plein de dangers. C’est pas elle seule qui va pouvoir la repeupler, la planète ! Elle seule, si tranquille à se balader entre les herbes indifférentes. À jouir du bon soleil de fin d’hiver et tout ce qu’elle aime. Et soudain, ça recommence ! Les voilà ! Tous sur elle. En réunion. Tous. Et la pitié, c’est quoi ? À moi, à moi, je la veux ! Un viol immonde. À moi, c’est moi le plus fort ! Prends donc, sale con, tu l’auras pas ! Et coup sur coup, entre eux, à se chamailler et à tous se la rendre, la méchanceté. De vrais durs. Arrogants. Tous pareils. À y laisser des plumes. Mais entêtés. Que des rustiques. Et qui c’est qui trinque ? L’enfant, de la berge, regarde. Élise appelle, Élise crie. L’enfant ne peut rien pour elle. Il voudrait bien, mais il est trop loin, et la barque a coulé. C’est pas une vie, qu’elle se dit Élise, d’être la seule femme ici. Non, pas une vie. Et elle appelle, et elle appelle… Pourquoi qu’on lui fiche pas la paix ? L’étang serait paisible, pourtant, s’il n’y avait pas tous ces salauds. L’enfant se dit : Cette fois, c’est pas de ma faute. Et ça le rassure, un peu. Mais s’il y a besoin, tout de même, il l’emmènera sur l’île, il ira à la nage.
Mais Élise n’est pas morte encore. Elle se débat et lutte, vaillante comme son arrière arrière-arrière-arrière-grand-mère, la première du nom, et ils ne l’auront pas. Au secours ! Au secours ! Elle appelle. 807 fois, elle appelle : coin-coin, coin-coin, coin-coin... 807 coin-coin. Et tous les voisins en ont plein les oreilles. Feraient mieux de les manger tous, qu’ils se répètent entre eux, en hochant la tête. 807 fois au moins ils ont dû la hocher. Les canards c’est si bon à manger.
Je suis morte dans une prison iraquienne. Mes geôliers m’ont forcée à me mettre à quatre pattes. Puis ils m’ont violée, les uns après les autres, presque méthodiquement. Je criais de douleur, et eux hurlaient traînée, sale chienne, tu as ce que tu mérites. Je ne sais plus combien ils étaient, mais cela me paraissait interminable, alors, pour m’isoler, j’ai commencé à compter les secondes.
Ils sont tous passés mais n’en avaient pas fini avec moi. Ils se sont mis à me frapper avec une barre en fer. Je me suis recroquevillée pour me protéger, le sang coulait sur mon corps, douleur insupportable, je continuais à compter, et ils continuaient à frapper, alternant barre et coups de pied. Mon arcade sourcilière a explosé, je ne voyais plus rien.
Le son d’une porte qui claque puis un liquide chaud. Je pensais qu’ils s’étaient mis à uriner sur moi. L’odeur étouffante de l’essence suivie d’un claquement sec a précédé la douleur atroce et démoniaque. J’étais en train de cramer vivante, j’en étais à ma 807e seconde !
Nous autres auteurs bénévoles des 807 restons à part des auteurs rémunérés. Nous changeons de trottoir si l'un d'eux approche, nous déménageons si l'un d'eux s'installe dans notre ville, nous allons en librairie le lendemain de sa signature. Nous ne cherchons pas à tout prix à les voir dans leur quartier pour leur parler de nos piètres fonds de tiroirs, ni pour les voir compter les brins d'herbes de leur pelouse. Autre chose qui nous sépare définitivement d'eux, c'est que nous tenons à acheter nous-mêmes un exemplaire de notre propre livre que, par ailleurs, la bibliothèque nationale ignore complètement.
