samedi 14 mai 2011

Conserves

Cette année-là, tu es vivante.
Tu rentres chez toi le midi. Je t’accompagne. Tu me demandes si j’ai faim. Pas du tout. Ça tombe bien, le frigo est vide. Dans un placard, tu prends une soupe en boîte parmi les 807 rangées sur les étagères. Tu l’ouvres et tu y plonges une grosse cuillère. Je te regarde manger cette gélatine froide à la tomate. Tu es belle et tu manges de bon cœur ta mixture extra terrestre en me souriant gentiment entre deux bouchées tandis que je convoite tes seins nus sous ton pull léger et que je caresse ta nuque blonde. Le soleil joue sur le lit défait que j’aperçois par la porte de ta chambre entrouverte. Pour finir, tu pèles une orange un peu desséchée. La dernière qui restait dans la corbeille sur la table de la cuisine. Je n’en veux pas la moitié. Je te veux toi mais l’aiguille a tourné au cadran de la pendule. J’écarte le quartier d’orange de tes lèvres et je goûte l’acidité de la tomate industrielle sur ta langue. Il faut partir. Nous marchons sans un mot sous le soleil de mai et je te suis des yeux quand tu franchis le portail de l’entreprise. Tu te retournes une fois et tu disparais tandis que je reste là, immobile, le temps que mon désir encombrant perde sa rigidité.


vendredi 13 mai 2011

Où il manque quelque chose...

Pas moyen, j'ai beau soustraire, il me reste toujours 807 € à payer !


La force des triptyques résidaient, comme le triple saut, en un appel plein d'espoir, un appui surprenant, qui donnait l'envol avant la chute (ou la chute à la place de l'envol, il faut bien le dire, parfois), pouvant faire naître deux images inattendues l'une après l'autre, avant de, dans une troisième phase...

jeudi 12 mai 2011

L'addition

Furtivement elle le regarde avant de fixer le paravent. On n'a pas idée d'avoir aussi peu de lumière dans les yeux. Elle aimerait se convaincre que ce doit être ses yeux qui s'éteignent quand ils dînent au resto chinois. Par instant mais c'était rare, des étincelles avaient visité des recoins de ses pupilles avant de zigzaguer ailleurs. C'était loin quand qu'ils étaient sur des ondes voisines, des traces parallèles, leurs désirs éberlués flottant passagèrement emmêlés... Dilatements silencieux de ces moments avant que les mots retombent, des lamelles de porc qui ratent le wok. Ces paroles exsangues qui finissent aplaties et qu'il piétine sans faire gaffe. Elle avait eu 807 envies simples, comme déambuler à Macao, désormais ne sait même plus ce qu'elle fait là.


De l'autre coté du paravent, le cuisinier essuie ses mains sur son tablier, recale la cible jaune sur le mur, recule de quelques pas et saisit une fléchette qu'il cale précisément entre les doigts. Il écarte un peu les pieds, inspire. Son attention se concentre jusqu'à devenir le tremplin invisible où se propulsera la fléchette.

mercredi 11 mai 2011

Quelle époque (pas épique) !

Même pas tourné 807 fois sa langue dans sa bouche avant d'oser tutoyer M. Chevillard — et cela pour le rejeter au profit d'une jeunesse, même aussi chatoyante qu'une agate ?!!!


Ces pseudo-Fées sont d'un vulgaire !

mardi 10 mai 2011

lundi 9 mai 2011

Le fennec d’Austin enfin traduit

Pas trop tôt pour qu’une maison d’éditions française se décide à publier une traduction de La musique des chicanes et de La musique des deuils, autobiographie en deux volumes écrite par Johny Shine himself. Autant vous prévenir tout de suite, âmes sensibles et esprits rationnels s’abstenir ! Jamais sans doute le sex, drugs and rock’n’roll n’aura été mieux illustré, renvoyant à leurs jeux de cour d’école les prétendues frasques destroy des Stones, Led Zep et autres dinosaures tout autant consacrés qu’exécrés par votre serviteur... Comme il l’explique dans sa préface (à elle seule un véritable morceau d’anthologie !), le fennec psyché d’Austin s’est lancé dans le récit de sa vie pour ne pas crever, pas plus pas moins, à une époque où il l’a chanté à plusieurs reprises, ses démons le titillaient sévère !... Réfugié dans une chambre d’hôtel de Tijuana après une prise massive d’acide, il aurait rédigé l’ensemble en seulement 72 heures d’écriture non-stop sur une vieille machine à écrire Underwood que lui aurait offert James Ellroy, et ce après une cuite magistrale dans un bar miteux d’Ellis Island : Picoler avec ce gars-là, c’était apprendre à écrire... Il t’envoyait des ondes par paquets énormes, et chaque fois ça disait le même bondieu de truc : c’est les mots qui feront que tu resteras en vie… Seulement, c’est à toi d’apprendre comment faire avec eux... à toi seul !... Ce récit d’une vie tout autant fantasmée que déchirée se présente sous la forme d’un flux verbal délirant où s’entrechoquent allégrement souvenirs traumatiques et visions déjantées : ils disent tout le temps qu’il faut pas brûler la chandelle par les deux bouts !... alors que c’est du dedans qu’elle crame, la vie... du dedans et pas d’ailleurs !... Sans aucun doute l’un des bouquins les plus marquants qui me soient jamais passés entre les mains...
La musique des chicanes (éditions alternatives, 384 pages, 45 euros) ; à paraître en octobre : La musique des deuils (éditions alternatives, 271 pages, 35 euros)


dimanche 8 mai 2011

Horrescit referens

Agrostis canina L. : Agrostide des chiens
Agrostis capillaris L. : Agrostide tenue
Agrostis gigantea Roth : Agrostide blanche
Agrostis stolonifera L. : Agrostide stolonifère
Alopecurus pratensis L. : Vulpin des prés
Arrhenatherum elatius (L.) P. Beauv. ex J.S. et K.B. Presl. : Fromental
Bromus catharticus Vahl : Brome
Bromus sitchensis Trin. : Brome
Cynodon dactylon (L.) Pers. : Chiendent pied de poule
Dactylis glomerata L. : Dactyle
Festuca arundinacea Schreber : Fétuque élevée
Festuca ovina (L.) : Fétuque ovine
Festuca pratensis : Hudson, Fétuque des prés
Festuca rubra L. : Fétuque rouge
Lolium multiflorum Lam. : Ray-Grass d'Italie (y compris le Ray Grass Westerwold).
Lolium perenne L. : Ray-Grass Anglais
Lolium X boucheanum Kunth : Ray-Grass hybride
Phalaris aquatica L. : Herbe de Harding
Phleum bertolonii DC. : Fléole bulbeuse
Phleum pratense L. : Fléole des prés
Poa annua L. : Pâturin annuel
Poa nemoralis L. : Pâturin des bois
Poa palustris L. : Pâturin des marais
Poa pratensis L. : Pâturin des prés
Poa trivialis L. : Pâturin commun
Trisetum flavescens (L.) P. Beauv. : Avoine jaunâtre
Hedysarum coronarium L. : Sainfoin d'Espagne
Lotus corniculatus L. : Lotier corniculé
Lupinus albus L. : Lupin blanc
Lupinus angustifolius L. : Lupin bleu
Lupinus luteus L. : Lupin jaune
Medicago lupulina L. : Minette
Medicago sativa L. : Luzerne
Medicago X varia T. Martyn : Luzerne
Onobrychis viciaefolia Scop. : Sainfoin
Pisum sativum L. : Pois fourrager
Trifolium alexandrinum L. : Trèfle d'Alexandrie
Trifolium hybridum L. : Trèfle hybride
Trifolium incarnatum L. : Trèfle incarnat
Trifolium pratense L. : Trèfle violet
Trifolium repens L. : Trèfle blanc
Trifolium resupinatum L. : Trèfle de Perse
Trigonella foenum-graecum L. : Fenugrec
Vicia faba L. : Féverole
Vicia pannonica Crantz : Vesce de Pannonie
Vicia sativa L. : Vesce commune


Arrivé au 807e item, il hésita. Vicia vi... Vi quoi ? Viciosa ? Villosa ? il en eut un frisson. Commencerait-il à perdre son latin ?

samedi 7 mai 2011

Trajectoire

Tu es là planté devant l’entrée, tes yeux fouillent la cohue déversée par l’escalator à une cinquantaine de mètres. Ta poitrine s’élargit soudain quand sa silhouette se profile parmi l’agglutinement des 807 corps, un sourire étire tes lèvres, l’air devient moelleux. À chaque foulée vers toi ton cœur tambourine plus fort, combien de pas encore entre vous ? Ta main moite serre les billets que tu as achetés avec un peu d’avance, ne serait-ce que pour repérer l’endroit, avoir déjà quelque chose à lui raconter d’ici, les gens qui sortent amarrés à l’obscurité de la salle où ceux de la file qui attendent que le film commence.


Vos joues s’écrasent l’une contre l’autre. Tu guettes fébrilement ce qui se met à courir en toi, le battement du futur, l’horizon bleu des matins qui décollent. Ton regard fourche, s’aplatit sur son visage quand elle s’étonne des deux billets et pas trois. Et tu vois s’avancer le bras qui lui enserre la taille.

vendredi 6 mai 2011

Régate

Assis sur la grande plage de Carnac, il contemple le défilé de voiles multicolores délicatement posées en équilibre sur la ligne d'horizon. Se souvient de ses premières régates, au côté des plus grands. Toujours dans leur ombre, mais cela ne le dérange plus. Chaque année, le week-end de Pâques, il revient regarder avec ses jumelles les bateaux au loin se dirigeant vers la Trinité-sur-mer pour le SPI Ouest-France. S'en approcher plus lui ferait trop mal.


À la 807e voile, il s'en va.

jeudi 5 mai 2011

Voir

Je voudrais rappeler à tous ceux et celles qui utilisent petitement le mot « procrastination » que je suis allé chez l'ophtalmologiste 4 035 jours après que la médecine du travail me l'a conseillé, lors de ma toute première consultation obligatoire. Voilà ce que j'appelle remettre au lendemain !


Et voici venu le premier printemps où je peux enfin compter les feuilles aux arbres, et quelle n'est pas ma déception de constater que ce marronnier en porte 807... je m'y attendais !

mercredi 4 mai 2011

Ooooh !

– Ce doit être autour des 800.
– Essayez un nombre...
On entend la voix numérique qui annonce « Encore dix secondes »
– 810 ?
– Presque, monsieur Leclerc ! Allez : vous avez deux bons chiffres !
– 805 !
« Encore trois secondes »
– 804, 803, 801... 806 !
On entend le gong impitoyable et la foule qui fait Ooooh ! comme une vague déferlante sur le candidat dépité.


Sous sa casquette à carreaux, lui revenait encore la voix empruntée, faussement désolée de l'animateur :
– C'était 807 monsieur Leclerc...
Dans le ciel surgit un nouveau plateau d'argile. Il appuya sur la gâchette avec un plaisir certain.

mardi 3 mai 2011

Et des poussières

807 jours d’un mariage mal assorti, bancal et chaotique. 807 nuits de désamour, d’amour forcé, d’ennui et d’insomnie... 2 ans et 77 jours. 1 enfant, 2 crédits, des voisins, quelques soucis.


Des disputes, 1 divorce, 1 pension alimentaire, 1 ex. Des parents à mi-temps, 1 week-end sur 2. Des histoires, des amours, des ruptures et de nouveaux départs. Un nouvel appartement, de nouveaux voisins et quelques soucis. Et 807 souvenirs et des poussières...

lundi 2 mai 2011

Champs libres

Quand cette prairie tranquille se réveille, quand quelques marmottes font le gué, quand leurs museaux se dressent, humant la fraîcheur matinale, une vache tachetée continue de brouter avec la régularité d’une horloge bien remontée, tout comme le troupeau entouré de mouches si lymphatiques qu’on ne perçoit qu'un long silence.


Quand cette salle idéale de Montmartre s'éteint, quand surgissent en contre-jour quelques silhouettes sans visages, quand à la première déflagration sonore, rêche comme une pénitence, le chanteur balance sa tête dans l'air comme s'il se la fracassait suspendue, 807 particules si vibrantes qu'on ne sait déjà plus ce qui vient de se passer.

dimanche 1 mai 2011

Sept

Huit sans sept. Huit sans sept, cela fait un. Et un, c’est moi sans toi, ou toi sans moi. C’est inutile. Et pour une fois, inutile ne rime pas avec indispensable. Non, je ne vis pas avec mon temps, désolée. Je préfère l’utile, l’agréable, et toi avec moi.