Au guichet, on lui demande son nom, il répond « Éric Chevillard ». Sous la casquette, regard interrogateur. « La carte d'identité n'indique pas cela Monsieur... » Il rectifie, l'autre sourit, puis rit franchement : « Ah... ces 807, ah ! ah ! »
Il y a eu Alphonse II. On lui a donné une femme, Élise. Une jolie petite, et vaillante. On l’avait nommée ainsi à cause de sa voix et de la lettre si bien connue qui porte son nom. Élise a fait bien vite tout plein de tout petits minots, filles et garçons. Tous solides et tous beaux. On les voyait courir sur le gazon et patauger dans l’eau, hardi petit, à faire tout plein de saletés. Un plaisir, de les voir. La vie partout.
Mais un jour, allez savoir pourquoi, l’enfant a voulu rire un peu. S’amuser. « Alphonse, Alphonse », il a appelé. C’est qu’il l’aimait son Alphonse II, tout comme il avait aimé l’autre, le premier. Alphonse à la voix de l’enfant, a tourné la tête. Ce n’était pourtant qu’une carabine de gosse, absolument sans danger, surtout sur un corps où tout glisse, tout le monde sait ça. Mais Alphonse a baissé la tête à ce moment-là. Et toc ! En plein dedans ! Tout près de l’œil. Et Plop ! Alphonse est tombé d’un coup, sur le côté. L’enfant l’a mis dans la barque et jusqu’à l’île l’a mené, blanc, de douleur et de rage. Derrière lui, Élise suivait à la nage. Et elle pleurait. De toute la force de son corps, elle pleurait. Elle avait donné des coups à Alphonse, des petits coups d’amour, partout sur son corps : Réveille-toi, Alphonse, réveille-toi, j’ai besoin de toi, Alphonse, je t’aime, Alphonse. Car elle l’aimait. Mais rien.
Élise est restée longtemps, dressée sur la tombe, à gueuler son deuil vers le ciel. Le cou tendu vers les étoiles : 807 étoiles, et la lune aussi seule qu’elle, là-haut. Un jour et une nuit, au moins, à crier sa peine. Et ça vous broyait les entrailles, de l’entendre. L’enfant n’a entendu que ça, de son lit. Et il se rappelait la corde d’Alphonse le 1er. Et le coup de carabine, pour rire. Et l’enfant avait mal, et l’enfant avait honte. Tout ça, c’est sa faute.
Regard tourné en dedans, il rit aux passants qui esquivent son matelas barrant le trottoir. Tchin ! Lève sa boîte de conserve pour trinquer à leur santé, bras en étendard, oeil hagard. Une vie qui rouille dans la rue, déborde des sacs empilés par terre : des chiffons noués aux grilles de la résidence, une poupée, les restes d’un repas, des couvertures en pagaille, une radio pour les nouvelles. Un fatras d’objets. Quatre mètres carrés pour écouler toute sa déveine, à ciel ouvert en plein Paris. Le cul entre deux voitures où il s’accroupit, le pantalon aux chevilles laisse apparaître des jambes maigres, des bâtons. Il grogne en m’apercevant, maugrée des mots inaudibles. Se relève, retrouve son matelas et rempile pour quelques heures de sommeil.
Tous les jours, le même trajet : sortie métro Pasteur, puis rue Dutot sur huit cents mètres. À mi-chemin, matin et soir, je croise cet homme au bord de la résidence : sourire aux lèvres, un ange de bitume.
Au 807e matin, la clé sous le matelas. Une tâche d’eau béante sur le trottoir et les chiffons dans le caniveau. Des camions déchargent du sable, les grilles sont démantelées, les ouvriers montent un échafaudage. La résidence se refait une beauté.
– Pour la peine, écrivons un 807. Autour de la table, les gens écrivent. L'animatrice rousse demande : – Qui veut lire ? Vincent lit son premier jet, puis les autres, on arrive à Miette, elle regarde sa feuille longtemps et ouvre la bouche : – Bon ben, ça y est... j'suis la dernière, faut absolument que je lise ?
– Comme tu veux. Si tu le sens. On est là pour t'écouter.