Alors je te prends, toi, et les six autres. Toi, huit, et tes sept femmes. Dont moi. Ce sera huit avec sept, chez moi. Et les six autres, à la cave. Non mais ! Je préfère sept sans six. Et je garde huit.

samedi 30 avril 2011

Bientôt dans les bacs

Bonne nouvelle pour les fans de Johny Shine ! Le rocker texan nous offre enfin un nouvel album à la hauteur de son talent, subtil cocktail d’un rock incendiaire et d’un blues 100% roots. Keep cool, old rebel! est sans doute son meilleur opus depuis Shine on/Shine off. On y retrouve le fennec psyché d’Austin au meilleur de sa forme. Riffs saignants dans Guns don’t laugh ou Is that you? , aux allures de rock garage teintés d’accents hendrixiens, guitares ciselées et intimistes comme dans One more fix, blues lent et hypnotique au climat d’apocalypse, ou encore Gimme that stuff dreams are made of, lourd et graisseux à souhait. Et cette voix, toujours un peu plus éraillée par le temps et les excès en tous genres, mise au service de lyrics qui sont autant de perles d’écriture : à écouter de toute urgence, Hanged over, description surréaliste d’un lendemain de cuite, ou No beer, no love, réflexion désabusée sur les rencontres d’un soir. Quant au single, 807, que dire d’autre sinon qu’il s’agit d’un pur joyau ? Pas de doute, Johny Shine en a terminé avec sa traversée du miroir...


vendredi 29 avril 2011

Les tourments d'Éric Chevillard



Levé à l’aube, j’ai démarré ce matin l’entreprise si souvent différée qui devait compléter l’enquête que je mène depuis un certain temps déjà sur un large pan de l’œuvre d’Éric Chevillard et, plus spécifiquement, me permettre de saisir la raison pour laquelle il s’était arrêté là de son décompte, 807, un mardi de janvier, dans ce qui devait être à l’évidence un jardin sous cloche ; pourquoi l’homme a reconduit une telle entreprise un jeudi de septembre – de la même année – au prétexte qu’il souhaitait connaître le monde – dans une pelouse cette fois-ci ; pourquoi il a demandé un jour de novembre – alors que les prés sont maigres – sa réadmission dans le pavillon des aliénés qu’il n’aurait jamais dû, dit-il, quitter ; pourquoi enfin cette œuvre qui l’effraie tant, son œuvre l’a conduit tout naturellement à soupçonner qu’elle était celle d’un autre. Je vous passe le détail. L’homme est aux abois, incertain de l’avenir. Pourra-t-il achever cette œuvre qu’il dépose brin à brin dans les rayons des bibliothèques du monde avant que celles-ci, si tôt déjà et il le sait, ne soient désherbées par les mains inexpertes de quelques fonctionnaires qui, tout comme lui, n’auront su de leur vie distinguer le merle au chant humide du corbeau aux sinistres présages ? Il ne reste à cet homme rien d’autre que la dérision en porte-à-faux, celle de l’homme tard venu qui découvre à la fin la confusion dans laquelle il fut, dernier cri de la littérature de pavillon, lorsque le génie se réveille et prend conscience avec effroi qu’il aurait pu ne pas être le premier serviteur des écrivains des pelouses, mais l’Alexandre de ceux des pâtures, celui qui dénoue, se dresse avec hardiesse au milieu du pré, deux poignées d’herbe portées au ciel, ultimes offrandes adressées à Dieu qui connaît le secret chiffré de ses tourments.

jeudi 28 avril 2011

Réglement de comptes

Toutes les fées du royaume de l'édition sont au bord de la crise de nerfs : laquelle aura le privilège de jouer la mouche du coach auprès d'Éric Chevillard ?


Laissez donc les kalachnikov au vestiaire, tel Pâris, Franck est là pour arbitrer le conflit. Les maigres brins d'herbe de sa pelouse, une fois séchés, devraient lui permettre d'éviter la guerre des trois en deux cent soixante neuf courts tirages.

mercredi 27 avril 2011

Naissance de l'écriture du 807

Pendentif portant un signe signifiant. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Pendant_EN_Louvre_AO7702.jpg

Il avait une grande disette prévue dans les jours précédant la grande visite du roi Gilgamesh causée par l’afflux des curieux venant de toute la Mésopotamie pour assister à l’événement. Il fallut stocker, garder, énumérer, concevoir un mode de faire permettant une gestion des richesses céréalières et comme il avait fallu 807 grains de blé pour la création d’une recette de galette spéciale fêtant cet étonnant moment historique, on grava sur les tablettes d’argile, avec le roseau, ce signe qui nous hante encore aujourd’hui. Hors, une réalité, elle-même en relation avec un mot d’une langue déterminée est portée par un ensemble de signes graphiques naturellement perçus comme l’expression visible de la globalité du signifiant linguistique. En d’autres termes, grâce au fruit immédiat et irrémédiable du système prouvant qu’une simple écriture de signes est capable de rendre les segments d’un discours en relation avec une quelconque activité gestionnaire, on comprend l’irrémédiable aboutissement graphique de ce système par désir de mémoire historique, non sans être accompagné, nombre de détails le prouvent, par un système phonique concomitant. L’exemple du signe GI est de ce point de vue tout à fait révélateur. En effet, dès ses plus anciennes attestations, le signifiant de ce signe représentant un « roseau » est utilisé sur le principe du rébus pour rendre un terme homophone. GI signifiant en sumérien « recette » et non pas soldat de tribu étrangère comme il le devint bien des siècles plus tard dans une région voisine du pays sumérien... quoique...

mardi 26 avril 2011

Vieillissement précoce des corps roses

Il y un an de cela, sur la table à langer, Cornaline faisait moins la maligne.


Et quelles autres trouvailles, dans 807 jours ?

lundi 25 avril 2011

Un papillon de tissu

Ils étaient 8 : les 2 mariés, les 2 témoins, les 4 parents. C’était le mariage le plus restreint que l’adjoint au maire avait jamais vu ! Le minimum syndical. Ils n’avaient donc aucune famille, aucun ami, ces gens-là ? Et le repas de noce ? Et la fête, oui la fête ? De quel teneur allait-elle être ? Le brave administré osait à peine y penser... Pourtant, elle était jolie la mariée, dans sa petite robe blanche toute simple, sans traîne, sans voile mais avec un beau papillon de tissu dans les cheveux. Et le marié, à l’étroit dans son costume bleu marine la dévorait des yeux...


Aucun enfant n’est venu agrandir leur famille, n’est venu illuminer leur bonheur déjà là. 0. Aujourd’hui ils sont 7 : le marié, engoncé dans son costume bleu marine, les 2 témoins, les 4 parents. Ils pleurent. Ils pleurent la jolie mariée qui a quitté sa robe blanche pour aller rejoindre les anges du ciel. Sur la tombe refermée, un papillon de tissu est posé...

dimanche 24 avril 2011

Nuit garou

Dans cette nuit absente de lune, on n’y voit goutte. On avance à l’oreille, dans un raclement de gravier. Du plat sous les semelles. La route. La sueur dégoulinant jusqu’aux tempes, courir, courir, yeux écarquillés pour déchiffrer les ombres, nos enjambées s’étirent sans fin... Sur la droite, une branche craque. Tout en courant tourner la tête, 807 feuilles viennent de frémir, deux lueurs percent l’obscurité. Frisson glacé le long de la colonne vertébrale juste de percevoir un grognement. Sans se retourner, foulées sur le goudron, on accélère. Dare-dare la course acide, la course à tout rompre. Des jappements acérés se rapprochent petit à petit. Les mollets brûlent, la bouche s’assèche. La peau perçoit la silencieuse vibration de l'air. Qu'est-ce qui se tapit entre les buissons secs, quel estomac se tord, quelles babines se relèvent. À qui ces griffes qui raclent ?


On jouerait un rôle dans une chasse, un rôle quelconque. Tout est clair comme en plein jour. Quelle odeur de chair réjouissante. On s'expose, on gagne encore du terrain. Rugir ce n’est pas la peine. Avant le bond, se contracter, la fraîcheur de l’air fuse le long du dos, s'exploser, s'élancer, une douceur ouatée amortit l’élan de notre patte gauche. On touche au but. Dans des éclairs de griffe, on déchiquette facile. Faucher ainsi chaque nuit et que jaillisse le flot chaud du festin. Les os se broient facilement. La moelle est délicieuse. On n'a pas rugi, ce n’est jamais la peine. Les crocs sortis, la viande est vie. Des vautours se décrochent la mâchoire dans l'obscurité et ça fait des petits clics.

samedi 23 avril 2011

Johny Shine / down on the road

Dernier accord plaqué, Johny Shine profita des cris et sifflets enthousiastes du public pour se diriger vers la batterie. Là, il se pencha, saisit la serviette éponge qui l’attendait et s’essuya rapidement le front et la nuque. Puis, s’approchant nonchalant du micro, il éleva sa main droite en direction de la foule et, profitant de la soudaine accalmie, lança dans un souffle rauque : The next one’s called : 807...


vendredi 22 avril 2011

N'a jamais été, de toute façon, très people

Dans ce café où j'ai mes habitudes, soudain entre, pull-over marine, jean blue et Converse blanches : Alexandre Jardin. Je l'entends débattre, avec un homme qu'un pilier de bar (en bois) me cache, de trajectoires amoureuses. J'invoque 807 fois mentalement le nom d'Éric Chevillard et rien ne se passe. J'invoque 807 fois en murmurant (certes un peu fort) le nom d'Éric Chevillard et voilà que le bougre tourne à peine la tête vers moi, en me souriant d'un air à la fois étonné et navré. Je sors un de mes 807 exemplaires de Dino Egger et m'avance à pas glissés et par surprise frappe à toutes forces et 807 fois la tête de cet inconvenant !


Me rendant compte, haletant, tremblant, bavant que j'y suis allé un peu fort, je daigne accompagner le mourant aux urgences : après tout, ce n'est pas parce qu'il gâche du papier qu'il n'a pas droit à un filet de respiration. Après deux changements de bus (quelle circulation !) nous arrivons sans espoir à l'hôpital, j'extirpe alors de la masse sanguinolente son portefeuille en daim pour y chercher la désormais bien ironique Carte Vitale, et c'est à mon tour de m'évanouir quand je lis l'état civil du râlant râleur que j'ai sous le pied : Chevillard Éric.

jeudi 21 avril 2011

Réveil

urine et bouteilles cassées
le Bairro Alto
se réveille


Sans bière et sans Pessoa, sans brins d'herbe – fussent-ils 807 – et sans Chevillard, voici que les 807 se réveillent.

jeudi 20 janvier 2011

#309 – L'Autofictif n° 1005

... 805... 806... 807... puis j’ai pris peur, j’ai reculé... le huit cent huitième brin d’herbe de ma pelouse m’a paru bizarrement contourné, menaçant, le genre de végétation qui abrite ou dissimule une mygale, un python, une panthère. Prudence. La jungle amazonienne aussi a commencé bien bas.


Reste à savoir si coule en mes veines le sang de ma famille maternelle qui dépose les corbeilles des nouveau-nés qui lui sont confiées sur l’autre rive au terme d’un siècle accompli ou celui de ma famille paternelle qui se fige trente ans plus tôt. L’avenir se chargera de débrouiller cette passionnante énigme.


Les Editions Rimbaudelaire cherchent de nouveaux auteurs médiocres et crédules non interdits de chéquiers afin de les publier sans les lire ni les distribuer sous leur couverture pisseuse. Envoyez manuscrits. Réponse enthousiaste garantie sous 48 h.

L'Autofictif, 18 septembre 2010

mercredi 19 janvier 2011

#308 – Mauvaise herbe

Me voilà attablé au Brazza à compter le nombre de frites qui accompagnent mon tartare. Sur le chemin, j'ai compté les voitures croisées, me suis demandé combien de livres composaient la vitrine de l'Amandier la librairie putéolienne, le tout en chronométrant mon trajet depuis mon bureau. Il ne manquerait plus qu'à mon retour de déjeuner je m'accroupisse sur la pelouse devant ma société pour en dénombrer les brins d'herbe, alors je saurais que je suis devenu fou, irrécupérable, perdu.


Il faut que cela cesse !


Cette deuxième saison s'achève. Les 807 brins de mauvaise herbe repousseront sûrement. Merci à tous, et demain monsieur Chevillard continuera de compter sur ce blog alors que ses nouveaux livres viendront garnir les étals des librairies.

mardi 18 janvier 2011

#307 – (espaces compris)

Eh ! Le grand imaginaire, toi qui n’es jamais fatigué, efface donc l'ombre noire du monde si tu le peux.


Ravive la voix des reines perdues. Celles qu’on a aimées et celles qu’on a trahies. Retrouve aussi, pendant que tu y es, les cathédrales de la forêt en péril. Redonne vie à cet amas d’arbres calcinés par les guerres inutiles. Insuffle à la nature verdeur et vaillance, éloigne les nuages toxiques. Toi qui n’es pas avare de mots, enseigne la parole aux pierres, comme au bon vieux temps, quand les hommes faisaient jaillir l’étincelle des silex pour incendier leurs nuits et terroriser les fauves. Et cesse tout de suite d’affoler notre âme par des légendes d'amour qui savent d’avance qu’elles ne peuvent rien contre la marche du temps.


Viens seulement nous bercer. Et endormir notre vigilance inquiète.

lundi 17 janvier 2011

#306 – Tout le monde s'en fout ?

De ce Rom qui dort dans la rue, comme beaucoup d'autres, sous un carton où il a écrit en grandes lettres rouges DOSTA ?


De cette chanson aimée 807 fois sur Youtube et qui dit, comme bien d'autres : « je t'aime, mais c'est compliqué » ?


De Mario, Marie, Moïse, Yvette, Momo et tant d'autres, disparus avec l'hôtel Azur dans un brouillard de pixels, ce matin ?

dimanche 16 janvier 2011

#305 – Loi des séries

Chacun aura remarqué combien les saison 2 sont souvent décevantes, ne tiennent pas les promesses des débuts. C'est comme le deuxième film de la série, il reprend les ficelles et ne fait que les user encore plus... crac ! Ce summum de décevance est atteint par la saison 2 des 807 qui ne va même pas pousser jusqu'à 807 le nombre des triptyques et a largement dépassé le 269, qui est le tiers de 807 et qui aurait eu un sens, par multiplication s'entend, si les auteurs avaient vraiment voulu bosser, ou vraiment voulu faire semblant, cette année ; et je ne parle pas du taulier qui sait parfaitement lever le coude 807 fois quand on lui aligne des Leffe sous le nez. C'est pourquoi les numéros 3 sont les plus attendus, car souvent les plus réussis: ils ne reprennent que le bon du numéro 1 et jettent le mauvais du numéro 2, se hissant sur la plus haute marche du podium que ses deux prédécesseurs lui ont laissé et à laquelle ils lui ont permis d'accéder, ne lui servant humblement que de paliers.


En fait, cher lecteur, tu avais corrigé toi-même dès le début : ce sont les saisons 3 les plus décevantes, les numéros 3 des films à épisodes. Par ce préambule frauduleux je te préservais. Un cas d'école : Star Wars épisode IV, premier sorti, promet et surprend mais on reste un peu sur sa faim. L'épisode V profite de l'univers mis en place pour nous offrir une narration plus dense et dramatique, tout en ouvrant des perspectives inédites pour la suite, fils conducteurs qui nous tiennent en haleine. L'épisode VI, le troisième film sorti est une blague à base d'ours en peluche, d'happy-ending et de baraka (pardon, de Force). Constatons le même phénomène avec les trois Matrix, les ours en peluche en moins.


Et voilà les lecteurs du web soulagés car enfin Les 807 s'arrêtent ! Ouf !

samedi 15 janvier 2011

#304 – Entailles

Tout monte comme une vague. Une lame de fond qui part du fond des tripes, dévaste tout sur son passage.
Elle se remplit jusqu’à l’os d’une humeur purulente. L’odeur poisseuse déborde sa tête, sa main crève l’abcès.
Elle ne reconnaît pas cette poupée qui chouine. Elle sent juste, sans la voir, la déformation de sa bouche crispée.
Les mots ne déverrouillent rien.
Elle la pousse.
Rien de grave, rien de méchant.
Juste la détente métallique de son bras, calcifié par une tension forte.
L’enfant bascule.


Maman m’a fait tomber par terre.
Numéro de charme sur les genoux de l’amie de famille.
Dis donc toi, je vais donner le numéro de la DDASS à la petiote !
Elle n’a pas ri.


Elle n’en peut plus de ses successions incompréhensibles d’amour et de méchancetés roides. C’est cela être mère, être toujours submergée. Constater le mal fait. Déjà 807 entailles dans leur histoire commune. Elle ne sait rien faire d’autre. Elle regarde nouée l’enfance scarifiée sur la peau de sa fille.

vendredi 14 janvier 2011

#303 – Brelan de valets

Le costaud, d'abord, fesses, bide et joues de sumo soufflées à la paille. La taille bien marquée, par contre, curieusement étroite, sans doute étranglée par la croisée serrée du baudrier où ballotte une artillerie aussi lourde que lui. Il bloque facile l'entrée de l'impasse. J'entends son souffle, entre éructation de pitbull en rut et chaudière. L'ensemble a le look d'un sablier qui égrènerait les secondes qu'il me reste à vivre.


Le petit gros, ensuite. Patachon. Rouletabille, si vous préférez, avec bille comme sphère parfaite de tas de graisse, comme yeux en boules de loto ou bouille de trouduc, pas pour les qualités morales. Lui vient d'apparaître sur le seuil d'une sorte de têt à cochons désaffecté qui s'ouvre en carré à ma gauche. Quadrature du cercle sans failles du chambranle déglingué autour de ses arrondis suiffés. Ma seule chance est qu'il pourrait ne pas s'en dégager assez vite.


Le boss, pour finir. Je l'attendais. Il vient de se glisser dans mon dos, mais je l'ai repéré à son ombre sèche de grand sec,qui s'insinue devant moi, pas plus épaisse que celle du réverbère (bigleux le réverbère, il n'y a rien à attendre des municipalités semi-rurales après 23h). Deux pattes immenses de faucheux qui tiendraient ensemble dans une seule jambe de son slim. Torse infini d'éolienne. Au-dessus de toute cette verticalité, s'allonge, noire et horizontale, la visière d'une casquette. À l'endroit, la casquette. Aucune chance de voir sa tronche, mais on ne sera pas forcé de causer verlan en se canardant. C'est déjà ça.

jeudi 13 janvier 2011

#302 – Le Justicier

Quand on le voyait nu, de loin, on croyait voir la cicatrice d’un coup de couteau planté au beau milieu de son dos, entre les omoplates. De près, c’était un tatouage. Un oiseau en vol, ailes écartées. Ou bien un ange...


Ange déplumé ou dieu chauve, devant son miroir il ne savait plus qui il était. Il devait pourtant sortir ce jour-là et accomplir la 807e tâche que le Père lui avait confiée. Derrière leurs rideaux, les gens le regardèrent marcher dans la rue poussiéreuse. Ses deux colts de lumière aux côtés.


Il accrocha son auréole au clou et entra dans le saloon de l’enfer.

mercredi 12 janvier 2011

#301 – Du plomb dans l’elle

L’horizon chargé quand j’arrive à la cabane. Mon regard vrille sur son cou en angle droit, corolle violette sur la cassure, une tache de sang séché profonde, un trou. Bec à terre sur le parquet, ses plumes un camaïeu sombre. Une chaleur de plomb m’étreint, impact nauséeux dans l’estomac. La soif qui ravine, regard crispé sur la tache, douloureuse. À côté, d’autres perdrix, des faisans, pigeons, palombes rangées par espèces. Du gibier. 807 oiseaux morts. Je les revois déployés, fendant l’air au-dessus des marais, battre de l’aile aux détonations des fusils. Les chiens qui détalent aux cris de leurs maîtres pour ramener les proies serrées dans la gueule. Et maintenant, l’heure du partage. Ils sont là, en cercle, soldats de plomb. Un mètre quatre-vingts au moins, deux têtes de plus que moi.


Ils discutent, qui veut quoi, des arrangements. La soif encore, et toujours cette tache, chair violetée, dégoulinante. Un ciel violacé à mes yeux, compact, un écran de fureur qui envahit tout. En finir... Leur voler dans les plumes, leur mettre du plomb dans la tête, les éclater, tous. Mon ventre brûle, un liquide chaud coule le long de mes jambes. Leurs rires moqueurs.


Doigts engourdis sur le métal froid des fusils. Canon à l’horizontal, le claquement sec de l’arme refermée. Je vise dans le tas. Chaque coup porte une décharge nerveuse le long de ma colonne. Ils tombent comme des mouches. Les voir enfin là, terrassés, leurs yeux, des cigares éteints.

mardi 11 janvier 2011

#300 – Triple J

il y a Jean Prod'hom
Jean-Rémy et le patron du café
il y a ce qu'on écrit dans les marges
il y a les dimanches aussi
comme à la veille d'une conquête
il y a souvent la neige
il y a cette poésie rurale
le merveilleux
il y a les chutes et les autres lieux
et il y a les 807


Joël Hamm comme miroir de notre âme.


Tant qu'il y aura Joachim Séné, tant qu'il y aura Cornaline, tant qu'il y aura la musique de l'oncle, tant qu'il y aura la crise et ses ratures, tant qu'il y aura un journal éclaté avec des fragments de textes, tant qu'il y aura des extraits, tant qu'il y aura de la poésie urbaine et des machines pour la lire, tant qu'il y aura des convois pour emmener les mots, tant qu'il y aura un réseau à explorer, tant qu'il y aura les 807.

lundi 10 janvier 2011

#299 – Infidélité

C'était un sacré numéro.


Il en pinçait pour les belles carrosseries et ne se privait pas de s'afficher avec elles. Que des premières mains, aimait-il préciser. Il fallait le voir raconter comment il débridait la roulante, faisait patiner le bouzin et s'en allait sur les chapeaux de roues brûler le pavé. À l'entendre, il les avait toutes eues. La 201, la 302, la 403, la 504, la 605 comptaient parmi ses plus prestigieuses conquêtes. Nul doute qu'il se serait exhibé un jour avec une 807 si la vie lui en avait laissé le temps.


C'est après avoir pris un mauvais tournant qu'il s'est définitivement garé. Personne n'a jamais compris comment il avait pu s'enticher d'une DS.

dimanche 9 janvier 2011

#298 – Ordonnance

Avant d’aller à son rendez-vous, Marie applique sur sa peau pour la 807e fois la pommade toxique aux vertus cancérigènes prescrite par sa spécialiste.


Marie se gratte jusqu'au sang sur la table d'examen du cabinet de consultation de la femme médecin dermatologue maigrichonne qui compatit dans sa blouse blanche :
– Vous souffrez d'une intolérance aux contacts physiques prolongés avec les gens. Évitez-les dorénavant ! Comprenez-vous ?...
– Cela risque de poser des problèmes de communication. Ne croyez-vous pas, docteur ?...
– Naviguez sur Internet !
Et la spécialiste s'assoit derrière son bureau encombré d'échantillons de produits cosmétiques, elle appose le tampon marqué Google sur l'ordonnance qu'elle tend à la patiente qui oublie durant un instant sa démangeaison, incrédule.


Google, priez pour nos âmes errantes sur la Toile !

samedi 8 janvier 2011

#297 – Petite mort

Assise sur son ventre, silhouette mouvante au-dessus de lui, elle danse sur l’axe douloureux de son âme.