– Bon ben... je vais essayer, je ne suis pas sûre que ça compte, euh je vais lire, enfin un début... mais c'est pas une histoire vraie, je voudrais bien un jour faire l'histoire de mon enfance, essayer un bout, si j'peux... C'est ça, une autobiographie, non ? Mais je ne m'en sens pas coupable, capable désolée, j'espère un jour y arriver, il n'est pas fini mon texte, suis pas très contente de ce que j'ai écris là... c'est pas que c'est un mauvais souvenir, mais vous, vous écrivez tous tellement bien. Comme ça, ça coule, vous réfléchissez tellement pas. Alors moi, que ça me prend la tête. Dans ce truc, enfin je vous demande d'être indulgents, c'est une première ébauche… je ne sais pas comment vous faites pour écrire du premier coup… je vais lire, euh enfin, je vais essayer... mais y aura des trous.
Certes, Ulysse est un valeureux héros. Il ne s’agit pas ici d’en douter. Seulement se demander ce qui se serait passé, à son retour, s’il avait eu à combattre non pas 106 prétendants mais 807 ?
On en fait des tonnes au sujet de son chien le reconnaissant après tant d’années et lui faisant fête... Mais le cabot ne s’était-il pas la veille au soir repu des os que lui jetaient les prétendants ?
À vérifier : Télémaque serait à l’origine du Minitel rose.
On l’a retrouvé cravaté. Meurtre ou suicide ? Un beau mec, dommage. Son cou amaigri par la torsion gisait dans les herbes. Étranglé ou noyé ? Sale vie qu’une vie qui s’achève de la sorte. Autour de son cadavre, les algues, inconscientes, dansaient. Le monde est indifférent à la misère des êtres.
On a enterré Alphonse sur l’île, au cœur de l’étang, là où il aimait tant à vaquer.
La mère a dit : Je t’avais bien dit. Le père a dit : C’était pas très malin aussi, de lui mettre une corde au cou. L’enfant, qui se savait coupable, a dit : je croyais... Je ne savais pas... J’ai pensé... Mais Alphonse est mort. Et l’enfant, qui l’aimait beaucoup, pleure. 807 larmes de remords sur son visage.
J'ai beau tenter de frapper à l'huis sans sept, puisque le chiffre « 7 » s'est décollé de sa porte, personne ne répond. Je sais que se terre ici, en son antre sombre, seul dans sa folie, Louis Sunset, ce vieux flic de la Nouvelle Orléans, atteint d'une crise de paranoïa aiguë, provoquée par un certain Ali Mag qui l'a poussé à extraire de sa vie les récits les plus sanglants vécus dans le Bayou. Je frappe à sa porte, inquiète déjà. Il n'est pas venu depuis dix jours, partager son whisky avec moi, comme il le fait chaque fois qu'il a le blues, c'est-à-dire un soir sur deux. Il ne répond pas. Où est-il donc ? Je descends les trois marches de son sous-sol qui me nargue avec un soupirail à demi fermé par les toiles d'araignée.
Je pousse la porte branlante, je finis par pénétrer dans un capharnaüm digne d'une vente aux enchères ou s'entassent les souvenirs de toute une vie : machine à tisser, raton-laveur empaillé, vélo cabossé, passoire sans trou, ressorts, ferrailles, vieux livres décollés, poupée écartelée, soc de charrue rouillé, jambe mécanique datant de la guerre de 14, mais au fait... voilà un indice : 14 c'est deux fois sept, non ? En farfouillant dans l'amoncellement surréaliste avec cet objet long et rose, comme si c'était une baguette magique géante, je tombe sur la boîte éventrée d'un jeu de loto aux cartes écornées que l'humidité fait pâlir. Il y a bien un huit, un vingt-huit et un trente-huit mais il n'y a pas de sept, de dix-sept, ni de vingt-sept. Cette suite de huit sans sept me fait penser à une vie interrompue par un malheur inéducable, comme une table des dix commandements où ces deux chiffres auraient été désagrégés par la foudre du malheur. Je sais déjà ce que je vais trouver dans la pénombre...