Des éclats d’argent tintent dans l’obscurité. Elle a gardé ses bracelets, froids sur sa peau quand ses mains parcourent son corps. Des gouttes de sa sueur tombent chaudes et gèlent sur son front. Il cambre le dos sous elle. Hauts perchés dans le creux de ses mains, ses seins caoutchouc bourgeonnent et percent ses paumes. Elle bouge autour de lui, bleue sur la nuit où meurent 807 étoiles inconnues d’eux. Il tient ses hanches serrées dans ses paumes. Ondulation circulaire. Succion mouillée. Son souffle, ses yeux, sa bouche.... Il est tout entier dressé dans ses ténèbres chaudes, astre rouge, veineux, douloureux, luisant de mucus, couvert, découvert par le flux océanique. Marée de phosphore. Bleu des profondeurs. Salive, moiteurs. Il aspire, boit le lait de ses aisselles, sa liqueur, s’enivre de son sel. Elle danse, danse sur lui, s’approche et s’éloigne, brûlante, haletante. Quand elle se penche, ses cheveux fouettent son visage, balaient ses paupières. Yeux fermés, yeux ouverts, il tend le cou pour mordre sa bouche au passage comme un enfant sur le manège essaie d’attraper le pompon. O de la bouche, claquement sec, ouvre, ouvre, encore. L’œil noir dans la nuit, aigle humide, prend tout : bouche, sexe, chair et ventre, peau, sang, regard, souffle, souffle et nuit, brûlure, stridence, douleur, râle et souffle, plaisir, souffle, souffle et chute et cri.


Gerbe d’or. En un flash il a tout vécu et tout perdu avant de mourir avec elle de leur petite mort hurlante.

vendredi 7 janvier 2011

#296 – TrajetS

Avec ce temps trop de saison, l'asphalte devient pire qu'un hier éthéré et meilleur qu'un incertain demain. Au Pas-de-Calais, mon pas n'était plus sûr. Bitume de l'amertume, la neige se cristallise autrement, elle floconne en palissant. Je tourne dans le sentier de Pas-de-Pitié qui débouche chemin de la Saint Glinglin. Arrive après sur un trottoir qui broie du choir, un vrai macadam pour états d'âme. Cela tombe à propos, j'en regorge : impasse des mauvaises passes, où l'effondrement est bien venu ; venelle des jours cruels, où aiguiser ses scalpels ; avenue des déconvenues, où les mouchoirs ne sèchent jamais. Tiens, vous êtes là ! Ruée dans la rue des cruelles, rue de ce qu'on a cru d'elles... et qui nous a laissés pantelants. Trouver ceux de nos chemins qui mènent à Rome, n'est pas une mince affaire, sacrebleu. Voici l'accès des portes fermées, le passage des anges sauvages, la voie de la conne foi, l'artère de la charnière, les charmilles des jeux de filles, l'autostrade des maussades, les sentiers des hommes entiers. Voilà, la voirie de la sauterie... Sans omettre la street de « pas la frite », le malfamé boulevard des têtes de lard où se planque la fameuse ruelle des rebelles... Celle qu'aucun plan n'indique. Battons le pavé de nos semelles ferrées. Mais, suivez-moi... faisons chemin main dans la main.


Vous ai-je parlé de la rage que, dit-on, l'on attraperait passage des déballages ?


Attention, place des rapaces, ça verglace maintenant... de pâlir en floconnant, l'on blanchit sans prendre gare en nuageant… mais je m'égare dans une fièvre ferroviaire... 807 nuées troublent l'horizon, une brume qui s'étire, des nimbes qui s'exhalent... la vue se brouille... j'aurais tant désiré t'y guider... dans ce nid... doux, chaud et parfumé... mais le trajet, je l'ai oublié... alors... comment t'y emmener...

jeudi 6 janvier 2011

#295 – Le ralentissement du monde autour

On est vieux quand on choisit de taire les choses, de ne pas les dire avec les mots mais autrement, dans les regards plein de fatigue et de lenteur, dans les gestes qui mesurent, signent le repli, le renoncement.


On est vieux quand on n’a plus idée de ce que c’est que marcher dans le bleu, le radieux, aller droit devant pour le plaisir, le goût du ciel, des odeurs sur les talus, quand on choisit d’oublier les grands émois et le corps qui chavire, le vertige.


Il y a 807 manières d’être vieux et tant de choses à ignorer – les redditions sans nom, sans retour, l’infime, l’imperceptible passage de frontière, là où tout se défait, se retire doucement – si l’on veut tenir droit jusqu’au bout du chemin, paré de cette beauté poignante qu’ont les choses qui s’achèvent.

mercredi 5 janvier 2011

#294 – Carnets

Depuis une semaine, chaque nuit ce même rêve. Vague sentiment d’angoisse pendant la journée. Sans doute lié au sentiment de manque toujours présent pendant ce rêve.


Images fugaces revenues pendant la journée : pépé, la 403. Tenter demain de le noter au réveil.


Gamin dans la 403 du grand-père, une nationale toute droite ; devant nous, une autre Peugeot, identique : même modèle, même couleur ; pépé accélère, lui colle au cul, déboîte ; et tandis qu’il la dépasse, l’impression angoissante qu’il manque quelque chose...

mardi 4 janvier 2011

#293 – Solitude

8. Huit corbillards chargés de leur cercueil attendent dans le vent frisquet de l’aube. Huit morts bien sagement alignés sur la place devant la morgue frileuse attendent que l’on veuille bien s’occuper d’eux. La fumée des cigarettes des convoyeurs oscille en longues volutes pâles vers le ciel qui commence à s’éclairer.


0. Personne n’est venu accompagner les partants, ni parents, ni amis, ni simples curieux. Pas même quelque livreur de fleurs. Il est trop tôt, il fait trop froid. De toute façon, les morts sont morts, ils s’en contrefichent bien des vivants.


7. Sept corbillards ont démarré en même temps. Au prochain carrefour, ils se sépareront. À chacun son cimetière. Le huitième est resté sur le parking de la morgue. Son conducteur avait omis d’enclencher le réveil la veille au soir. Il dort encore. Et le mort, bien sage, attend tout seul, là, comme un con.

lundi 3 janvier 2011

#292 – Immersion archivale

Aller dans le placard. Commencer par la rangée de gauche, étagère du haut, du milieu, puis celle du bas. Mettre les dossiers à archiver sur un chariot. Le tracter péniblement jusqu’au bureau. Les répertorier un par un dans la base de données. Les remettre sur le chariot. Aller chercher la clé des archives dans le bureau du chef. Ne pas les trouver, ni la clé, ni le chef. Partir à la recherche du chef. Aller à la machine à café. Trouver le chef. Lui dire qu’on a besoin de la clé. S’entendre répondre d’attendre cinq minutes. Repartir bredouille à son bureau avec une furieuse envie de mordre. Passer un coup de fil perso en attendant. Raccrocher vite quand le chef revient. Le suivre dans son bureau pour avoir la clé. Repartir avec. Prendre le chariot surchargé et se diriger vers l’ascenseur. Aller au troisième sous-sol. Ne pas réussir à ouvrir la porte. Insister. Donner un grand coup de pied dedans. Penser fort au chef.


La porte cède. J’entre dans le local humide et poussiéreux où je dois classer les boîtes d’archives. Ça pue le rat crevé là-dedans. Comme le chef. Je prends une boîte, je la jette par terre et je shoote dedans. Ça fait un bien fou. J’agrippe le chariot et je le renverse, éparpillant toutes les boîtes autour de moi. Ça fait comme un tapis. Je me jette dedans, je bats des bras et des jambes, je nage dans la mer, ça sent l’iode et les algues. J’entends le cri des mouettes. Je me tourne sur le dos et je fais la planche en comptant les nuages qui moutonnent dans le ciel. Je m’assoupis...


Le lendemain matin à 8 h 07, on la retrouva endormie aux archives.

dimanche 2 janvier 2011

#291 – Altitude hivernale

Quand nous sommes entrés dans le chalet, il faisait 8 degrés, à peine plus, à peine.


— À quelle altitude sommes-nous ?
— Aucune idée... Le panneau indiquait 800 mètres quand nous sommes entrés dans le village, je dirais quelques mètres de plus, mais combien ? En fait je m'en fiche, là tout de suite, c'est la température qui me préoccupe.


Ce radiateur à bain d'huile de marque Iner ne chauffait que son anagramme.

samedi 1 janvier 2011

#290 – Mythomane

Il exhume ses 807 vies. Sa biographie éclaire le monde.


Il est le fils aîné d’une immigrée italienne déprimée et bavarde. Son père, un taiseux angoissé abandonné très tôt au guichet de l’Assistance est fils putatif d’un baron français marchand de houblon. Fils indigne, il découvre les mots qui le sauvent de ses peines et de ses maux. Il s’y noie. Devenu un conteur prodigieux, il égaye de son verbe déluré la banlieue où il vit. Mais il fait trop souvent la guerre, dans sa tête. Volontaire ! Décoré, bardé de croix, blessé grièvement sur le front de l’Amour, il rédige ses mémoires, enterre ses amis. Il songe à l'Autriche, à ses plumes. Il cherche un travail dans les maisons de santé. La sienne décline. Il devient journaliste par désespoir.


Lassé, il part à Avignon, visite son palais, y rencontre le pape et sa mule, théorise avec eux la confusion des races, le mélange des cultures. Il aime les odeurs de la ville, sa douceur, sa languide intensité, ses propres attitudes magnifiques devant les remparts. Il se voit porté par le vent mieux qu’un étendard. Il irait aux quatre coins du monde s’imprimer dans chaque tête d’homme. Il vivrait un siècle chaque fois. Au fond, il aurait aimé se sentir chez lui partout, y compris dans sa peau.

samedi 25 décembre 2010

#289 – Joyeux Noël

Que faites-vous sur ce blog alors que vous avez encore 807 cadeaux à ouvrir ?


Je suspends la publication jusqu'à l'année prochaine, vous m'avez l'air bien occupé, et cela me donnera le temps de réfléchir si ce blog continue après le 19 janvier 2011.


Enfin, je vous souhaite un joyeux Noël et mes meilleurs vœux – qu'ils soient avouables ou pas – pour la nouvelle année.

vendredi 24 décembre 2010

#288 – Digitales

Souviens-toi de ce que je ne t’ai pas encore fait. Murmure-moi que tu t’en rappelleras, même si la mémoire s’efface, le sentiment subsistera, flottant et nous enveloppera comme un rêve, engluant nos facultés de bouger. Au-delà du vent, même dans la fatigue de novembre qui grignote, ce qui reste, c’est nous.


Souviens-toi qu’il y en avait de toutes sortes, elles s’étalaient du langoureux au griffu, leur pression jouait aussi, on s’en enveloppait de façon éphémère car elles scellaient notre pacte.


Sans intermittence les liens se dénouaient, les chairs se scarifiaient, l’avenir avait mauvais goût, on les tentaient paumes ouvertes dans la pénombre d’un crépuscule frissonnant, les osait dans des lieux peu fréquentables, elles nous marquaient sans laisser de traces. Difficile de convoquer les mots : les décrire devenaient plus difficile que de traverser le désert de Gobi sans eau ; les nommer était plus paralysant que d’errer en Antarctique nus-pieds ; les invoquer plus casse-tête que de reprogrammer le Big Bang. Ceux qui les fuyaient avaient la peau craquante des lézards. Elles cautérisaient les tatouages encore chauds... on ne s’en vantait pas, les confessait parfois à mi-voix. On conservait leur réalité loin après leurs apparitions. Elles nous cernaient, parlants d'immanence et de la douceur d'être réunis, elles nous rassemblaient et nichaient les têtes au chaud dans les épaules, au chaud. On n’en n’avait jamais assez et nos désirs d'elles subsisteront après 807 oublis. On n’en pouvait plus d'elles.

jeudi 23 décembre 2010

#287 – Affections

J’avais mal, mais ça m’occupait. Et je n’étais pas fâchée d’avoir à me battre contre moi-même, de m’intéresser un peu à moi. C’est l’avantage des affections, elles charpentent la personne. En même temps, c’est trompeur, il y a le moment où ça se calme.


Il souhaita mourir au moins 807 fois dans la nuit, pour punir sa maîtresse de lui avoir posé un affreux lapin. Or, déjà il se sentait mieux. Il se rendormit avec le regret de n’être pas assez malade pour mériter son attention.


Il avait mis sa maladie au centre de son existence. Ce fallacieux prétexte lui permettait d’entretenir sa paresse et de tromper ceux de son entourage. Mais qui trompait-il ? Personne n’était dupe et surtout pas lui.

mercredi 22 décembre 2010

#286 – Vanité

C’était une veuve boiteuse mais pas vilaine. Plus de 807 hommes l’avaient culbutée, les uns après les autres, sur les tas de foin.


Depuis vingt ans, elle initiait tous les gosses du pays. Elle les regardait pousser, attendait avec patience leur maturité. Quand leur menton commençait à s’ombrer, quand leur cœur commençait à battre trop fort, en un tournemain elle les délivrait de l’enfance, éclaircissait leur sang et leurs rêves. Son plaisir était presque devenu une fonction municipale.


Elle avait acquis, par son expérience amoureuse, une sorte de renommée et en était quelque peu vaniteuse. C’est ce qui la perdit. Un puceau qui avait passé le moment depuis longtemps lui résista. Elle ne s’en remit pas. On la trouva un jeudi au fond d’un puits.

mardi 21 décembre 2010

#285 – Écrivez si m’en croyez !

Chaque nuit, aux environs de trois heures, c’était la même chose : ce réveil brutal, les doigts qui tremblent et la bouche sèche... Et ce vague sentiment d’inquiétude... Ce cauchemar... Toujours le même... Terrible !...


Il entrait dans son bureau, allumait l’ordinateur. Il fallait vérifier. Ce serait vraiment trop con !... Quand il avait envoyé les mails tout à l’heure... l’un à Garot, l’autre à Poiraudeau... L’impression qu’il s’était mélangé les pinceaux... envoyé au convoi des glossolales ce qu’il avait prévu pour les 807...


Le temps de respirer profond pour se calmer... de s’habituer à la demi-pénombre… toujours la lumière du couloir qui filtrait sous la porte... comme quand il était gosse... reconnaître le fauteuil qu’il avait eu le droit d’amener de chez lui... la commode que fournissait l’établissement... la télé qui était là d’office et vous aviez beau dire que vous... lentement comprendre... se réinscrire dans le temps... les médicaments sur la table de nuit… les couvertures marquées du nom de la maison de retraite… et sourire amer aux lèvres se dire que belle lurette qu’ils n’existent plus ces deux blogs !...

lundi 20 décembre 2010

#284 – Mortel été

À un moment donné, le printemps arrivait. Les maisons se secouaient de leur somnolence, des explosions de glycines dévalaient les murs en meulière, le goudron se couvrait de parcours à la craie où ciel et terre se rapprochaient. Le soir, on s’asseyait aux seuils des portes pour regarder le ciel s’assombrir. Les enfants jouaient jusqu’à ce que la nuit les écrase de fatigue.


Arriva l’été. Une vague de chaleur balaya la ville, insoutenable. Une chaleur épaisse comme un nuage de feu brusquant tout sur son passage. Au début, on arpenta les nuits à travers la ville, guettant la fraîcheur des parcs, l’eau des fontaines. Le goudron s’enfonça sous nos pas, chaque heure devint plus chaude. Dans les maisons, on étendit du linge mouillé aux fenêtres pour humidifier l’air. Rien n’y fit. Une chape suffocante se répandait d’une pièce à l’autre. Les jours passèrent au gré des pics de chaleur, une onde de choc jusqu’aux confins de l’Europe. La mer, même, n’y suffit plus. Elle charria des poissons crevés sur le rivage, ventres retournés, dégageant une odeur pourrie. Il fallut chercher ailleurs, dans les forêts d’altitude qui finirent aussi par s’enflammer. Puis la nouvelle arriva, on l’entendit à la radio un matin, elle circula toute la journée jusqu’au soir. On commençait à compter les cadavres. Des nuits tuèrent d’autant plus que le vent s’était tari dans la journée. Les hôpitaux donnèrent l’alerte, les urgences débordaient. Ce fut trop. Alors, on entassa les corps violacés dans des hangars réfrigérés.


L’automne s’annonçait. On inhuma les 807 dépouilles abandonnées sous un ciel de lin.

dimanche 19 décembre 2010

#283 – La petite fille

Lorsque la petite fille était petite fille, elle s’asseyait sur un rocher au bord de la mer et attendait que la marée monte pour voir si les vagues allaient l’engloutir.
Lorsque la petite fille était petite fille, elle aimait recompter les 807 roses aux couleurs fanées du papier peint de sa grand-mère.
Lorsque la petite fille était petite fille, elle voulait faire le tour du monde.
Lorsque la petite fille était petite fille, elle ne savait pas qu’on avait le droit d’être mauvaise élève.
Lorsque la petite fille était petite fille, elle n’avait peur de rien.


Puis vinrent les Ailes du désir et le premier amant.


Tu te souviens des sachets de bonbecs qu'on avait pour 1 franc ?

samedi 18 décembre 2010

#282 – Guerre

C’est un peuple errant regroupé sous des toiles de fortune, les poings sur les oreilles tandis que les pales de 807 hélicos hachent le soleil. Éclats de boule de bal, mire et miroir sur les vivants et les morts.


C’est un enfant noirci de coups, les yeux blancs d’obscurité. Papa, maman, mon amour... C’est son corps traîné par un pied, ventre gonflé parcouru de veines trop bleues, des cheveux d’algues et une plaie blanche à la cuisse. C’est ce chien dévorant les ventres putrides, le mufle enfoui dans les entrailles vertes. Rafale dans la rue rectiligne, des ombres saignent sous le soleil glacé. Lambeaux pourpres noirci sur leurs bords par le feu des obus, caillots panés de poussière éclatant sous les pas. Papa, maman... C’est cette porte tambourinée au petit matin sale et cet homme derrière, à la bouche un pli amer et des croûtes de sommeil au bord des paupières.


C’est ce cri à peine audible, ce silence imprimé qu’on caresse comme une enluminure. Cette image sans regard qui s’agite dans le nôtre sous son encre noire. C’est notre amour qui ne change rien à tout ça en faisant plus de bruit que ces cris, ces agonies. C’est notre silence qui vous torture et vous tue. Ma mère, mon père, mes frères, mes sœurs, mon amour...

vendredi 17 décembre 2010

#281 – It’s Christmas time

Les boules, les boules, les boules. Et sur la grande place, le sapin gigantesque, presque aussi haut qu’un building ‘ricain de 807 étages.


Les employés municipaux qui piétinent dans des flaques de neige grise en soufflant de la fumée blanche. La grue en panne et le maire qui gueule « mais qu’est-ce que c’est que ce bordel !? ».


La magie de Noël qui reste coincée sous les ongles comme de la poussière qu’on gratte au fond d’une poche.

jeudi 16 décembre 2010

#280 – C'est pas de la balle

Oscar – Faisons le point : Mon rapport, rédigé sur les chapeaux de roue, je l’ai mis dans le pipe, sa conclusion est qu’il faut acheter au son du canon et vendre au son du clairon. Et pour la suite de la réunion, tu me mets dans la boucle ?


Carine – Oh là là, il ne tourne pas rond, celui-là, n’a toujours pas compris qu’on ne voulait plus de lui dans la ronde ? Il me court sur le haricot à force de rouler les mécaniques. Y me fout les boules. Ras le bol. On va lui en faire baver 807 ronds de citron.


Oscar (en voix off) – Comme l’impression que l’ambiance tourne vinaigre. J’en reste comme deux ronds de flan.

mercredi 15 décembre 2010

#279 – L’intransigeance des mathématiques

Le comptage d’Éric Chevillard l’avait tellement interpellé qu’il finit par ne plus penser qu’à cela. Aussi, pour en avoir le cœur net, un samedi matin, il décida de compter les brins d’herbe du petit carré de pelouse autour de sa boîte à lettres. Il s’arma de sa meilleure paire de lunettes, d’un carnet et d’un stylo pour noter les dizaines, et se mit à l’ouvrage.


403 ! Ce n’était pas possible ! Aussi peu ! Il devait s’être trompé quelque part. Il décida donc de recommencer son décompte, en mettant cette fois toutes les ressources de son esprit hautement analytique au service de sa recherche. Il alla chercher la loupe de philatéliste de feu son père, ainsi qu’une fine paire de ciseaux à couture pour couper les brindilles déjà recensées. Pas une de plus, pas une de moins : 403 !


– Que fais-tu donc les fesses en l’air devant la boîte à lettres ?
– J’essaye de vérifier la Théorie du Chevillard sur les 807 brins d’herbe.
– Et alors ?
– Impossible ! Je n’en compte que 403. Et pourtant, je les ai comptés deux fois...
– Deux fois 403, ça fait 806. Tu n’es pas loin du compte.
– Il en manque un !
– Compte le pilier de la boîte à lettres en plus et tu seras juste.

mardi 14 décembre 2010

#278 – Commerce équitable

Une connaissance rencontrée dans la rue, pas vue depuis longtemps, me demande ce que je deviens. Drôle de question, ne le voit-elle pas ? Je laisse la vie s’accumuler patiemment, s’épaissir. Il est clair que dans le monde de la compétition ma vie n’est pas ce qui s’appelle une réussite. Ce que je deviens ? Une femme allant sur ses cinquante ans, fixée, solidement fixée. Le reste de ma biographie se perd dans une aventure plus vaste, et toi ?


Elle n’a pas compris, a pris peur – la peur est un commerce équitable : elle tourne, se retourne, passe de l’un à l’autre, change de signe sans distinction de genre. On finit toujours par avoir son tour. La peur ne se farde ni ne se maquille. Elle vous tombe dessus, découvre les conséquences et les incidences, les lignes de force, le dessous des cartes, l’envers du décor et les doubles fonds.


Je n’envie pas cette femme qui a pourtant réussi, comme on dit. Et elle, constate, dépitée, que je n’ai pas fait mon chemin, comme on dit. C’est la vie. Plus de 807 femmes l’ont déjà dit, c'est la vie.

lundi 13 décembre 2010

#277 – Improbablogus senis rosae

L'improbabilité de compter 807 brins d'herbe est d'une évidence qui n'est pas sans faire oublier celle de l'existence des 807 lecteurs qui croiraient à ce décompte en faisant de leur croyance un blog, puis un autre, année après année.


vieux célibataire,
un jour on dira de toi :
« le vieux grabataire »


Quiconque aura le privilège d'habiller Cornaline découvrira le véritable sens du mot « assorti » : rose.

dimanche 12 décembre 2010

#276 – Félin, défait l’autre

Les 807 brûlures de cigarettes qu’on venait de lui infliger lui donnait l’allure d’un homme panthère.


Aussi dans sa douleur ne se lassait-il pas de rugir et de fendre l’air, mimant de furieux coups de pattes.


Plus troublant, c’est à la vue d’un bain que l’on faisait couler dans la pièce d’à côté qu’il retrouva soudain mémoire et usage de la parole.

samedi 11 décembre 2010

#275 – Prophétie

Et le nombre sacré apparaîtra en toute chose, en tout lieu et à tout instant.


Et le nombre 807 nous débarrassera de l'inconscient.


Et le monde redeviendra comme au commencement.

vendredi 10 décembre 2010

#274 – Haine

Parce qu’il n’en connaissait pas d’autre, il jugeait que la haine était le meilleur carburant pour démarrer au réveil, l’essence sans laquelle il n’aurait pu se mouvoir. Il aurait voulu passer en revue le monde entier s’il n’avait été limité par l’espace du temps d’un jour.


J’avais du mal à voir une millionnaire atrabilaire sous les 807 traits angéliques de cette petite grand-mère, cintrée dans son tailleur sans âge.


Elle n’aimait pas accabler son mari : elle sentait bien qu’elle avait sa part de responsabilité dans son échec, ce qui ne l’empêchait pas par moments d’avoir des bouffées de haine à son égard, secrètement bien sûr. Et, souvent la nuit elle se réveillait avec ce corps étranger à côté d’elle, elle le haïssait alors jusqu’au matin.

jeudi 9 décembre 2010

#273 – Photographie

Une rue de Montmartre. Une rue balayée au vent mauvais par un homme vert et noir au sourire blanc. Les pieds dans le caniveau, il vous regarde passer. Vous le saluez sans oser entamer la conversation de peur de réveiller sa nostalgie et de savoir comment il vit, loin des siens et dans quelle misère… Vous marchez ensuite vers l’autre rive alors que le ciel menace. Sur le boulevard St Michel, vous croisez le sourire d’une belle qui fuit vers le jardin du Luxembourg sous son parapluie tout luisant de paradis. Souvenir d’une autre... C’était hier votre vie. Hier était la ville, hier était l’amour. Qu’est devenue celle qui vous tenait le bras sur le quai Malaquais, tandis que gonflaient les bourgeons de mai ? Toujours, toujours... Vous hâtez le pas, soudain pressé de rentrer chez vous et de la retrouver. Ombre parmi les ombres du passé.