Louis s'est pendu. Il se balance au dessus de tout cet attirail sordide, comme un point d'exclamation sinistre à ce sinistre inventaire à la Prévert. Il est pieds-nus, derrière son huis, sans sept et sans chaussette, pour l'éternité.
Ma princesse, faisons une pause, veux-tu ? C'est trop d'amour, vois-tu. Trop de sexe aussi, comprends-tu ? Tu m'étouffes. Tu ne penses qu'à toi. Tu te moques bien de ce que je peux ressentir. Tu veux gérer ma vie à ma place. Tu décides même de la marque de ma mousse à raser. Tu...
Elle n'a pas attendu 807 tu avant d'enfoncer le couteau dans le cœur de son amant en lui murmurant je te tue.
Sans couteau et sans larmes, les 807 commencent leur pause estivale.
Quand l’un employait son énergie au bien-être de la famille, l’autre rêvait d’aventures de nuits lointaines, de départs pour 807 royaumes fabuleux... Et pourtant, ils continuaient à vivre dans ce no man’s land mutique et asexué où ils élevaient leurs enfants, regardaient la TV, partaient en vacances et achetaient des automobiles familiales à crédit.
C’était leur souci constant de ne pas se causer de soucis l’un à l’autre. Soit qu’ils s’inclinaient devant la médiocrité de leur existence, soit par paresse ou les deux à la fois.
Elle se surprenait à soulever le couvercle de la poubelle de la cuisine pour compter les canettes vides, tandis que, de la salle de séjour, il tendait l’oreille pour l’entendre procéder à cette inspection.
Celle-là, c'est la dernière... Celle que j'ai foulée en regardant s'effacer ton bolide, mon corps en combustion dans un nuage de particules, celle que j'ai noyée au torrent d'un été caniculaire, un soir d'étoiles filantes, minuscules créatures piquant la nuit de leurs feux, celle qui m'est tombée des lèvres un matin toussoteux quand j'accrochais mes jambes au métro aérien, celle de trop de nuits blanches à poursuivre des ombres... paix à leurs âmes.
J'ai déjà grillé 807 cartouches. C'est la der des ders. Demain j'arrête.
Article 1 : tout caillou découvert sur la Terre sera par essence appelé caillou, du simple fait d’avoir été reconnu comme tel, et ce sans considération d’origine, de couleur, de compétence, de possessions – voire de présence ou non dans une instance muséale, fût-ce-t-elle à visée didactique ou culturelle –, voire même de propension à un devenir auquel il pourrait prétendre.
Article 2 : tout caillou est déclaré libre d’être un caillou et de se projeter ainsi dans l’avenir, quelles que soient les constructions dans lesquelles d’autres que lui l’impliquent, avec ou sans son vouloir. [...] quel que soit son degré de réflexion par rapport au monde comme il va [...] quelles que soient les charges formulées contre lui par un tribunal s’érigent comme tel [...] et quelles que soient les questions que certains parlants proféreraient pour essayer de faire accroire qu’il n’est pas vraiment un caillou, au rebours de ce que sa nature pourtant démontre. [...]
Article 807 : tout caillou, au vu de ces articles, s’engage à défendre toute cause faisant preuve d’un certain degré de cohérence et donc de défendre l’homme, ne serait-ce que parce que lui, l’homme, a causé dessus. Cette disposition ne possède toutefois pas de caractère obligatoire.
Le prix Chevillard 2009 du meilleur site de 807 est décerné aux 807 pour les 807.
Le prix Garot du meilleur inspirateur de pastiche 2009-2010 est remis à Alexandre Jardin pour avoir inspiré l'Autofictif d'Éric Chevillard, qui a écrit ici son goût immodéré de l'œuvre solaire du père d'Alexandre Rivière.
Pour l'année 2010, les sites de 807 sont priés de s'inscrire dès maintenant et jusqu'au 31 décembre pour la remise des prix qui aura lieu lors de la saison prochaine des 807.