Sur cette photographie d’elle prise par vous, elle sourit adossée à un mur marqué encore par 807 impacts de balles de la libération de Paris. Vous aviez pris du temps pour prendre ce cliché. C’était bien avant les appareils numériques. Elle était patiente mais un peu agacée. Tandis que vous brandissiez votre cellule sous son nez pour mesurez la lumière, son sourire s’éteignait. Il revint lorsque vous avez braqué sur elle votre objectif mais ce n’était qu’un sourire de politesse pour ceux qui retrouveraient la photo en fouillant dans une vieille malle oubliée des vivants. Un sourire triste qui vous disait adieu. Vous découvrez en examinant attentivement ce cliché que son regard passe au dessus de vous sans vous voir.


Par la fenêtre vous observez la rue mouillée qui luit sous les néons. L’homme vert reviendra demain. Son balai à la main, il s’arrêtera un instant pour répondre à votre salut et vous sourire. Vous continuerez votre chemin le cœur un peu plus léger.

mercredi 8 décembre 2010

#272 – La Nominaliste

Oui, il est bien sûr que sans cette maudite passion de se taire, rien de tout cela ne serait arrivé...


Sang impur caillé en l’air, toujours ma langue demeura-t-elle captive sous un bloc de marbre me gisant à la place du cœur...


Cette vie que j’ai prise, et qui palpite encore au bord de mes lèvres, ne comprenez-vous pas que c’est le don de la mienne que je vous fais...

mardi 7 décembre 2010

#271 – Triptyque en forme de pomme

Refermons le dossier Erik Satie, voulez-vous ?


On peut louer ou pas le génie du compositeur : les mélomanes l'adorent alors que les professionels l'ignorent ; on peut aussi parler de sa folie : tout le monde s'accorde sur ce point, il n'était pas net le bougre, voyez les titres de ses œuvres, les annotations sur ses partitions, etc. ; et cette douce folie s'accompagnait de son inclinaison à toujours trop en faire. Prenons sa composition Vexations. Il indique que ce morceau doit être joué 840 fois. Alors que 807 auraient amplement suffi.


Sa ville natale, pas rancunière pour un sou, a créé un musée en l'honneur de l'enfant du pays alors que ce dernier a baptisé une œuvre Trois morceaux en forme de poire. Que je sache, le Calvados est le pays de la pomme !

lundi 6 décembre 2010

#270 – Complément à l'œuvre de Jean Prod'hom

(retrouvez l'œuvre de Jean Prod'hom ici)
Yamamoto Kidémahapa se détacha à regret de l'amas de corps nus et contempla la petite douzaine de 69 exquis qu'ils traçaient sur la moquette. Quelques visages d'éphèbes aux yeux chirurgicalement débridés se retournèrent vers lui. Une bouche lascive se haussa jusqu'à son entrejambe, des mains se posèrent sur ses fesses, des sexes se proposèrent, mais il les écarta gentiment. Il était l'heure.


Un million de personnes habitaient le complexe, mais à quatre heures du matin, les couloirs étaient heureusement déserts. L'ascenseur arriva, avec un murmure feutré de limousine. Il demanda le dernier étage et se laissa tomber sur le sofa. Une tablette sortit de la paroi à sa droite, porteuse d'un espresso sucré exactement à son goût et de son croissant préféré, sésame, miel et amandes. Il en était à la serviette chaude quand la douce voix synthétique susurra : « Vous arrivez au 807e étage, Yamamoto Kidémahapa san, excellente journée, bon conseil d'administration ».


Les oiseaux de mer tournoyaient au dessus de l'aire de départ des parachutes. Il s'envola avec eux. Contrairement à tes prévisions, ami lecteur, sa Suzuki démarra à la première pression du kick. Ne pas toujours croire à l'onomastique.

dimanche 5 décembre 2010

#269 – Addiction

Il tourne et tourne encore dans le dédale des rues désertes de cette banlieue minable, même son GPS semble perdu et ne trouve pas la ZUP des Prairies Vertes. Il arrête sa voiture, coupe le moteur et se prend la tête entre les mains. Comment en est-il arrivé là ? Comment arrive-t-on à cinquante ans en ayant foutu toute sa vie en l'air ? Elle n'était pourtant pas si mal sa vie, quand il y pense. Il éclate en sanglots, là, seul dans sa BM et dans la nuit. Pas une lueur, les nuages ont caché le faible clair de lune.


Il se calme un peu. Attrape dans la boîte à gants ses cachets et en avale deux, d'un seul coup, sans eau. Ça lui arrache la gorge et lui laisse un goût dégueulasse dans la bouche. Mais au bout d'un quart d'heure, il se sent suffisamment calme pour reprendre la route et trouver la salle communale où se tient la réunion. Sa dernière chance. Jusqu'ici rien n'a marché. Le dernier psy qu'il a vu l'a fichu à la porte en lui donnant l'adresse de cette association. Il roule prudemment, abruti par les cachets qui commencent à faire leur effet et aperçoit enfin une lueur au loin. C'est bien là, au 807 allée des chênes. Il se gare. Le trac monte malgré les molécules chimiques.


Il ouvre la porte du local. Les autres sont déjà arrivés, assis en cercle sur des chaises en plastique, et le regardent entrer. Celui qui doit être l'animateur l'accueille d'un sourire, lui désigne une chaise vide et l'invite à se présenter avant de s'asseoir.
– Bonjour, je m'appelle Éric et je suis huitcentseptophilique.

samedi 4 décembre 2010

#268 – Brutalités génitales

Il écoulait là des jours sereins
Et n’y connaissait aucune alarme,
Ignorant tout des lointains vacarmes
Dans l’intimité du doux écrin.


Un jour pourtant des coups menaçants
Eurent sur lui l'effet d'un réveil
Et des trépidations sans pareilles
En ébranlèrent son fondement.
Se montrant craintif au grand portail,
Il dut esquiver le flot livide
Des 807 spermatozoïdes
Venant de forcer le soupirail !


Ce fut au fond de la cavité
Qu’on les vit s’écraser pitoyables,
Et l’on entendait l’écho durable
De l’ovule fou d’hilarité.

vendredi 3 décembre 2010

#267 – Gnossienne n°807

Cette partition de Satie, je la tiens de ma grand-mère Marthe, qui elle-même l'a trouvée dans la paperasse de sa grand-tante Gilberte à sa mort. Tu sais mon garçon, me raconta un jour Mamie, Tatie a connu le musicien après sa séparation avec « sa Biqui » que Tatie appelait plus volontiers « la Valadon » ou « la pute ». Satie vivait dans une misère qui avait ému Tatie. Elle lui lavait son linge et lui préparait des repas afin qu'il ne dépérisse pas. Elle n'a jamais voulu nous dire si sa relation avec lui s'arrêtait aux tâches ménagères, on ne parlait pas de ces choses-là. Quoi qu'il en soit, il lui a écrit ce morceau pour la remercier. Mamie m'a confié la partition, une Gnossienne, car je suis le seul musicien de la famille. Jusqu'à aujourd'hui, elle est restée inédite.


On peut regretter que Satie n'ait pas retravaillé cette Gnossienne pour lui donner le même éclat qu'aux autres. D'après la date reportée sur le document, elle a été composée en juin 1893. Elle aurait pu être la 4e Gnossienne. D'autant qu'elle reprend les sonorités du triptyque, ses thèmes, ses accords. Autre point, elle commence avec un si bémol, suite logique après les fa, sol et la des précédentes pièces. Enfin, on retrouve l'accompagnement caractéristique des trois premières Gnossiennes (ronde, blanche, noire), avant l'introduction de la croche dans la 4e Gnossienne officielle. Elle ne sera cependant pas la 4e, les spécialistes dénombrant déjà 6, voire 7 Gnossiennes si on compte la pièce extraite du Fils des Étoiles. Alors, celle-ci serait-elle la 8e, ou la 7e ?


Pour moi, pour toi lecteur, pour toi auditeur, elle sera la Gnossienne n° 807.

jeudi 2 décembre 2010

#266 – À fleur d'eau

...Alors pour me rafraîchir, je me plonge dans mes souvenirs : je revois mon ascension dans les Pyrénées, non loin du mont Vallier. Nous étions partis à l'aube et avions gravi la montagne dans un paysage embrumé qui me rappelait curieusement la forêt de Brocéliande, alors que je n'y suis jamais allée. Tout le long du cheminement, nous entendions le cours d'un torrent qui, bien que tout proche, se dérobait à la vue dans des méandres de brouillard.


Arrivés à proximité du sommet, nous avons débouché sur un lac alimenté directement par des névés, paré d'un bel arc-en-ciel. Après cette ascension – de 807 mètres de dénivelé – qui nous avait donné des suées, je n'ai pas hésité à me déshabiller pour aller me glisser dans cette eau extrêmement froide.


J'ai fait trois brasses, puis suis remontée me sécher. Comme moi, deux autres personnes avaient fait cette courte baignade : l'eau était tellement glacée... il lui manquait à peine quelques degrés en moins pour qu'elle ne se raidisse et que sa surface ne change d'apparence et d'existence... autrement dit d'état. On ne pouvait donc s'y attarder. D'ailleurs nos guides ne s'y étaient pas aventurés et nous regardaient avec des yeux éberlués nous tremper dans cette eau si froide. Sans m'en rendre compte, en me baignant, je m'étais blessée en heurtant ma malléole contre un rocher. Ce n'est qu'une fois sortie de l'eau, que je me suis aperçue, en la massant machinalement, que j'en avais « deux » l'une contre l'autre ! La froidure du lac avait anesthésié ma douleur, l'air l'avait réveillée. Ce bain express m'avait redonné chaud, une fois que j'étais sortie de l'eau. J'avais l'impression exquise d'être devenue une feuille, pour le coup, j'avais perdu tout relief, j'étais parfaitement lisse contrairement aux autres randonneurs qui, eux, avaient gardé toutes leurs épaisseurs... Le ciel était dégagé et le soleil enfin brillait.

mercredi 1 décembre 2010

#265 – Préface de l’hiver

Je déteste ce temps gris de novembre où la pluie paraît hésiter au fond du ciel, se fait attendre. Je préfère les silences bleus chargés de cris d’oiseaux qui se forment, au-dessus des maisons solitaires, les nuits d’hiver. À l’entre-deux, à l’automne, on ne voit que des bandes à plumes errer de branche en branche, alourdies par l’eau, tristes et maigres. Je cherche en vain l’alouette qui chante en volant, force la voix plus elle s’élève.


Le temps postillonne, ne veut pas de ma joie. La pluie tombe, inutile, monotone. Le mot seul trempe déjà le papier. La phrase reste en suspens, molle comme une serpillère au bord du seau, attend le vent pour qu’il essore un passé pas simple, laissant des auréoles dans la marge d’un présent qui gribouille.


Je préfère m’envoler. 807 pensées ronronnent, il fait un temps à murmurer des poèmes. Laissons le reste aux loquaces qui toujours nous plumeront.

mardi 30 novembre 2010

#264 – L'autre moi

Pourquoi bon sang est-ce si difficile ? Pourquoi attendre lundi pour manger sainement, pour faire de l'exercice, pour se réveiller tôt ?


Je me fais la promesse chaque soir, et je crois sincèrement que je vais la tenir. « Je commence demain matin. » Mais quand le soleil se lève, une nouvelle personne prend ma place. Elle ne veut pas se lever tôt, elle se moque bien de faire de l'exercice, elle bourre son estomac de malbouffe, et à la fin de la journée c'est moi qui trinque pour ce qu'elle a fait de moi. Je fais 807 promesses – elle ne les tient pas, je lui donne vie – elle ruine la mienne, je la soigne comme un enfant – elle me crache au visage.


Bordel, pourquoi est-ce si difficile d'être MOI tout le temps ?

lundi 29 novembre 2010

dimanche 28 novembre 2010

#262 – Google blues

Il tapa fébrilement ses nom et prénom puis cliqua sur « Recherche Google ». Environ 807 262 résultats s’affichèrent en 0,21 seconde.


Parcourant les différentes pages, il s’aperçut que l’on comptait beaucoup plus d’homonymes que l’on ne croyait. Et tous ces sites consacrés aux recherches généalogiques. Et tous ceux destinés à retrouver vos anciens camarades de classe. Voilà qui brouillait terriblement les pistes.


Déçu, il se dit qu’une recherche avancée pourrait sans doute mieux satisfaire son ego. Heureux homme qui ignorait encore le profond désarroi qui le saisirait lorsqu’il se demanderait quels mots-clés permettraient de le définir.

samedi 27 novembre 2010

#261 – Faire plaisir

il se dit que peut-être bien que c'est vrai qu'il fait plaisir à son ventre : il en est à son 807e Activia


il se dit qu'elle se fait plaisir, c'est sûr : elle en est à son 807e autofictif partagé


mais c'est dommage, les comptes facebookiens étant pour le moins approximatifs on ne saura jamais qui est son 807e ami(e), pourtant ça lui aurait fait plaisir de mettre un nom sur le hasard...

vendredi 26 novembre 2010

#260 – Enfants

La douce houle, le flot vert doux amer.


Ils avaient grimpé sur la falaise et s’étaient assis dans l’herbe haute brûlée par le sel des embruns. Poussières de foin, étoiles de paille, herbes filantes. Litière de lumière frottée de vent. Il pris son visage entre ses mains et la regarda comme s’il ne l’avait jamais vue. Dentelles fougères, ombres légères sur sa peau d'épice. Elle l’attira à lui et leurs corps moissonnèrent callunes et tormentilles. Les fleurs de chèvrefeuilles nourrissaient leur souffle. Il voyait dans ses yeux des forêts enfanter le silence et 807 soleils avancer de front. Dans son corps, le sien retrouvait sa mémoire et l’avenir devenait possible. Il pressentait les jours et les nuits avec elle, leurs enfants dans son ventre. Enfants des greniers, des jetées sans fin. Enfants des îles vierges. Enfants miel des garrigues, enfants lavande, sève acide des sources. Leur flux les déposerait, coquillages, aux rives rêvées. Leurs mains nues les cueilleraient au creux de leurs corps pour les rendre à l'espace. Poussières d’homme, promesse d’univers. Enfants des anciennes blessures, argile tendre, terre de révolte, de récoltes mûres, ils seraient une revanche sur la mort et l’abandon, leurs justes enfants du midi des groseilles. Ils ouvriraient l’horizon et rebâtiraient un monde juste et fraternel, ils franchiraient d'un bond les haies des prairies nocturnes pour créer la lumière.


Il entendit nettement leur rire tandis que la mer assaillait la falaise et qu’elle ondulait avec eux.

jeudi 25 novembre 2010

#259 – Complément à l'œuvre de René Girard

La petite ville de Gstaad peut passer pour l’une des plus jolies des Préalpes occidentales. Il y fut précepteur dans les années soixante-dix. Un couple de Portugais catholiques et dociles assurait alors l’essentiel du train de vie d’une riche famille polonaise dans un chalet de maître situé entre la Lauenenstrasse et la Rotlistrasse : elle cuisinait, blanchissait le linge et tapottait les traversins ; il faisait les courses, endossait le gilet de Nestor et ripolinait chaque matin le véhicule qui menait la maîtresse de maison au Palace dans les salons duquel elle s’adonnait au bridge. Et puis il y avait l'Autrichienne, jeune nurse bien faite ma foi qui s’ennuyait un peu, lui aussi si bien que leurs liens se resserrèrent. La première semaine ne fut pas achevée que le précepteur se retrouva prisonnier du chalet à des heures qui dépassent les convenances. Il lui fallut donc sortir coûte que coûte avant le réveil de la maisonnée. L’Autrichienne le conduisit par la main sur le balcon en lui murmurant les milles folies qui réchauffent nos hivers. Mais pas d’échelle et deux étages à vaincre, ... fermez les yeux c’est fait. Ne voyez-vous pas l’amoureux qui s’éloigne dans la nuit ?


J’ai lu que le X-Seed 4 000 culminerait à 4 000 mètres et regarderait dans les yeux le mont Fuji. Un peu de haut puisqu’il le dépasserait de plus de 200 mètres. Il serait ancré dans l'océan au large de Tokyo et abriterait plus d’un million de personnes. Il compterait, dit-on, 807 étages.


Julien mon frère, que serions-nous devenus si ta Mathilde et mon Autrichienne avaient eu l’invraisemblable idée d'être de ce siècle ?

mercredi 24 novembre 2010

#258 – Strabisme

« J’exorbite, dit l’œil gauche, devant tant d’impudeur étalée sans vergogne sur la voie publique. Exhibée honteusement devant les yeux innocents des écoliers rentrant de l’école et des vieilles dames vertueuses qui promènent leur petit chien. Hou ! »


« J’écarquille, dit l’œil droit, devant tant de beauté, d’harmonie dans les formes, de fraîcheur virginale. Cette photo printanière a tout ce qu’il faut pour rendre moral et dynamisme à l’ouvrier harassé revenant du travail. Oh ! »


« Mettez-vous d’accord, enfin ! Je commence à loucher. », dit l’homme planté depuis trois quarts d’heure devant l’affiche de la nouvelle campagne publicitaire de
807,
Le string des starlettes !

mardi 23 novembre 2010

#257 – Terre en peine

Ils avaient recouvert le terrain vague d'un pavage de blocs rigoureusement identiques en tous points. De telle sorte que cela formait un damier aux teintes grisâtres.


La moindre trace de petit brin d'herbe, sage ou bien affolé, avait purement disparu. Le nombre d'heures passées pour réaliser ce chef-d'œuvre dépourvu de toute vie et qui avait conduit à mettre la terre en terre était incroyable ; cela s'était fait si rapidement, en moins de 807 heures.


Les odeurs de cuisine venant du bâtiment qui jouxtait ce terrain (qui n'avait plus rien de vague) apportaient une couleur locale, un soupçon de vie, une ombre d'humanité. Cela faisait du bien de sentir ces effluves, car cet endroit était affreusement désert et baignait dans un silence déroutant, celui du monde minéral...

lundi 22 novembre 2010

#256 – Le cargo

Derrière le terrain vague, il y a la cabane. C’est là que j’ai vu mon père pour la dernière fois, entre les montagnes de ferraille et les débris des moteurs. Des tas immenses d’acier qui, à la tombée des pluies, devenaient gris métallique ou noir ardoise. Quand on est arrivé à Oklawa, mon père a décidé de se poser, le temps d’une saison. Dans ce patelin de 807 âmes, on ne risquait pas grand-chose. On aurait la paix. Enfin c’est ce que mon père a dit.


Au début, j’allais à l’école, comme tout le monde. C’est pas que ça m’intéressait tant que ça, mais au moins, il y avait des filles. J’avais de quoi m’amuser, ne serait-ce qu’en les coursant pour leur faire peur. Je les attendais à la sortie de l’école pour les suivre jusqu’à chez elles. Elles jetaient des regards furtifs derrière elles, effrayés. Leurs yeux écarquillés, le pas qu’elles pressaient, j’aimais bien. Et puis un jour, tout s’est déglingué.


Il était encore tôt quand je les ai vus arriver. Les deux flics ont à peine frappé à la porte de la cabane : « Bonjour petit, est-ce que Mr Johnson est là ? Ou son épouse ? » Ça m’a fait rire ce mot épouse, même si je sentais que ce qui allait se passer n’allait pas être drôle. Son épouse… plutôt l’une des femmes qui couchait avec lui cette nuit-là ! Et c’était pas ma mère. Celle-là, je ne l’avais pas vue depuis longtemps. Partie un jour sur un cargo avec un marin. C’est la voisine qui m’a raconté ça, Debbie. Je l’aimais bien, Debbie, au moins, chez elle, je pouvais regarder la télé pendant qu’elle écoutait ses émissions à la radio. Et c’est bien la seule qui m’ait un peu parlé de ma mère. Bon d’accord, elle m’a menti. Mais ça, je l’ai su après, quand les policiers ont déboulé, qu'ils ont menotté mon père pour l’embarquer. Il hurlait comme un forcené. Je me suis retrouvé seul dans cette cabane qui puait l’abandon. J’ai traîné toute la journée. Le soir, j’ai rejoint le bar miteux de la station-service. Par nostalgie de mon père, je crois. Et là, les langues se sont déliées. La nouvelle avait circulé. « Deux flics l’ont emmené... la pauvre femme... la mère de son fils, quand même. Tuée à coup de hache... une histoire de jalousie. » Dans les vapeurs moites d’alcool qui m’enivraient, j’ai senti mes yeux se mouiller pour la première fois. J’ai imaginé le cargo tracer une ligne blanche dans l’océan et je me suis dit qu’un jour, je monterai à bord.

dimanche 21 novembre 2010

#255 – Jealous guy

– Chérie ?
– Mmmm, oui, quoi ?
– Je te dérange ?
– Mmm...
– Tu fais quoi là ?
– T'occupe... Qu'est ce que tu veux ?


Elle est assise dans le fauteuil, sa jambe gauche – toujours la gauche, pourquoi ? – repliée sous elle, ses lunettes sur le bout du nez, elle lève la tête vers lui et le regarde de l'air mi-attendri, mi-exaspéré de la mère dérangée par un enfant capricieux.


– Encore en train d'écrire un tes foutus 807 ?

samedi 20 novembre 2010

#254 – Trois

– Je te préviens mon bonhomme : je compte jusqu'à trois, et si tu ne t'excuses pas, tu as une fessée. Un. Deux...
– Papa, pourquoi tu comptes pas jusqu'à 807 ?
– ...
– Bah oui, quoi, t'arrêtes pas de nous parler de ton blog.
– Allez, file !


Jamais deux sans trois, dit-on. Je le conçois pour un triptyque, par définition. De même pour un haïku. Mais qu'en sera-t-il pour les saisons des 807 ?


l'automne du gros célibataire
les feuilles qui tombent
et trois rateaux par jour

vendredi 19 novembre 2010

#253 – Drôle emploi

Vous avez plus de quarante ans, êtes flexible, montrez un pouvoir d’adaptation conséquent.


Vous avez fait vos preuves chez Darty, savez lire une étiquette, vous en servir pour mentir et flouer votre client.


Envoyez votre CV à l’Élysée.


PS : le 807e CV reçu aura un poste de ministre au gouvernement

jeudi 18 novembre 2010

#252 – Le violon de Crémone

Danse du ventre. Vibrato de la peau, excité par la musique. Friselis du vent, délices.


La chaleur monte soudain dans les reins, dans les siens, dans les miens. Le violon en fond n’arrange rien. Rêve d’Orient...


Ce qui décida l’épouse, lassée, à réveiller son mari pour la 807e fois fut le superbe mais tragique conte d’Hoffmann qu’elle vit trôner sur sa table de nuit. Ne prends pas ton rêve pour la réalité, criait-elle, le secouant comme un prunier.

mercredi 17 novembre 2010

#251 – Cheveux d’âge

Il craignait qu’aux rigueurs de son âge
La parure qui fit sa fierté
Ne subisse les puissants outrages
D’une blanche et triste vétusté.


Aussi s’assurait-il que le nombre
De ses cheveux blancs n’aille croissant,
Par un décompte des plus sévères
Qu’il pratiquait au soleil levant.
807 un beau matin manquèrent.
Médusé du rajeunissement,
Il s’en fut courant d’humeur légère,
Mais il se rompit tout l’ossement.


Il n’est de jeunesse qui revienne
Et bien tôt se tarit la fontaine :
Qui de son âge médit ou ment
De son âge aura tous les tourments.

mardi 16 novembre 2010

#250 – De l'autorité

Le moustachu en képi a tourné au moins huit cent sept fois autour de la voiture. On aurait dit un chien qui se prépare à pisser sur une roue et prend son temps pour choisir la meilleure. Il nous a reluqués pendant un bon moment et comme on se tenait à carreau, il a fini par abandonner. Il est reparti avec ses collègues, mais dans ses yeux, on voyait bien qu’il était déçu.


La vie est une prison. Pour s’en échapper il faut passer l’arme à gauche.