L’imperfection de la création torture Jean-Rémy, qui ne peut imaginer des séries que parallèles et complètes ; peu importe d’ailleurs le nombre : 24 ou 26, 31 ou 36, Jean-Rémy est prêt à tout. Mais surtout, surtout mon Dieu, autant de dents dans la bouche de l’homme que de cantons dans la Confédération helvétique, de jours dans le mois que de lettres dans l’alphabet.
Si la découverte d’un mille-pattes n’en possédant que 807 a secoué il y a une année, on s’en souvient, la communauté des savants, celle récente d’un parterre de millepertuis aux feuilles perforées 403 fois seulement a mis en ébullition celle des botanistes. Ne parlons pas des pâtissiers qui sont au taquet avec leurs mille-feuilles auxquels plus personne ne croit et qui n’ont pas hésité à faire appel à la crème des avocats pour répondre aux plaintes qui affluent.
Sandra m’annonce fièrement que Lili sait compter jusqu’à cinq : Lili se prépare, Lili surveille sa main gauche grand ouverte, jette un coup d’œil à sa main droite avant d’appliquer chacun des doigts de la seconde à ceux de la première. Bien vu Lili, mais comment sais-tu qu’il y a cinq doigts dans ta seconde main ? Lili lève la tête, me considère incrédule, hésite, regarde successivement son pied gauche et son pied droit, soigneusement, Lili est prise de vertige, hésite encore, se penche, résiste, le temps passe. Lili sourit enfin, elle ne fera pas le pas suivant : c’est fait, Lili sait compter mais Lili ne sera pas contorsionniste.
Ceux qui, recouverts de poussières noires dans un effort éclairé à la torche, redoutent explosions et effondrements et qui progressent dans des goulots creusés au fur et à mesure, qui ballottés dans quelques rares courants d’air, gagnent du terrain après chavirements et dérives boueuses ; ceux-là, ne se souviennent plus de la destination finale quand /mur de granit/ ils échouent.
Qui descendent encore de 807 centimètres.
Quand soi-même, on redoute les extractions dentaires ou de mémoire.
Leur caractère superficiel et leur insensibilité lui répugnaient tant qu’il avait envie de se cacher dans un trou quand il les voyait arriver de loin.
Pourtant, aucune n’accordait la moindre importance à l’homme en vareuse qui binait les herbes folles ou portait des cageots. Pour peu, ces femmes élégantes se seraient dénudées 807 fois devant lui, surprises qu’une telle créature puisse avoir des yeux pour voir et des oreilles pour écouter.
Il savait ce qu’on pensait de lui et ça lui était égal. Il avait connu huit cent sept malheurs et s’était noyé dedans.
Elle a ouvert la fenêtre, et ils sont là, dans la ruelle, à l’ombre du catalpa. Elle, sa robe blanche. Lui, censé travailler, rentrer tard, penché sur ses cheveux, qui chuchote des choses.
Allez, vas-y, à elle aussi dis-lui, « sens cette fleur, le parfum de notre amour » (il te l’a faite, celle-là, sous le même arbre et, l’honnêteté veut qu’on l’admette, ça pue, le catalpa, mais tu n’avais rien osé dire).
Elle cesse de l’aimer. Oui, tout de suite. Aujourd’hui. Sans cette histoire, elle aurait continué. Ou peut-être pas. Mais c’est ce qui est agréable, avec la colère. On définit les contours, on cisaille. On se libère du piège, renard qui se dévore la patte. Et on part en boitant.
Elle m'envoie un arc-en-ciel à chaque fois qu'elle est heureuse. C'est dire comme je bénis les jours de pluie.
Elle vit quelque part au-delà de l'arc-en-ciel. J'aimerais parcourir les kilomètres qui nous séparent, je me rêve oiseau – oie, cigogne – alors que je ne suis qu'un petit moineau.
À partir du 18 août 2010, et ce pendant 807 jours, il se vendra quotidiennement 807 exemplaires de CosmoZ. Et c'est autant de fois que Claro croira entendre la voix de Judy Garland lui fredonner que somouère oveur voeu rêne beau...