Après sa garde à vue qui avait duré pas moins de 807 minutes, elle apparut, le visage marbré, les yeux gonflés, les lèvres démaquillées et les cheveux ébouriffés.
– Alors, tu fais moins la maligne maintenant ! fit l’inspecteur, goguenard tout en mâchonnant le mégot éteint d’un cigare.
Il l’a trouva même moins blonde que la veille. C’est vrai qu’elle n’en menait pas large derrière son rimmel dégoulinant. Redescendant de ses hauteurs, l’orgueil humilié et des larmes dans la voix, elle entreprit de cracher le morceau.

lundi 15 novembre 2010

#249 – Écrivez ! qu’ils disaient

Mieux vaut taire le nom de cet écrivain qui 807 fois remit le métier sur l’ouvrage.


Découragé du piètre résultat obtenu, surtout après de tels efforts, notre homme de lettres sombra dans la plus profonde mélancolie.


Hélas, une seule tentative lui suffit pour mettre fin à ses jours.

dimanche 14 novembre 2010

#248 – Hiver

Il habitait une ville d’opérette avec son kiosque à jamais déserté par les orphéons, ses pâtissiers repérés dans les guides gastronomiques, ses noces en dentelles de chantilly sur le parvis de la cathédrale et sa vraie misère confinée hors des remparts. Ce qui le rendait triste, c’était de se sentir trop éloigné de lui-même, de son propre être poétique. L’elfe en lui, mourait trop souvent d’une indigestion de saucisses.


Il n’avait pas dormi de la nuit, torturé par mille souvenirs encombrants et retors. Il s’était levé plusieurs fois pour boire un verre d’eau ou pisser, alternativement. Il passait un moment devant sa fenêtre avant de regagner son lit. La comète glacée près du croissant couché insolait le ciel vide au feu de sa neige. Le nez tendu vers le bleu de la nuit, il eut envie d’un verre d’alcool pour noyer sa logique. Il en but plusieurs. Le sommeil l’avait pris à l’aube et son radio-réveil avait hurlé une heure plus tard. Il s’était levé d’un bond comme à son habitude, pris d’un léger vertige et avait titubé vers la salle de bains, migraineux, vulnérable. Il s’était douché, rasé, habillé machinalement et la fatigue l’avait plombé d’un coup. Une lueur grise filtrait par les rideaux de la baie vitrée. Il avait frissonné, avait enfilé son manteau d’hiver et s’était assis dans son vieux fauteuil de cuir. Ce matin-là, il n’eut pas envie de sortir de chez lui. Trop peur de se faire tuer par un autobus qu’il n’aurait pas vu, par le sourire mendiant d’un malheureux recroquevillé dans un coin de porte, par le parfum d’une belle qui le croiserait sans un regard. Ce fut la première des 807 heures où il continua à attendre assis, sans un geste et bientôt sans une pensée.


On le retrouva 33 jours et 15 heures plus tard, cadavre liquide, assis devant la télé allumée.

samedi 13 novembre 2010

#247 – Dans une bonne main

Vous jouez au tennis ? Non. Vous avez reçu un coup au coude ? Non. Tenu quelque chose à pleine main, en exerçant des pressions répétées pendant un certain temps ? Elle hésite, ça lui rappelle... une image apparaît, c’était la nuit... la fenêtre entrouverte... Ils se blottissaient l'un contre l'autre. Sa main droite dosait un mélange de douceur et de vigueur jusqu’au parachèvement, ce paroxysme absolu où il s’abandonna dans sa paume...


Avez-vous contracté votre main dans un effort intense ? Pendant que la face blême de la lune était apparue à l'embrasure de la fenêtre, elle avait prit Pierre en main. Elle y avait mis du cœur à l'ouvrage, épousant parfaitement la forme du membre, ça la ravit encore. Une douleur dans le coude la ramène illico à maintenant, une semaine qu'elle ne se sert plus de son bras droit palpé et malaxé en cet instant par l’osthéo. Il le tire tout du long, saisit l’espace entre le radius et le cubitus d'une main de fer et débloque le coude, crac ! Elle jauge la fragilité de sa constitution et le prix du plaisir, elle envie la solidité des tractopelles et des cargos, aspire devenir inébranlable dans une prochaine vie. Pour une fois qu’elle s’abandonnait à son instinct dans les grandes largeurs.


Et quand pourrais-je reprendre mon sport préfèré ? Pas demain, lâche l’osthéo. Dans 807 jours, avec un peu de chance. Je vous conseille d'y aller mollo avec le bras droit en général et de développer votre côte ambidextre... Elle sort du cabinet avec l’impression d'avoir été prise en flagrant délit de main dans le pot à confiture et les larmes montent d’un coup. Rauque, un sanglot jaillit.

vendredi 12 novembre 2010

#246 – Cassé

Ils n'étaient pas faits pour être ensemble. Je pouvais le voir en décembre. J'en étais sûre en mars. Ils auraient pu le deviner bien avant le rituel du « pour le meilleur et pour le pire ». Mais ils l'ont quand même fait en août.


12 Novembre. 08:07. Elle fume dans sa chambre et la fumée bleue monte jusqu'au plafond. Elle fait tomber les cendres dans une soucoupe. La cigarette a un goût amer. Elle regarde dans le miroir et pense qu'elle devrait acheter de la Visine en allant au bureau. Il est peut-être encore en train de travailler, et son téléphone portable est sûrement mis en mode silencieux. Il travaille avec des clients américains, pas étonnant qu'il travaille tard. Pas étonnant qu'ils se parlent à peine. Pas étonnant qu'elle ne soit toujours pas enceinte.


12 Novembre. 02:46. Il n'est pas encore ivre, il peut boire davantage il en est sûr. Pas ivre, juste fatigué. Cassé.

jeudi 11 novembre 2010

#245 – Vendredi 15 octobre 2010

Là-bas, à 800 mètres sous terre, 200 invités triés sur le volet sabrent le champagne, le dernier pan de rocher est vaincu. Aujourd'hui une merveille industrielle est née au coeur du Massif du Gothard : 57 kilomètres d’un tunnel nouant solidement le sud avec le nord.


Là-haut, à la verticale du puits d'accès, un mineur prie les yeux tournés vers le ciel. Il a placé 7 mètres plus haut, dans la voûte de l’église de Sedrun, 50 kilos d’explosifs. Il veut honorer ainsi ses 9 amis morts pendant les travaux et nouer le bas avec le haut.


Lorsque tout sera oublié je reviendrai à Sedrun.

mercredi 10 novembre 2010

#244 – All night long

23:47:03 j’aurais pas dû boire tout ce café.
23:48:17 pourquoi elle est partie comme ça ?
23:52:35 ces chiffres luminescents de ce réveil cube Orégon commencent à me gonfler.
23:57:08 putain, il n’est pas encore minuit ?
00:01:12 ça y est, on est déjà demain.
00:02:47 j’aurais dû la retenir.
00:03:09 connasse...


00:05:22 j’ai trop chaud.
00:05:32 je vais me branler, ça va me détendre.
00:06:13 gnnn gnnn gnnn
00:06:58 gnnn gnnn gnnn
00:07:22 oui, mmm, oui...
00:07:49 ah... ah... ah...
00:08:00 Ouiiiiiiii...


00:08:07 je t’aime, reviens, merde.

mardi 9 novembre 2010

#243 – Germaine & Edmond

C’est la grande chevauchée, brides rabattues, casaques vertes toques noires cravachant leurs montures. Colchique dans les près est en bonne position... Elle est où la télécommande ? Tous ces culs hauts montés me donnent le vertige. Germaine, je change de chaîne. Zip...


Le peloton roule en formation. L’échappée est loin devant. La montée de l’Alpe d’Huez et ses 807 tournants est éreintante. Regardez le gros plan sur le champion de la grimpette, voyez… Quelle vision affligeante que le frétillement de ces moule-bites ! Change, Edmond. Zip...


Monte le son Edmond, je n’entends pas. Ah, voilà : Peintures de Delacroix, Cul-de-four de la Paix, peinture à l'huile et à la cire (7,35 x 10,98 m).

lundi 8 novembre 2010

#242 – Ombre portée

Une ombre venue du ciel irradie les voies, les maisons, terrasse les clochers. Façades éteintes à volets tirés, murs terreux. Le silence s’engouffre dans le dédale des ruelles, brusquant la vie dans ses moindres recoins, tourmentant l’herbe jaunie entre les pavés. On n’entend plus les oiseaux. Un voile s’est posé sur la ville, les visages raidis sous son étreinte. Tous tendus vers le firmament, les yeux encerclés de lunettes en polymère noir.


8 heures 07. On attend sur la plage de Dieppe. Ciel et terre unis dans un horizon grivelé préfigurent un crépuscule anticipé. Il y a des vols suspendus, des frissons soudains, le froid au milieu de l’été.


Un trou noir. La silhouette lunaire recouvre le Soleil. Une couronne lumineuse encercle l’astre dévoré. En bas, les visages assombris par l’ombre projetée sur Terre. Tremblants derrière les lunettes, bouches bées. Une onde de peur se répand, et si ça dure, la fin d’un monde.

dimanche 7 novembre 2010

#241 – Voyance

Huit ans de malheur, c'est ce que le grand marabout lui a prédit, sauf s'il lève le sort pour la modique somme de 807 euros.


Ô merveille ! S'écrie la voyante en découvrant dans sa boule de cristal un chemin pavé de roses, un mariage princier et beaucoup d'enfants.


Sept nains exactement. Le marabout était bourré semble-t-il.

samedi 6 novembre 2010

#240 – Radiation

Il marche. Il avance contre vents et marées, contre la mémoire de sa naissance et contre les 807 signes de sa mort. Il va de l’avant et pénètre toujours plus profondément la matière compacte de la foule. C’est un lutteur, un combattant, un résistant de la première horreur, un fanal dépenaillé pour ses semblables égarés comme lui sur l’arête blessante du monde. Sa voix voudrait convaincre la multitude inquiète qui crie des paroles crues, des slogans rouge sang.


Flash. Le soleil de magnésium grille les révoltes. Après le grand souffle brûlant, des silhouettes noires restent plaquées sur le sol irradié.


Il avance seul, maintenant. Son corps filtre la lumière qui le traverse ne laissant passer que des particules de suie. Cela lui donne une ombre dense, épaisse, grumeleuse tant la lumière est faible. La surface de son ombre est pelliculeuse et desquame quand la pluie bleu cobalt crépite sur le sol cramé. Sa voix est sans écho maintenant. Il avance plus lentement. Les rayons trop vifs carbonisent ses cellules de chair. Son ombre s’alourdit au fil de la journée. Elle devient de plus en plus pénible à tirer. Il fait très attention à elle mais, parfois, par maladresse, il piétine sa flaque grasse, s’en met plein les chaussures et laisse la trace brillante de ses pas sur les trottoirs de la ville schématique.

vendredi 5 novembre 2010

#239 – Superstition et peur

– Quelqu’un vous veut du mal ! Je vois un homme jeune qui...
– Improbable ! trancha-t-elle en se levant.
L’attitude moqueuse de sa cliente avait vexé la tireuse de cartes. Et c’est pour se venger sans doute, et alors que l’autre s’apprêtait à passer le seuil de sa porte, qu’elle ajouta :
– Méfiez-vous !


Pour elle, tout était présage : un volet qui bat, un mouchoir qui tombe. Et tout ce qui était trouble la troublait. Le bruit du vent dans les branches d’un arbre, le regard d’un chien, l’aspect fantomatique d’un objet du quotidien, l’entraînaient dans huit cent sept territoires inconnus où sa raison n’avait aucune prise, impuissante qu’elle était à la maîtriser.


Je connais ses habitudes et m’y soumets avec bonne humeur. Je sais que ses 807 marottes les plus récriminatrices, comme le pli particulier qu’elle donne à une serviette, la disposition arithmétique des objets sur la table... masquent une peur lointaine d’enfance.

jeudi 4 novembre 2010

#238 – Le compteur

Tous les 807 kilomètres elle remet à zéro le compteur de sa voiture.


Elle l'admettrait volontiers si on le lui faisait remarquer : c'est d'une crétinerie absolue.


Et pourtant, ajouterait-elle, parfois quand on aime, on compte.

mercredi 3 novembre 2010

#237 – Mythique

807 belles histoires par jour. Et la vôtre, elle commence quand ?


Il hésitait à cliquer. Commencer une histoire n’est rien, mais lui trouver une fin digne de ce nom...


Qu’on lui demande son numéro de carte bleue le ramena vite à la réalité.